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PROTECTION DES PLANTES

Le conférencier déclara que c'était tout récemment que son attention avait été attirée sur ce sujet. Ayant subi une destruction générale de certaines plantes conservées par lui en serre-chaude, il fut amené à entreprendre une étude approfondie de cet accident, afin de tâcher de mettre un terme à une telle calamité.

En résumé, l'observation de M. Chapais fut que la plante affectée conserve son aspect normal dans sa première croissance ; mais que des espaces épaissis et décolorés apparaissent et se développent rapidement sur les feuilles, dès que le feuillage s'épanouit. Cette altération fut particulièrement sensible dans le cas de certains Géraniums-Lierres qui furent, à la fin, exterminés.

L'orateur émit l'opinion qu'un grand nombre de plantes de jardin et de serre-chaude sont affectées de cette» manière, sans que la cause du mal soit seulement soupçonnée. Cette maladie, quoique non encore très répandue, est cependant à redouter, parce que une fois la plante affectée, aucun arrosage ordinaire n'a d'effet pour la guérir, le parasite vivant à l'intérieur des tissus de la feuille, à l'abri de toute irrigation. Le Ver se trouve même dans les excrétions gommeuses des racines.

Eu conclusion, M. Chapais recommanda la méthode suivante : que toutes les feuilles malades soient brûlées, et que les plantes en pot soient submergées plusieurs heures dans une solution de : un once de nitrate de sodium, un verre à vin d'acide carboliqueet deux gallons d'eau ; après quoi on les laisse sécher.

D'autres discours furent ensuite prononcés sur les sujets suivants : « Insectes attaquant le maïs », par le Rév. Dr Thos. Fyles, de Levis ; — « Insectes de Montréal intéressant l'économie », par M. F. W. Winn, de Montréal ; — ff Insectes de 1908 et moyens de les combattre», par le Dr F. M. Swaine, du collège Macdonald.

Il est entendu que, outre les comptes rendus des assemblées faits par la presse, des rapports complets seront publiés en anglais et en français, par le département de l'Agriculture de la Province, afin que les découvertes et les avis de la Société, en si importante matière d'économie, soient largement répandus.

Les récits de voyages sont bien dans les traditions du Naturaliste canadien. Les anciens se rappellent que l'abbé Provancher a mis un véritable zèle à raconter, aux lecteurs de sa revue, ses voyages en pays étrangers, et même ses excursions les plus notables dans les provinces canadiennes. Deux de ces narrations ont pris ensuite la forme du livre, et sont aujourd'hui recherchées dans les bibliothèques: V Excursion aux Pays tropicaux^ et surtout De Quebec à Jérusalem^ qui est bien l'un des plus remarquables récits de voyage en Europe et en Terre-Sainte qui aient été publiés en notre pays.

Même je me souviens que certain jour, dans certain journal, certain critique trouva à redire à cette fréquence, dans le Naturaliste canadien^ des récits de l'abbé Provancher. Cet écrivain mal disposé oubliait sans doute que les neuf-dixièmes des abonnés du Naturaliste ne font aucunement profession d'être des naturalistes, et s'intéressent assez peu aux écrits techniques de cette revue, qu'ils soutiennent de leurs deniers par pur patriotisme ; et qu'il convient donc de penser aussi à eux, de temps en temps, dans le choix des matières à lire ; et que d'ailleurs l'abbé Provan-

cher, observateur très avisé, trouvait partout, dans sa causerie écrite ou parlée, et toujours si originale, sujet de présenter des notions scientifiques de grand intérêt

Depuis les seize années que je publie moi-même le Naturaliste canadien , je n'ai pas beaucoup sacrifié à cette tradition narrative, si je puis dire ainsi, établie par le fondateur de la revue ; je n'ai donné, à l'occasion, que des notes brèves sur quelques sujets observés au cours des excursions ou voyages qu'il m'a été donné de faire sur les océans et à traveis les continents de l'hémisphère boréal. Mais il est temps encore de se remettre sur cette voie de la tradition ancienne, de s'installer dans le fauteuil de l'ancien causeur du Naturaliste^ et de narrer au lecteur, peut-être attentif, les notions acquises au cours d'un récent voyage. Ce qui m'y a décidé tout à fait, c'est que j'ai pu en cette excursion voir tant de nouveau en fait d'histoire naturelle, que je puis en parler ici, même un peu longuement, sans sortir du cadre propre de cette publication.

Très éprouvé par la rigueur de l'hiver dernier, je m'étais dit souvent que rien ne vaudrait, pour me remettre dans les bonnes habitudes de la santé, un petit séjour sous un ciel différent, loin des atteintes du fameux nord-est de Québec, loin des glaçons si froids et des neiges si . . . encombrantes. Dans le même ttmps, quelques-uns de mes vieux amis de Chicoutimi constataient qu'ils avaient besoin d'un petit repos ; et, ne sachant où aller, voulant toutefois aller quelque part, ils avaient à la fin décidé de faire le voyage des Bennudes. Invité à me joindre à eux, je ne manquai pas de saisir l'occasion aux cheveux. Et voilà comment, le 22 mars dernier, je quittais Québec pour les Bermudes, en compagnie de M. l'abbé R. Lapointe, V. G., et supérieur du séminaire de Chicoutimi, M. F.-X. Gosselin, protonotaire, et M. J.-E. Cloutier, courtier.

Pour aller aux Bermudes, on peut passer par Halifax,

par New- York, par l'Angleterre, — peut-être même par la Chine, mais ce n'est pas certain. En gens qui savent la valeur du temps et de l'argeut, nous avions choisi la voie la plus courte, celle de New- York.

De même, pour aller de Québec à New- York, on peut passer par Halifax, par Boston, par Chicago — sinon par le Japon, ce qui serait excessif. En gens qui détestent le changement, nous avions choisi la voie la plus directe, celle des chemins de fer Québec Central et Boston & Maine^ qui est la plus directe au moins en cela qu'on fait tout le trajet de Québec à New- York par un « Through Car *, ce qui veut dire dans un même « Sleeping », comme on dit en France, soit : dans un même char-dortoir, comme nous disons ici.

A New- York

Arrivés à New- York vers midi le 23 mars, nous ne devions prendre la mer que le 25 au midi. Cela nous faisait deux jours de loisir pour visiter cette ville extraordinaire. J'avais déjà plusieurs fois passé par New- York, mais sans avoir jamais le temps de m'y arrêter.

Le lecteur n'attend certainement pas de trouver ici une description détaillée de ce qu'est New- York. Ce n'est pas une ville du centre de l'Afrique, ni de la Mandchourie, ni de la Nouvelle Guinée, ni de tant d'autres endroits peu accessibles ; et tout le monde aujourd'hui a vu New- York. Cela simplifie admirablement les choses ; et il n'est donc plus besoin de dire que cette ville est immense, abritant une population de trois millions d'âmes ; que la circulation y est intense, et que ses chemins de fer élevés, ses voies électriques souterraines, ses tramways et autres moyens de locomotion sont à peine suffisants pour y répondre ; que son port est l'un des plus commerçants du monde. Il n'est

pas besoin non plus de parler de ses fameux édifices dits gratte-ciels, ni de son grand parc Central, ni des trois ponts gigantesques jetés au-dessus de la rivière de l'Est, ni de beaucoup d'autres sujets de causerie que pourrait offrir une ville si grande et dont les habitants déploient tant de fébrile activité.

Disons seulement que, si l'on excepte ses vieux quartiers, New- York est l'une des villes où l'étranger a le moins de peine à se reconnaître. Cela est dû à ce que la ville est divisée en blocs régulièrement séparés par des rues numérotées et elles-mêmes croisées par des avenues numérotées aussi. Il n'y a donc, au coin de chaque rue ou avenue, qu'à lire le numéro de l'une ou de l'autre pour savoir où se diriger.

Je dois noter aussi que, à cette date du 23 mars, l'air est encore très frais à New- York, surtout le soir et le matin. Les pelouses des parcs sont déjà verdoyantes en maints endroits. Les bourgeons de certains arbres sont gonflés et semblent prêts à pousser des feuilles. A Québec, nous dirions: dans huit jours, les arbres auront des feuilles. Mais, à New- York, les progrès de la végétation sont bien lents, et il faudra attendre encore des semaines et des semaines avant de voir les arbres couverts de feuilles. Il y aurait dans une pareille lenteur de quoi causer à des Canadiens l'ennui le plus insupportable.

L'Ecureuil gris, Sciurus Carolinensis^ Gm,^ de taille beaucoup plus forte que l'espèce commune en notre pays, abonde dans le parc Central. La loi et les usages assurent toute protection au gracieux petit animal, qui s'approche avec confiance des passants. Il nous arriva d'en voir sortir un du fourré, qui grimpa familièrement sur les genoux d'un petit enfant que sa bonne promenait dans ime voiturette et reçut de sa main des fragments de gâteau. Le tableau était charmant et aurait tenté un peintre de genre»

6o LE NATURALISTE CANADIEN

Nous passâmes dans les musées la plus grande partie des heures libres que nous eûmes à New-York. Je veux au moins donner au lecteur quelques détails sur ces institutions scientifiques si remarquables qui se trouvent dans la grande ville. Les voyageurs parlent peu de ces sujets intéressants. Les quelques lignes que je pourrai leur consacrer dans ces pages permettront du moins au lecteur de se faire une idée des ressources qu'offre New- York aux naturalistes, et lui inspireront l'idée de réserver un certain temps, lorsqu'il fera ici un séjour, pour visiter des collections si riches et si intéressantes.

(A sutz/re,)

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