‹ Le Naturaliste canadien (volume 2)Chapitre 2 sur 21 · NOTRE PROSPECTUS · texte numérisé non relu

NOTRE PROSPECTUS

Populariser les connaissances en histoire naturelle, provoquer les recherches, recueillir les observations, constater les découvertes et faire connaître les nouvelles appUcations que l'on peut faire des connaissances déjà acquises au profit des arts, de l'industrie et des besoins de la vie, tel sera le but de cette publication. Nous voulons, tout en fournissant à Tamateur le moyen de s'initier par lui-même^ à l'étude de la nature, oflFrir en même temps au savant un bulletin des progrès journaliers de cette importante science, et un médium pour faire participer le public à sis observations et à ses découvertes.

L'histoire naturelle, plus que tout autre, est une science d'observation ; ses règles fondamentales ne sont nées que de l'observation ; et ses progrès -ne se soutiennent, ne se continuent que par l'observation ! Et plus le nombre des observateurs est grand, et plus grandes sont les chances de nouvelles découvertes !

Ce ne sont pas des savants dans leurs cabinets qui nous ont ré vêlé les faits extraordinaires de l'industrie des castors, abeilles et autres animaux ; les mystères des métamorphoses ou transformations des insectes; les merveilles de la vie d'une foule d'êtres qu'on avait rangés d'abord parmi les pierres ou les plantes ; mais bien des observateurs sur les lieux, qixi furent les premiers frappés de ce qu'ils voyaient s'opérer sous leurs yeux. Tel détail souvent de la vie d'un animal, ou de la croissance d'une plante, qui étonne les savants à qui on le fait connaître pour la première fois, n'est dû qu'à un cultivateur, à un chasseur, à un pêcheur qui a voulu se rendre compte de ce qui avait frappé ses regards.

Moins que toute autre, l'histoire naturelle n'est une science purement spéculative ; et plus que tout autre elle se rapproche de nous, puisqu'elle renferme dans les limites de son étendue tout ce qui se rapporte à la moitié de notre existence, à notre vie animale. Et plus vastes seront nos connaissances sur les plantes et les animaux, sur leurs modes de croissance et de reproduction, les moyens de restreindre ou d'étendre leur diffusion ou leur multiplication, et plus grandes aussi seront les ressources que nou» pourrons en tirer pour les divers besoins de la vie.

Et d'ailleurs, de toutes parts l'homme ici bas est environné d'êtres vivants. Vies autour de lui, au dessus et au dessous de lui ; vies en dedans, Vies en dehors ! Et l'étude de tant d'êtres qui nous touchent de si près, ne mériterait pas, n'exigerait pas notre attention? Mais parmi tous ces êtres nous comptons des amis et des ennemis, il faut donc apprendre à les distinguer les uns des autres, afin de nous assurer le secours des premiers pour combattre les seconds. Parmi ces êtres amis, les uns nous sont directement un secours en nous offrant leurs dépouilles ou leurs produits; et les autres

sont nos anxiîiaires dans la guerre d'extermination qne nous sommes continuellement obligés de faire contre ceux qui s'attaquant à nos biens ou à nos personnes, tendent à restreindre les ressources de la vie mises à notre disposition Et aux yeux de l'observateur intelligent, la sagesse de la Providence ne brille pas moins dans l'équilibre du nombre ou de la puissance de ces millions d'êtres ennemis continuellement en contact, que dans la régularisation du cours de ces milliers de mondes à travers l'immensité des airs ! Eh ! une seule famille de papillons, livrée à son cours naturel de reproduction, suffirait, en moins de trois ans» pour faire disparaître toute vie d'une grande province ! Mais Dion a mis à côté des papillons les hirondelles, les fauvettes, etc., et les hirondelles, les fauvettes font leur pâture de milliers de leurs larves ; mais Dieu a envoyé contre eux les ichneumons, et les ichneumons vont déposer leurs œufs dans le corps même des chenilles, et ces œufs éclosant bientôt en de petits Ters qui se nourrissent de la substance même des chenilles qui les portent, en font périr des milliers ; et voila comment sous l'œil de çettre sagesse infinie, l'équilibre se garde au milieu de tant de forces opposées, la vie se constTve parmi de si nombreux agents de la mort !

A présent que la langue française est celle de plus de 1,000,000 d'habitants dans la Puissance du Canada, nous avons pensé que le temps était venu pour eux d'avoir un organe dans leur langue spécialement dévoué à l'histoire naturelle. Et de peur qu'on ne s'y méprenne, nous répétons que nous croirions méconnaitre les aspirations Je ceux à qui nous nous adressons, si nous nous en tenions aux théories purement spéculatives de la science, mais que nous nous appliquerons constamment à proclamer les ressources que l'on peut retirer de l'application- de telle ou telles connaissances que nous consignerons. Le pasteur, le m decin, l'instituteur, le législateur, l'agiiculteur, en un mot tous ceux qui savent lire et refléchir, devront lire assidûment Le Naturaliste : tous y trouveront profit et instruction.

La Botanique, la Zoologie, l'Ornithologie, Tlchthyologie, l'Entomologie, etc , seront tour à tour les champs où nous

irons glaner pour composer le bouquet que nous offrirons chaque mois à nos lecteurs. Mais nous voyons déjà le lecteur froncer le sourcil à ces grands mots de terminaison en logie, disons donc, de suite, en termes plus familiers, que nous étudierons avec lui les plantes, les quadrupède», les oiseaux, les poissons, les insectes, et généralement tout ce qui a vie végétale ou animale. Et ce sera une règle pour nous, tout en conservant aux objets de nos investigations leurs noms scientifiques, de toujours les désigner par les noms vulgaires oui pourraient plus facilement les faire identifier, chaque I nous leur en connaîtrons.

►us entendons appliquer plus particulièrement nos cations aux animaux et aux plantes de notre pays, \ prétendons pas pour cela nous interdire les excurms d'autres cUmats. L'histoire naturelle du monde Le forme qu'un tout, et c'est souvent par comparaison s sujets étrangers qu'on parvient plus sûrement à er et à juger ceux de son propre pays. La nature 5S formes avec les climats, et ce ne serait la connaître m imparfaitement, que de borner ses études aux ormes qu'on aurait sous les yeux.

nu par état à des devoirs nombreux et importants ivent primer avant tout, noua comprenons que la j^ue nous entreprenons aujourd'hui serait bien au ie nos forces, si nous' ne comptions sur une géné- Dllaboration déjà promise, et sur le concours de nomiorrespondants, qui par notre entremise, viendront rt au pubUc de leurs observations et de leurs décou-

champ de l'inconnu en histoire naturelle est d'une j immense en ce pays ; à l'œuvre donc courageux s des Buffbn et des Linné, et de glorieuses conquêtes ront pas longtemps attendre.

tude de l'histoire naturelle, à peu d'exception près, ne ,nt pas encore dans le programme de nos diverses instid'éducation, nous voulons provoquer nos lecteurs à ide, et par la diversité et le ton de nos articles, offrir

Le Natttraliste Canadien. 7

en même temps, au débutant un guide pour le conduire dans l'entrée de ce sanctuaire, et à Tinitié, matière pour poursuivre ses recherches.

Le Naturaliste Canadien paraîtra mensuellement, par pamphlets de 24 pages in-8, avec un certain nombre de gravures, tant pour facihter Tintelligence du tezte, que pour permettre dldentiiier plus facilement les animaux ou les plantes dont nous donnerons des descriptions.

Quoique notre plan, comme l'indique notre titre, embrasse dans son ensemble les différentes branches de l'histoire naturelle, nous donnerons cependant une attention toute particuhère à l'Entomologie, parce que les infiniment petits dont elle s'occupe forment dans leur ensemble un infiniment grand, un intérêt immense, incommensurable, si vaste en effet qu'on ose à peine le chiffrer, et qui, sous le rapport de l'importance, place cette branche au premier rang. Nous invitons nos lecteurs à nous adresser tous les insectes qui, par*leurs dégâts ou leurs mœurs, auraient particulièrement attiré leur attention, et autant que nous le pourrons, nous leur ferons connaître dans nos pages, ce qu'une nombreuse bibliothèque sur cette branche, une ample collection de spécimens, et desi années d'études et d'observations nous permettront de consigner. Et quiconque a jamais été aux prises avec les obstacles à surmonter pour l'identification d'un insecte ou d'une plante, comprendra de suite de quel secours pourra lui être une semblable correspondance.

Notre publication est exclusivement réservée à la langue française, cependant, comme il ne manque pas de personnes qui peuvent facilement lire une langue sans pouvoir l'écrire, nous recevrons avec plaisir toutes communications qu'on voudra bien nous faire en anglais, noug astreignant à les traduire, toutes les fois que nous les jugerons capables d'intéresser nos lecteurs.

Si le nombre des abonnes répond à notre attente, nous pr(»ndrons .saus dClai des mesures pour nous procurer des observations météorologiques de diffc^rents endroits de la Puissance, et nous en publierons un tableau synoptique dans chaque numéro.

L'^ montant di* la souscription ^est de $2 par année, payable d'avance, c'est-à-dire, après la réception du premier numrro.

On ne s'abonne pas pour moins d'un an.

Tout souscripteur désirant discontinuer son abonnement, est tenu d'en donner avis aussitôt après la réception du dernier num jro de chaque volume ou de chaqu3 année de publication.

:^ Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent être adressées au rédacteur, à Portneuf.

â^^* Les règlements postaux permettent l'affranchissement de toutes correspondances destinées à la publication, au taux de 1 centin par once, pourvu qu'elles soient enveloppées à la manière des journaux, c'est-à-dire, ouvertes aux bouts. Ainsi ce sera une facilité de pjus pour les jeunes amateurs qui sont très souvent mieux favorisés sous le rapport des talents que du côté de la fortune, pour nous faire parvenir leurs observations.

lES REGLEMENTS POSTADX ET LES PDBLICATIOHS PERlODipESc

Les nouveaux règlements postaux qui doivent entrer en lorce au premier janvier prochain, ne semblent pas avoir été faits pour la diffusion des lumières, au moyen des publications périodiques, tant s'en faut. Le législateur, suivant nous, a tout simplement mis une imposition sur les produits de l'intelligence, et mis un obstacle à leur diff'usion parmi le peuple. Les journaux politiques ont été plus favorisés sous ce rapport ; puisque, pour eux, leur émission peut se faire sans affranchissement. Mais pour les publications périodiques, il faut l'aff'ranchissement préalable, sous peine d'aller dormir dans la boîte des lettres mortes ; de sorte que l'abonné mauvaise paye, s'il s'en trouve, aura non seulement

Lft Naturalists Canadien. 9

fa vantage de ravir injustement à l'éditeur le fruit de ses travaux, mais encore le plaisir de lui faire débourser le port de sa propre publication. Yoici d'ailleurs une nouvelle publication qu'on veut mettre au jour; on adressera le premier numéro, en vue de solliciter des abonnements, à 3000, 4000 personnes, ce sera donc de suite $30, $40 qu'il feiudra débourser, Ci-suit le texte même du règlement.

'' Les publications périodiques déposées à la poste, en Canada, et adreseées à toute localité du Canada, de l'Ile du Prince Edouard, de Terreneuve ou des Etats-Unis, seront assujéties à une taxe de un centin par chaque paquet de quatj*e onces, contenant un ou plusieurs numéros, qui sera dans tous les cas payable d'avance au moyen de timbres-poste, — toute portion de quatre onces devant être considérée comme un nombre entier. Sous ce régie ment, les publications destinées à la distribution «4an8 tout Bureau de Poste en Canada, pourront être enveloppées et mises à la poste dans un paquet séparé — les numéros y contenus devant être adressés aux destina taires et la bande extérieure devant porter le nom du Bureau de Poste } mais le poids de ce paquet ne devra pas excéder quatre livres^ et il sera affranchi au moyen de timbres-poste^ au taux de un centin par quatre oûces, poids de capacité.

^^ Une pareille taxe de un centin par quatre onces sera exigible, lors delivraison en Canada, sur toutes publication périodiques reçues par les malles des Etats-Unis, de Pile du Prince Edouard ou de Terreneuve, et devra être imposée sur ces publications périodiques au bureau de la fVontiére ou autre où ces malles sont reçues.

'^ Mais lorsque ces publications périodiques pesant moins d^une once par numéro seront mises à la posie en Canada, en destination de toute localité dans la Puissance, de Pile du Prince Edouard, de Terreneuve ou des Etats-Unis, et qu'elles seront enveloppées isolément, c'est-à'dtre, un seul numéro sous une seule adresse, elles pourront passer au taux de un demi centin par numéro, payable d'avance au moyen de timbres-poste.

Les publications périodiques échangées entre éditeurs en Canada, et entre éditeurs en Canada et éditeurs aux Etats-Unis, l'Ile du Prince-Edouard ou Terreuve, pourront être expédiées et délivrées, franches de droit de port Canadien, mais il ne pourra être envoyé qu'un seul exemplaire de chaque publication au même éditeur sous l'empire de ce privilège.

Nos souscripteurs peuvent voir en cela une raison de de plus de se conformer strictement à nos règlements et de nous faire leurs remises sans délai.

Vol. I — Décembre, 1968.

tine supériorité marquée sur les autres animaux parait au contraire, être au-dessous de quelques-uns d'entre eux pour les qualités purement individuelles. C'est un animal assez doux, assez tranquille, assez familier, un peu triste, même un peu plaintif, sans passions violentes, sans appétits véhéments, ne se donnant que peu de mouvement, ne faisant d'eftbrt que pour quoique le soit, cependant occupé sérieusement du désir de sa liberté, rongeant de temps en temps la porte de sa prison, mais sans fureur, sans précipitation, et dans la seule vue d'y faire une ouverture pour en sortir ; au reste, assez indifférent, ne s'attachant pas volontiers, ne cherchant point à nuire et assez peu à plaire ; il ne semble fait ni pour servir, ni pour commander, ni même pour commercer avec une autre espèce que la sienne ; seul, il a peu d'industrie personnelle, encore moins de ruses, pas même assez de défiance pour éviter des pièges grossiers. Loin d'attaquer les autres animaux, il ne sait pas même bien se défendre."

C'est bien là le captif hors de son élément, ou du moins hors du milieu où il a appris à vivre dans son enfance. Et avec ces données, corroborées par des observations faites sur deux ou trois autres individus semblablement captifs au Jardin des Plantes, il a été facile à M. Boitard de sauter aux conclusions que le castor n'est qu'un animal rien moins que stupide, et que tout ce qu'on raconte de son industrie, de son adresse, de ses travaux, ne sont que des fables. Mais les débris de leurs constructions que bon nombre de nos lecteurs ont pu voir de leurs yeux, comme nous en avons vu nous même, mais les récits de centaines de chasseurs, de voyageurs, de missionnaires, qui les ont vus à l'ouvrage ou ont démoli leurs constructions, nous prouvent que si les conclusions données plus haut peuvent convenir aux castors du Jardin des Plantes, ou même à ceux d'Europe, elles ne peuvent s'appliquer à notre castor d'Amérique, et surtout à celui du Canada.

Le Castor, ou Bièvre comme on l'appelait autrefois en France, (Castor fiber^ LiN.), Castor Canadensis^ Kuhl, le beaver des anglais, représenté dans la figure en tête de cet article, est un animal qui appartient à l'ordre des rongeurs,

c'est-à-dire à cet ordre de quadrupèdes qui, dépourvu de ca, nines, ont deux grandes incicives à chaque mâchoire, séparées des molaires par un espace vide ; et à la famille de cet ordre désignée sous le nom de nageurs^ parce que leurs pieds postérieurs sont palmés ou à demi palmés, c'est-à-diie, que leurs doigts sont plus ou moins réunis par une membrane à la manière des oies et autres animaux aquatiques. Tous les animaux de cet ordre ont d'ordinaire les jambes postérieures beaucoup plus grandes que les antérieures.

Le Castor mesure de 3 à 4 pieds de longueur en y comprenant la queue. Sa fourrure se compose de deux sortes de poils, l'un fort long et grossier, recouvrant un duvet fin, fourni et plus ou moins gris. Sa couleur générale est brun TOUX uniforme, quelquefois assez foncé.

L*a longueur de leurs pieds postérieurs, leur rapprochedes antérieurs, en arquant le dos, ne leur permettent les mouvements lents et gauches sur terre. Dans la he, le ventre touche presque constamment le sol, et ils mt très-mal ; mais dans l'eau ils sont très-agiles et se rent même avec grâce. De très fortes griffes arment extrémités, et les postérieures en portent une surnuire sur le second doigt, caractère particulier à cet al.

La queue plate et large, dépourvue de poils, est cou- I d'écaillés imbriquées à la manière de poissons. Elle sert non seulement de gouvernail dans la nage, mais encore la truelle avec laquelle ils pétrissent et massent ue qu'ils emploient dans la construction de leurs digues t leurs cabanes ; elle leur sert aussi d'instrument d'alarour avertir leurs frères de pourvoir à leur sûreté dans nger; ils en frappent alors Teau si fortement, que le peut en être entendu jusqu'à un demi mille.

Jomme la plupart des rongeurs, ils se servent de leurs ; antérieurs avec beaucoup d'adresse pour saisir les s, porter les aliments à leur bouche, etc.

Le Castor se trouve en Europe aussi bien qu'en Amé- !, et l'espèce parait être identique. Cependant celui rope n'a jamais donné ces preuves d'intelligence et

d'industrie que celui d'Amérique montre encore dans la construction de ses cabanes et de ces digues qu'il jette à travers les ruisseaux pour les faire refluer de manière à former des étangs, sur les bords desquels l'animal se plait à iixer sa demeure, en colonies souvent de plusieurs douzaines. Les habitudes du castor Européen, qui ne sait que se creuser un terrier, quelquefois de plusieurs cents pieds de longueur, pour y passer sa vie dans la paresse et l'inaction, n'en sortant que pour aller aux provisions, ont porié plusieurs naturalistes français, entre autres M. Boitard, à refuser au castor Canadien cet esprit de sagacité et d'intelligence qui a jeté dans Tétonnement tous ceux qui ont pu voir de leurs yeux leurs merveilleuses constructions. Une nation indienne de l'Ouest désigne le castor par un nom particulier, qui dans sa langue signifie ^^ petit frère,'*' par allusion sans doute, à cet esprit de fraternité qui les porte à se réunir en coJonie, pour exécuter des travaux gigantesques dans leur ordre et au dessus des forces d'une unique famille d'individus ; c'est ce que confirme les récits de nombreux chasseurs, qui disent avoir surpris des colonies à l'ouvrage, an nombre de plus de cent.

Cependant, suivant un M. Morgan, de Philadelphie, qui cette année même vient de publier une histoire complète du castor, ^ ces digues ne seraient l'ouvrage que d'une seule famille, continué pendant des siècles et constamment réparé. En plusieurs endroits on a trouvé de ces digues assez solides pour que des cavaliers aient pu s'y aventurer avec leurs montures, et traverser des rivières, comme sur xm pont, en toute sûreté. Le but de l'animal dans la construction de ces digues est de maintenir l'eau toujours à peu près au même niveau, afin qu'il puisse avoir, en tous temps, dans sa cabane qu'il construit sur les bords de ces étangs artificiels, un bain toujours prêt à le recevoir dans la partie inférieure, en même temps qu'une issue sous l'eau pour aller aux provisions.

* The American Beaver and his works. By Lewis H. Morgan. Philadelphia» 868. With plates and illustrations.

Googl^e

La plus considérable de ces digues dont il soit fait mention, est celle que l'on a trouvée sur le lac des Herbes (Grass lake), à Touest du lac Supérieur. Elle mesurait 260 pieds de longueur, sur une hauteur verticale de 6 pieds au milieu, prolongée ensuite, en se courbant dans le sens du courant, encore de 13 pieds ; ce qui équivalait à 19 pieds d'étendue totale en hauteur. On a calculé qu'il n'y avait pas moins de 7000 pieds cubes de matière solide dans cette masse. Œuvre vraiment gigantesque eu égard à la taille de Tani" mal et aux moyens à sa disposition. En outre de la courbure du milieu, .qui permettait à cette digue de résister avec plus d'avantage à l'efFort de l'eau, elle était encore appuyée de deux autres digues un peu plus basses, l'une au dessus et l'autre au dessous du courant. Etonnante prévoyance de l'animal, qui avait voulu par là mettre son ouvrage à l'abri des efforts de l'eau dans les grandes crues ! Il est à remarquer que presque toutes les digues que Ton a trouvées dans les forts courants, avaient une courbure au milieu, telle que celle mentionnée plus haut. Il peut se faire que ce fut là l'effet naturel de la force de l'eau qui avait forcé l'ouvrage à céder un peu, mais il est aussi probable que le plan avait pu être ainsi arrêté dans les desseins de l'ingénieux architecte.

Voyons maintenant la famille à l'ouvrage. Il s'agit de barrer le cours de cette petite rivière ou de ce ruisseau pour y asseoir les demeures de la colonie. Un arbre renversé qui s'avance déjà au loin dans le courant, a déterminé le choix du site de la digue ; on arasera donc un autre arbre, sur la rive opposée, pour être renversé en sens contraire au premier ; ce sera par exemple un peuplier ou un merisier, îl mesurera plus de 30 à 40 pieds de hauteur sur un diamètre à la base de 12 à 15 pouces. Yoilà de suite quatre, cinq piocheurs à l'œuvre pour enlever la terre du pied et mettre les racines à nu. Les ongles de leurs pattes antérieures leur serviront de pelles ou de pioches, et leurs fortes incisives remplaceront la hache pour couper les racines ; cellesci, quelquefois presque aussi grosses que le tronc, sont dans

nn instant rongées, déchiquetées et enfin coupées sous les coups multipliés de ces fortes gouges.

L'arbre commence bientôt à s'ébranler ; puis, des craquements de racines qui se rompent, annoncent que sa base a perdu sa solidité, il prend enfin la pente, et dans un clind'œil, les ouvriers ont reconnu la direction qu'il prenait, pour fuir du côté opposé. Sa tête plonge dans Teau et ses branches s'embarassent dans le courant. Mais les ouvriers sont déjà revenus à l'ouvrage ; les branches qui s'élèvent dans l'air sont rongées à demi et courbées pour s'enlacer avec les autres ; on CTeuse au fond de l'eau pour engager dans le sol celles qui l'atteignent, on va chercher au dessus du courant d'autres pièces de bois flottant qu'on réunit aux branches, et bientôt la rivière laisse voir une culée sur chacun de ses côtés, qui forcent son courant à se presser au milieu. Il s'agit alors de fermer cette dernière ouverture. On cherchera donc plus haut un morceau de bois flottant, et au besoin on abattra un arbre dans ce but, pour unir les deux culées; dix, vingt nageurs seront autour pour l'amener de manière à clore l'ouverture ; puis d'autres pièces y seront ajoutées ; les pierres du fond et les glaises des bords viendront s'y joindre ; et bientôt la masse de l'eau gênée dans sa marche, et gonflée par l'obstacle, prendra son cours régulier par dessus, formant un étang plus ou moins répandu sur les bords. Souvent les matérieaux qu'on aura employés, peupliers, aunes, saules etc., prendront racine à la manières des boutures, puis d'autres branches entraînées par par le courant viendront s'accrocher au premier ouvrage, les vases charroyées par les grosses- eaux viendront peu à peu cimenter le tout, et formeront avec le temps ces digues dont la solidité peut défier même les travaux des hommes.

Mais le bruit d'une détonation dans le voisinage a-t-il été entendu par quelque ouvrier, ou un ennemi quelconque a-t-il été aperçu sur la rive, aussitôt un violent coup de queue retentit sur l'eau, et, à l'instant même, tous les ouvriers sont disparus. Et le chasseur qui attendra leur retour sur l'eau pour respirer, dans l'espérance de les tirer en ce

moment, guettera presque toujours en vain; parceque, quoique obligés à prendre l'air hors de Teau à des intervalles assez rapprochés, une touffe d'herbes, une pièce de bois en dérive, une berge un peu ravalée et cent autres objets, leur fourniront l'occasion de pouvoir le faire sans être aperçus. Les castors veillent avec un tel soin à leur sécurité, que la pluspart du temps, leurs corvées ne se font que dans la nuit, tant ils redoutent les surprises. On a même avancé que pendant l'exécution de leurs travaux, il y avait toujours une sentinelle placée à l'écart pour veiller à la sûreté des travailleurs en les avertissant du danger dans l'occasion. Mais ce n'est là, nous pensons, qu'une pure exagération de leur sagacité, et le fait n'a jamais été constaté d'une manière certaine.

Le site de la bourgade ainsi préparé, il s'agit maintenant d'y ériger les demeures particulières des habitants qui doivent la peupler. Ici ce ne seront plus des corvées générales; mais chaque famille en particulier pourvoira à sa propre demeure. La famille se compose du père et de la mère, et des quatre ou cinq petits de la dernière portée Les chasseurs nous disent avoir aussi trouvé, plusieurs fois, deux ou trois couples de vieux dans la même cabane ; c'était sans doute lorsque le piège du chasseur, ou quelqu'autre accident, était venu priver ces ménages de leur dernière progéniture. A douze ou dix-huit pouces d'eau sur les bords, on entasse un amas de branches de saules, d'aunes, de peupHers, de merisiers etc., s'élè vant de trois à quatre pieds au dessus de Teau ; une épaisse couche de vase glaiseuse vient recouvrir le tout, puis au moyen des dents on travaille alors à déblayer, ou plutôt à creuser l'intérieur, en commençant par le bas sous l'eau ; une autre ouverture est de même pratiquée par le haut, de sorte que l'habitation se trouve composée de deux pièces, l'une plus élevée, où l'on est à sec, et l'autre plus basse constamment submergée, — (A continuer,)

Noms génériques et spécifiques.

Le nom scientifique de tout animal ou plante, en histoire naturelle, est toujours formé de deux noms, l'un indiquant

Lw Natukalistk Canadien. 17

le genre, l'autre l'espèce. Ces noms sont toujours donnés en latin ; cette langue, d'un consentement unanime, étant considérée comme le médium le plus convenable j>oxix communiquer entre naturalistes de différentes nations. Commune à tous les peuples, et particulière à aucun, aujourd'hui la langue latine est ainsi l'abri de ces altérations et de ces changements, qui se montrent si fréquemment dans les idiomes de nos jours. Ainsi le nom scientifique de l'Orignal est Cervus alces Lin. Cervus est le nom généricluo^ c'est-à-dire, indique que l'Orignal appartient au genre Cer^ vus. Cerf, et alces désigne l'espèce particulière que nous nommons Orignal. Lin. est une abrériation du nom de Linné, qui le premier a donné ce nom à cet animal. De même Dahlia variabilis, D. C. indique que De Candolleest le premier botaniste qui a décrit la plante de nos jardins qui appartient au genre dahlia et à l'espèce variabilis.

Description d'un nouvel Hyménoptôre.

Genre Ueooérus. Geoffroy.

Urocems tricolor, nova species.

Niger, vertice 2 maculis luteis, antennis hast nigrisj apice albis / alis /ordter obscuris, abdominis basi luteo^ medio purpwreo brunneOy apice rufo. Femina.

Noir ; tête noire, légèrement pubesccnte, à ponctuations rugnensefl^ portant deox taches jaunes sur le vertex, en arrière des yeux ; antennes à 21 articles, noires et légèrement pubescentes à la base, blanches dans leur partie terminale, avec le dernier article quelque peu taché de brun à son extrémité ; thorax entièrement noir, ponctué, portant des aspérités tuberculeuses sur le prothorax et 2 écailles pales sur le métathorax.. Ailes fortement enfumées, à réflexion violacée, nervures noires. Abdomen avec les 2 premiers segments et le dernier jaunes, les 3e, 4e et partie du 5e d'un violet f jncé, le reste d'un roux velouté ; queue terminale jaune de même que le segment qui la porte, en fer de lance, un peu obscurcie à son extrémité, montrant uifô ligne longitudinale brune dans la partie enfoncée de ce dernier segment. Tarrière aussi longue que le corps, d'un rouge brun Avec les gaines jaunes. Ventre noir à la base, d'un jaune orange au sommet, poli.

Patteà allongées, légèrement pubescentes, noires; les deux premières paires avec les genoux, le sommet des cuisses, la base des jambes

Vol. 1.— Décembre, 1868

Googk

Le Naturaliste Gaaadien.

tarses jaunes ^ les postérieures avec les jambes excepté au sommet , article des tarses excepté au sommet, la base du 2e et du 5e arussi jaunes. Long. 13 lignes ; étendue des ailes 18 lignes. Jn seul spécimen femelle. Collection de Tauteur. îe magnifique insecte prendrait place à côté de XJ. Cressoni, Nort., lant il en diffère par ses antennes, les 2 segments basilaires de men, qui sont d'une couleur beaucoup plus claire « que dans ce r, par ses tarses qui ne sont pas blancs mais noirs et jaunes, et us forte taille.

^ans notre spécimen, Tan tenue gauche porte six articles noirs à sa et la droite 8. Cette singularité est une nouvelle preuve de la on des couleurs dans ces insectes.

iCS Urocères appartiennent avec les Guêpes, les bourdons, les ichns à l'ordre des Hyménoptères. Ce sont les insectes à plus forte ie cett3 ordre. Ils appartiennent à la section des Térébrants 'antîà) de cet ordre. On sait en effet que les Hyménoptères se it en deux grandes sections : les térébrants (Jterebrantià) et les iguillons (acuïeata).

les térébrants sont ainsi appelés parcequ'ils sont munis d'un ovien forme de tarrière avec laquelle ils percent les bois dans les- Is déposent leurs œufs. Tandis que les seconds sont pourvus à e, d'un aiguillon qui leur sert tout à la fois, et d'oviducte pour la ie leurs œufs, et d'arme pour attaquer ou à se défendre j car cet )n est muni à sa base de glandes sécrétant un venin qui rend sa

très douloureuse, et qui a même la vertu de paraliser instantab les insectes qui en sont atteints, comme nous le voyons de pluparasites qui frappent ainsi les victimes qu'ils apportent pour ;ure à leurs larves.

es Urocères ressemblent assez à de grosses guêpes j ils s'en distin. toutefois à première vue, en ce que leur abdonîen n'est pas coupé dans ces dernières, mais tient au thorax par toute l'étejidue de mètre. Leur tarrière qui a son origine vers le milieu de l'abdob qui le plus souvent dépasse le corps en longueur, est composée [ pièces, savoir : 2 valves extérieures, ordinairement rugueuses et întes a la partie supérieure, s' articulant avec le dernier anneau de len, ce sont les gaînes. Celles-ci recouvrent trois pièces internes istituent à proprement parler la tarrière ; d'abord deux soies nent accolées l'une à l'autre, et couvertes tout le long de leur bord

de dentelures serrées et fines, dirigées en arrière, puis une upaire qui semble servir de fourreau aux 2 soies, constituant

avec elles un tube par lequel passent les œufs. D'ordinaire, à première Vue, la tanière ne parait composée que d'une seule pièce, ce n*est qu'en la pressant plus ou moins qu'on peut distinguer ses différentes parties.

C'est au moyen de cette tarrière que les Urocères percent des trous dans les troncs des pins et des épinettes, pour y déposer leurs œufs. lies larves provenant 3e ceux-ci sont cylindriques, charnues, avec une tête cornée et de fortes mandibules. Elles sont composées de 13 anneaux, dont le deiTiier se termine par une espèce de queue aussi cornée. Elles se nourrissent de la substance même du bois, dans lequel elles creusent des galeries qui font parfois "périr les arbres, lorsqu'elles sont trop nombreures. Lorsqu'elles ont atteint leur entier accroissement, elles se filent un cocon de soie, mêlée de débris de bois, pour se transformer en nymphes ou chrysalides ; et après 5 à 6 semaines, suivant les auteurs, ou au printemps suivant, si la saison est trop avancée, celles-ci transfer, mées en insectes parfaits, se frayent un chemin à travers Técorce qu'elles rongent de leurs mandibules, pour prendre leurs ébats dans les airs.

Tous les hyménoptères de la section des térébrants, étant dépourvus d'aiguillon, peuvent être saisis avec les doigts, sans aucun danger d'en être piqué. Il est cependant certaines espèces d'ichneumons qui, lorsqu'ils sont for temept pressés, se servent de leur tarrière comme d'une arme défensive, et parviennent souvent à la faire pénétrer dans les chairs, mais cette piqûre étant sans venin, n*est pas plus douloureuse que la piqûre d'une épingle ordinaire. Mais quant aux Urocérides, aux Tenthrédines et à toutes les Ichneumonides à tarrière longue, ils sont reconnus pour leur parfaite innocuité, et peuvent être manipulés sans aucune crainte.

Les Urocères attaquent particulièrement les pins, les épinettes et les sapins, sur piçds, et causent souvent des dommages considérables. Comme on trouve plus souvent leurs larves dans des arbres malades et plus ou moins détériorés, plusieurs auteurs en ont conclu qu'il n'y avait ainsi que les arbres morts qui leur servaient de retraite ; mais le grand nombre d'arbres sains où on les a trouvées, porte plutôt à croire que ces auteurs ont pris la cause pour la conséquence, et que si on trouve ces larves dans des arbres souffrants c'est parceque| leurs ravages les ont fait ainsi souffrir.

L'Urocère tricolor porte à huit, pensons-nous, le nombre des espèces américaines décrites jusqu'à ce jour. Nous en faisons suivre ci-dessous le catologue, avec l'indication des ouvrages où elles se trouvent décrites.

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