‹ LE NAIN NOIRChapitre 8 sur 99 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

bonne mère qui est assise dans son coin là-bas, contant des his-^ toires des grands chasseurs et des fameux tireurs du temps passé. Ma foi , pour ma part , je crois qu'on a tué tous les daims qui étaient dans le pays.

— Eh bien ! Hobbie , je vous dirai que j'ai tué un excellent chevreuil que j'ai envoyé ce matin à Earnscliff , vous en aurez la moitié pour votre grand'mère.

—Bien des remercîments , monsieur Patrick, dit Hobbie ; vous êtes connu dans tout le pays pour votre bon cœur. Cela va réjouir le cœur de la bonne femme , surtout quand elle saura que c'est à vous qu'elle le doit , et bien plus encore si vous venez en prendre votre part, car je m'imagine que vous êtes seul maintenant à la vieille tour, et que toute votre famille est allée à cet ennuyeux Edimbourg. Je m'élonne quel plaisir ils peuvent trouver au milieu de tous ces rangs de maisons en pierres couvertes d'ardoises, tandis qu'ils pourraient vivre si agréablement au milieu de leurs vertes collines.

—Mon éducation , ainsi que celle de mes sœurs, a retenu ma mère à Edimbourg pendant plusieurs années, dit Eamscliff; mais je vous assure que mon intention est de réparer le temps perdu.

— Et vous restaurerez un peu la vieille tour, dit HobUe , et vous vivrez en bon et agréable voisin avec les vieux amis de Im famille , comme il convient au làird d'Earnscliff. Je puis vous dire que ma mère. . . , ma grand'mère , dis-je , mais depuis que nouis avons perdu notre mère, nous l'appelons tantôt d'une manière , tantôt de l'autre ; mais enfin elle pense qu'elle est votre parente peu éloignée.

— Cela est vrai, Hobbie, répliqua Eamscliff, et demain je viendrai dîner à Heugh-Foot, avec grand plaisir.

— Eh bien ! à la bonne heure, dit Hobbie. Nous sommes d'anciens voisins, si nous ne sommes pas parents, et ma bonne mère a grande envie de vous voir. Elle jase si souvent au sujet de votre père qui a été tué il y a longtemps.

— Chut , chut , Hobbie ! ne me parlez plus d'un événement si malheureux , et ne me rappelez pas ce que je voudrais tant oublier !

— Je n'en sais rien ! répliqua Hobbie -, si cela fltt arrivé chez nous, nous en aurions conservé le souvenir pendant long-temps, et l^usqu'à ce que nous eussions obtenu quelque dédommagement;

niaîB VOUS 8aT«z^ mieux que pencHiiie ce que Tws a^^ Sure, rfim autre» lawda< J'ai oui dire que ce &it l'ami d'EUislaw qui le ftri^pa, après que le bird lui-même eut saisi son épée^

—Allons, n'en parlons plus, Hobbie. Ce fut une queretteoGCft* aioimée par le vin et la politique s friusieurs épées fùrrattirées , et il est impossible de dire qui est celui qui porta le coup.

— Quoi qu'il en soit, répliqua HoUNe^ le vieux EUi^w fût fru* leur et complice et Je suis bien sûr que si vous étiez disposé à vous venger sur lui, personne ne vous désapprouverait, car ses Qudne sont encore teintes du sang de votre père , et il n'y a que vous qui puissiez en tirer vengeance^ d'ailleurs Ellislaw est im épisco* psi et un jacobite. Je puis vous dire que tous les gens du pays s^attendeot à ce qu'il se passe quelque chose entre vous deux.

^ Oh , â dcme, Hobbie ! vous qui prétendis avoir de la religion > exciter ^otre ami à contrevenir à la loi , è se vengw de ses IHTopres mains ^ et dans on lieu désert comme cekii*ci , où nous ne savons par quels êtres nous pouvons être écoutés I

— Chut, chut ! « dit Hobbie , en se rm>prochant de lui , « je ne pensais à rien de tout cela. . . Mais je devine à peu près ce qui re* tîrat votre bras , monsieur Patrick ; nous savons bien que vous ne manquez pas de courage. Ce sont certainement les deux yeux châtains d'une jolie fille, de miss Isabelle Yère, qui vous tiennent ai tranquille.

—Je vous assure, Hobbie , que vous vous trompe^, » répondit Eamsciiff d'un air un peu fâché ; « et c'est fort mal à vous d'avoir ou d'exprimer une telle pensée ; je n'aime pas que l'on s'oublie au point de lier mon nom à celui d'aucune jeune demoiselle.

— Eh bien ! le voilà, maintenant, le voilà, répliqua Elliot; ne £sais-je pas que ce n'était pas te manque de courage qui vous rendait si doux? Allons, allons, je n'ai pas eu rintmtion devons offenser ; mais il y a une observation qu'il faut que je vous fasse en ami. Le vieux laird d'EUislavr a l'ancien sang du pays plus efaaud dans ses veines que vous. Au fait, il n'entend rien aux nouvelles idées de paix et de tranquillité \ il est tout pour les an« ciennes coutumes de lever le bra s et de firappèr $ et il a à sa suite un nombre de jeunes gens vigoureux dont il soutient bien l'ar* deur, et qui sont aussi pleins de malice que de jeunes poulains. Où il prend son ai^ent> c'est ce que personne ne sait, mais il vit grandement , et dépense même au-delà de ses revenus ; néanmoins U paye bien. Ainà , s'il arrive quelque soulèvement dans le pays ,

CHAPHIIB II. m

S«9t pit^bri^le qu'il fleni un dm premiers à «e jdiiâve «ox méooii* teiKto; ei bien sAremeut , il n'ouUiera pas se» aoeiranes querelles ayec votre feaûUe. Je soopgoiuie , fort qu'il voudra faire quelque tentative eoatre la vieille tour d'EarascUff.

•^ Eh iHen ! Hobbie» a'il e»t asaez mal avisÀ pour l'eutrepreii* dre , je ferai mes efforts pour défendre la vieiUe tour contre lui , comme mes ancêtres l'ont fait contrôles siens pendant bien long-

tempSr

— Fort bien , très*-bien l voilà parler comme un homme , dit le brave fermier ; et si les choses en viennent à ce point , vous n'avez qu'à dire à votre domestique de sonner la grosse clocbe de la. tour , et voiis nous verrez , moi >4n^ deux frères rt le petit Davie de Stenbouse , arriver auprès de voua avec tous ceux que nous aurons pu rassembler» en moins de temps qu'il n'en faut pour tirer une étincelle d'une pierre à fusil.

— Bien des remerciments » Hobbie^ mais j'espère que nous ne verrons pas de notre temps une guwre aussi dénaturée et auss i anti-chrétienne.

— Bah ! bah ! monsieur Patrick , répliqua EUiot, ce ne serait qu'un petit bout de guerre entre voisins : certainement le ciel et la terre savent d'ailleurs que ^ dans une contrée aussi sauvage , c'est la nature du pays et des habitants ; nous ne pouvons pas vivre tranquilles comme les gens de Londres , n'ay.ant pas autant à faire qu'eux ^ c'est une chose impossible.

— En v^ité, Hobbie, dit le laird, pour un homme qui croit si sérieusement que vous aux apparitions surnaturelles, je dois dire que vous parlez du ciel un peu témérairement , surtout dans un lieu comme celui où nous nous trouvons.

— Pourquoi le Mucklestane-Moor ferait-il plus d'impression sur moi que sur vous, monsieur Earnscliff , » dit Hobbie un peu offensé* « Il est sûr que Ton dit qu'il y a des épouvantails , de^ choses avec de longs becs ^ mais qu'ai- je à m'inquiéter de tout cela ? j'ai la conscience nette , et peu de chose à me reprocher , excepté peut-être quelques folies avec les jeunes filles , ou une bamboche dans quelque foire -, mais ça ne vaut pas la peine d'en parler \ et quoique ce soit moi-môme qui vous le dise, croyez que je suis un garçon aussi tranquille et aussi pacifique.. .

— Et la tête de Dick TurnbuU que vous avez cassée , et WiQie de Winton sur qui vous avez fait feu ? dit son compagnon.

— Ah, diable I Eamscliff, vous tenra donc registre des faut«^

de tout le monde? interrompit Hobbie. Mais la tété de Dick est guérie ; et afin de vider entièrement notre querelle, nous devons nous battre à Jeddart, le jour de Sainte-Croix ; ainsi voilà une affaire arrangée d'une manière très-pacifique ; et puis Willie et moi nous sommes amis de nouveau ; pauvre garçon ! mais ce n'étaient que deux ou trois grains de grêle après tout... Je m'en laisserais faire autant par qui que ce fût pour une pinte d'eau-devie. Mais Willie a été élevé dans la plaine ; pauvre petit faon , la moindre chose l'efifraie ; mais, quant à ces épouvantails ^ si nous en rencontrions un dans ce lieu même. . .

— Cela n'est pas invraisemblable , dit le jeune Eamscliff ; car voilà là-bas notre vieille igorcière, Hobbie.

— Je vous dis, » reprit Hobbie comme indigné du soupçon que son compagnon paraissait avoir, « je vous dis que si la vieille sorcière elle-même venait à sortir de dessons la terre, justement ici devant nous, je n'y ferais pas plus... Mais , Dieu nous préserve ! Eamscliff, qu'est*ce qu^il y a donc là-bas ? »

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