SUR LE POUVOIR RÉGÉNÉRATEUR DE CERTAINS ANIMAUX
On connaît, depuis longtemps, la prodigieuse puissance de régénération que possèdent les Hydres d'eau douce, sorte de petits Polypes vivant en abondance dans nos mares, fixés aux plantes aquatiques. L'Hydre commune ou Hydre verte a la forme d'un petit sac étroit, tubuleux, ouvert seulement à l'une de ses extrémités et portant, autour de cette ouverture, généralement six appendices (rarement 8 ou lo), longs, grêles, filiformes, flexueux, qu'on appelle dras ou te^ttaciUes. La cavité du sac correspond à l'intestin ou estomac de l'animal et son orifice à la bouche. Il n'y a pas d'ouverture anale, car l'extrémité postérieure du corps du Polype est close et adhère aux corps immergés. C'est là, certes, presque le minimum de complication pour un organisme.
Les expériences, déjà anciennes, de Trembley sur l'Hydre d'eau douce sont classiques. Coupé en deux, l'animal régénère ce qui manque à chaque moitié et reproduit
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deux nouveaux individus. Si on divise même le Polype en 7 ou 8 fragments, au bout de deux jours chaque fragment deviendra un Polype tout entier. Bien plus, Nussbaum, en coupant un fragment transversal du tronc et en le divisant en quatre fragments carrés par quatre sections longitudinales, constata que chaque fragment s'arrondit et se soude en une sorte de vésicule. Cette dernière s'allonge, forme une sole pédieuse, pousse à l'autre extrémité des bras, entre lesquels elle perce une bouche et devient finalement un animal complet. En 1740, Trembley en coupant une Hydre en 50 tronçons obtint 50 Hydres nouvelles. Dans ces diverses expériences, on peut cependant constater que les fragments trop petits ne donnent que des individus nains et incomplets, et que les tronçons voisins de la tête sont plus aptes et plus actifs à régénérer de nouveaux individus que ceux des régions postérieures ou inférieures du corps.
Ainsi que l'a démontré pour la première fois Trembley, une Hydre peut être retournée comme un doigt de gant et continuer néanmoins à vivre et à s'alimenter. Après le retournement, la paroi intestinale fait fonction de peau et cette dernière, agissant à son tour comme paroi gastrique, digère les aliments.
Un Polype ou Hydre qu'on retourne, dit Trembley, porte souvent à la surface de son corps de petits Polypes formés par bourgeonnement. Ces derniers, après l'opération, se trouvent enfermés dans l'estomac maternel. Ceux qui ont déjà pris assez d'accroissement se développent, grandissent dans la cavité digestive et sortent ensuite par l'orifice buccal : ils sont vomis. Mais ceux, au contraire, qui sont peu avancés se retournent d'eux-mêmes et surgissent à l'extérieur du sac maternel, à la surface duquel ils achèvent de pousser.
Le pouvoir régénérateur de certains Vers est égale-
ment bien connu. On sait, par exemple, que notre Ver de terre (Lombric) reforme assez facilement certaines parties sectionnées de son corps, Millier vient, tout récemment (1908), d'étudier, au point de vue des phénomènes régénérateurs, un petit Ver oligochète, \t Lumbriculus variegaius^ assez voisin de notre Lombric commun. L'auteur a constaté que la section d'un nombre déterminé d'anneaux antérieurs du corps s'accompagne d'une rapide régénération de la partie céphalique. La même opération, pratiquée à la partie postérieure du corps de l'animal, entraîne la reconstitution complète de cette extrémité. En modifiant Texpérience et en mutilant, par deux sections, là queue et la tête du Ver, on constate que les deux régions régénèrent d'une façon indépendante. D'autre part, on peut remarquer que le nombre des segments de nouvelle formation dépend de la durée de la régénération et, qu'à un temps déterminé, correspond un nombre de segments également déterminé.
Si on coupe l'animal en un certain nombre de tronçons. Millier a constaté que chacun d'eux régénère un Ver entier, avec extrémités céphalique et caudale normales. De plus, un fragment d'animal, composé d'un très petit nombre d'anneaux (segments ou zoonites) est encore capable de reproduire l'animal tout entier, tant est grande la puissance régénératrice de ce Lombric. L'auteur a même modifié ses expériences en sectionnant la queue et la tête d'un animal régénéré. La reproduction des parties amputées s'est encore effectuée comme chez les Vers' normaux. Et, phénomène remarquable, l'expérimentateur a pu obtenir jusqu'à vingt fois, sur le même animal, les régénérations des extrémités caudale et céphalique.
Un autre Ver, le Tiibifex^ très voisin de l'espèce précédente, ne présente pas au même degré le pouvoir de réintégration. On ne peut obtenir, chez lui, de ces régénérations successives, multiples et si curieuses. Quand on