PREMIERE PARTIE
Enfants, prêtez Poreille.
Jn'onyme,
« Vous aimez, mon neveu, tes esquisses de la société datmnps^ passé. Je voudrais pouvoir vous dépeinére le <^ievalier Pfailipi^ Forester, le libertin modèle de la Ix^ne eooipagaîe d'Bcosse v^s la fia du siècle deroier. Je ae l'ai jamais vu ; mais, d'après ce que m'a dit ma mère, de son esprit, éd sa gakmlerie^ et de son gcéL pour Ifké^&me^ ce gai ebevaâier vivait à la fin du XTfi* siècle et AU commeaeeineiit du xviW. C'était le str Charïea Easy ^ etie liOvelace ^ du jour etde^n pays. Ses duels, ses bôoMs ferlmes et quelques actions sur lesquelles (si les lots s'appliquaient à (ont le monde) il ^ùl mérité d'être pendu« lui avaient acquis use cé^ lébrité daps le beau monde, et joignaient faeilemeotses rivbuk. Une telle réputation nous montre ou que aos mo^rs actueUte sçi^t meilleures, ou seulement plue décentes que celles d'autre^ fQÎs, ou queie bon ton était plus difficile à atteinte que n^into^ naat, et qiie'parconséqueptoQ étak plus indulgent pourrèéuTeaK possesseur de ces avantages. Nul iœtit-4Qaitre de nos :joiirs Ue te serait soumû avec autant de se^g froid à h trente que lui«tt/m Talfaire de la jolie P^gy Griodstonne, lia^ gtle du «leuniâr de SiltermiUs. Si eUefût arrivée. à toutnutre iqu'à lot, ^Ue<eû^wees- ^ireoient donné de la besogne au bourrea^i di^ roi \ mais «^ ne fit pas plusde tort à sir Philippe que la grêle neeatise de detemage à la pierre du foyer. On le recevait tout ^mù bi0n qu'^aparavant^ fl a même dîné che? le due d'Avgyle le jotif^0 l'enterrenient de oette malheureuse fiHe, qui mourut de efaegrin. Mais ceci n'a aucun raj^ort avec mon eonto.
« Avant tout , j'ai un mot à voue dire de ses p«âreilts et de ses alliés; prêtez-moi toute votre attention, et je vous pn(MEôets<i»Be pas être longue. Il est nécessaire à l'authenticité de tnon htstMte que vous sachiez qu'avec sa belle figure, ses talents et ses manié* res élégantes , sir Philippe épousa la plus jeune des demoiselles Jaleoner de Kings Copland. La sœur atnée de cette dame avait été la femme de mon grand-père , sir Geoffrey Bothwell ^ cette
1 Personnage d^ane comédie de Libber. a. m.
2 Pgr^pnnage de la Clarisse ffarlowe jle ]^|,c))af dspiu A* x.
ttOMn fit jouir notse ùmiiit d'une belle fartuBe. Miss Jraiiiia ^ iBÎss Xemmie Fakooer » ainsi qt^'aa TaK^elait , af^xurta en dot À saBisaii W^QÛO livres steri. ^dot irèe-^oonsidéraUe alar&.
fw Lee deux aoeuin , ^uoî4|u'eiks euseeni toutes deux ieuns adloirateurs étaot demoâselles , ae se ressemblaient guère. Le seog bouittaBt'du vieiu: i*ol Copland coulait dans les veines de milsdjf JBotfa^eU. EUe^était bardie, sans eCErontorie^ ambitieuse .> désH aramt élever sa OMâson et sa famille aux bonnears. EUe excita, diton , mcoi ^rand^père , qui étaif natiirellement indcdeot, à se mdler^des afibiros politiques, ce qu'il aurait bien .mieux iait d'éditer. Cependant c'était unafémme qui avait das^principes solides , un bfmum» supériettT , ainsi que le prouvent ses lettres qui sont cenféraiées dmis.moa eabinet.
« Jeaina Faleoner était tout à fait l'opposé de sa sœur ; son KileUiganQe., ârloutefois elle en avait, i^it des^phis ordinaires. Sa beauté , 4u'<dUeoi»seP¥a fbrt peu de temps , ne eonsistsit (pd dans une grande dtilioatesse de traite «et .de 4eînt, maiseans auenae expneaaion. Lbs fiiagrkis d- ofie onian jual assortie détriiisi* refit «bientôt ses «iiamea. £Ue aimai4 iiassiowémeeat aon nari » qnila traitait aiftee une iadkiéiieflioeipoUe. Uae 4elte eemduite ecH vers usa j)enMmM tendre et d'un ii^einent faible jprodutsitvSir lelte ttn ^etipeut-dtve plus pénifafe <|ue s'il l'iavait traitée pkis dnittment. Sir fihtlippe 'était voluptaens;» «ou plutât parfoit -égoïste ; son caractère était comme son épée, poli , tranchant et brillant, caaia iale&ftUe «et aans pitié. <^oiqU''ii (rfiservftt so^neiisement tonles les tosoes^ la peAitease ^avers aa tfenime, 4i :ne w taisiit paaarniipideide to {priver caèafte de la oomfnssîew du monde ; et •bien ^qu'elle mgwffm à oeex «qui te fossèdent , il était pénible à «m ^9€i^ ^MmmeiOQlm de tey dForeat^r île veir ^u'ette n'«n pou* va&t)oiw. .
« Asos leiMnde, fOBteKcue^ît^v^ari coupable aux di^ieBs de la femase maibraitéfi. <>aelqaes personnes l'aeeusaient de £éblesse, et déetaraieiit «pio si elle avait eu un peu de la lermelié de sa sœur , ^le aurait fait ce qu'elle aurait voiuki de son mari:, fi^t<^il4m aiUre Faloonbridge ^ Une ^ande fnrtîe de leMs cihbh naissants affeetaient. d» la fraoûhjae , et disaient que tas fautes étaient réciproques, quoiqu'en vérité il n'exiatàt pas d'ôppnasaaiir ni d'opprimée. «« C^-taDiiement» «goutaieni^ils , personne ne justifiera sir Phil^ip^e Forester ; mm on le comiaissait,^ Hmim
i Personnage d'an drame de Shakspeare* ▲• m.
Falconer devait s'attendre à ce qui lui arrive. Pourquoi voulotelle l'épouser? Il ne l'aurait Jamais remarquée si eUe ne s'était pas jetée à sa tête avec ses 10,000 livres sterling, et sans l'argent qu'il cherchait il aurait pu trouver mieux. Et puis, ayant épousé cet homme , pourquoi n'essaye-t-elle pas de rendre sa maison plus agréahle exi invitant plus souvent ses amis et en ne le toarmentant pas du bruit de ses enfants criards, et en ne l'entourant que de choses élégantes et de bon goût. Je le déclare, je crois que si on savait bien mener sir Philippe, il ferait un excellent mari. »
« Les critiques peu indulgents ne pensent pas qu'en éleyant cet édifice de bonheur conjugal ils publient que la principale pierre y manqiuiit , et que pour recevoir honorablement bonne compagnie , il faut une fortune considérable , et que celle de sir Philippe était fort délabrée. Aussi , malgré les conseils qu'on lai donna et les sages réflexions qu'on lui fit, sir Philippe chercha le plaisir loin de chez lui , et abandonna sa femme triste et désolée.
« Enfin, gêné dans sa fortune, fatigué de Tennoi qu'il troayait dans son intérieur , il se décida à parcourir le continent comme voiontaire. Il était d'usage alors parmi les hommes de Faristocratie de prendre ce parti ; mm il est possible que notre chevalier ait pensé qu^une légère teinte du caractère militaire igoaterait à ses avantages , sans pour cela te rendre fat j sa qualité d'homme à la mode lui était nécessaire pour conserver aa position dans le monde.
« Cette résolution de Sir Philippe mit sa femme au désespoir. il en fut tellement touché que , contre son habitude , il prit h peine de la ta«nquiliiser. Cette fois , les larmes qu'elle versa ne furent pas ^ns quelque douceur. Lady Bothwell lui demanda comme une grâce la permission de prendre pendant son absence sa femme et ses enfants chez elle. Sir Philippe accepta avec phi- «ir cette proposition, qui d'abord lui était favorable comme économie , puis mettait fin aux propos des gens qui se permettaient de le blâmer de quitter sa famille. Par celte condescendance , il se rendait d'ailleurs agréable à lady Bothwell , pour qui il avait nn certain respect; car elle était la seule personne qui ôsat lai parler avec franchise et sévérité , sans redouter sa raillerie ou le prestige attaché à sa réputation.
« Quelques jours avant le départ de sir Philippe, lady Bothwell prit la liberté de lui faire , en présence de sa sœur , une question
LE MIROIR DE MA TANTE MARGUERITE. idtt
directe que sa femme n'avait jamais osé lui adresser , quoiqu'en ayant le plus grand désir.
— Je vous prie > sir PhiUn>e , de nous dire qudle route vous prendrez lorsque vous serez sur le continent.
— J'irai de Leith à Hdvoet, par le paquebot qui porte les dép^obes.
«— Gda s'entend 9 » réjdiqua froidement'lady Botbwell ; « mais vous ne comptez pas rester long-temps à Helvoet, je pense , et je désire savoir vers qud point vous vous dirigerez ensuite.
— Tous me demandez^ répondit sir Philippe, ce que je ne sais pas encore moi-inéme ; cela dépend des hasards de la guerre. J'irai au quartier général probablement ; là je présenterai mes lettres de recommandation ; j'apprendrai autant de l'art militaire qu'il sera nécessaire pour un amateur comme moi ; je me lancerai dans la carrière des armes , et peut-^tre chercherai-je a voir ce que c'est qu'une bataille, comme les gazettes nous en en« tretiennent.
— J'espère , sir Philippe, que vous vous rappellerez que vous avez une femme et un enfant ; et que malgré votre goût pour la carrière militaire , vous éviter ez un danger inutile et ne vpus aventurerez pas comme un soldat.
— Lad; Bothwell me fait trop d'honneur en daignant [«rendre tant d'intérôt à ma conservation ; mais, pour dis»per cette crainte si flatteuse pour moi , je la prie de se rappeler que je ne pourrais exposer le vénérable personnage qu'elle recommande à ma pro^ tection sans mettre en péril l'honneur d^un individu appelé Phi* lippe Fore^er, avec lequel je suis lié depuis trente ans, et quoiqu'on le regarde généralement comme petit-maître , je ne veux pas m'en séparer..
— Pardon , sir Philippe , vous êtes le meilleur juge de vos af-foires ; et j'ai peu le droit de m'en mêler : d'ailleurs , vous n'êtes pas encore mon mari.
— Que Dieu m'en préserve ! » répondit viveihent sir Philippe , qoatant cependant , « que Dieu me préserve de vouloir priver mon ami sir Geofirey d'un pareil trésor.
-*- Mais vous êtes le mari de ma sœur , ajouta lady BothweH , et il me semble que vous ne pouvez ignorer tout le chagrin que votre absence va lui causer.
— Puisque j'en entends parler du matin au soir , répliqua sir Philippe , je dois certainement en savoir quelque chose.
^' Je ne ppéleiid» |M8 riposter à ectte saMte spirilaéiii^ su? Philippe ; mais vous devez bien savoir qure tout ara. cliagrî» vient dtoi criioles qu'elle épreuve peur vood ^ pour les duigeflrs tpie vous allez courir.
^ 9il en est ainsi , }e stits au moine earpris iiuelady Botkwefl témoigne autant d'intérêt à un individu qui en est si peu digne»
•^L'intérêt que Je porte A ma smir eoEplique te dérir quefà d^appreodre vos IntenUens , air Philippe ; )e suvt Mes peftmadiS» que vous pouvez von» paaeer du nrien ; iii sûreté i^ mon ftAr» ]|i>)cetipQ anssi.
^yeua^voQlezpederâuâHifapFatomer, votmtrèmdircélé mitemel; qurtle part peul>*il avoir dm? cette^^agrâaUeooivra^
«itieft?
•^ Youe avez, eu qnelqiiies mots coieemlile^ air ^Uppe.
'^ Tout naturettement : non» sommes perenls , et. (xnBiueMi nous avons en dea alRdrea à i^ler.
— Vous ne répondez pas à ma question, reprit lady BotlméH : je véuit dire que par sirile de qadquea (^nervations quTil voos-fit Mativement à votre coAdaile ^vefs veire fsmme , vooavoes Mes querellés.
-^ Si vous supposez le major f^leoner assez staiple pour M cnéler de mea affaires parliculièrea , iady Bothwell , vods avesen i^érité raison de eroire que cette liberté me déplairait, et bien plus, }e le prieraiade garder ses aviajusqn'à ee qi^je les hni demandasse.
•^ Et c'est avec de pareltlea dispositions que vous allez joindre Farmée où ae trouve mon frère ?
li n'y a pas d*homme qui observe mieux les devoirs de Thonneur que le major Falconer , répliqua sir Pbitippe. Et unâspi^ rant comme moi ne peut choisir un meilleur guide. >»
« Lady Bothwell se leva et alla vers la (ënétre les larmes aui yeux.
"^ Comnïent ! c'est par une froide raiHerie que vous répondez aux craintes que nous vous manifestons sur les suites inévitables d'une querelle qui pourrait se terminer d'une manière fatale ! Grand IKeu ! de quoi sont formés les coeurs des hommes, pour se louer ainsi du désespoir des autres ?
« Sir Philippe en fut touché ; il quitta son ton moqueur, et, sai« sissant sa main , lui dit :
-7 Ma dière lady Bothwell , noua avons tort tous deux : vous
IJI MtAOlR DE MA TANTB MAROUERÎTC. 167
^éM iMftiiomp \itep séfiétise ^ et moi je ne te sais pai^ assez peotélie. La (lœreUe que far eue avec le major Fatcooef était dfe peu ^ïffîpevtanee; Sk- quelqfre cho^te de graye nous eût obligés de la vfifer par tn^ defiUi^ comme acms disons en France, ni Tunni ; l^ufere n'aiitions manqué à ce devoir. Permettez^moi de vous dire qm siim savait que vous ou lady Forester avez des craintes d'une téHe^catastrèphe» ee serait le plus sûr moyen de la faire arriver , «É poor le moment, H n'en est nullement question. Je cojtin^s iùire bon aen$ , mi tady Botfmell , et vous me comprendrez lonh ^Mfe vous dirai que mes affaires exigent que je m^absente quelque lemp». Jemina ne peut en entendre parler-, elfe me fait toujouts^lds mémeis questions : « Pourquoi ne faites- vous pas ceci qu Mhi ? PourqtHH ?. . . » Et lorsque je loi ai expliqué que toutes ses feesKMirees seraient sana effet, fl me farrt recommencer les mêmea expiieations. 0Hes ft votre sœur , je vous prie , ma chère (ady Bothwell , que Vous êtes maintenant rassurée et tranquille. Tous âavez qii'«Be esl une de ces personnes sur qui Tautorité produit fias d'effet que le raisonnement. Ayez un peu d|6 confiance en moi , et Vûua verrez que j'en serai digne. »
« Lady BothweH secoua la tête commef quelqu^un qui n'^est qp^è^ demi satisfait ; « Il est bien difficile , reprit-elle , d'avoir quelque eonfianee , quand la base sur laquelle elle doit être assise a été si souvent ébranlée ; mais je ferai tout ce qui dépendra de moi pour tFanquîHiser ma sœur. Songez à vos promesses, car vous en serest responsable envers Dieu et les hommes.
— Ne craignez pas que je vous trompe, milady, le plus sûr moyen pour me faire passer vos lettres sera de les adresser à Helvoetsluys ; je donnerai des ordres pour qu'on me les expédie ; quant à ce qui regarde Falconer , notre première rencontre aura lieu devant une bouteille de bourgogne ; ainsi tranquiUisez-vous. » « Lady Bothwell ne pouvait pas être rassurée , mais elle sentait bien que sa sœur gâtait sa cause en laissant tVop paraître le chagrin et le mécontentement que lui causait le voyage de son mari, surtout devant les étrangers qui ne manquaient pas de le répéter à sir Philippe, ejt c'est ce qui lui déplaisait beaucoup. Mais personae ne pouvait empMier ces querelles conjugales, qui ne cessèrent que le jour du départ.
«Je suis fâchée de ne pouvoir vous dire précisément dans quelle année sir Philippe passa en Flandre. Seulement c'était une de celles où la campagne s'ouvrit avec une fureur extraordinaire ; et
plusieurs sanglantes escarmouches eurent lieu entre les Français et les alliés. Be toutes nos modernes améliorations , il n'y en a pas de plus grande que l'exactitude et la promptitude avec laquelle les nouvelles sont transmises. Bans les campagnes de Marlborough le chagrin de ceux qui y avaient des parents était bien augmenté par l'inquiétude de ne pas en recevoir de nouvelles , surtout sachant qu'il y avait eu des batailles sanglante3 livrées; et il était probable que ceux qui excitaient notre intérêt y avaient pris part. Parmi les personnes qui souffraient le plus de cette horrible inquiétude était... j'allais dire la femme abandonnée de l'élégant sir Philippe : une seule lettre l'avait informée de son arrivée sur le continent 9 et on n'en regut point d'autres. Seulement on apprit par la gazette que le volontaire sir Philippe, ayant été envoyé comme chargé d'une reconnaissance dangereuse, avait déployé dans cette mission le plus grand courage et la plus active intelligence. On ajoutait en outre , qu'il avait reçu de son officier commandant les plus grands éloges, La pensée de la gloire qu'il avait acquise Qt naître un instant une légère rougeur d'émotion sur la joue pâle de sa femme , mais bientôt aussi elle reprit sa pâleur habituelle en songeant au danger qu'il avait couru. Après cette nouvelle on n'en reçut ni de sir Philippe ni de leur frère le major Falconer. La position de lady Forester ne différait pas de celle de beaucoup d'autres; mais un esprit faible est toujours irritable, et rincertitude que quelques personnes supportent avec une indifférence qui tient souvent de leur constitution , ou d'une résignation philosophique^ ou enfin de l'heureuse disposition de voir tout en beau , était insupportable pour lady Forester qui enr même temps était sensible , triste et dépourvue de la moindre force d'âme naturelle ou acquise.
SECONBE PARTIE,
La fatalité nous entraîne.
Anonyme,
« Gomme on ne recevait point de nouvelles de sir Philippe di-^ rectement ni indirectement, elle éprouvait une espèce deconso^ lation en songeant à cette même insouciance qui lui causait tant de peine. « Il est si étourdi , disait-elle cent fois par jour à sa sœur ^ il n'écrit jaciais lorsque tout va bien , c'est son habitude ^
si quelque chose d'eiLtraordinaire lui était arrivé » il nous l'aurait bien certainement appris. »
« Lady Bothwetl écoutait sa sœur sans chercher à la consoler ^ elle pensait probablement que même les plusmauvaîses nonvelles de Flandre pourraient offrir quelque genre de consolation, et qve^ la douairière lady Forester, si le hasard le voulait, pourrait jouir d'un bonheur inconnu à la femme du plus beau et du plus brillant chevalier de TEcosse. Cette conviction ne faisait qu'accroitre de jour en jour, surtout depuis qu'on avait appris du quartier général que sir Philippe n'était plus avec Farmée , soit qu'il eût été tué, ou fait prisonnier à une des escarmouches dans lesquelles? il aimait à se montref , ou bien soit que , par quelque nouveau caprice, il eût quitté le service sans que personne pût rassurer; Ce fut alors que ses créanciers se montrèrent exigeants ; ils s'em* parèrent de ses biens , et menaçaient même de le faire prendre , s'il osait se montrer en Ecosse. Ces désagréments mettaient le comble à la mauvaise humeur de lady Bothwell contre te mari fugitif, et sa sœur ne voyait dans tout cela qu'un motif de plus pour ajouter à la douleur qu'elle ressentait de Tabsence de celui que son imagination , dans ce moment , lui représentait galant , bril-' lant , tendre enGn comme il était avant son mariage.
« A cette époque vint se fixer à Edimbourg un homme d'un singulier caractère. On lui donnait le nom de docteur de Padoue, parce qu'il avait fait ses études à cette célèbre université. On le disait possesseur de plusieurç receltes en médecine avec lesquelles, prétendait-on , il avait fait des cures merveilleuses ; mais en même temps que les médecins d'Edimbourg lui donnaient le nom de charlatan, il y eut beaucoup de personnes et une partie du clergé qui, tout en admettant la vérité de ses cures et la puissance de ses remèdes, affirmèrent que le docteur Battisto d'Amiotti se servait de charmes et d'un art il licite pour obtenir de grands succès dans sa profession. On défendit en chaire de recourir à lui pour recouvrer la santé par des moyens^urnatorels^ mais la protection que le docteur trouva auprès d'amis puissants lui permit de braver ces fâcheuses imputations, et il passa, même dans la cité d'Edimbourg, renommée par son horreur de la sorcellerie et des nécromanciens , pour le dangereux interprète de l'avenir. Enfin , on allait jusqu'à dire, que pour certaines gratifications, qui bien entendu devaient être considérables , le docteur Battisto pouvait prédire le sort des absents et leur occupation du moment. Cette
mvfélii^ parvint mx oroiltes de* \^ F^eMer deiMr te dâsiivair était arrivé à un point où Ton risque toulpouf obt^oit im^isei^U^ tilde quelconque, ]3io(<ee ^ Ximià» âana toutes l^ fimowlMees 9Fd»owe9 de I9 vie» l'état de aon esprit U?e«^i éiif»rgtq»e et ]^ne de bardie«^. ii^y BothweU ne 6tt p^a p0^ ^HFfuiie de reote^dre exprimer U ré^lu^Uon qtit'eUe watt pma de éàte une Yi$ite à cet bowne« pour qu'il 1<M fit oQnii^^trelêaott û^êm^imd. I^^dy 9^hweU efw;ya de la çeavai«H?f e de toute l'ineeiVfQnaiw^ d'uae pareille déœarebe ejt de Timpoifêure ^ eet étranger.
% fl m'inpprte peu, »- dU la malt^wenia fimme atendenfiéSi % qu'on lue Uiipe ou qu'on n^ trouve ndieute.^ s*it f a ui» çtiance^ «ir cent pour que je puiae^ avoir quetq wa renàeiifQeKiwti svr lesoft de mon mari, je ne inanqu<eraî pa0 date tenter^itt pris; de tout Cià que le mo^d^ pomrait m'nffirir . «
mLs^Y Botbv^eU cberch«^ enauite. à lui p^nsuader qu'elle cXXnmt Sîeu en ayant recours à de tel^ inoyens.
. « Ma sq^ur, lui di9aJt*-eUe^ eelui qni meurt de ielfoekcratitf pis de se désaltérer môme à une aource evsap&imifmm^ cdlo <|ui 'souflre de l'jincertU^e doit cbarober à m 9Qvti»x quand mette h» moyens qu'elle enH[>l«He $K>nt défieodua et viendraient de r^afer. Je veux connaitre mon sort ce aoir ; le $Qiml qjisA m U^vem demiUB me verra, sinon plus beureusci au moins pius^ résignée.
— Ma sodur^ ai vous êtes décidé^ h faire cette étrange da-* marche, répliqua Isw^y Bothwdl , vons n'ires^ pas aeule, Si ^ bomme est uu imposteur» tous série? trop émue pour veus en apercevoir; et s'il y a delà vérRé dçns ce qu'il poi^irrait dire 9 je ne voudrais pas que vous vous exposassiez seule «à entendre quelque chose d'aussi extraordinaire. Je vous y ^cemp^i^^ ai vous êtes toujours déterminée à y aller ; nm$ réQéfcbisaez eacore à ce parti, et pui^siez-vous renoncer à un moyen coupable, et qui peut-être n'e^ pas sans danger- »
w Lady Forester se jeta dans les bras de sa sœur, la près» contre son cœur, la remercia mille fois de. son oflre , mais en même temps refusa avec tristesse de isuivre les conseils dont elle était accompagnée.
« Après le coucher du soleil , heure à laqueUe le docteur de Padoue recevait les visites de ceux qui venaient le consulter, les deux dames quittèrent leur appartement, habillées comme de9 femmes d'une e(M)dition inférieure et la flgure enveloppée de leurs plaids; car^ dans ces temps d'aristocratie, on reeooaaitôait
LE M»OmJ» MA TA27TS MARGUUBRITS. §M
hvaMé deigeM à te msoikn doit îte le pwtMB( , «i àk Samm de een tieSQ. Lad; BotkiweU engagea sa aonir à prendre cette, eapèee de dégrâeoieot « dTebevd peur échapper mx otaer^ lelîoiie dee cweiniqui leaiverratonteller i te imhscw du eeveier^ eteoftaat peurîii09r de te pénétniUen de eet bonmeeQ peraiiH sant devant lai sous des dehors qui n'ap|MirteBakliil point à lew posiliiHi daas te moode.
« Lad; AoUmell Parait tut payer par ud domeatlqao da^ eoafiBHce qui Farertii aa laèniie tettps que te fteune d'un panvfa soldat désicati aavoir ce qo'étaîl davena aoo oHai » aajai aar lequel proteMeoieni le philosophe était aouvetf
CODSUtté.
« Jaaqa'au dermer marnant, et toraqae Hioploga du palais aat sonné huit heures, tedy Botiiwell regarda atteniiYeaMBt la sœur , dasa Feapoîr qii*dfe rebonoerait à sa téméraire enirepriae; mate te doiieaiir et méoia te ttoiidilé aoi^ capaUea qudquefote de Taiootés fermes et de fortes détarminatious. Elte tronTâ SB aoBiir résolue y ioébnnlabte et opiniâtre y quand rinstont dit départ arriva. Mécontente de ce projet , mais décidée à ne pas quitter se sœur en ua seo^teble moment, lady Bothweli et tedy farester parcoururent plusieurs alLées obsciires et des rues sombres; te domestique leur servit de guide. EoQn il tourna anhitemeat dans une petite cour, et frappa à une porte en forme d'i^rceau , qui paraissait appartenir à un antique bâtiment. Elte s'ouvrit 7 quoiqu'on ne vit point de portier, et le domestique se mettant de côté, iit signe aux dames d'entrer. A peine (tirentelles entrées , que la porte se ferma et tes sépara de leur guide. Les deux dames se trouvèrent dans un petit vestibule éclairé par une seule tempe qui répandait une teiUe lueur; la porte fermée, il n'y avait aucune communication avec Tair ou la lumière ex*térteure. Dans la partie éloignée du vestibule eltes aperçur^it une porte entr'ouverte.
« Ge n'est p-is le moment d'hé^ter, Jemina, h lui dit tedy Bothweli; et se dirigeant vers cet appartement, elles y trouvèrent le docteur entouré de livres, de cartes géographiques, d'instruments de physique, et d'autres machines de forme et d'apparence particulières.
« Il n'y avait rien d'extraordinaire dans la personne de ritalien; il avait le teint et les traite de son pays; il paraissait âgé d'environ cinquante ans, était bien mis > mais sim]^ement , et comme
IM LE MIROIR DE MA TANfE MARGUERITE/
toupies médecins d'alors, il portait un habit noir. La chambre, fort bien meublée, était éclairée par des bougies dans des fkinw })eaus: d'argent. Il se leva à l'entrée des dames , et , malgré leurs vêtements, les reçut avec ie respect dû à leur rang, et que les étrangers ne manquent pas de rendre aux personnes à qui revien* nent de tels honneurs.
« Lady Bothwell essaya de garder l'incognito qu'elle s'était proposé ; et comme le docteur les conduisait au haut bout de la chambre, elle fit un geste pour r^ser cette politesse , ccnome n'étant pas digne de cet honneur : « Nous sommes de pauvres femmes, monsieur, lui dit-elle^, le chagrin de ma sœur est la cause pour laquelle nous venons vous consulter. »
«Le docteur sourit , et interrompant lady Bothwell , il lui dit : « Je connais le chagrin de madame votre sœur et sa cause ; je sais aussi que j'ai l'honneur de parler à deux dames de haut rang , milady Bothwell et milady Forester. Si je n'avais^pa? le pouvoir de les distinguer de la classe que leur costume indique, il y aurait peu de probabilité que je pusse leur donner les renseignements qu'elles sont venues chercher.
•*- Je comprends facilement, lui répondit lady Forester.
— Pardonnez ma hardiesse, d'interrompre Votre Seigneurie f vous vouliez sans doute me dire que j'avais appris vos noms par votre domestique : cette pensée serait contraire à la vérité -, elle ferait injure à sa fidélité, et permettez-moi d'ajouter, au talent de votre humble serviteur, Battisto d'Amiotti.
— Je n'ai l'intention de faire ni l'un ni l'autre, monsieur, » répondit lady Bothwell en s'efforçant de garder so^ air calme, quoiqu'elle fût cependant assez surprise; « mais la position dans laquelle je suis est toute nouvelle pour moi*, si vous iious connaissez, monsieur, vous devez savoir quel désir nous amène ici;
— Le désir de connaître le sort d'un Ecossais distingué, qui est en ce moment, ou qui était encore il y a quelque temps sur le continent, répliqua le docteur. II s'appelle le chevalier Philippe Forester; il a l'honneur d'être le mari de cette dame, et, avec la permission de Yos Seigneuries, j'ajouterai, qu'il a le malhear de ne pas apprécier comme il le devrait cet insigne avantage. »
« Lady Forester soupira, et lady Bothwell répondit «
tt Puisque vous connaissez mes intentions, la seule question
qui me reste à vous faire est de savoir si vous avez le pouvoir de
calmer l'inquiétude de ma sœur.
—Je l'ai, madame; mais j'ai aussi une autre question à tous faire. Auriez-^vous le courage de voir de vos propres yeux Ce que le chevalier Philippe Forester fait dans ce moment ? ou voulez- V0U3 vous en rapporter à mon témoignage?
-^ Ma sœur peut seule répondre à cette question, répliqua lady Bothwell.
—Je suis décidée à contempler tout ce que vous avez le pouvoir de me montrer, » répondit lady Forester, avec le même courage qu'elle n'avait cessé de montrer depuis qu'elle avait pris cette résolution.
« Il peut y avoir du danger.
— Si l'or peut le compenser. ...» répliqua lady Forester en sortant sa bourse.
-^ Je n'agis pas par intérêt, milady; Je n'emploie pas mon art dans un tel but; si j'accepte l'or du riche, ce n'est que pour soulager le pauvre; je n'accepte môme pas ce que j'ai reçu de votre domestique. Veuillez garder votre bourse, madame ; un adepte n'a pas besoin de votre or. »
u Lady Bothwell, croyant que ce retvà n'était qu'un tour ^e charlatan afin de se faire donner une plus forte somme, et désirant voirie commencement de cette scène^ lui offrit de l'or à son tour, en lui faisant observer que c'était dans l'intention d'agrandir la sphère de ses charités.
« Que milady Bothwell agrandisse la sphère de ses propres charités, répondit le docteur , non-rseuleme&t en faisant les aumônes dont elle n'est pas avare, mais en jugemt le caractère des autres; et qu'elle fasse l'honneur à Battisto d'Amiotti de le ordre honnête homme jusqu'à ce qu'elle ait le droit de le soupçonner de friponnerie. Ne soyez pas surprise^ madame, si je réponds plutôt à vos pensées qu'à vos expressions , et veuillez me répéter si vous aurez assez de courage pour voir ce que j'ai l'intention de vous montrer.
— J'avoue , monsieur, que vos paroles ne laissent pas que de m'effrayer un peu ; msâs je suis prête à regardîer tout ce que ma ^sœur désiré voir.
— Il n'y a de danger qu'autant que vous viendrez à manquer de résoluticm ; la représentation que j'ai l'intention de vous donner ne peut durer que sept minutes. Si vous interrompiez la visicm par une seule parole , ncm-seulement elle en détruirait tout le /Charme , mais il pourrait en résulter du danger our \eâ specta-
JM LE Mmon DE MA TANTE MAHOOmiTE.
teurs ; si > tQ contraire, vous fNMnrez rester aUoMeose pendant seulement les sept mimites , votre coriosité i»ra satisftâte sansle lûâiidrejrisqae , je vous en dcmùe ma parole. •>
u Lady Bothwell n*eat pas b^ucoap âeeonfiaHce enc^epix^aaésse; mats dto cacba ses soupçons comme si elle or^fait vraiment que l'adepte, dont les traits sombres exprimaient iiD léger sourire, pouvait réellement lire dans ses plus secrètes pensées. H se fit un laonaent de silenee i^lemiel , jusqu'à ee qfie lady f^re»tBT reprit asses de courage pour répondre au médecki < titre <iuil se donnait) , qu'elle contemplerait avec fermeté et en^l^ceœ qu'il promettait de leur montrer ; aiors il leur fit \xm prcrfoede sakitatioD, ea lear disant qu'il allait préparer tout ee qpii était nécessaire pour la réalisation de ses promesses.
<( Les deux sceors se tenaient par ia main , coaiine si dies s'étudiaient par œtte union à détotimer le danger qai i^v»t les menacer ^ elles s'assirent stir des sièges idaoés I'ub contre ra«Hir«. Jemisia cherchai t ua appai dans le cefori^mâieide lady BotbwdD; cette dernière, plus agitée qu'elle ne le pettsaitd'diord; essayait deseiDntifierdaDsla résodution déseapérée que le nulhâiir de sa sœur l'avait forcée de prendre, ia^tme peasaii iôténeuremmit que sa soMir n'aTait jamais riœ craint 9 et ra»ti»e itéfiédiissaiit qfaeti une personne d'un esprit aussi faible 4iue Jenama n'était pas effrayée, elle , dont l'esprit était plus fort, ne pouvait fétae.
« Quelques Énoaieiitsaprèd, leurs té^esctoas inttsà int»w^pues par une sausique^sidouoeetsisoieiimile enmAmeten99' quelle pmïaissàit oaloulée çoar -éloigaer et dts^ver lont seaiiiMBt foinesevait paseo rapport a^ec son ItarBioiite, et fK}ur ajoute^ en mèsie temps à rémotion ^ue l'exitrevae préeédent» ^awit consiée. L'instrament qui produisait de»âoi^«itssi a^ablss était ia^^onnu anx deus^ sœtyrs; dans la witei toirt fit ORok'ei vs» ^raiul^èrequetc'éiaituB hasœonkia, iiistponi^ long-temps après.
« Ixmque tns Bom mélodieJHK eessèreot , une parte s'ouvrit, et elles vioeat d'Aœiotti d^ut , élevé att^queigaes imarcbes , tt qui leur faisait signe d'avancer. Son costume élait^i différentd^ e0)in qa'il poirtait quelqiuesrmiiittt^ aupammttt, qu'elle purent a peine le reconnailrû/La pMear de^sm via^ge ^ qaelqD^^^ 4le séidère Guntasatait «as masctoa^ coauae chezquelqu'W^i vient de firaqAre Une lésolutieittVicriMÉ^i etresiprefl»iM satiiiV)^ afec kqualte il te amait T^fftfdéea» iwrtÎGttUiimneBt iàiH
ïM MâOIA D£ Mii TANTE IkAfifÊttTÎGlU^. Ml
BkitbwtO^ tfviil; lolaldftieiit «taifigé. Il avafit 1^ pieds nus, etpoivtait une espèce de sandale antique , Ses jambes aussi étaî^it découvertes }08qix'àus genoux^ il avait une cutotte et un gilet de soie oMlaots^oulëtir cramoisie, et par-Mlessus une robe 4e lin Ilottante , blanebe comme la n^ge , >èt qui ressemblait à un surplis ; U étflôt-âéoetteté , et ses longs cheveus: noirs et plats étaient peignés avec soin dans toute leur longueur.
« Lprsque les dames s'approchèrent, diaprés son ordre, il n'observa plus envers elles cette politesse c^^nonioQBe qu'rl leor a?ait témoignée^ au contraire il leur fit signe d'arancer d'un air impérieux:. Les deux soeurs obtempérèrent k cet or<lre d'un pas incertain , en se dotmantle bras, et elles s\ippro<Aièirent du lieu où il était. Il posa son doigt sur sa bouche en fronçant les sourcils, ecHnme pour lemr rappeler qu'êtes devaient gard^ un silence absolu n et marchant devant ^les, il les eonduisitdans TappartementviMn.
« C'était nnecltô»nbpe itmnense, tëndueftle noir comme pour ua service futt^re. Au haut bout de cettodmmbre était une tablé, ou plutôt uiiee^)èee diautel couvert de noir, et sur lèqtiel étaient placés 'plusieurs instruments à Tieage desi^oreiers. Lorsqu'elles entrèrent iexi» te chambre , elles ne pur^t d'abord distinguer tes objets -, car, n'étant édaivée que par la lueur de deux lampes expirantes , il y faisait extrêmement sorAmtc. Le maître , pour mt servir de t'^pression des Italiens à l'égard de ces personnes, s'approcha de l'espèce d'autel en fktsant une génuflexioti comaie celle d'un eathoUq^e devant un crucifix. Les deux dames avnijoèrent en silence, se donnant toujours* le bras. Deux ou trois mafrehes fot t btases cinaduisaîent à «ne )|^le-forme sur le devant de cet autiA , si toutefois on pouvait Tappisler ainsi. Là le mettre s'uiTÔta et plaça les deux dames à côté de^lui , leur nseommahdant^ nouveau de 'garder le sttenoe. Atersritalien dténdant^soii bras droit de dessous «on maÉteau, >avança l'index vers cinq grandsHamheaux ou tordhss placésà cftiaque cïlMé derautél , ils s'alhraièrent à f approche de m main ou plutôt du doiigt , et répafidifient'une vive darté^datts toute la «hambre. Alors lesdeux sœurs purent dtoUnguer surjette espèce d'autel deus épées nues et croisées , un igtsfiid livide ^mirm:t , qu^es pensèrent être la'Bi- Me, tnirfs dans un kn^age^ui teUr:était ^m^^nu ; et à côiédecfe volume iâFj«térteu!i était un ciitaieltiini^ leplus, «le^jCMîiQ KMMl miroir qui ncnpait tput l'ei^Ge^errière
lee LE MIROIR DE MA TANTE MARGUEEITE.
l'autel, éclairé par lea torches, e( qui réfléchissait le$ objets mystérieux qui se trouvaieht dessus.
u Le maître se plaça ensuite entre les deux dames , et leur montrant le miroir , les prit chacune par la main sans leur dire un mot, Elles fixèrent leurs yeux sur la surface polie vers laquelle il dirigeait leur attention : tout à coupelle réfléchit non-seulement les objets placés devant elle ; mais , comme si elle contenait intérieurement des scènes qui lui étaient propres , d'abord les objets parurent d'une manière confuse , comme des formes vagues sortant d'un chaos , et s'airangèrent ensuite distinctement. Ce fut ainsi qu'après quelques changements de lumière et d'ombre sur la surface de cette glace extraordinaire, on vit se former de chaque côté du miroir une longue perspective d'arches et de colonnes, avec un plafond voûté. Enfin , après plusieurs oscillations, la vision entière prit une forme fixe et stationn^iire , et représentant l'intérieur d'une église étrangère. Les colonnes étaient d'iine grande beauté, ornées d'écussons; les arch^ étaient majestueuses et magnifiques; le paYé était couvert d'inscriptions funéraires; mais on ne voyait aucune relique, point d'images, point de calice ni crucifix sur l'autel; ce qui faisait nécessairen^entjsuppo^ que c'était une église protestante. Un ministre revêtu d'une robe de Genève et d'un rabat se tenait debout près de la table delà communion ; une Bible était ouverte devant lui , son clerc était de^ rière, et il semblait se préparer à procéder à quelque cérémonie de l'église à laquelle il appartenait.
« Enfin , une nombreuse société entra dans l'église ; elle paraissait former le cortège d'une noce^ car un jeune homme et une jeune femme se tenaient par la main , marchaient les premiers, suivis d'un grand. noml»*e de personnes des deux sexes parées d'une manière brillante et somptueuse. La mariée , dont on pouvait apercevoir distinctement les traits , , pouvait avoir au plus sdzeans et semblait d'une grande beauté ; le marié pendant quelques instants tournait la tête , ce qui empêchait qu'on ne vit sa figure ; mais l'élégance de sa taille et sa démarche frappèreat les deux sœurs d'étonnement ; il tourna soudain la tête , et leurs doutes furent cruellement expliqués. Elles virent dans le brilto' marié qui était devant elles sir Philippe Forester. Lady Forester fit entendre une JTaible exclamation , qui parut mettre en mouvement toute la scène et sembla devoir rompre le charme.
« Je ne puis comparer ce spectacle , >» dit lady Bolhwell , lors-
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qu'elle raconta cette merveilleuse histoire , « qu'à l'agitation du reflet d'un étang calme et profond , lorsqu'on y jette une pierre et que les rayons se dispersent et s'effacent. »
« Le maître pressa les mains des deux dames avec sévérité , comme pour leur rappeler leur promesse et le danger qu'elles avaient couru. L'exclamation que lady Forester était prête à faire s'arrêta, et la scène du miroir, après une fluctuation d'une minute, reprit encore sa première apparence d'une véritable scène représentée dans un tableau, excepté que les figures étaient mouvantes au lieu d'être stationnaires.
« La figure de sir Philippe était alors visible ;il parut conduire vers le ministre la jeune personne qui s'avançait en même temps avec une timidité mêlée d'une tendre fierté. Au moment où le ministre venait de placer la société et était prêt à commencer le service, un autre groupe, dans lequel étaient deux ou trois officiers , entra dans l'église. Ils s'avançaient comme poussés par la curiosité , pour être témoins de la cérémonie ; mais tout à coup un d'entre eux , qui tournait le dos aux spectateurs , se détacha de sa société et se précipita vers les mariés, et tous se regardèrent, comme étonnés par l'exclamation qu'il venait de faire. Aussitôt cet oiBcier et le marié tirèrent leurs épées , et ils marchèrent l'un sur l'autre ^ il y eut aussi des épées tirées de part et d'autre. Alors il se fit un grand tumulte ; le ministre et les personnes âgées paraissaient vouloir rétablir la paix. Enfin , tandis que les plus ani* mes des deux partis brandissaient encore leurs armes, le court espace de temps que le devin avait promis des effets de son art expira. Les vapeurs se mêlèrent , la voûte et les colonnes de l'église se séparèrent et disparurent graduellement, et la surface du miroir ne réfléchit plus rien que les lumières des torches et les tristes appareils placés sur l'autel.
« Le doctei^ ramena les dames, qui eurent grand besoin de son secours dans l'appartement où elles étaient déjà entrées. Elles y trouvèrent des vins , des essences et tout ce qui était nécessaire pour leur rendre des forces. Il leur offrit des chaises qu'elles acceptèrent en silence. Lady Forester surtout , plus affectée , donna des marques d'un violent désespoir, éleva les yeux au ciel, sans prononcer une parole , comme si elle voyait toujours le fatal tableau.
u Serait-ce une réalité? » demanda lady Bothv^ell qui commençait à recouvrer ses sens.
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« Je ne puis le certifier positivement, répondit Baltisto d'Amiottî ; mais cela se passe ou vient de se passer depuis peu ; et c'est le dernier événement remarquable arrivé à sir Philippe. »
Lady Bbthwell exprima alors son inquiétude sur sa sœur , dont les traits changés et l'apparente insensibilité rendaient impossible «on retour chez elle à pied.
« J'ai tout prévu , répliqua le devin ; j'ii ordonné à votre domestique de faire venir votre équipage aussi près que possiblede ma maison et autant que le permet la largeur de la rue. Ne craignez rien pour madame votre sœur. Lorsque vous serez retournées chez vous , donnez-lui cette potion cafanante , et elle sera mieux demain. Peu de gens, » ajouta le docteur d'un ton rêveur, « quittent ma maison en aussi bonne santé que lorsqu'ils y eih trcnt : telles sont les conséquences de l'étude de TaTcnir par des moyens mystérieux. Je vous laisse à penser ce que doit éprouver celui qui a le pouvoir de sattsfiaire trne impardonnable curiosité. Adieu , mesdames , n'oubliez pas la potion .
— Je ne lui donnerai rien qui vienne de vous , répondit iâdy Bothwell au docteur. Tai suflîsamment apprécié votre art ; il est possible que vous nous empoisonniez toutes deux pour cacher vos sortilèges •, mais nous ne manquons pas de moyens ni d'amis pour venger les torts dont vous pourriez vous rendre coupables envers nous.
—Vous ne pouvez rien me reprocher , milad y; rous avez cherché un homme qui est fort peu ambitieux d'un tel honneur; il n'engage personne , ne répond qu'à ceux qui le questiouBent et qui viennent le trouver. Après tout tous n'avez appris qu'un peu plus tôt les mauvaises nouvelles que tous ne tarderez pas à connaître. J'entends votre domestique à la porte ; je ne veux pas retenir plus long-temps Vos Seigneuries. Le prochain oeurrier vous expliquera ce que vous avez déjà vu en partie. Si tous me permettez de vous donner un conseil , ne laissez pas sans précaution tomber entre les mains de madame votre sœur les lettres qui viendront du continent. »
« lExi 'prononçant ces mots, il souhaita le bonsoir à hdy Botbwell, et, l'éclairant jusqu'au vestibule, il jeta an manleau sur son costume singulier; puis, ouvrant la porte, il abandonna les deux dames aux soins de leur domestique.
« Lady Bothwell ^ut beancoup de peine à cooduire sa sœur jusqu'à leur voiture , quoiqu'elle ne fût qtfà vingt pftsde là.
IJË HIRCHB B£ MA TANTE MARGUERITE. «N^
<i Sientréo» obea eUes. on fut oUig^ <le faire ai4)eler le m^decÎQ i c'était celui 4e la faa^me. fil tfto l^ poute de la malade» et il dit en secouaat la télé :
« Les nerfs de lady Forester ont éprouvé une forte seco^ase, je déaire en aavoir la cause. «
(c l.ady BothweU avoijia qu'elles avaient été voir renchauteur , et que lady Forester avait apjjurifi de mauvaises nouvelles concert Qaot sir Philippe.
« lie coquio de duarlalan ferait jna fortune s'il restait à £diiU'« lK)urg, répondit le médecin ; voici le septième cas nerveux que j'ai eu de sa fa^on, et tpus causéa par la terreur. >»
u II examina ensv^itela pçtion que lady Bdtbwell avait apportée san3 s'^ea douter. Il la goûta, trouva qu'elle convenait à l'état da la malade j et qu'elle rendrait inutile une course ctiez l'apo^ Uucaire.
« Il réfléchit un instant en regardant lady BothweU d'une nianière significative, et dit enQn :
>< Je peqse qu'il jie faut pas que je vous questionne sur la con* duite de cet Italien.
— En vérité, docteur, répondit lady BothweU, je regarde ce qui s'est passé comme une conQdence ; et quoique cet homme puisse être un fourbe , ayant été assez sottes pour le consulter , nous devons, il me semble, être assez honnêtes pour garder le secret.
— Puisse être un fourbe ! Allons, répliqua le docteur, je suis charmé que Votre Seigneurie convienne de cette possibilité d'un homme venant d'Italie. •
— Ce qui vient d'Italie, docteur, peut être aussi bon que ce qui vient de Hanovre * 3 mais nous devons rester bons amis , et pour cela nous ne parlerons ni de whigs ni de torys.
— Eh bien, >» répondit le médecin en recevant ses honoraires et prenant son chapeau, « un carolus m'est aussi agréable qu'un gninaume. Mais je voudrais pourtant bien savoir pourquoi cette vieiHe lady Saint-Ringan et toute sa société mettent tant d'empressement à vanter ce charlatan étranger?
— Vous feriez mieux de l'appeler jésuite. >» A ces mots ils se séparèrent
« La pauvre malade, dont les nerfte avaient éprouvé une forte
i C^est de \ï que vient la fanrfUe royale actuelle d^^ngleterre, comme le Prétendant, ftl0 de Jacques il at père de G]i«rle&-«Édottavtf , veni^t d'Italie, a. m.
secousse, se calma peu à peu ; elle combattit contre une espëcede stupeur, conséquences naturelles d'une terreur superstitieuse. Enfin l'affreuse vérité arriva de la Hollande, et réalisa ses terribles craintes.
a Ces nouvelles furent envoyées parle fameux lord Stair; elles apprirent qu'un duel avait eu lieu entre sir Philippe et son frère le capitaine Falconer, capitaine dans l^armée scoto-hoUandaise , et qu'il avait été tué. La cause de cette querelle rendait cet acci« dent encore plusaffireux. Il paraissait que sir Philippe avait quitté tout à coup l'armée, pour n'avoir pii payer une forte somme qu'il avait perdue au jeu. Il avait changé de nom, et s'était retiré k Rotterdam, où il était parvenu à obtenir les bonnes grâces d'un riche bourgmestre par ses avantages physiques et ses manières élégantes, et il avait captivé les affections de son unique enfant, jeune personne d'une grande beauté et héritière d'une immense fortune.
<i Enchanté des dons séduisants de celui qui se proposait pour son gendre, le riche négociant, qui avait une trop haute idée da caractère anglais pour prendre des informations sur les mœurs et sur la fortune de l'aspirant à la main de sa fille^ consentit sans peine à ce mariage. La cérémonie était prête à être conclue, lorsqu'elle fut interrompue par une singulière circonstance.
« Le capitaine Falconer ayant été envoyé à Rotterdam pour chercher une partie de la brigade des auxiliaires écossais qui tenaient garnison dans la ville, une personne de sa connaissance » jouissant dans ce pays d'une grande considération, lui proposa, pour le distraire, de le mener à l'Église pour y voir un de ses compatriotes épouser la fille d'un riche bourgmestre.
« Le capitaine Falconer accepta l'offre d'accompagner le Hollan* dais avec quelques amis et deux ou trois officiers de la brigade écossaise. On peut juger de son étonnement lorsqu'il vit son propre beau-frère, un homme marié, sur le point d'être uni à un^ belle et innocente créature, qu'il allait tromper si indignement. Le capitaine Falconer proclama sur le lieu la perfidie de sir Philippe, et le mariage fut interrompu.
<( Quoique beaucoup de gens sensés pensassent que sir Philippe était à jamais banni de la classe des gens d'honneur , le capitaine Falconer lui permit d'en avoir encore les privilèges en acceptant le cartel qu'il lui envoya, et dans le duel qui s'ensuivit le capi-
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taine reçat une blessare mortelle. Tels sont les mystères de la Proyldence.
« Lady Forester succomba au coup de cette horriUe nouyeUe. »