‹ LE NAIN NOIRChapitre 55 sur 99 · CHAPITRE XVI. iM · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. iM

da mourant, nous ne pouvons exister sans secours mutuel. Ainsi, tous ceux qui ont besoin d'aide sont en droit d'en exiger de leurd semblables, et celui qui a le pouvoir de l'accorder ne saurait le refuser sans crime.

— Et c'est dans ce frivole espoir, pauvre jeune fille, que tu es venue dans ce désert pour chercher un homme dont le désir serait de voir la ligue dont tu as parlé rompue pour toujours, et la race toute entière effectivement anéantie? N'as-tu pas été effrayée ?

— Le malheur, » dit Isabelle avec fermeté , « dissipe bientôt toute crainte.

— N'as-tu pas entendu dire dans ce bas monde que tu habites, que je suis ligué avec d'autres êtres aussi difformes et aussi mal disposés envers le genre humain que moiPNel'as-tu pas entendu dire ? et tu viens me trouver dans ma cellule au milieu de la nuit?

— L'Être que j'adore me soutient contre ces vaines terreurs, » dit Isabelle, mais l'agitation croissante de son sein démentait le * courage qu'elle s'efforçait d'exprimer par ses paroles.

« Oh ! oh ! tu prétends parler Je langage de la philosophie ! Et cependant n'aurais-tu pas dû songer au péril auquel tu allais t'exposer en te livrant, jeune et belle comme tu l'es, au pouvoir d'un être qui a conçu contre le genre humain une haine si forte, qu'il mettrait son plus grand plaisir à déflgurer, détruire et dégrader les plus beaux ouvrages de la nature ? »

Isabelle, quoique extrêmement alarmée, continua néanmoins ' à répondre avec fermeté: « Quelques injures que vous puissiez avoir souffertes dans le monde, vous êtes incapable de vous en venger sur quelqu'un qui ne vous a jamais offensé, ni, même volontairement, sur qui que ce soit.

— Oui ; mais vous ne savez pas, jeune fille, >» poursuivit-il, ses yeux noirs étincelant d'une expression de malignité qui se communiquait avec ses traits sauvages et difformes, que la vengeance est un loup affamé qui ne cherche qu'à dévorer la chair et à laper le sang. « Penses-tu qu'il voulût écouter l'agneau qui alléguerait son innocence ? .

— Monsieur,» dit Isabelle en se levant et parlant avec dignité : H Les idées horribles que vous voudriez faire naître dans mon es- . prit ne sauraient m'effrayer-, je les repousse loin de moi avec dédain. Qui que vous soyez, mortel ou démon, vous ne voudriez point faire injure à une personne qui est venue chez vous en

JM LS NÂIN^NOIR.

qualité de suppliante, dans son besoin le plus pressant. Tous ne le yoiidries^ point ; vous ne l'oseriez point

^ Tu dis vrai| jeune fille, je n'oserais. . . je ne le voudrais point. Retourne dans ta demeure. Ne crains rien de>cedOBt tu es menacée. Tu as demandé ma protection ; tn la tr<mvera6 efficace...

— Mais» monsieur, dit Isabelle, c'est ce soir môme qu'il faut que je consente à épouser . l'homme que j'abtuMre, sans quoi la ruine de mon père est inévitable.

— Ce soir? A quelle heure ?

— Avant minuit.

— Et le crépuscule est déjà fini. Mais ne crains rien; j'aurai encore assez de temps pour te protéger.

— ^t mon père? » demanda Isabelle d'un ton suppliant.

« Ton père a été et est encore mon plus cruel ennemi. Mais ne crains rien, ta vertu ^le sauvera. Maintenant, pars^ si je te gar* dais plus long-temps, auprès de moi, je retomberais peut-être dans ces rôves absurdes sur la vertu de l'homme, dont j'ai été réveillé d'une manière aussi afireuse. Mais ne crains rien. €'est au pied de l'autel môme que je veux te délivrer. Adieu, le temps presse, il faut que j'agisse. »

Il la conduisit à la porte de sa'hutte, qu'il ouvrit pour la laisser partir. £ile remonta sur son cheval qu'elle trouva paissant dana l'enclos extérieur, et se hâta, à la faveur de la clarté de la lune» qui se levait en ce moment, d'aller rejoindre Ratclifie à l'endroit ou elle l'avait laissé.

Avez^votisréusai?» demanda-t-il avec empressement.

M J'ai obtenu des promesses de celui vers qui voas m'avez envoyée, répondit l8abeUe$ mais comment est-il possible qu'il lea remplisse ?

<— Que nieu soit lovté ! ne doutez pas qu'il n'ait te pouvoir de les remplir. »

£q ce moment un coup de sifflet aigu se fit entendre le long de la bruyère.

« Écoutez, dit Ratcliffe ; il m'appdle. Retournez au ohàteaur miss; ne tirez pas le verrou de la porte de derrière le jarcttn; quant à. celle qui communique avec l'escalier dérobé, j'ai une dé particulière. >»

Un second coup de sifflet se fit entendre, plus aigu et plus prolongé que le premier.

« J'y vaia, j'y vais, 9 et donnant de réperod'à son chevfed j iL

CaUPITREXVIL IW

se dirôea vers la eebaiie du r^achuL MmYéte rehrarna aa ctifttoau , où k vitesse de Taniaial qn'éûe moDtait et riaquiétode de son esprit contribuèrent à la faire arriver promptemeDit.

£Ue suivit les iiistructions de Ratciiffe , sans tit^ en compreih dre le but , et laissant son cheval paître en liberté dans un e»clos près du jardin , se hâta de regagner son appartemeait , ce qu'elle fit sans avoir été i^servée ; elle retira les verroux de sa porte et sonna pour demander de la lumière. Son père panit avec le domestique qui avait r^Kwdu à l'appel.

« Il était venu écouter à la porte , dit-il , deux fois pendant le^ deux heures qui s'étaient écoulées depuis qu'il l'avait quittée , et ne Tentendant point parler , il avait craint qu'elle ne fût incommodée.

— Maintenanti mon cher père, permettez que je réclame l'exé^ cation de la promesse que vous avez eu la bonté de me faire , je désire ne pas être interrompue pendant les derniers moments qui me restent à jouir de ma liberté , et vous prie de prolonge jusqu'au dernier instant le répit qui m'est accordé.

— Volontiers, ma fille ; vous ne serez plus interrompue. Mais cette parure en désordre... ces cheveux qui sont tout dérangés ; que je ne vous trouve pas ainsi , lorsque je reviendrai \ le sacrifice, pour être méritoire , doit être volontaire.

-^ Le £aut*il ? eh bien ! soyez tranquille , nu)n père, la victime sera parée. •»

Page 1