‹ Le Naturaliste canadien (volume 2)Chapitre 19 sur 21 · I.E PHOQUXL · texte numérisé non relu

I.E PHOQUXL

(Continué de la page 260).

Les phoques se réunissent souvent en bandes considérables. Mr. Lindsay, de Tlsie- Verte, nous a raconté avoir vu de son phare, une banquise de glace, mesurant plus d'un mille de longueur, remonter et descendre avec le flux et le reflux de la marée, toute couverte de phoques, si bien qu'il en estimait le nombre à plus d'un mille. Il arriva même une fois qu'une semblable banquise, pareillement chargée de phoques, chassée par le vent du Nord-Ouest, vînt avec le montant se joindre aux glaces fixes des battures de la terre ferme, vis-à vis l'Isle Verte. Le bruit s'en étant bientôt répandu dans le village, on courut de toutes parts à la curée, assommant à coups de bâtons ces pauvres amphibies qui cherchaient en vain à se soustraire à ces poursuites. Mais pendant qu'on se livrait avec ardeur à une chasse si facile, le reflux était venu changer la direction du courant et séparer le glaçon mobile de la glace fixe ; c'est à peine si les plus voisins de la jonction eurent le temps de franchir le vide qui se faisait entre les deux glaces, lorsqu'ils s'aper.

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curent qu'ils étaient en mouvement Que faire alors pour s'assurer du produit de la chasse, et surtout pour sau\'er les malheureux chasseurs? Nulle embarcation auprès, c'était en plein mois de Mars, et toutes les chaloupes aterries étaient solidement engagées dans la glace et la neige ! Pendant qu'on fait violemment jouer les haches et les pelles pour débarrasser les chaloupes, au milieu des pleurs et des lamentations des enfants, des mères et des épouses, le glaçon s'éloigne et s'éloigne rapidement, si bien que les cris des malheureux chasseurs deviennent à peine perceptibles. Par surcroit de malheur la nuit était venue et le froid était très intense. On comprend alors qu'on se donne une peine inutile et qu'on ne parviendra pas à sauver ces infortunés

par cette voie. Mais que faire ? Les laissera-t-on périr?

On sait que le Fleuve entre les Trois-Pistoles et St. Simon se découpe en une échancrure profonde, dans laquelle les vents du Nord poussent souvent les objets en dérive au baissant. On a donc l'espoir que la banquise pourrait aller s'échouer dans cette baie. De suite les chevaux sont mis aux voitures et on se dirige du côté de St. Simon, distance de plus de cinq lieues. On y était à peine arrivé que les cris des malheureux commencèrent à se faire entendre de nouveau, en devenant de plus en plus distincts, et peu de temps après, la banquise avec les 19 chasseurs qu'elle portait et le produit de la chasse commune se montant à plus do 300 têtes de phoques, grâce à un léger souffle du Nord- Ouest, et plus encore sans doute à la protection du Ciel qu'imploraient avec ferveur tant de familles éplorées, vient s'adosser à la glace fixe bordant le fond de la baie, où les attendaient leurs compagnons de Tlsle Verte avec une foule d'autres habitants du voisinage. Il était plus de minuit lorsqu'on put reprendre la youte du foyer, heureux de la chasse qu'on venait de faire, mais plus heureux encore d'à. voir échappé à une mort que pendant quelque temps on ayait considérée comme certaine.

Les phoques, bien qu'ils puissent vivre sur terre, se tiennent habituellement dans l'eau, et même dans l'ea^ salée ; ce n'est, pour ainsi dire, qu'accidentellement qu'ils

remontent les Ilouves iu^>qu'à Tean douce. On en a vu quelqueibis dt'pas/.^r Qu'bcc et Trois- lîivières, parvenir même jusqu'à Montréal, mais c'étaient toujours quelques individus isolos et comme écartés de leurs routes ordinaires. L'année dernière nous en avons vu un, une partie de Tété, prendre ses ébats vis à vis la pointe de Deschambault, et cette année même on vient d'en signaler un autre à Lotbinière. Les phoques, eu égard à leur genre de vie et à leurs habitudes, appartiennent plus à Teau qu'à la terre, cependant ils se plaisent souvent à grimp.r sur les bancs de glace flottants ou à se traîner sur les rivages pour s'y re})Oser et y dormir au Solei!. C'est surtout lors de leurs amours, de la parturition et de la lactatioii de leurs petits, qu'on les rencontre ainsi hors de l'eau. Il est assez facile alors de s'en saisir, car il sufTit ordinairement d'un léger coup de bâton sur le museau pour les étourdir ; cependant si l'animal n'est que légèrement blessé, il se mot vigoureusement en défense, et gare alors au membre qui lui passerait dans la gueule, les éclats des bâtons et des montures des fusils qu'il parvient quelquefois à atteindre, attestent assez la puissance de ses mâchoires ; de vigoureux coups de griffes viennent aussi se mêler aux nombreux coups de dents qu'il distribue à droite et à gauche ; cependant pour peu qu'il entrevoie son salut dans la fuite, il prendra aussitôt la route de l'eau, en faisant voler derrière lui, si le rivage est graveleux, une bordée de petits cailloux qui suffisent parfois pour le sauver de l'attaque du chasseur.

Hors le cas de légitime défense, le phoque est un animal timide, doux et d'une intelligence qui n'en cède guère à celle du chien; aussi de tous les animaux, est-il celui qui' a le crâne le plus largement développé, eu égard à sa masse totale. Pris jeune, le phoque se prive aisément, s'attache facilement à ceux qui lui donne des soins et se montre même susceptible d'un certain degré d'éducation. Nous en avons vu un, au musée Barnum, à New-York, en 1863, qui tournait la manivelle d'an orgue de Barbarie avec une ré" gularité qu'aurait pu envier un Savoyard Parisien. Un pêcheur Anglais s'était saisi d'un jeune phoque qu'il estimait

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n'être pas plus a^r de quinze jours. Il Temporta à sa maison et le uourrit au lait Jusqu'à ce que dîVt»nu i>lus fort, li put remplacer le lait par du poisson qu'il apportait chaque jour de ses filets. En peu de temps le petit animal devint le favori de la maison. Il se plaisait à se faire caresser par les enfants, répondait à son nom lorsqu'on l'appelait, manifestait par des mouvements particuliers sa joie ou sa crainte suivant le traitement qu'on lui faisait entrevoir. Il paraissait aimer beaucoup la chaleur, se faufilant, pour avoir sa place au foyer, à travers les chi.Mis et les chats qui semblaient Taffectionner, même lui montrer certains égards. L'hiver arrivé, comme le poisson devenait rare, le pêcheur résolut de le porter à la mer pour lui rendre sa liberté. Il le mit donc dans sa chaloupe et l'envoya à l'eau, à plus de deux milles au large ; mais l'animal, après quelques évolutions dans son élément favori, comprenant qu'il était abandonné de son maitre en ne le revoyant plus, se mit à pousser des cris qu'on reconnut sans peine du rivage pour ceux qu'il employait lorsqu'il voulait témoigner de la douleur ou d^^ l'enuui : cependant on demeura sourd à ses supplications et on reprit le chemin de la maison. Mais voilà qu'au milieu de la nuit on entend un grattement à la fenêtre avec un faible sifflement qu'on ne reconnut pas d'abord ; on alla ouvrir, et grande fut la surprise du maitre et la joie des enfants en revoyant leur favori dont il ne s'étaient séparés qu'avec peine. Le pauvre animal qui avait su retrouver le chemin de la maison, s'était servi d'une pièce de bois .appuyée sur le lambris pour grimper jusqu'à la fenêtre ; et comme s'il eut craint de se trouver en rupture de ban par la démarche qu'il venait de faire, ce ne fut qu'après des caresses réitérées qu'il put mettre sa timidité de côté, pour se livrer à toute la joie qu'il éprouvait de se retrouver avec ses amis. Inutile d'ajouter que l'idée d'iiu nouveau bannissement fut de suite écartée pour toujours, et que le bœuf et le mouton vinrent amplement remplacer le poisson lorsque celui-ci faisait défaut pour la nourriture du toutou.

Dans les endroits où les phoques abondent, comme sur

les côtes du Labrador et dans les îles du golfe St. Laurent, on les chasse au fusil ou simplement aveo des bâtons, lorsqu'ils se répandent sur les rivages ou qu'ils montent sur des bancs de glace. Souvent aussi au moyen d'immenses rets, on barre les passages entre des îles rapprochées, et une fois les amphibies engagt^s dans ces détroits, on opère leur capture au moyen de lances et de harpons.

Les phoques sont particulièrement recherchés pour l'huile qu'on en retire et pour leurs peaux qu'on approprie à différents usages, comme capots, mitaines, sacs à tabac, couvertures de valises etc. Il n'y a guère que pour les indigènes des régions boréales qu3 la chair du phoque puisse servir de nourriture ; le palais et l'estomac des hommes de nos climats s'accommoderaient difficilement de cette chair coriace, huileuse, à odeur forte et désagréable et d'une saveur très différente de cede de tous les animaux terrestres. Mais au Groenland et au Labrador, non seulement les indigènes trouvent un met exquis dans la chair du phoque dont ils font provision en la séchant ou en la fumant, mais l'huile quils en extraient leur fournit encore une boisson qu'ils trouvent délicieuse. O.i sait aussi que c'est avec les dépouilles du phoqu'^, que les indigènes confectionnent leurs habits, leurs couvertures, leurs tentes et ces légères pirogues à bouts effilés et relevés, à pont entièrement couvert^ ne laissant qu'une ouverture circulaire au milieu dans laquelle s'enfonce le conducteur jusqu'à la ceinture. Ainsi équipés, ces marins poursuivent leurs chasses à travers les glaçons et les rochers, malgré la fu^^^ur des vagues soulevées par les tempêtes.

Le phoque commun, phoca vitulinay Lin. et le phoque du G-roënland, phoca groenlandica, Pab. sont à peu près les seuls qui fréquentent le golfe St. Laurent. Le phoque argenté ou de La Pilaye, phoca Pilayi\ Less, et le phoque à capuchon, Stemmalopus cristatus, Cuv. qui sont assez com" muns sur les côtes de Terreneuve, ne s'y montrent que très rarement. Les naturalistes comptent, tant dans les mers australes que boréales, une quarantaine d'espèces de phoques, mais la nomenclature de ces mammifères demeure

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encore très embrouillée. Nos pêcheurs donnent au phoque commun le nom de loup-marin (fesprity et au phoque du Grroënland, ïatak des indigènes, celui de loup-marin brasseur. Ces derniers, d'une bien plus forte taille que les premiers, se tiennent constamment au large, en troupes nombreuses. Ils ont probablement emprunté leur nom vulgaire à la facilité avec laquelle ils agitent ou brassent Teau en prenant leurs ébats. D'une bien plus forte taille que les premiers, ils mesurent quelquefois jusqu'à neuf pieds. Ce sont eux surtout qu'on trouvent avec l'estomac en partie rempli de cailloux lorsqu'on les tue. Plusieurs naturalistes prétendent qu'ils n'avalent ainsi ces cailloux que pour leur servir de lest dans leur navigation en pleine mer et qu'ils s'en débarassent en les vomissant lorsqu'ils viennent au rivage. Qunt aux loups-marins (T esprit, nos pêcheurs ne leur ont probablement donné ce nom que par ce que fréquentant habituellement les rivages, ils trouvaient qu'ils avaient plus d'esprit que les brasseurs de venir ainsi s'offrir à leurs poursuites.

Les Anglais et les Américains sont à peu près les seuls qui fassent la chasse aux phoques, dans un but commercial. ^ Les côtes de Terreneuve et du Labrador, avec les îles qui avoisinent le cap Horn, sont les endroits où cette chasse se poursuit sur une plus grande échelle et où elle devient des plus fructueuses.

Les phoques à la nage portent toujours ia tête très relevée, et cette tête lisse, où n'apparait rien de saillant, avec leurs grosses épaules arrondies, simulent assez une forme humaine à quelque distance. Nul doute que cette apparence seule a suffit pour inspirer aux mythologues l'idée des tritons et des sirènes. On sait d'ailleurs que ces amphibies constituaient chez ces derniers les troupeaux de Neptune qu'on faisait garder par le vieux Protée.

Cette apparence des formes humaines jointe à l'habitude qu'ont les phoques de grimper sur les gros cailloux pour s'y reposer, a souvent engagé nos chasseurs à imiter leurs allures et leurs mouvements pour les amener à la portée de leurs armes. Un ancien missionnaire de la baie des Chaleurs nous a racontée une aventure assez singulière arrivée à l'un

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de ses Micmacs à propos de ces pantomimes. Ce saurage avait été se braquer, vers le soir, sur un énorme caillou à mi-marée, où souvent les phoques se plaisaient à grimper ; et pour les y attirer en les imitant, s'étant couché sur le ventre, il simulalait de la tête et des membres les mouve ments que se donnent ces amphibies dans de semblables . positions, tenant son fusil à sa portée pour recevoir convenablement les dupes qui s'y laisseraient prendre. Mais nn de ses compagnons, ignorant le statagême, arrive bientôt sur le rivage, et se croyant bien sûr de n'avoir aiFaire qu'à un habitant des eaux, tant la mimique était parfaite, il épaule aussitôt son fusil et presse la détente. Le coup part; et aussitôt un épouvantable cri de mort, sorti d'une poitrine humaine, se fait entendre. Effrayé, le chasseur prend aussitôt la fuite, sans plus s'occuper du sort de la victime qu'il venait ainsi de frapper bien involontairement. Le blessé se traîne comme il peut au rivage où il vue trouve de nouveaux compagnons qui l'aident à regagner sa cabane. Après examen, on reconnut qu'à part quelques grains de plomb dans les muscles, dont les blessures ne pouvaient être dangereuses, une de ces demi-balles que les chasseurs nomment posteSy lui avait fait une enfilade dans les chairs à partir de la fesse droite, jujsqu'au haut de l'épaule gauche, mais heureusement qu'elle s'était tenue à la surface et n'avait pas touché les os. Le lendemain, le blessé un peu remis se rend chez le missionnaire, et veut qu'on Uvre son compagnon à la justice pour le faire punir. — Ecoute, lui dit le missionnaire : ton frère n'avait aucune mauvaise intention. Tu ne dois t'en prendre qu'à ton habileté si ce malheur t'est arrivé. Tu imites si bien le loup-marin que l'autre y a été trompé. Sois plus prudent à l'avenir ! lorsque' tu voudras jouer au loup-marin, tu auras toujours soin d'apposter quelqu'un sur le rivage pour avertir les survenants du stratagème ; car, vois-tu, il n'est pas toujours prudent de faire la bête parmi les hommes.— Et sur ce, notre indien s'en retourna satisfait ; car pour ces heureux peuples à foi nouvelle et à droite raison, le tribunal de la conscience réglé par le missionnaire, est en bien plus haute estime, que la cour de Thémis, avec ses avides oflB.ciers et ses procédés interminables.

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liO dixhuitième Congrès annuel de l'Association Américaine pour l'avancement de la Science.

(Continué de la page 239).

Insectes Américains. — De Salem à Boston. — L'océan. — Les méduses. — Le fort Warren. — Le Maolis garden.

Comme nous tenions, à faire par nous-même des captures dans la faune entomologiquo de la République, une petite excursion dans un champ voisin de la ville, en partie converti en verger, nous permit de prendre les insectes suivants: Coccinella œnvergens, C. hipunctata Stfrtis erosa^ Enchenopa latipes, Proconia mollipeSy Ceresa huhaluB* Myodites fasciatus, Trypeta Sella, Syritta pipiens &c. auxquels noua pûmes joindre un magnifique spécimen du Polystoechotes punctatus qui pénétra dans notre chambre, le soir, par notre fenêtre laissée ouverte.

Le musée de la Peabody Academy of Science dont on vient de faire Tinauguration, occupe un édifice considérable, situé sur le côté Ouest de la rue Essex, la principale rue de Salem. Le premier étage de la bâtisse est occupé par des bureaux de change et le magazin des publications de l'institution et des spécimens d'histoire naturelle destinés aux échanges j ce n*est qu'aux deuxième et troisième étages que se trouve le musée proprement dit. Les escaliers qui nous y conduisent nous le font prendre par le milieu, et comme le plafond de ce deuxième étage est en partie évidé, nous pouvons d*uu seul coup d*œil en saisir tout l'ensemble. Une grande simplicité de décoration nous fait voir que les richesses architecturales et les ornements superflus ont été sacrifiés au ménagement de l'espace et à l'exposition convenable des objets. Une lumière abondante et bien disposée nous permet facilement l'examen des échantillons dans leurs cases respectives.

Les premiers objets qui s'offrent à nos regards, en laissant la rampe de l'escalier, sont des figures en terre cuite, d'une exécution remarquable, de personnages asiatiques. Nous y voyons, dans leurs costumes étranges, des pachas de Perse, des mandarins du Céleste Empire, des bonzes de rinde &c. Nous voyons, façonnés en cire, des pieds de femmes chinoises qu'on a soumis à la barbare et si peu rationnelle coutume de ce pays, de les tenir dans le jeune âge tellement pressés dans des souliers parti-' culiers, qu'ils ont assumé une forme tout-à-fait anormale. Ces pieds paraissent comme rompus au milieu, la proéminence de la plante au talon n'étant séparée de celle qui précède les orteilles, que par un petit sillon, si bien que le membre, d'ordinaire à angle droit avec la jambe, n'offre qu'une légàre saillie en dehors de celle-ci, rappelant assez l'aspect du pied de l'éléphant. A droite et à gauche ^e l'escalier, s'étalent dans des cases fixées au mur de nombreux spécimens ethnologiques relatifs aux costumes, aux arts, manufactures, instruments domestiques, de musique, pipes (J&c. &c. ; le bas de ces cases renferme quelques pièces de mammifères. Des quatre trumeaux qui partagent les fenêtres du fond, deux sont occupés par des idoles de toutes formes et de diverses dimensions, à configuration plus ou moins grotesques, en bois, terre cuite, faience, métal &c., et les deux autres, avec une partie des cases murales du pan

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du Nord, nous montreut de nombreux échantillons ostéologiques, avec quelques oiseaux, des reptiles, des joÎFSons et des fossiles. Les nollusques, dont la collection est très considérable, avec les éponges, les coraux, les écbinodennes &c. sont étalés dans des vitrines, sur des tables se partageant en trois rangées, au milieu de Tappartement. La rangée médiane de ces tables est surmontée de cases en étagères, pour donner place à un plus grand nombre de spécimens de vers, mollusques &c. dans Talcool, d*œufs et de nids d'oiseaux, de fossiles &c. On voit, relevés sur le bout de ces étagères, plusieurs os de cétacés, parmi lesquels se distingue une mâchoire de cachalot, ne mesurant pas moins de 1 5 pieds de longueur. Les dents, cylindriques et assez courtes, sont séparées par des espaces vides de 3 à 4 pouces en£re chacune d'elles.

Si nous portons nos regards au plafond, nous le trouvons évidé des deux côtés de la partie centrale, de manière à former pour l'étage supérieur une quadruple rangée de galeries. Nous parvenons à ce dernier étage par deux escaliers latéraux, faisant suite à ceux qui viennent du rez-de-chaussée. Ici, la lumière est encore plus abondante qu'au deuxième étage et la disposition est à peu près la même. Les cases murales des longs-pans nous montrent des instruments de guerre, des modèles de vaisseaux, des échantillons de botanique, bois, fruits, plantes etc. Les étagères du milieu laissent voir, un grand nombre de bocaux de verre contenant des poissons, des vers, des reptiles etc., et au dessus, se montrent plusieurs pièces de gros poissons, tels que requins, espadons etc. Toute la balustrade du pourtour des galeries est terminée à hauteur d'appui par des vitrines renfermant la collection entomologique, qui* sans être encore très considérable, comprend cependant nombre d'insectes rares et intéressants.

De tous les muses que nous avons visités, nul ne nous a présenté une disposition aussi simple et aussi commode pour l'exposition des articulés. Les vitrines n'ont pas plus d^une quinzaine de pouces en largeur, de manière à représenter le plat-bord un peu élargi d'une balustrade ordinaire. Un bras en gros fil de fer garantit les vitrines contre les coudes ou les mains trop lourdes qui, trop peu prévoyantes, y chercheraient un appui. Les spécimens sont fixés dans des cases d'une douzaine de pouces carrées et sont protégés contre la poussière et les doigts indiscrets des curieux par les glaces mêmes des vitrines. Quant à ceux qu'une trop grande lumière pourrait gâter, comme certains lépidoptères à couleurs brillantes et fugaces, une toile que retient un rouleau, à la façon des cartes murales, recouvre leurs vitrines ; et le visiteur n'a qu'à relever cette toile pour en avoir la vue. Nous remarquons parmi les Aranéïdes un magnifique spécimen de la Mygale aviculaire, cette énorme araignée qui fait la chasse dans l'Inde aux petits des oiseaux encore dans le nid ; on l'a vu tenir tête même à des perroquets dont elle avait attaqué les petits. Quelques cases exhibant le travail de certains insectes, dans la construction de leurs nids ou leurs dégâts sur les plantes, nous out fort intéressé.

Ce musée qui, il n'y a encore que deux ans, n'était que VEast India Marine Hall, est un des plus riches, en fait d'échantillons ethnologiques et conchyologiques, et quoiqu'il laisse encore beauéoup à désirer dans certains ordres, tels que mammifères, oiseaux etc., nous n'avons pas de doutes que sous l'active surveillance des savants distin.

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gués qui le dirigent aujourd'hui, il ne devienne en pou de temps un des plus considérables des Etats-Unis.

Samedi, 21 Août. — Tel qu'annoncé, la journée est consacrée aujourd'hui à une excursion dans les havres de Salem et de Boston. A 9^ heures nous nous rendons donc au quai Phillip^ où le magnifique vapeur Escort doit nous prendre pour nous conduire à Boston. L'aflËuence est considérable ; car comme chaque invité pouvait se faire accompagner par Une dame ou deux, la gente féminine, si havide de fêtes et de distractions, fit si bien qu'elle n'était pas loin d'avoir la majorité dans le nombre des excursipnnistes. Il va sans dire que nous n'étions pas embarrassé de ce baçrage superflu ; nous l'avions avantageusement remplacé par la compagnie d'un jeune ecclésiastique de Montréal, dont la conversation ne contribua pas peu à nous rendre l'excursion doublement agréable. Tout d'ailleurs invitait à la promenade : un temps magnifique, une chaleur intense qui nous pressait de chercher un air plus frais en dehors des constructions d'une ville, un vaisseau spacieux, propre et sûr, tout orné de pavillons, une bande de musique à bord &c., i! n'en fallait pas plus pour entrainer même les plus indécis. Montés à bord à 9J heures, il était plus de dix heures que le vaisseau n'avait pas encore enlevé ses amarres, au grand mécontement de tous ceux qui occupaient les banquettes de l'avant et de l'arrière qui ne désiraient rien tout que de se soustraie à la chaleur suffocante qui les tourmentait. Mais il fallait bien, comme en toute autre circonstance, compter avec les retardataires ; et bien que la bande fît de son mieux pour nous faire trouver le temps plus court, ce n'était qu'une plainte générale, par ce qu'adossés aux grands hangards construits sur ce quai, nous étions littéralement grillés par un Soleil contre lequel ne nous protégeaient pas encore assez les nombreux pavillons flottant au dessus de nos têtes. Enfin le capitaine donne le signal du départ, les amarres sont relevées, la machine est en mouvement, et nous voyons le quai, avec les nombreux curieux qui le couvrent, défiler devant nous, imus laissant croire, tant l'illusion est parfaite, que le mouvement n'est pas de notre côté. Mais le vaisseau a déjà affermi sa marche et les nombreux accidents des deux rives qui bordent le bras de mer qui conduit à la ville, avec les magnifiques résidences qui y sont dispersées, détalent successivement sous nos yeux. En quelques minutes nous touchons à Marblehead, superbe petite ville que nous étions venu visiter la veille, par voie ferrée. Appuyé sur le plat-bord de la balustrade du gaillard d'avant, nous nous amusons à examiner les méduses, qui sont parfois si nombreuses qu'elles nau^ montrent des espaces considérables de mer ne reflétant que la couleur bleuâtre de leurs masses gélatineuses. Les méduses, que les Anglais appellent Jelly-fishes, par allusion à leur consistence, et les marins français orties de mer, à cause de la vertu pongitive des filaments qu'elles portent, présentent dans leur forme, leur organisation, leur genre de vie &e. de telles anomalies, qu'on hésiterait, à premier vue, à les ranger dans le règne animal. Ce sont des animaux de consistence gélatineuse, d'une transparence souvent aussi pure que celle du verre, et se rapprochant beaucoup plus, par leur forme générale, de la plante que de l'animal. Qu'on se figure des masses gluantes de 12 à 15 pouces de diamètre, hémisphériques en dessus, à la manière du chapeau des champignons, avec la bouche au centre, celle-ci souvent accompagnée d'appendices cir-

cnlaires qni ne sont que lenrs ovaires, et mnnîe en dessons de nombreax filaments qui leur servent à exécuter leurs mouvements et à saisir leur proie. La main imprudente qui veut les saisir, éprouve, au contact de ces filaments, des piqûres cuisantes, assez senjblables à celles que produit le contact de Tortie. Leur masse est si peu consistente, que souvent en séchant, elles perdent 99 pouir 100 de leur poids total.

Cependant Y Escort poursuit sa marche rapide à travers les îles nombreuses qui bordent presque partout cette partie de l'atlanti que, jusqu'à ce au'enfin parvenu au large de ces îles, notre vue plonge" sans obstacle sur rimmensité de Focéan. L'eau se confond au loin avec le ciel, où se dessinent ça et là quelques voiles plus ou moins apparentes, suivant leur éloi^ement. Un léger soufle de TOuest, à peine suffisant pour rider la surface de la masse liquide, imprime au vaisseau un lent balancement qui ne lui donne que plus de grâce dan« sa marche, sans nullement incommoder les voyageurs. Le liquide agité par les roues du vaisseau, mêle des flocons d'écume d'une blancheur de neige, à la couleur verdâtre de l'eau salée, dans le large sillon que nous laissons derrière nous. Mais déjà nous sommes assez loin au large pour que la côte se soit tellement abaissée, qu'elle ne se montre plus que sous forme d'une bande bleuâtre qu'on a peine à distinguer de la mer. Les dames qui jusque là n'avaient retenu que des gazes légères sur leurs épaules, commençaient à rechercher leurs châles pour se soustraire à la fraîcheur de la brise, lorsque le capitaine, changeant la direction, mit directement le cap sur Boston, but de notre promenade.

Nous passons successivement plusieurs phares, les uns perchés sur le sommet d'abruptes rochers, les autres élevés sur des tours sortant directement de l'eau ; partout pour nous saluer, résonnent les cloches ou les gongs de ces phares, et nous leur répondons par l'agitation de nos mouchoirs et la musique de notre bande.

Plus d'une fois, dans la salle des séances, nous avions cherché les moyens de faire la connaissance personnelle de plusieurs savants avec qui nous avions précédemment échangé des correspondances ; mais toujours malheureux dans nos investigations, nous en avions pris notre parti, lorsqu'on vint nous interpeller par notre nom, en nous montrant un aussi grand désir de faire notre connaissance que celui que nous entretenions de faire la leur. C'étaient: M. Riley, un des rédacteurs de Y American Entomologist de S. Louis, le Dr. Packard, de Y American Naturalist de Salem, Mr. Meehan, professeur de botanique au Yale College, Conn., Mr. le Baron Osten Sacken., consul général de Russie à New- York, un diptérologiste de première capacité, le Kév. Bethune, n'dacteur du Canadian Entomologist, de Toronto, le Rév. Morris, connu par ses travaux sur les lépidoptères, le Rév. Dalrymple, de l'université du Maryland, etc., etc. Inutile d'ajouter que nous nous saluons comme d'anciennes connaisrances et que commencent de suite des conversations animées qui, pour n'avoir pas la solemnité des lectures des salles de l'Association, n'en sont pas moins intéressantes. Plusieurs même exhibent des spécimens sur la détermination desquels s'exerce le savoir des assistants, car ici le doctvs cum libra, se trouverait tout à fait au dépourvu. MM. Riley & Bethune nous montrent des nisectes de l'Ouest, tandis que le Baron Osten Sacken nous fait voir une abeille avec 4 ou 5 diptères renfermés dans un morceau de succin (ambre jaune) qui ne peuvent avoir moins d'un millier d'années d'existence.

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Mais pendant que nous nous livrons à ces examens, voila que nous touchons à un quai sur un ilôt assez élevé, sur lequel nous ne voyons pointer que pièces d'artillerie, bayonncttes et force habits bleus ; c'est le fort Warren, qui protège l'entrée de la capitale du M assachusetts. Nous mettons un instant le pied à terre, et tout en jetent un coup d'œil sur les ouvrages extraordinaires de fortification de cette citadelle, nous glanons par-ci, par là, dans l'herbe des remblais, sous les affûts des canons, quelques insectes pour joindre à notre collection. Nous capturons en passant: Pferosfichus lucuhlandus^ Platynns melanariuSy PL cupripennisy Harpalus viridœnevs^ 3 Amara, 4 Curculionides qu'on ne peut nous nommer, un Staphvlin très voisin du badipes &c. &g. Nous recueillons aussi une petite plante ^que Mr. Meehan, après discussion, certifie être la Spergula ruhrdj que nous n'avons encore jamais rencontrée en Canada. D'autres, a notre exemple, recueillent des plantes, des chenilles etc. dont linspection ne nous est pas d'un léger intérêt pendant le reste de la route.

Du fort Warren que nous quittons, au quai qui doit être le terme de notre excursion, c'est le temps de quelques minutes seulement. Ici, de nombreux omnibus nous reçoivent sur le quai même pour nous transporter, à travers les magnifiques villas qui bordent la route de chaque côté, au MaoUs garden, où nous attend un diner qui, malgré notre grand nombre, peut répondre à tous les goûts et à tous les appétits. Viandes de toutes sortes avec assaisonnements les plus recherchés, desserts les plus variés où les crèmes de toutes couleurs entremêlées aux pêches, poires, porames,|ronces &c. qu'on a distribuées à profusion, surchargent des tables nombreuses s'étalant sous des berceaux à jour qui nous protègent de leur olnbre sans nous ravir la vue de la mer qui s'étend à nos pieds. Chacun s'empresse de satisfaire au plus tôt les besoins de l'estomac pour se livrer ensuite aux divers amusements mis à notre disposition ; les uns se répandent dans les allées serpen teuses du jardin, sous des bosquetsque décorent ça et là quelques statues, les autres étendus mollement sur le vert gascon, s'amusent à voir de vigoureux jeunes gens se livrer à des exercises gymnastiques ou des dames voler dans des balançoires disposées de manière à pouvoir tenter même les plus timides. Pour nous, notre premier soin est de descendre jusque sur la grève même, où nous pouvons prendre une dizaine d'espèces de mollusques, entre autres : Littorina palliata, Purpura lapiUuSy Mytilus edvUsy etc. Quelques serres de homards et de crabes que nous rencontrons mutilées, nous disent assez que les crustacées ne feraient pas défaut non plus, au chasseur qui prendrait le temps de faire des recherches plus soignées. Tous les cailloux sont couverts de balanes que nous trouvons d'une bien plus forte taille que celles que nous avons rencontrées dans le golfe St. Laurent, bien qu'elles nous paraissent de la même espèce, Balanus ebumeus.

Mais déjà la cloche se fait entendre, et il faut s'arracher aux charmes de cet Eden pour regagner notre vaisseau, qui n'attend qu'après notre rentrée pour se njettre en marche. Nous suivons à peu près la même route qu'en allant, et nous débarquons à Salem à 7h., juste assez tôt pour échapper à une pluie assez abondante que rien ne nous avait fait prévoir.

(A continuer).

A NOS COBBESPOin)ANTS.

Mr. L, J. A. Papineau, Montréal. — Les champignons transmis appartiennent, comme nous l'avons noté dans notre dernier numéro, à la tribu des Lycoperdiacéea, et au genre même Lycoperdon. Cependant, l'exiguité du péridion, la longueur du stype et son élargissement à la base, pourraient peut-être autoriser à en faire un genre nouveau, tant ils diffèrent des lycoperdons (vesses-de-loup) ordinaires. En attendant nous lui donnerons le nom de lycoperdon stipité, lyœperdon slipatum, et cisuit Texacte description de ce champignon. Stipe de 6 à 7 lignes, portant un collier vers son sommet, dilaté à sa base de manière à former une masse hémisphérique de pas moins de deux pouces de diamètre qu'on prendrait à première vue pour un péridion sessile sur le sol ; péridion de 5 à 6 lignes 3e diamètre, à sommet percé en apparence d'une seule ouverture, mais que la loupe nous montre dilacéré en plusieurs petites lanières, lesquelles, au lieu de se réfléchir en dehors, comme dans les autres lycoperdons, se réunissent en un cône très aigu, finement canelé, ne laissant qu'une petite ouverture au sommet par laquelle s'échappent les sporules séminifères.

Mr. P. nous dit qu'il a trouvé ces champignons sur une couche i il est probable que leur semence y avait été répandue avec les graines importées d'ailleurs qu'on avait semées dans cette couche.

Dr. L., Ste. Julie de Somerset. — Le caillou ' transmis, malgré- sa ressemblance frappante, et dans sa forme et dans sa couleur, avec une pomme de terre, n'est cependant pas un fossile. C'est un fragment de quartz ferrugineux appartenant à une formation assez récente et que le hazard seul a revêtu de cette forme. Ce n'en est pas moins nn échantillon bien digne de figurer dans un musée, vu surtout sa parfaite ressemblance avec une pomme de terre. Tenez, dîmes-nous, en présentant ces jours derniers ce caillou à un cultivateur, voici une nouvelle espèce de patate qui ne pourrit jamais. — Notre homme, après l'avoir palpé et examiné, nous répliqua : oh ! Mr., on vous a trompé ; cette patate commençait déjà à se gâter. Voyez, ajouta-t-il, ce léger changement de couleur ici, c'est le commencement de la maladie; puis, une cavité là? oh ! je parierais qu'elle a déjà tout le cœur avarié. — Eh ! bien, ouvrez la, et vous verrez. — Il tire aussitôt son couteau de sa poche et en applique la lame sur le caillou, qui, comme bien on le pense, la fit gli^iser à sa surface sans en être attaqué. — Ah 1 ah ! ah ! qui l'aurait

cru ? un caillou! un véritable caillou ! et notre homme de continuer

ses exclamations

Mr. E. D., Ste. H Nous est avis que vous pourriez trouver bien d'autres motifs pour servir de base à un acte de contrition, que celui que vous notez. Quand on joue avec de la boue, rien de surprenant si on s'en retire avec des éclaboussures : les étourdis mêmes ne l'oublient jamais.

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