LA FLORE DE LA PROVINCE DE QUÉBEC
Voici en quoi le Pedicularis FurbishicEi diffère du P, Canadensis :
Les lobes du calice dans le premier sont dentés ; ils sont entiers dans le second. — Les bractées du calice dans le premier sont courtes ; elles ^ont longues dans le second. — La corolle du premier est presque droite ; la corolle du second est arquée supérieurement. — La capsule du premier est plus arrondie et se projette à peine hors du calice ; la capsule du second est presque plate et sort beaucoup du calice. — Enfin le premier, plus haut, ne fleurit que dans le mois d'août, tandis que le second, plus bas, fleurit en mai et en juin.
Les caractères ci-dessus, évidemment, indiquent une espèce différente, non une variété du Pedicularis Canadensis ; car ils portent sur des points très essentiels.
A Pœuvre maintenant, messieurs les botanistes canadiens. Qui d'entre vous aura l'honneur de signaler cette espèce nouvelle dans quelque partie de la province de Québec ? On peut dire en toute sûreté qu'elle existe sur les deux rives de la rivière Saiut-Jeaii ; et à partir de la côte nord de cette rivière, il n'y a pas de raison pour qu'on ne la retrouve pas, de place en place, jusqu'au fleuve Saint-I^urent, à partir de Fraserville jusqu'à Levis. Il est fort possible qu'on l'ait déjà ramassée ; mais on l'aurait confondue avec le Pédiculaire du Canada, ou on l'aurait prise pour une variété de cette espèce.
L'abbé F.-X. Burque.
L'ELEVAGE DES FAUVES
L'année dernière, le ministère de l'Agriculture, de Washington, a consacré deux de ses FarmerU Bulletin à
étudier la question de Pélevage du Cerf, de l'Elan, du Renard argenté dans les Etats-Unis.
On y assure que l'élevage du Wapiti, du Chevreuil et des autres animaux de la même sorte peut se faire aisément et à peu de frais, et que ce serait là une industrie profitable. Le résultat serait de mettre à la portée de tout le monde une viande nutritive et appétissante, que l'on devrait trouver partout sur les marchés, aussi abondante que celle du Mouton. Cela soit dit pour les Etats-Unis. Car au Canada, du moins dans la province de Québec, le Chevreuil, le Caribou, sinon beaucoup l'Orignal, abondent encore assez dans nos forêts, pour suffire aux désirs des amateurs de venaison.
Pour ce qui est du Renard argenté, le Farmer's Bulletin N° 328 discute la possibilité, les méthodes et les profits de son élevage, au point de vue industriel. Peu de personnes jusqu'ici ont entrepris cet élevage dans les Etats- Unis.
Dans la province de Québec, cette industrie est peutêtre plus développée. Nous avons eu connaissance de plusieurs entreprises de ce genre au Labrador et au Lac Saint- Jean, et nous croyons qu'elles ont été lucratives. Seulement, on nous a assuré que jamais un# Renard argenté élevé en captivité n'aura une fourrure aussi riche que l'animal qui a \^écu à l'état libre. Mais cette assertion ne nous paraît pas admissible à priori, — même en nous abstenant d'établir aucune comparaison tirée du domaine entomologique, où Ton recherche pour les collections les insectes éclos en captivité, parce qu'ils donnent toujours de5 spécimens de plus belle apparence.
Tout le monde connaît ce nouveau venu sur nos tables, qui a eu un succès si rapide, qui s'est imposé à un point qu'il devient indispensable aux personnes qui ont, une fois, goûté ce fruit savoureux.
Pourquoi ce succès? me direz-vous. N'est-ce point une question de mode, un engouement . passager ? Le consommateur n'est-il pas attiré par le caractère exotique du fruit ? ne le goûte-t-il pas par simple curiosité, par attrait de l'inconnu ? Est-il vrai que ceux qui en ont mangé une fois en font leur dessert favori ?
Est-ce bien à la modicité de son prix, à ses qualités intrinsèques, à sa saveur, qu'il doit d'être surnommé le roi des fruits ? Tout cela demande une explication.
Ce qui fait le succès de la banane, c'est qu'elle n'est pas un fruit comme beaucoup d'autres qui flattent simplement le palais du gourmet ; la banane est aussi un aliment, le plus complet des aliments. Elle renferme des matières grasses, azotées, sucrées (en grande quantité), des sels minéraux et n\ême du fer. Elle contient 25% de matières organiques assimilables. Aussi, d'après Humboldt et Crichton Campbell, la banane est beaucoup plus nutritive que la pomme de terre, et préférable même au meilleur pain. Le docteur Henri Labbé, chef de laboratoire à la clinique médicale de Laënnec, dans le numéro du 29 août 1908 de la Presse médicale^ s'exprime ainsi à son sujet :
<f Le pouvoir nutritif de la banane est considérable. Il n'est pas, en effet, inférieur à cent calories par cent grammes de banane fraîche ; c'est-à-dire que la banane fraîche, en se rapportant aux tables d'équivalences alimentaires, a sensiblement la même valeur nutritive qu'un poids égal de viande ordinaire.
« Pour la banane desséchée, le pouvoir calorifique par loo grammes s'élève à environ 285 calories : il est ainsi plus de deux fois supérieur à celui de la viande.
« Dans ces conditions, la banane confite, à l'égal de certains autres fruits secs, raisins, figues, dattes, etc., devient un véritable réservoir d'énergétique.»
C'est ce qui explique pourquoi elle est si recherchée par les Anglais — peuple pratique — et pourquoi elle a pris depuis peu, à Paris, une place si importante.
Etonnez-vous, après cela, que les médecins l'ordonnent aux enfants, aux convalescents, aux malades ! Montrezvous surpris qu'on la prescrive aux estomacs fatigués ! J'ai vu, dans ce dernier cas, des cures extraordinaires, et je me suis toujours souvenu de ce détail de la prescription : la banane doit être mangée lentement, très lentement.
Et ce qui invite surtout les docteurs à l'ordonner, c'est que la banane est chimiquement pure.
En effet, lorsque, en un tour de main, vous l'avez débarrassée de la peau épaisse qui l'entoure et la protège contre les impuretés de toutes sortes, vous pouvez mordre, à pleines dents, à même le fruit et vous rire des microbes. M'en direz-vous autant des raisins, des fraises, des cerises que vous voyez manipuler, Dieu sait comme, et par quelles mains ? Or la Faculté de Médecine, qui nous conseille d'user des fruits avec prudence, nous ordonne la banane. J'ai le regret de lui dire, d'ailleurs, — nihil novum sub sole — qu'elle n'invente rien. Il y a longtemps que les nègres connaissent les qualités des bananes, et même certaines peuplades s'en nourrissent presque exclusivement.
Les négresses sèvreut leurs enfants avec les'bananes et ne leur donnent que cela.
La faveur que les médecins accordent à la banane est d'ailleurs méritée. En dehors des qualités dont nous venons de parler, c'est le fruit le plus propre, le plus nutritif ; la
banane n*a ni cosse, ni noyau, ni grains, ni pépins : elle est facile à manger.
Et, par surcroît, pas de crainte de vers à l'intérieur. Que voulez-vous de plus pour expliquer son succès? Et serez-vous surpris, après cela, que la banane fasse le tour du monde et tout de suite s'impose et règne en maîtresse là où, une fois, elle a pénétré ?
La banane n'est guère connue en France que depuis trois ans, et en si peu de temps que de chemin parcouru !
A Paris, des devantures des grands marchands de primeurs elle est allée aux étalages des épiceries plus modes* tes. Puis un jour vint où les petites voitures s'en emparèrent C'était le commencement de la grande vogue.
J'ai voulu savoir d'où venait ce fruit savoureux et voici les renseignements que j'ai recueillis.
Jusqu'à ces dernières années nous étions tributaires de l'Angleterre ; c'est à Londres et à Liverpool que nos marchands s'approvisionnaient. Les importateurs de Londres tiraient les bananes principalement des îles Canaries, où cette culture a pris depuis quelques années un développement tel qu'elle a fait hausser le prix de l'hectare de terre à plus de 30,000 francs. Le revenu d'un hectare de banane est de 6,000 francs. Cette transformation des îles Canaries, due à la culture du bananier, est donc tout simplement extraordinaire, et la prospérité qui en est résulté s'accroîtra encore, parce que la consommation déjà considérable suit un mouvement ascensionnel qui ne s'arrêtera pas de sitôt.
En effet l'Angleterre a consommé en 1900: 1,287,442 régimes (le régime comprend environ 230 bananes) ; en 1905- 5y757SH\ en 1906: 6,425,004; et en 1907 près de sept millions.
Aux Etats-Unis, la vente de la banane dépasse un mil-
lion de francs par jour, soit près de 400 millions de francs par an. Cent vingt. grands vapeurs, spécialement aménagés pour recevoir 60,000 régimes chaque, sont employés uniquement à transporter ce fruit que les Américains vont chercher jusque dans la Guyane hollandaise, les Antilles ne pouvant suffire à cette colossale consommation. Le capital employé à la mise en oeuvre de cette culture est de cent vingt millions de dollars (six cents millions de francs).
La banane a été introduite plus tard en France, mais la consommation a suivi, comme à l'étranger, une progression rapide. En 1890, Pimportation débutait par 1,000 régimes; en 1905 elle montait à 150,000, et l'année suivante elle s'élevait d'un coup à 350,000. Avant dix ans la consommation de la France aura atteint celle de l'Angleterre.
Pour les pays européens, les lieux de production les plus à proximité sont les îles Canaries et la Guinée française où la culture a été introduite avec plein succès. Cette culture utilise aux Canaries tous les terrains où le bananier peut végéter. Pas la plus petite parcelle qui soit libre: les plantations s'étendent dans toutes les îles. Il y a dix ans les îles Canaries étaient pauvres : aujourd'hui elles jouissent d'une prospérité sans exemple. En 1898 on expédiait tout au plus 30,000 régimes de Las Palmas et de Ténériffe; en 1907 ces deux ports ont exporté 2,451,966 régimes, d'une valeur de 45 millions de francs.
Mais déjà cette production est insuffisante pour alimenter l'Angleterre ; il a donc fallu développer la culture de la banane où cela était possible ; et c'est en Guinée française qu'il faut nous transporter pour trouver le supplément de fruits nécessaires à la consommation de Londres et à l'approvisionnement du marché français. La réussite complète de cette culture en Guinée permet d'escompter que nous ne serons bientôt plus tributaires de l'étranger pour nos achats et que la perle de nos colonies de P Afrique occi-
dentale va connaître, sous peu de temps, la prospérité des Canaries plantées de bananiers.*
Et il est heureux que nous ayons trouvé dans nos colonies un centre de production à proximité d'Europe, Car la banane ne pousse pas partout. On ne la rencontre que dans les pays oii la température ne descend pas au-dessous de 20 degrés : c'est-à-dire dans l'Amérique Centrale, dans l'Amérique du Sud, dans toutes les régions de la côte Est et Ouest de l'Afrique, aux Indes anglaises et dans les îles de la Sonde.
Soyons donc sans inquiétude, les cultures de la banane suivront le développement de la consommation ; les amateurs actuels et futurs ne seront pas privés de leur fruit favori.
En attendant, vous tous qui mangiez de la banane par plaisir, sans vous douter de ses qualités nutritives, savourezla doublement.
Quant à vous, lecteur, qui l'ignoriez, je vous engage vivement à en manger ; vous vous en féliciterez et m'en remercierez.
Comte de Trévenard, membre de la Société des agriculteurs de France.
{Suite.)
Ma famille possédait un Chien qui aimait beaucoup la musique. Dès que le piano était ouvert, il se glissait au salon et s'y tenait très tranquille, quelle que fût la longueur de la séance. Mais il ne pouvait supporter les andante de sonates jouées piano et violon ; il écoutait V allegro sans
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bouger; dès qu'on entamait Vandanie et que le violon, assez souvent prédominant, chantait la phrase initiale, le Chien gémissait, pleurait d'une façon insupportable. Malgré les «f chuts » énergiques, des tapes réitérées, il continuait crescendo à mêler sa voix au concert jusqu'à ce qu'une expulsion méritée mit fin à ses exercices.
Casimir Colomb cite un jeune Chien de chasse auquel on accordait l'accès d'un salon où l'on faisait beaucoup de musique. Il s'installait sous le piano à queue, et tant que l'instrument restait silencieux, l'animal demeurait immo* bile, couché en rond ; mais aux premiers sons il dressait la tête et prêtait une oreille attentive ; puis, selon la musique qu'on jouait, il poussait un léger grognement ou des gémissements plaintifs, entrecoupés parfois d'aboiements aig^s. Il avait ses auteurs favoris. Mozart ne paraissait guère l'émouvoir ; Rossini pas davantage ; mais Beethoven, Schubert et Mendelssohn le faisaient gémir et crier. Avec Weber, les plaintes redoublaient, et il aboyait si fort avec les œuvres de Chopin qu'on n'entendait plus le son du piano; il fallait alors le chasser ; mais il ne s'en allait pas volontiers, ce qui prouve que ces manifestations vocales n'indiquaient pas de déplaisir.
M. de B., le distingué musicographe, nous a aflSrmé le fait suivant : .
Le compositeur hongrois François Erkel, auteur d'une Marche tzigane fort appréciée, possédait un Chien caniche. Cet animal ne pouvait entendre ladite marche sans aboyer, avec beaucoup d'exactitude, au premier temps de quatre en quatre mesures. Il faut ajouter que, dans la composition, ce premier temps est souligné, au grave, par une batterie figurant le roulement des tambours. Est-ce cet effet rythmique qui déterminait le Chien à aboyer? Je l'ignore, mais le fait se reproduisait chaque fois que l'animal entendait cette page musicale.
Inutile de multiplier les preuves de sensibilité musicale données par l'espèce canine. II est évident que, pour commencer ou poursuivre des expériences de psychologie mnsicale, le Chien serait un excellent sujet ; et on arriverait à obtenir de curieux résultats sur les degrés de connaissance musicale et le discernement auxquels il peut atteindre.
Le Singe serait peut-être plus intéressant encore, la flexibilité de son gosier et ses instincts d'imitation bien connus lui permettant des manifestations que ne connaissent pas les autres animaux,
Darwin cite un singe, un Gibbon, qui produit une octave complète de sons montant et descendant l'échelle par demi-tons. On peut dire de lui que, seul de tous les animaux mammifères, il chante.
Ajoutons que certains Singes font de «l'orchestre». Savoye raconte que les Chimpanzés noirs se réunissent au nombre de 20 à 50 pour faire une sorte de concert en frappant sur du bois creux et sonore à l'aide de baguettes qu'ils tiennent des pieds et des mains.
De tous ces faits faudra-t-il conclure, avec un musicophobe grincheux, que « la musique e'st le seul des arts auquel les animaux, les fous et les idiots soient sensibles » ? Une telle assertion serait injuste ; ces catégories d'êtres peuvent encore apprécier la forme et la couleur. Pour les fous et les idiots — au moins certains d'entre eux — ,c'est indéniable. Chez les animaux, nombreux sont ceux qui se construisent de jolies demeures et même y ajoutent des ornements, des objets décoratifs, satisfaisant ainsi un instinct esthétique. En tout cas la sensibilité a musicale» des animaux prouverait plutôt l'universalité de la musique.
Mieux vaut aflSrmer, avec Grétry, que les animaux aiment la musique compliquée.
Telle est Popinion d'un musicien qui ne dédaignait point ses frères inférieurs.
Ou peut en rapprocher ce que dit le naturaliste Darwin. Tous les animaux semblent aptes à percevoir les cadences musicales et le rythme, sinon à éprouver une jouissance à leur audition. Cela dépend, dit-il, de la nature physiologique commune à leur système nerveux.
Nous ajouterons que la musique s'adressant à la fois à la sensibilité et à l'intelligence, il eût été incompréhensible que des êtres doués de sensibilité, et dans une certaine mesure d'intelligence, échappassent à son influence. C'était supposable a priori. Les faits que nous avons exposés et dont la liste pourrait être étendue le prouvent suffisamment Une autre remarque peut encore être faite. Non seulement les animaux sont affectés par la musique, ils éprouvent à son audition un certain plaisir — ou déplaisir — ,mais encore ils ont une mémoire musicale. Ils reconnaissent des «notes* et même des fragments d'air. Il y aurait peut-être là une série de recherches patientes à entreprendre pour voir jusqu'où peut aller cette faculté de mémoire, le développement qu'elle peut prendre, son exactitude, sa fidélité, sa durée. Ce serait une page aussi intéressante qu'utile à ajouter à la psychologie musicale. .
DElevage,
M. Daubresse.