LE MARAUDEUR
KoQs qui sommes les gardes du corps de la nuH, ne permettons pas qu'on nous appelle les voleurs de butin du jour. Soyons les forestiers de Diane, les genlils* hommes de Tombrage, les favoris de la lune.
SHAKSPB4RE. HenH IVy V* partie.
Le sditaire avait passé dans l'enclos de son jardin le reste du joar ou il avait eu une entrevue avec les jeunes dames. Le soir le trouva assis de nouveau sur sa pierre favorite. Le soleil , qui , en se couchant au milieu des flots de nuages roulant les uns sur les autres, avait pris une teinte rouge, jetait un sombre éclat sur le Moor et colorait d'une teinte plus foncée le large contour des montagnes couvertes de bruyères qui entouraient cette aflireuse solitude.
Le Nain contemplait les nuages, qui devenaient continuellement plus obscurs par l'eflTet des masses de vapeurs qui s'amoncelaient les unes sur les autres, et lorsqu'un rayon fort, mais d'un rouge sombre, du soleil qui était près de disparaître, vint tomber d'aplomb sur la figure sauvage du solitaire, on aurait bien pu le prendre pour le démon de l'orage qui se préparait, ou pour quelque gnome sorti précipitamment des entrailles de la terre ^ à la vue des signes souterrains qui en annonçaient l'approcbe. Cooune il était dans cette posture, ses regards scnnbres tournés vers le ciel qui devenait'foujours plus obscur et plus orageux, un cavalier arriva au galop près de lui, et s'arrètant comme pour donner à son cbeval le temps de reprendre haleine, fit une sorte de salut i Tanacborète avec un air d'eflronterie mêlée de quelque emliarras.
Le cavalier était grand, mince, sec, mais singulièrement athlétique^ ossu et nerveux, comme quelqu'un qui a passé toute sa vie dans ces exercices violents qui empêchent le corps de prendre une augmentation de volume, tandis qu'ils endurcissent les membres et accroissent la force musculaire. Son visage, dont les traits étaient durs, brâlé par le soleil, tout parsemé de taches de rousseur, avait une expression sinistre de violence, d'audace et de ruse, que l'œil de l'observateur distinguait facilement. Des cbe-
m LE NAIN JjfCMft.
yeux d*un roux foncé, des sourcfls d'une couleur presque rouge, sous lesquels deux yeux gris lançaient des regards perçants, complétaient la description du cavalier, dont la présence était toujours de mauvais augure. Il avait des pistolets à ses arçons , et un autre à sa ceinture, malgré le soin qu'il avait pris de les cacher en boutonnant son pourpoint. Il avait sur sa tête un casque d'acier rouillé, et portait une jaquette de peau de buffle taillée un peu à l'antique, des gants dont celui de !a main droite était garni de petites écailles de fer, comme l'ancien gantelet ; et enfin un long sabre servait de complément à son équipage.
u Eh bien ! djt le Nain, voilà donc le pillage et le meurtre encore une fois à cheval ?
— A cheval ? répondit le bandit; oui, sans doute, Mshie^ votre science médicale m'a mis en état de remonter mon bon cheval bai.
— £t toutes ces promesses d'amendement que vous avez faites pendant votre maladie sont donc oubliées? continua Elshender.
— Tout est parti net, avec les tisanes et la panade, répondit le c(»ivalescent ébonté y vous savez bien, Ëlshie, car on dit que vous connaissez parfaitement le personnage :
Le diable, atteint de maladie, De se faire moine eut envie ; Mais sitôt quMl se porta bien, Il n'en fit rien.
— Tu dis vrai, répliqua le solitaire ; il serait tout aussi facile d'enlever au loup sa soif du carnage, ou d'empêcher le corbeau de sentir l'odeur des cadavres, que de te guérir de tes maudits penchants.
. — Que voulez-vous que j'y fasse ? c'est inné en moi jusque dans la moelle de m^ os. Mais, mon brave, tous les garçons de la fa* mille des Westburntlat ont été depuis plus de dix générations des rôdeurs et des pillards ; ils ont tous bu sec et fait bonne vie, tirant une vengeance cruelle d'une légère offense, et ne manr quant jamais d'argent , faute d'avoir voulu en gagner. . — Tu as raison^ dit le Nain, et tu es bien le loup le plus achevé que l'on ait jamais vu sauter la nuit dans une bergerie. Pour quelle mission infernale es-tu en course maintenant?
-*- Votre science ne saurait-elle vous le faire deviner ?
*- Tout ce que je sais, répondit le Nain, c'est que ton dessein