LA VRILLETTE
seule espèce Sitodrepa panicea^ L., qu'il mentionne, et il sig^nale les dégâts qu'elle commet dans les musées. Cet insecte est en effet accusé d'exercer ses déprédations dans les pièces de bois, les meubles, les cuirs, voire même les cigarettes.
AnohiumçX. Sitodrepa^ genres de la famille des Ptinides, sont de petits coléoptères de couleur plus ou moins brunâtre, longs d'un 01 deux dixièmes de pouce, et simulant la mort dès qu'on les touche. Ce sont leurs larves qui gâtent les bois, les fourrures, etc. Mais c'est l'insecte adulte qui joue à l'horloge en Europe, et à la montre en Amérique.
Les trous arrondis, qui sont l'entrée des galeries que ces insectes creusent dans le bois, paraissent avoir été percés par une petite vrille. Et c'est de là que leur est venue Pappellation de Vrillettes.
D'après Provancher {Coléoptères), nous aurions ici V Anobium paniceum^ VA. carinatum^ VA, notalum. Mais, depuis un tiers de siècle, les auteurs ont pu changer tout cela, et nous donner d'autres Anobitim^ nous ôter ou nous changer ceux que nous avions.
Il faudrait donc, quand on a entendu des Deatk-lVaU ches^ les capturer hardiment et s'assurer de leur position, sinon sociale, au moins entomologique, pour savoir à quel point notre pays est riche ou pauvre de ces insectes au pronostic si peu joyeux.
En attendant, nos lecteurs seront reconnaissants à M. l'abbé Godbout, d'avoir appelé leur attention sur un point si curieux de l'histoire naturelle.
86 LE NATURALISEE CANADIEN
DE QUÉBEC AUX BERMUDES {Continué de la page /j^.)
Musée des Beaux-Arts
Voilà encore une institution' qui n'intéresse l'histoire naturelle que d^une façon très éloignée, et dont je ne parlerai ici que sous réserves, comme j'ai fait ci-dessus de l'hôtel Plaza.
Ce Musée est un édifice d'apparence monumentale, situé dans le parc Central et sur la 5e Avenue. Il existe depuis 187 1, et possède aujourd'hui des collections artistiques dont lu valeur représente beaucoup de millions de piastres. De fait, j'ai été très surpris de le trouver si considérable et si riche, et pouvant si bien soutenir la comparaison avec les grands musées çuropéens.
Il ne saurait être question d'énumérer ici, même de façon sommaire, les séries de collections de ce Musée, où les objets antiques ne figurent pas avec moins d'abondance que les articles de l'art moderne. Disons seulement que ses principales divisions embrassent les sculptures sur bois et sur métal ou sur marbre, les plâtres, les verres et poteries, les tissus, les tableaux, etc. Les statues, les tombeaux, les sarcophages, et les reproductions des objets d'art classique, avec les peintures, sont bien ce qui attire surtout l'attention des visiteurs, qui sont toujours très nombreux. Une reproduction de la cathédrale de Rouen, dont les dimensions sont assez grandes, est certainement remarquable. Comme dans les musées d'Europe, on voit ici des amateurs qui copient les tableaux de maîtres.
L'entrée du Musée est gratuite, comme c'est l'usage général, je crois, dans les musées des Etats-Unis. Pour la première fois, dans mes visites d'institutions de ce genre.
je vis qu'il y avait dans un coin de l'édifice un restaurant, oii l'on peut très bien prendre son repas, pour continuer ensuite de parcourir les galeries du Musée. C'est assurément là une idée pratique : car, généralement, on vient à peine de commencer la visite d'un musée, qu'il faut constater que l'heure du déjeuner est déjà arrivée, et qu'il faut donc s'en aller. Pour nous, il en fut de même, et nous n'avons pu, faute de temps, que courir rapidement d'une salle à l'autre; et nous avons dû nous résignera ne prendre qu'une vue sommaire de tant d'objets rares et de richesses artistiques. Cette admirable invention d'un restaurant dans le Musée même ne nous a été d'aucune utilité parce que nous en ignorions l'existence, et que nous avions pris au préalable un engagement pour notre déjeuner. Une autre fois, sachant ce que nous savons maintenant, nous prendrons tous les repas possibles au Musée des Beaux-Arts, et ce sera tout juste si nous ne tentons pas d'y avoir des chambres à coucher.
American Muséum of Natural History
Visiter le fameux Musée de ce nom, c'était l'un de mes rêves continué à travers les années; car je pouvais juger de son importance parses nombreuses et belles publications d'histoire naturelle, dont l'on fait au Naturaliste canadien le service très avantageux. Enfin, ce 24 mars 1909, ce rêve se réalisait partiellement — ce qui signifie que nous n'avons eu à notre disposition que deux ou trois heures, pour contempler d'innombrables spécimens, qu'il aurait fallu plusieurs jours pour visiter d'une façon satisfaisante. J'ai été là comme un homme mourant de soif qui n'aurait qu'un petit nombre de gouttes d'eau pour se désaltérer !
L' American Museum, dont la fondation date de 1869, est situé à l'ouest du parc Central, à peu j-rès vis-à-vis le
Musée des Beaux-Arts. Il est contenu en un immense édifice, de quatre ou cinq étages et à façade monumentale en granit. C'est maintenant l'un des plus grands musées de l'univers, et la valeur de ses collections représente aujourd'hui un beau nombre de millions de piastres. Il est entretenu et développé aux frais de la ville de New- York, et avec les revenus des fondations faites par des particuliers. L'entrée du Musée est gratuite, et les visiteurs y sont toujours en grand nombre. Au moment de notre visite, s'y trouvaient aussi des groupes d'enfants, conduits par leurs institutrices. Comme le Musée des Beaux-Arts, celuici possède un restaurant, dont nous avons pu apprécier l'avantage, car, exténués de fatigue après nos trois heures de circulation dans les salles immenses et à travers les escaliers nombreux, nous n'avons pas manqué d'aller y chercher, au fond de coupes d'un café excellent, l'oubli de notre surmenage et le courage de nous remettre à marcher pour revenir à notre gîte.
L'American Museum est un musée général, et la faune universelle y est représentée. On y voit donc des Lions, des Tigres, des Léopards, une grande Girafe, etc. La classe des mammifères, surtout de l'Amérique, paraît y être presque au complet. On y voit des squelettes d'Eléphants de très grande taille, et même celui d'une énorme Baleine, pendant qu'un autre spécimen d'une autre Baleine colossale s'y trouve aussi monté en peau. Un couple de Boeufs musqués — ce que ne possède à peu près aucun même des plus grands musées (i) — et des Ours blancs en bas âge, sont des spécimens de grande valeur par leur rareté. La collection des oiseaux est extrêmement riche. Je n'ai vu que peu de poissons et de mollusques : mais il est possible que nous
(i) Au Musée de Tlnstruction publique, à Québec, il y a non seulement un couple de ces grands mammifères, mais aussi un jeune, qui est un spécimen très rare.
ayons oublié de passer par les salles qui en contiennent la collection, ou encore que ces salles fussent dans le moment fermées au public. Il n'est pas possible, en effet, que ces classes importantes ne soient pas aussi très bien représentées dans ce riche musée.
Mais là où mon intérêt et ma jouissance furent à leur comble, et devinrent même de l'enthousiasme et du lyrisme, ce fut en présence des collections où étaient représentées les classes inférieures du règne animal. Les musées, en général, ne contiennent pas beaucoup de C€s animaux, souvent de formes étranges et de dimensions petites, et on ne les connaît guère que par les gravures des ouvrages scientifiques. Ici, à PAmerican Museum, on les voit en grand nombre, conservés en nature dans des liquides préservateurs ou reproduits, parfois avec grossissement, en cire ou en verre, et avec les nuances délicates de leur coloration et la finesse de leur contexture. J'aurais voulu passer des heures à étudier ces spécimens si remarquables par leur étrangeté ou leur rareté, et j'avais peine à me détacher de chacun pour donner aux autres au moins un coup d'œil. C'est avec un ravissement particulier que j'ai contemplé, dans la section entomologlque, d'admirables reproductions, en cire ou en verre, de Moustiques {Culex et Anophèles) très grossis, et de têtes d'insectes des divers ordres, avec aussi de très forts grossissements. Pour ce qui est des Moustiques, ces spécimens étaient des coupes longitudinales, montrant à la foi? leur anatomic intérieure et l'extérieure, et d'autant plus faciles à étudier, qu'ils avaient une douzaine de pouces de longueur.
Cependant, les deux ou trois heures que nous pouvions consacrer à la visite de l'immense musée étaient sur le point de s'achever, lorsque tout à coup je me dis : Mais n'est-ce pas ici, à l'American Museum de New-York, que doit se trouver certain gigantesque Broniosaure ? . , .
Messieurs, en avant! Cherchons le Brontosaure ! . . .
Et nous voîlà partis, chacun de notre côté, en quête du Brontosaure.
— Ne serait-ce point ceci, le Brontosaure ? fait l'un en se mettant à lire l'étiquette de tel spécimen, qui était un joli poisson des mers tropicales.
— Je vous préviens, messieurs, que le Brontosaure a des pattes . .
— Peut-être est-ce ceci, le Brontosaure? dit un autre,, à la vue d'un oiseau d'étrange apparence. Il a des pattes^ celui-ci !
— Vous voyez bien, par l'étiquette, que ce gros volatile est un Pélican. Le Brontosaure a plus de pattes que cela.
— Pour sûr, le voici ! . . .
Et nous apercevons le squelette d'un quadrupède colossal, à défenses énormes.
— Peuh ! Cela n'est qu'un Mammouth !. ... Le Brontosaure est bien autrement gros ; d'ailleurs, c'est un reptile.
Enfin, nous arrivons en face d'une immense construction d'ossements assemblés, portée sur quatre pattes énormes, et se poursuivant en une queue qui traîne à terre et n'en finit plus. Nous lisons sur l'étiquette : Brontosaurus^ et tombons inopinément en tête-à-tête avec ce monstre, témoin des âges géologiques. — Je ne saurais dire dans. quel abîme de stupéfaction, d'ébahissement, presque d'admiration, me jeta la vue d'un pareil représentant des formes antiques,, qui eut son tour d'existence voilà je ne sais combien de milliers d'années, dont la race même était éteinte longtemps, sans doute, avant la création de l'homme. . . D'ailleurs, il n'y a pas à regretter que pareille race de reptiles n'existe plus. Car si nous ne pouvions aller cueillir des fraises à la lisière d'un bois ou aller pêcher sur la rive d'un lac sans courir le risque de voir apparaître tout à coup, sous nos yeux, un animal de près de 70 pieds de longueur et de plus
de 15 pieds de hauteur, il ne restecait plvs^ -pour aller se promener à la campagne, qu'à se faire accompagner d'un corps d'artillerie pour canonner de tels trouble-fête (et cela, sans doute, ne laisserait pas d'effrayer un peu le poisson). — Et il y a des gens qui, de nos jours, osent se plaindre de rencontrer sous bois des moustiques !. . . Bu ville, du reste, la vie ne serait guère plus tranquille, lorsque, à tout moment, les habitants d'un troisième étage pourraient voir pénétrer par la fenêtre une tête monstrueuse de 2 ou 3^ pieds de longueur, roulant des yeux de six pouces de diamètre. . Des perspectives de cette sorte sont propres à nous faire remercier Dieu de n'avoir mis Thomme sur la terre qu'après l'extinction des énormes quadrupèdes des époques géologiques antérieures.
Eu tout cas, il est bien étonnant que ce Brontosaure, comme aussi tant d'autres fossiles que nous voyons dans les musées, aient pu se conserver si bien, à l'état de squelette, évidemment, à travers tant de milliers d'années.
Les Brontosaures, qui appartenaient à la section des Dinosaures, étaient des reptiles amphibies. Celui du Musée de New- York fut découvert en 1898, dans l'Etat du Wyoming. L'année suivante, on recueillit ses ossements. En 1905, on termina le montage du squelette et on l'installa dans la salle dite des Dinosaures. Ce Brontosaure et le fameux Diplodocus de Pittsburg sont assurément les spécimens les plus extraordinaires que l'on puisse voir dans tous les musées de l'univers.
Sur la grande plateforme où le squelette du Brontosaure est placé dans l'attitude de la marche, on voit un spécimen de quelques pieds de longueur, et qui est un moulage reproduisant en miniature l'animal tel qu'il devait paraître lorsqu'il existait en chair et en os. Les pattes postérieures sont les plus longues et les pins fortes p et l'on peut croire que l'immense reptile pouvait se redres-
ser en s'appuyant sur sa queue très longue et composée de vertèbres puissantes, . . de façon à brouter à sa guise dans la tête des grands arbres, à y faire la chasse aux écureuils, etc.
Des squelettes de cette sorte, qui ont près de 70 pieds de longueur, c'est assurément de l'histoire naturelle. Mais dans ce musée, quoi que dise son nom officiel, il n'y a pas que de l'histoire naturelle. — Ce n'est pas du restaurant, déjà mentionné, que j'entends parler ici : car on peut très bien soutenir qu'il a bien sa place dans une grande institution comme celle-ci et que, au moins de façon indirecte, il favorise grandement la science. Mais je dois aussi indiquer que l'on a cru devoir ajouter au Musée une section d'ethnologie. Or, voyez comme, avec une dose suffisante de bonne volonté, on peut arriver à trouver raisonnables bien des choses dont à première vue on peut être plus ou moins choqué. Eh ! donc, ne peut-on pas juger que l'ethnologie, c'est après tout de l'histoire naturelle humaine, et qu'à ce point de vue elle a sa place dans un musée d'histoire naturelle? Il est vrai que cette introduction du genre humain dans jes cadres des classifications zoologiques n'est pas beaucoup flatteuse pour nous, et qu'elle est même une sorte d'attentant contre la dignité de l'homme créé à l'image de Dieu. Sans doute ! Cela est vrai ! Mais, d'autre part, s'il vous était dit que l'on s'est proposé, en réunissant ces collections ethnologiques, de montrer combien le Créateur a fait l'homme supérieur aux autres êtres, et combien l'homme, même non civilisé, l'emporte incomparablement sur les animaux par son intelligence et son industrie? Par où il est prouvé, une fois de plus, qu'il est bon, avant de •se prononcer sur une question, de l'avoir étudiée sous toutes les faces qu'elle peut avoir.
Tout en continuant de ruminer ces considérations originales, nous pouvons constater que la section ethnologique de l' American Museum est richement fournie et fort inté-
GLANURES SCIENTIFIQUES ÇJ
ressante. Elle est en très grande partie consacrée A l'histoire des mœurs et de l'industrie des races indigènes de PAniérique. Et l'on y voit d'abord d'immenses totems,. dets armes, des embarcations, des ustensiles, des poteries, etc. Mais ce qui s'y trouve de plus intéressant, ce sont des reproductions, sur grande échelle, de scènes pittoresques de la vie des aborigènes. Je signalerai, en ce genre,, la danse du Soleil, l'intérieur de familles d'Esquimaux, des groupes d'Esquimaux se livrant à la pêche. Ces représentations donnent une bien meilleure idée de la vie réelle chez les sauvages, que les meilleures gravures.
Il semblera sans doute au lecteur, comme il me semble à moi, que pour un aperçu sommaire de l'American Museum of Natural History, les pages que voilà sont tout à fait suffisantes.
(A stiizrre,)
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