‹ LE NAIN NOIRChapitre 64 sur 99 · LE MIROIR · texte numérisé non relu

LE MIROIR

DE

MA TANTE ]IIAR61JERITE#

PREUMINAIRE.

Il est des temps où limaeination s^ésaré en dépit même de la sunreiUance de nos sens, où les corps semblent des ombres , et les ombres des eorps ; où le mar solide et élevé qui sépare le domaine de la réalité de celui de la fable semble renyersé, comme si ToBil d'an mortel pouvait yoir au-delà des limites du monde existant. Eh bien! je préfère ces rèyes aux ombres légères, à toutes les réalités matérielles de la vie.

Anonyme,

Ma tante Marguerite était de cette respectable congrégation des vieilles filles à laquelle échoient en partage les peines et les Couleurs attachées à la possession des enfants, excepté cependant celle de les mettre au monde.

Notre famille était nombreuse et composée d'enfants de caractères très-opposés. Quelques-uns étaient stupides et bourrus ; on les envoyait à la tante Marguerite afin qu'elle les amusât. D'autres étaient grossiers et bruyants, on les envoyait à la tante Marguerite pour qu'elle les fît rester tranquilles et qu'ils ne troublassent pas ta paix de la maison paternelle ; ceux qui étaient malades lui étaient envoyés pour être soignés , et ceux qui étaient d'un caractère entêté , pour qu'elle les domptât. Enfin la tante Marguerite remplissait tous les devoirs d'une mère de famille sans en ' avoir la gloire et la dignité. Ces moments occupés par des soins si doux sont maintenant passés : des faibles et des forts^ des bons et ' des méchants, des mécontents et de ceux qu'aisément elle pouvait ^âsfaire, qui occupèrent son petit salon du matin au soir , moi seul je vis encore , quoique infirme dès mon enfance.

J'ai rhabitude, et ta conserverai autant que je te pourrai, d'aller visiter ma respectable parente au moins trois fois la semaine; elle demeure à un quart de lieue du faubourg de la ville que j'tiabite ; on arrive chez elle, non-seulement par le grand chemin, mais encore par un petit sentier à travers de jolies prairies ; ma vie est tellement exempte de peines qu'un de mes grands chagrins est de voir que quelques-unes de ces prairies soient destinées à être couvertes de maisons. Déjà» dans celle qui est près de^la ville, des brouettes sans nombre sont occupées depuis plusieurs semaines ; je crois , en vérité, qu'en surface et en profondeur dix-huit pouces de matériaux au moins sont jetés au même moment dans ces petites voitures et transportés d'un endroit à un autre ; de grandes planches sont entassées en forme triangulaire dans différents endroits, et un joli petit groupe d'arbres qui embellit encore le côté de l'orient vient d'être marqué par un barbouillage J)laDCt preuve irrécusable qu'il dmi être alNittu et probablement remplacé par une forêt de cheminées.

Beaucoup de gens, àmaplace^ éprouveraient un véritable chagrin en réfléchissant qne cette petite portion de pâturagesappartenait à mon frère, dont ta famiUe était fort considérée, et qu'elle fut vendue pour parer à des entreprises de commerce dans lesquelles Tespérance de rétablir sa fortune délabrée l'avait fait engager.

Pendant que ces projets de construction étaient en pleine activité > cette circonstance me fut souvent rappelée par ces amis qui sont enchantés qu'aucun de vos malheurs n'échappe à votre esr prit I «< Quel terrain pour de& pâturages ! disait l'un ^ et tout prés de la ville ! disait Tautre : en y semant des navets et des poQuaes déterre , il rapporterait au moins 20 livres sterling ^ par arpentf et si ou le louait pour des constructions , ce serait une vériUiUe mine d'or ! Et tout cela vendu pour une vieille chanson par Ï90r cien propriétaire ! » Ces êtres en a^^rence compatissant&n^sao' raient m'engager à la plainte sur un tel scyet, car ils me rappellent le passé sans pouvoir m'en distraire, et j e cède volontiers U^ revenus actuels et projetés aux personnes qui ont acheté te t6^ rain de moa père^ je regrette seulement le cbangemex^ 4^'^ lui fait subir, parce qu'il détruit pour mol le charme attaché asX souvenirs de mon jeune flge^ et je verrais avec plus de plaisir ces prairies en des mains étrangères conservant leur ancien aspect »

i Cinq cestolkaMi» £* u»

que si }e les possédais rea versées par l'agriculture ou couvertes de maisons : j'éprouve dans cette circonstance les mêmes sensations qae le pauvre Logan s

Le soe IftipHoyable a déirtiit le ga«oti Ob Pécolier Tenait oublier se ie^n; Et la bacbe a détrait Paubépine sauvage Qui ^attirait Tété sons Son modeste ombragée.

J'erre cependant que la dévastation dont ces charmantes prairies sont menacées n'aura pas lieu de mon vivant , et malgré l'esprit de spéculation qui domine aujourd'hui , j'aime à me persuader que celui du changement qui n'a pas moins de puissance, viendra renverser leurs projets destructeurs, ou qu'au moins on laissera telle qu'elle est la partie du sentier qui n'a pas été touchée pendant la vie de matante Marguerite et la mienne. J'y suis grandement intéressé, car chaque'pas rappelle à ma mémoire des souvenirs d^enCanee : voilà la barrière par-dessus laquelle uneservant<3 inaussade me fit passer en me grondant de ne pouvoir la franchir à cause de mcm infirmité , tandis que mes frères la sautaient avec focilité; je me souviens de la péniUe émotion que j'éprouvais dans ce moment y et^ convaincu de ma propre infériorité , je regardais avec un œil d'envie les mouvements souples et élastiques de mes frères » plus heureusement constitués que moi. Hélas ces gracieu:ii navires ont tous péri sur le grand océan de la vie , et celui qui semblait devoir échouer a, comme dit le matelot, atteint le port après ta tempête I Voilà aussi l'étang sur lequel nous faisions manoeuvrer notre petite flotte construite avec la large feuille de l'iris. Un de mes frères, destiné plus tard à mourir sous la bannière de Nelson , faillit s'y noyer. loi sont les taillis de coudrie»9 où mon frère Henri cueillait des noisettes, ne pensant point qu'il dtA mourir un jour dans les jungles indiens ^ à la re^ dierche des roupies. Ce sentier me rappelle encore bien d'autres souvenirs ! Et lorsque, «W^ï^ ^^^ ^^ béquille , je m'arrête en comparant le passé au pr^nt » je doute presque que ceiioit moi, jusqu'à ce que me tournant en foce de la petite porte couverte de chèvrefeuille de ta maison de ma tante , je reconnais son aspect irrégulier) Içs fenêtres couvertes de treillage paraissent faites avec un art tout particulier^ afm qu'aucune d'elles ne se ressemble m forme, en grandeur ou par leur gothique entidslement de

1 Sâdroiid inaréea^tix et coûveris St hun^^flMi, sut \eê hwûé dd Oaiige, oii h tigre établit son repaire, ▲.m.

pierre et les tablettes qui les ornent. Cette habitation autrefois appelée maison des Glos-du-Gomte nous appartient encore, et , par un arrangement de Eamille , ma tante Marguerite a le droit d'y rester pendant sa vie. Ce droit précaire n'est plus que la dernière ombre de la famille Bothwell des Glos-du-Gomte , et le reste de l'héritage paternel ; après la mort de ma tante , il ne restera de cette famille qu'un vieillard infirme , cheminant doucement , et sans regret , vers la tombe qui renferme tout ce qui lui fut cher sur cette terre.

Après m'ôtre livré pendant quelques minutes à de semblables pensées, j'entre dans cette habitation qui , dit-on , n'était autrefois que le logement du concierge du bfttiment originaire , et j'y trouve un être sur lequel le temps semble avoir foit peu d'impression ; car l'âge de ma tante Marguerite me paraît aujourd'hui être celui qu^elle avait lorsque j'étais dans ma première jeunesse ; un enfant de dix ans'qui voit un homme ou une femme de cinquante ne s'aperçoit pas du changement que le temps apporte dans une personne qu'il a toujours vue vieille.

Le costume de la vieille dame contribue sans doute aussi beaucoup à me persuader que le temps n'a pas marché pour elle. La robe de soie couleur chocolat, manchettes pareilles jusqu'aa coude, et par-dessus lesquelles sont d'autres manchettes en mousseline , les gants de soie noire , ou mitaines , ses cheveux blancs roulés sur un coussin et le bonnet de blanche batiste serré autour de son vénérable front : tout ce costume n'était pas celui de 1826; c'était un genre qui n'appartenait qu'à ma tante Marguerite. La voilà assise comme elle l'était il y a trente ans, avec soii rouet ou son tricot, auprès du feu dans l'hiver, et dans Tété auprès de la fenêtre, et quelquefois se hasardant jusqu'à la porte dans les belles soirées d'été. Son corps, semblable à une parfaite mécanique, exécute les opérations pour lesquelles il est formé, avec la même activité qu'autrefois, et qui, tout en diminuant graduellement, ne montre cependant aucune probabilité qu'elle doive finir bientôt

La sollicitude et raffeclion qui rendirent ma tante Marguerite esclave volontaire des caprices d'un grand nombre d'enfants, ont maintenant pour objet la santé et le bien-être d'un faible et infirme vieillard, le dernier parent de sa famille, et le seul qui trouve encore de l'intérêt dans les vieilles traditions qu'elle a recueillies .et amassées comme l'avare cache son or afin que nul être ne puisse en jouir après sa mort.

Ma conversation avec ma tante roulait peu sur sur le présent ou l'avenir; car le présent ne nous laisse rien à désirer du passé, et l'avenir ne nous donne ni crainte ni espérances. Yoilà pourquoi nous nous occupons plus volontiers du passé, et nous oublions nôtre-mauvaise fortune en nous rappelant l'importance de notre famille et sa brillante prospérité.

Cette légère mais exacte introduction suffira au lecteur pour loi faire connaître la tante Marguerite et son neveu, et lui faire comprendre la conversation et l'histoire qui va suivre.

La semaine dernière, par une belle soirée d'été , j'allai un' peu tard lui faire une visite ; elle me reçut avec sa bonté ordinaire ; mais elle paraissait distraite et préoccupée ; je lui en demandai la cause. « Ils viennent, me dit-elle, de nettoyer la vieille chapelle i Jean Clayhudgeons a pensé que les décombres de l'intérieur (qui, je suppose, sont les restes de nos ancêtres) seraient excellents pour fumer ses prairies. »

A celle nouvelle, je me levai avec plus de vivacité que je n'eu avais montré depuis quelques années. Je repris ma place, tandis que ma tante, posant sa main sur ma manche, continua :

« La chapelle , mon cher neveu, est depuis long-temps regardée comme un bien commun à tous ; on l'emploie même comme un lieu propre à y renfermer les moutons ; d'ailleurs , que peuton exiger d'un homme qui se sert de ce qui lui appartient ? Et puis, je lui ai parlé, et il m'a promis très-honnêtement que s'il trouvait des ossements , ou quelque monument , ils seraient soigneusement respectés et replacés : que pouvais-je demander de plus? La première pierre qui a été trouvée porte le nom de Marguerite Bothwell, 1585 \ je l'ai fait mettre de côté, persuadée que cette découverte présage ma mort. Cette pierre ayant servi à une personne qui portait le même nom que moi , il y a deux cents ans , semble avoir été déterrée à propos pour me rendre le même service ; mes afiTaires terrestres sont arrangées depuis long-temps ; mais qui peut s'assurer que celles qui regardent le ciel le soient suffisamment ?

— Après tout ce que vous venez de me dire , ma tante , je devrais prendre mon chapeau et m'en aller; et je le ferais , si je pe voyais qu'il y a un peu de superstition mêlée à votre pitié. Penser à la mort est un devoir en tout temps ; mais la croire près de soi parce que l'on a trouvé une vieille pierre sépulcrale , voilà qui est déraisonner, et vous dont le jugement et le bon sens ont été

^utiles à notre malheureuse famille, vous êtes la dernière personne que j'eusse soupçonnée (f une telle faiblesse.

— Je ne mériterais pas ces reproches, mon cher neveu , répliqua ma tante, si nous parlions d'un incident ordinaire dans les choses humaines. Mais j'éprouve un certain pressentiment que je ne voudrais pas rejeter , c'est un sentiment qui me sépare de ce monde et m'enchatne à celui auquel j'appartiendrai bientôt, et quand il me conduit au bord de la tombe et m'engage à en regarder la profondeur , je n'aime pas à m'en distraire ; il occupe doucement mon imagination, et cela sans influer sur ma raison et ma conduite.

— Je vous assure, ma bonne dame , que si une autre que voos m'eût fait un pareil aveu , je l'aurais crue aussi fantasque que te ministre qui, sans défendre samauvaise manière de iire^ préférerait flon vieu:i mumpsimus à son moderne mmpsimus *.

— Eh bien ! il faut que je t'explique mon inconséquence dans cette circonstance, en la comparant à une autre. Je suis, comme vous le savez bien , un reste de cette vieille caste hors de mode ^u'on appelle jacobite ,* mais je ne le suis que de sentiment , car jamais sujet plus loyal ne pria de meilleur cœur pour la santé et la prospérité du roi George IV, que Dieu protège ! mais je crois bien que le bon prince ne penserait pas que je puisse lui faire injure, si en me reposant dans mon fauteuil au coucher do soleil comme dans ce moment, je pensais aux hommes courageux qui crurent de leur devoir de prendre les armes contre son grandpère, et pour une cause qu'ils regardaient comme celle de leur prince légitime et de leur patrie :

Us coaibattirent TaUIamment, Tons jufiqu^an funeste moment où lear mainf ëH» sang no4r trempée, Dut se epller à lear épée.

Mais en luttant contre le sort, Dans la tempête, leur courage £» ce eombat ne Ht nauGra^»

Qu'en atteignant le dernier port.

« Ne venez pas dans un semblable moment, lorsque ma tête est r^Dplie de plaids > , de pibrbchs ' et de claymores * , demander à

I Ced noua ùU naturellement souvenir du grave Oldbuek ù»b$ le romao ^ V Antiquaire, a. H.

S Ifauieaui écossaie. i. m.

8 Chants écossais des clans des nwnta^ea* k» u* 4 Épées à deux tranchants des anciens guerriers écossais. A. M*

us MIROm DE MA TANTE MARGUERITE. It9

nia raison d'admettre ce qoe je crains bien qu^elle ne veaille nier ; je yeux dire que le bien public voulait que ces cboses cessassent d'exister. Je ne puis non plus refuser d'avouer la justesse de votre raisonnement; mais étant convaincue contre ma volonté, vous gagnerez peu par vos observations ; vous pourriez tout aussi bien ^numérer à un amant bien épris les imperfections de sa maîtresse ; «près en avoir déroulé la liste*, vous n'aurez pour toute réponse que : c'est une raison pour lui de Taimér davantage. »

Je ne fus pas f&ché de changer les tristes idées de ma tante; je répondis donc sur le même ton : « Je suis bien persuadé que notre excellent roi est d'autant plus certain de l'affection loyale de mistrees Bothwell quil a en sa faveur le droit de naissance des Siuarts autant que par l'acte de succession.

— Il est possible que mon attachement soit plus vif à raison des droits dont vous parlez, répondit la tante Marguerite ; mais en vérité il serait aussi sincère que si le droit du roi n'était fondé que sur la volonté de la nation, comme l'a prouvé la révolution . Je ne suis pas un de vos gens jure é^ino^ .

—Et malgré cela, vous êtes une jacobite.

— Tant que vous voudrez, ou plutôt je vous {M'omets de m'appeler comme ceux de leur parti, qu'on nommait, sous le règne de la reine Anne, les ffliimsieiUs^, parce qu'ils agissaient aussi souvent par sentiment que par principe. Après tout, il est assez singulier que vous ne vouliez pas permettre à une vieille femme d'être inconséquente dans ses sentimeats politiques, tandis que presque tous les hommes le sont dans toutes les affaires de la vie; ear vous ne pouvez m'en citer un seul chez qui les passions et les préjugés ne viennent pas éloigner ou déranger les idées justes et raisosnaUes.

— Cela 'est vrai, ma tante; mais vous, vous vous égarez volontairement, et je veux vous engager à rentrer dans la bonne vwe.

— Épargnez-mcH, je vous prie ; vous vous rappelez la chanson ecAtîque dont je prononce incoiTectement les paroles *, et dont voici le sens t

Je dors, mais ne m^éfeillez pas.

« Je vous assure, mon cher parent, que cette espèee de rive tout

i Partisans au àséâ. atria* ▲• v.

2 Les fantasques. ▲. m.

3 Hatil mohatUt na (iowshi mi, porte le texte. A. M.

im LE MmOlR DE MA TANTE MARGUERITE.

éveillé * que mon imagination aime à nourrir, et que votre poète favori, Wordsworth, appelle les Caprices de notre esprit *, valent tout le charme de mes vieux jours. Maintenant^ au lieu de m'élancer dans l'avenir, comme je faisais dans ma jeunesse, ou de faire des châteaux en Espagne lorsque j'arrive sur le bord de ma tombe, je porte ma pensée, je songe aux jours, aux habitudes de mon jeune âge ; de tristes et toutefois de consolants souvenirs me touchent, m'attendrissent; ils me sont si chers que je regar-* derais comme un sacrilège d'avoir plus de raison et d'abandonner des préjugés qui me dirigeaient et que je révérais même dans ma jeunesse.

— Je crois maintenant vous comprendre, répliquat-je, et je vois pourquoi vous préférez quelquefois la lueur douteuse d^ l'illusion à la vive lumière de la raison.

— N'ayant plus rien à faire, reprit ma tante, on peut rester dans l'obscurité si l'on s'y plait. Si i^ous avions à nous occuper, alors la lumière deviendrait nécessaire.

— Et dans cette obscurité ! lui répondis-je, l'imagination crée des visions ravissantes, que souvent on a la faiblesse de prendre pour des réalités.

— C'est vrai^ » répliqua la tante Marguerite, qui avait beaucoup lu 9 ce sont surtout ceux, qui ressemblent au traducteur du Tasse,

Poète ingénieux, dont I^sprit exalté

Aux merTeiUes quHl peint prête qne vérité.

H On n'exige pas cependant que vous éprouviez les sensations pénibles que ces prodiges peuvent faire naître ; une semblable crédulité dans ces temps-ci n'appartient qu'aux sots et aux en* fants. Il est inutile que vos oreilles éprouvent un espèce de tintement, ou que vous changiez de couleur comme Théodore è l'apparition du spectre du Chasseur '. Tout ce qui est indispen-» sable pour jouir de la douce impression d'une crainte surnaturelle, c'est que vous soyez susceptible de ce léger tressaillement ou frissonnement, qu'un conte terrible fait éprouver, surtout lorsque le narrateur prévient d'avance qu'il doute de ce qu'il

i Wahing dr0ams, dit en effet le texte, a. h.

â Afoods of my oton mind. Wordsworth est le poète des lacs ; il se plaît à chanter au milieu des brouillards, et quelquefois ses yers s'en ressentent, a; k. S Ballade anglaise, a. m.

avance, mais qu'il trouve cependant inexplicable. Il existe un autte symptôme, c'est Thésitation momentanée avec laquelle on * regarde autour de soi lorsque l'intérêt du conte est porté au plus haut degré ; et le troisième point est de craindre de se regarder dans un miroir lorsqu'on se trouve seul le soir dians sa chambre. ' Yoilà les signes qui attestent que Timagination d'une femme est montée au pcMnt d'exaltation nécessaire, pour qu'un conte de revenant produise chez elle cet effet. Te ne chercherai point à dépeindre les impressions analogues chez un homme.

— Cette particularité d'éviter les miroirs, ma chère tante, doit être assez rate parmi votre sexe.

— En foit de toilette, mon cher neveu, vous n'êtes encore que novice. Toutes les femmes consultent leur miroir avec empressement avant d'aller dans le monde*, mais de retour chez elles, le miroir n'a plus pour elles le même chaicme* Le dé a été jeté; la personne a eu ou n'a pas eu de succès dans l'impression qu'elle a désiré produire; mais sans entrer davantage dans les mystères de la toilette, je vous dirai que moi-même, comme bien d'autres personnes, je n'aime pas à voir la surfece noire et confuse d'une grande glace dans un appartement mal éclairé, et où la réflexion de la lumière paraît plutôt se perdre dans la profonde obscurité de la glace que de réfléchir sa lumière dans l'appartement. Une glace dans l'obscurité est un vaste champ pour le jeu de l'imagination; elle peut y faire voir d'autres traits que les nôtres, ou^ comme dans les apparitions de la veille de la Toussaint, dont on amuse notre enfance, on croit apercevoir quelque forme étrangère regardant par-dessus notre épaule. Enfin, quand je me sens l'esprit disposé à voir des revenants, je dis à ma femme de chambre de tirer le rideau vert sur le miroir civant d'entrer dans ma chambre, afin que s'il doit en effet en paraître un, elle soit la première àJ^ voir. Mais à dire vrai, cette répugnance de regarder dans un miroir, en certains temps ou en certains endroits, doit son origine à un conté que me fit ma grand'mère, qui fut partie intéressée dans les scènes que je vais vous raconter.

L« MIROIR DE HA TAKll^ MARGUERITE; 12

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