‹ LE NAIN NOIRChapitre 80 sur 99 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le thëâtre représente le bois de Griefenbaus avec les ruines (lu cbâtean vu d'un peu plui près qne dans le second acte, mais encore dans le lointain.

RODERIG y WOLFSTËIN , saîvîs de soldats venant 4l'nne reconnaissance.

WOLFSTEIN. ,

Ils veulent profiter de leurs succès , et ils pousseront leurs avantages. Il faut nous retirer de bonne heure, comte Roderic.

RODERIG.

Nous sommes en sûreté ici pour le moment. Ils ne semblent pas vouloir s'avancer immédiatement. Je ne crois pas que George m Henri soient avec le détachement qui est dans le bois.

(Hugo entre.) HUGO.

Noble sire , comment vous apprendrai-je ce qui vient d'arriver ?

LA MAISOIf D'ASPEN. * «29

RODERIG.

Qa'esl-ce?

HUGO

Martin s'est échappé. ^

RODERIG.

Misérable ! ta vie me le payera.

(II frappe Hogo : 'WoUsteÏB le relient.) WOLFSTEIN.

Arrêtez, arrêtez, comte Roderic; Hago peut n'avoir aucun tort.

RODERIC

Infidèle esclave ! Gomment a-t-il fait pour s'échapper ?

HUGO

Il a changé d'habit avec le mcMne , que , d'après vos ordres^ nous avons amené pour le confesser.

RODERIG.

Y a-t-il long-temps qu'il est parti ?

HUGO

Il y a un peu plus d'une heure qu'il est passé devant nos sentinelles , déguisé sous l'habit du chapelain d'Aspeu ; mais il marchait si lentement et d'un pas si faible, que je ne crois pas qu'il puisse encore avoir atteint les postes de l'ennemi.

RODERIG.

Où est ce prêtre perfide ?

HUGO

Il attend son arrêt*

RODERIG.

Qu'on me l'amène ici. Le mécréant qui a arraché au lion de Malttngen la proie sur laquelle il allait assouvir sa vengeance expirera dans les tortures.

(Hugo, Eectram, snite.) RODERIG.

Scélérat ! qui a pu te tenter, sous l'habit d'un ministre de la religion , à dérober un criminel à la main de la justice?

BERTRAM

Je ne suis point un scélérat , comte Roderic , et je n'ai fait que protéger la fuite d'un malheureux blessé que tu voulais tuer Iftchement.

RODERIG.

Esclave vil et menteur ! tu as favorisé un meurtrier sur qui la justice avait des droits sacrés.

93a L4 UàJSaS D*ASP£li -

BSRTIUM*

Je ne suis ni menteur ni esclave ; j'espère bientôt ta fyrvttver que je suis encore une fois ton^gal.

RODERIC

Toi, toi!

BERTRAH.

Oui , la nom de B^tran d'fibersdorf jadis ne te Ait pas inconnu.

Toi , Bertram , le frère d'Amoir d^Bbersdorf , le premier mari d'Isabelle d'Aspan.

BBRTRAH.

ROSSRIC.

Qui , il y a bien des années, dans nne querdle à un tournoi , tua le parent de Tempereur et ftat mis au ban ?

BERTRAM

LiiMBéme.

RODBRIC.

Et qui maintenant , sons le déguisement d*un prêtre , Tient de favoriser la fuite de Martin , écuyer de George d'Aspen?

BERTRAM

Lui-même , lui-même.

RODERIC

Alors, par la sainte croix de Cologne, tu^s mis eïi liberté le meurtrier de ton père Amolf.

BERTRAM

GcMnment? Je ne t'^alends pas, je ne te comprend» pas.

RODERIC

Misérable dupe ! Martin , d'après son propre aveu , et Wolfstein Ta entendu , a confessé qu'il avait aidé Isabelle à assassiner son mari. J'avais préparé un plan de vengeance qui avait fait frémir toute l'Allemagne; et»tu viens de le faire échouer, toi , le frère de la victime !

BERTRAM

Est-ce bien possible , Wolfstein ?

WOLFSTEIN.

J'ai entendu Martin avouer le meurtre.

LA lUKON fyàStEM. Ml

Alors , je sais vraiment infortuné !

▲a Mm de respritdo nd, qot fk «MDé M ?

Je sais le dernier demi raee. LersiitjeJeflfipniseriCf eëttHUe tu le sais , tes terres d'Ebersdorf, mon héritage légitime, furent confisquées , et l'empereur les donira à Rudiger quand il épousa Isabelle. J'essayai de défendre mes domaittes ; mais ftadîger, que l'enfer l'en remercie , soutint te ban contre moi à la tête de sies Yaflsmx , et je tm fereé de fiiîr. Depuis lors, f aï fait la guerre contre le Sarraste en Espagne et dans la Patestîne.

RODERIG.

Mais pourquoi es-tu venu danSr iin pays où tu ne peux éviter une mort certaine , si tu yiens à dire déeoavert ?

BBRTRÀll.

Je ne pus résister au désir impatient de revwr une ferre^iMitâlf et les tours d'Ebersdorf. Je sui» arrivé hier ici sous le nom d ménestrel Minhold.

Et qui a pu te décider à entreprendre la délivrance de Martin ?

BERTRAJf.

George^ quoique je ne lui aie pa3 dit mon no!x^ &'ét»t engagé à me procurer en échange la levée du ban ^ d'ailleurs il Die dit que la vie de Martin était en danger, et je ne considérai que ce vieux scélérat, le dernier serviteur qui restât de notre maison. Mais, comme Dieu naie jugeira un jour, je ne pouvais pM même soupçonner le récit plein d'horreur que to viens de me faire ; le bruit avait couru que mon frère était mort de la peste.

WOLFSTEIN.

Ce bruit avait été propagé sans dont» afin cpi'on n'enteufàl par son lit de mort et qu'on ne procédai pas à son autopsie.

BERTRAM

La vengeance sera aussi terrible que le crime. Les usurpateurs de mon héritage, ceux qui m'ont ravi rhomeur, etquî eoèaaiâfisiné mon frère, seront détruits jusqu'à la racine.

nof>Bmc.

Akn^4 sm teUenveau ici^ syrtont si ta eseacinre uavé6itd)le< fcèie de notreiordue iniisiUe.

BBRTRAM.

Je le suis.

RODERIG.

Une assemblée a été convoquée ici pour cette nuit, rdativemént à la mort de ton frère. Yoici quelques-uns des nôtres qui arrivent, il faut que je les envoie à la poursuite de Martin.

(Hugo entre.) HUGO.

L'ennemi s'avance, sire chevalier.

RODERIG.

En arrière, en arrière ! aus ruines! Viens avec nous, Bertram, nous t'apprendrons en route ce>te terrible histoire.

(Ils sortent : on voit entrer du côté opnosc George, Henri, Wickerd, Conrad et des

^oldals.j

dCORGE.

On n'a pas encore des nouvelles de Martin .

WICKERD.

Aucune, sire chevalier.

GEORGE

. Ni du ménestrel ?

, ' WICKERD.

Mon plus.

GEORGE

Alors il m'a trahi, ou il est prisonnier, des deux côtés le malheur est égal. Pars, et va battre le bois, Wickerd.

(Widierd sort saivi des soldats.) HENRI.

Toujours cette afifreuse tristesse sur ton front, mon firère ?

GEORGE

Que veux-tu?

HENRI

Autrefois tu me jugeais digne de ton amitié.

GEORGE

Henri, tu es bien jeune...

HENRK

Est-ce une raison pour trahir ta confiance?

Non ; mais tu es d'un naturel doux et tendre ; ton esprit n'a pas assez de force pour supporter le fardeau qui accable le mien, bien moins encore pour approuver les moyms que je veux employer pour m'en débarrasser.

HENRI

Mets-moi à l'épreuve.

GBORGE.

- Je ne le puis.

HENRI

Alors tu ne m'aimes plus.

GEORGE

C'est parce que je t'aime, au contraire, que je qe veux pas l'entraîner dans mes malheurs.

HENRI

Je les supporterai avec toi .

GEORGE

Si tu les partageais, ils me paraîtraient doubles.

HENRI

Ne crains point, je trouverai un remède.

GEORGE

Il t'en coûterait la paix de ton &me à présent et à jamais.

HENRI

J'en courrai le risqu e. -

GEORGE

Gela ne se peut, Henri. Tu deviendrais le conlSdent de crimes passés, et le complice de crimes à venir.

HENRI

Devinerai-je ?

GEORGE

Non, je t'en conjure.

HENRI

Il le faut ; tu es un des juges secrets.

GEORGE

Malheureux jeune homme, qu'a&-tu dit?

HENRI

N'est-il pas vrai ?

GEORGE

Sais-tu ce que cette découverte te coûte ?

HENRI

Peu m'importe.

GEORGE

Celui qui découvre quelque membre de nos mystères doit luimême faire partie de notre société.

aM LA MAISON D'ASffBK.

Himwu Gomment?

S'il n*y consent pas, sa mort nous assure bientôt éQ tion ; nous en avons fait serment. Choisis maintenant.

HBNRI

Hé bien ! n'étes^vous pas aUié»i» secret pour punir ces malfaitiws^|Mleslaîf6rM>pMtfttlm(lra,ea9nsail^^ FUhrt^e ses coups par l'égide du pouvoir 7

Tel est en effet le but de notre assodatmi $ xbêœ w tel^ ete le poursuit à travers des sentiefs obscurs, tortueux et souvent teints de sang ; qpMl est celoî q» peut iêsk fucomtwm» dttgcr? Maudite soit l'heure où j 'entrai dus ce sombre labyrinthe, et doublement maudite cdie oà ta éis perdre «usbI fai domt sérénité d'une âme qui ne connut janâs la dissimulation !

Et cependant, pour l'amour d€ toi, je deviendrai membre des francs-juges.

Henri, ton»pe tu t'es levé ce matin, to éims ¥lbt^ persomie n'aurait eu le droit de te demander cmnpte delà meiadre détei actions, et ce soir tu te coucherais Fesclave le plus misérable qui ait jamais manié la rame-, l'esclave d'hommes dont lbsa€lionste paraîtront incompréhensibles et férooes, et que tu seras engagé à aider contre le monde entier au péril de ta propre vie.

HSNRI.

N'importe , je partagerai ton sort.

GEORGE

Hélas, Henri! que le ciel t'en préservée ! Mais, puisque par une parole précipitée tu viens de te lier à nous, je profiterai de l'offre de tes services. Prends ton meilleur cheval, et rend^toi cette nuit même auprès du duc de Bavière : il est chef souverain de notre chapitre; montre-lui ce cad[iet et celte lettre, dishlui qn^ doit discuter cette nuit des affaires qui concernent la maison d'Aspen, et prie-le de se rendre en toute h$te à l'assemblée, car ii sait bien que le président est notre ennemi mortel. Il te recevra membre d^ notre sainte assoeiaticm.

Quel est l'ennemi que vous craignez?

LA MAISON tr AS PRU. 33»

Jeune homme, le premier devoir que tu as à remplir est ceJ mI d' une obéissance passive et aveugle.

HBNRI.

Hé bien, Je «end MmtAt â» retoar, et Je ne tarderai pas à te revoir.

De retour, oui; mais qomt au reste.... N'importe, ne parlons pasdeoela.

REKltr.

Je pars. Ta placeras Ici une sentineHe.

GCOKOB.

Oii' . (H«iiri l'éioigiM. ) Reviens, mon cher Henri ; laisse-moi t'emrirr.sser, dans le cas où tu ne pourrais ptos me revoir.

HENRI

Ciel ! que veux-tu dire ?

GEOBGB.

Rien. La vie des mortels est précaire, et si nous ne nous revoyons plus, reçois ma bénédiction et cet embrassement, et encore celui-ci. (Il Tembrasse teudrcment. ) Maintenant rend^-toi en toute hâte chez le duc. (Henri sort.) Pauvre jeune homme^ tu ne sais ^ jère ce que tu as entrepris ! Mais si Martin s*est échappé et que le duc arrive, on n'osera pas procéder sans preuve.

(W^ickerd entré suivi de soldats.) V^IGKERB.

Nous avons fait prisonnier un homme de Maltingen , baron George, et il vient de nous appreodre que Martin s'est échappé.

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