CHAPITRE YI. «r
est mauvais, que ton action sera pire^ et que le résultat sera |dus affreux encore.
— Et vous ne m'en aimez que mieux pour cela, n'est-ce pas , përeElshie? reprit WestburnOat^ vous me l'avez toujours dit d'ailleurs ?
— J'ai des raisons pour aimer tous ceux qui sont des fléaux pour leurs semblables, répliqua le solitaire; et tu es un de ceux qui se plaisent à répandre le sang !
— Non l non ! non ! Je ne suis jamais sanguinaire , à moins qu'on n'oppose de la résistance, car cela irrite un homme , vous savez. Après tout, ce n'est pas grand'chose que couper la crête à un jeune coq qui a chanté un peu trop haut et trop Gèrcment.
— Ce ne serait pas par hasard au jeune Eamscliff ? » demanda le solitaire avec quelque émotion .
« Au jeune Earnscliff? répondit-il ; non, pas encore au jeune Earnscltff ; mais son tour pourra venir, s'il ne veut pas se tenir pour averti, et s'en retourner à la ville de son canton, où il se* rait mieux à sa place, que de courir le pays et de détruire le peu de daims qui nous restent *, il prétend agir comme magistrat , et écrit des lettres aux grands personnages d'Auld-Reckie S sur l'état de trouble du canton ; qu'il prenne garde à lui !
— Alors ce doit être Hobbie de Heugh-Foot, dit Ëlshie ; quel mal ce garçon-là t'a-t-il fait ?
— Quel mal? oh ! pas grand mal. Mais j'ai appris qu'il disait que je m'étais absenté du jeu le soir du mardi-gras, parce que j'avais peur de lui; tandis que c'était seulement du. garde-paix , car il y avait un mandat d'arrêt c(»)tre moi. Je tiendrai tête à Ti-
•nimitié d'Hobbie et de tous ceux de son clan. Mais ce n'est pa$ tant pour cela que pour lui donner une leçon et lui apprendre à ne pas parler trop légèrement de ceux qui valent mieux que lui. Je vous assure qu'il aura perdu la meilleure plume de son aile avant demain matin. Adieu, Ëlshie ; j'ai quelques bons enfants qui m'attendent dans les bois, là-bas. Je vous verrai en revenant et vous régalerai d'un beau r^cit, en retour de vos ordonnances. » Avant que le Nain eût eu le temps de réfléchir à la réponse qu'il allait faire , le bandit de Westburnflat donna de l'éperon a son cheval. L'animal , faisant un écart à la vue d'une des pierres qui étaient éparses de tous côtés; s'éloigna du sentier. Le cavalier le piqua sans modération et sans pitié. Le cheval furieux , se
1 Juld rechie, « la Tieille enfamée, » poar dés^ner Êdlttibowrg. ▲. H.
dressa , rua , plongea et sauta comme un daim , avec ses quatre pieds en môme temps au-dessus terre. Ce fut en vain ; le cavalier impitoyable resta sur la selle, comme s'il eût fait partie du cheval qu'il montait , et après une lutte courte , mais violente , força l'animal dompté à avancer dans le sentier et à le parcourir d'une vitesse qui le déroba bientôt à la vue du solitaire.
« Ce brigand, dit le Nain, ce scélérat, froid, endurci, impitoyable ; ce misérable, qui ne songe qu'à commettre des crimes, a des muscles , des nerfs , des membres , et assez de force et d'activité pour contraindre un animal plus noble que lui à le conduire à l'endroit où il va exécuter son coupable projet ; tandis que moi , si j'avais la faiblesse de désiier de mettre sa malheureuse victime sur ses gardes , et de sauver une famille dénuée de secours^ je me verrais frustré dans mes bonnes intentions par la décrépitude qui m'enchatne dans ce lieu ! Eh ! pourquoi désirerais-je qu'il en fût autrement ? Qu'ont à voir ma voix de chat-huant , ma taille hideuse , et mes traits difformes avec les plus beaux ouvrages de la nature ? Ne reçoit-on pas môme mes bienfaits avec des sentiments mal déguisés d'horreur elde dégoût ? Et pourquoi m'intéresseraisje à une race qui me regarde comme un monstre et un être proscrit , et qui m'a traité comme tel? Non ; par toute l'ingratitude que j'ai recueillie , par toutes les injures que j'ai souffertes , par Vemprisonnement que j'ai subi , les coups que j'ai reçus et les chaînes dont j'ai été chargé , j'étoufferai les sentiments d'humanité qui s'élèvent malgré moi dans mon cœur. Je ne veux plus être assez insensé pour m'écarter de mes principes , comme cela m'arrivait toutes les fois qu'on faisait un appel à mes sentiments ; comme si moi, pour qui personne n'a le plus faible degré de compassion , je devais en avoir pour qui que ce fût ! Que le destin fasse rouler son char armé de faux à travers la masse désolée et tremblante de l'humanité , et je ne serai pas assez sot pour aller jeter ce corps décrépit , cette masse informe de mortalité , sous les roues de son char , pour que le Nain , le sorcier , le bossu , puisse sauver du danger quelque être plus beau et plus actif , et que tout le monde applaudisse à cet échange ? Non , jamais... Et cependant cet EUiot... Ce pauvre Hobbie , si jeune , si brave, si franc, si... je ne veux plus y penser. Je ne pourrais le secourir quand môme je le voudrais , et je suis résolu... fermement résolu à ne pas le secourir , quand môme le désir que j'en formerais serait le gage de sa sûreté. >»