CAPTURE D'UN « EREBUS ODORA L.,» A QUÉBEC — UN SOUVENIR ENTOMOLOGIQUE
Nous avons le plaisir d'enregistrer aujourd'hui l'une des plus rares trouvailles entomologiques qui aient peut-être jamais été faites à Québec : celle d'un Erebus odora L., grand lépidoptère de la famille des Noctuidœ, Le fait que ni le Rév. Dr Fyles, ni — croyons-nous — l'abbé Provancher, durant leur carrière entomologique respectivement longue d'un tiers à une moitié de siècle, n'ont rencontré ce « papillon » dans notre pays, en dit assez long sur la question de rareté.
Cette capture remanquable a été faite par M. l'abbé J. Laberge (i), de l'Archevêché de Québec, le soir du 28 juillet dernier, sur le balcon du presbytère de la Basilique. Le prisonnier nous fut sur le champ amené, et nous le remîmes aussitôt en liberté provisoire dans notre appartement. A voir voltiger ce papillon qui a plus de six pouces
(i) M. Tabbé Laberge est l'habile auteur du dessin de plusieurs, vignettes publiées dans le Naturaliste en ces dernières années. % — Août 1909.
d'envergure, on aurait dit nu oiseau entré par hasard dans la chambre. Pour occire, sans aucunement l'abîmer, ce grand papillon à qui nous ne trouvions pas d'air de ressemblance à personne — nous voulons dire à aucun lépidoptère — de notre connaissance, nous le fîmes entrer dans un large bocal où il ne tarda pas à succomber sous les émanations d'une certaine quantité de cyanure de potassium.
Fortement intrigué d'abord sur l'identité de ce lépidoptère, nous avons fini par reconnaître en lui VErebus odor a L., qui est la seule espèce du genre que l'on rencontre aux Etats-Unis.
La couleur générale de cet insecte est le gris-bnmrougeâtre. Mais ses teintes un peu sombres sont variées de taches à nuances diverses qui lui donnent une jolie apparence. Une raie blanche en zigzag traverse par le milieu ses ailes antérieures et postérieures. Près du bord de l'aile antérieure, on voit une grosse tache bleuâtre en forme de virgule ; tandis que chacune des ailes antérieures et postérieures porte vers son extrémité une ou deux grandes taches à coloration sombre.
Mais ce qui rend si extraordinaire cette capture faite à Québec, c'est que VErebus odor a L., est, suivant le Moih Book de Holland,.une espèce particulière aux régions tropicales de l'Amérique, où elle est en abondance. Mais on ne la rencontre que par exception dans les contrées septentrionales des Etats-Unis. M. Holland ajoute qu'elle a même été déjà capturée au Canada, sans mentionner dans quelle région de notre immense pays. En tout cas, il sera désormais établi que ce beau lépidoptère s'est rencontré au moins une fois à Québec.
Pour ce qui est de comprendre par quelle aventure un papillon qui est loin d'appartenir à notre faune, et qui a dû éclpre pour le moins aux Etats-Unis, a pu se rendre jusqu'à Québec, nous laissons à l'imagination du lecteur le
CAPTURE d'un If EREBUS ODORA L. » II5
soin de Pexpliquer de la façon qui lui paraîtra plus ou moins plauàible et vraisemblable.
Cela nous rappelle que nous nous sommes déjà trouvé en face d'un problème de même nattlre et dont nous n'avons eu la solution probable que tout dernièrement, c'est-à-dire au bout de 30 ans. Il serait exag-érë de dire que ce long mystère a empoisonné notre existence : toutefois, nous n'avons cessé d'être intrigué chaque fois que nous y avons pensé, et voici en deux mots le problème en question. — Le 10 août 1879, ainsi que cela est inscrit dans le registre de notre collection entomologique, on trouva, dans la rue St-Vallier de Québec, et l'on nous apporta un spécimen desséché du Hoplia cœrulea Drury, dont nous avions déjà des exemplaires parmi nos insectes exotiques. Il s'agit là d'un petit coléoptère de la famille des scarabéides, d'une belle couleur bleu clair, et qui apppartient à la faune de la France, mais non à la nôtre. Comment pouvait-on trouver à Québec, en pleine rue, un insecte européen ? Ce n'est que ces jours derniers que nous avons pu avoir une réponse a.<%sez plausible à cette question, lorsque nous avons aperçu, dans le cœur de roses blanches artificielles (importées de France) qui décorent un autel de l'Archevêché, un spécimen de 1' Hoplia cœrulea placé là, sans doute, dans un intérêt de . . . couleur locale. Ainsi donc ce joli insecte est employé pour augmenter l'illusion qui peut faire prendre pour naturelles des roses artificielles ; et pour s'expliquer la trouvaille de 1879, ^ ^'Y ^ P^^^ ^^'^ penser que ce procédé de réalisme était déjà en usage à cette époque reculée et que, tout simplement, l'un de ces insectes venu en Amérique à bord . . . d'une rose artificielle, a été perdu d'une façon quelconque dans l'une de nos rues. Seulement, ce n'est pas un entomologiste qui se laissera prendre au truc, et qui trouvera vraisemblable de rencontrer un insecte d'Europe sur des bouquets qui veulent passer pour être du pays!
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Il conseillerait plutôt à ndd fleuristes d'oraer d'insectes canadiens les âeuTs canadiennes, suivant l'apc^htegme bien connu : «r Le Canada pour les Canadiens ».
DE QUÉBEC AUX BERMUDES {Continué de la page J07.)
A BORD DU <c Prince George * (i) (25-27 mars)
Les Berraudes sont un petit archipel situé dans l'océan Atlantique, à 660 milles au sud-est de New- York. On ne s'y rend donc pas en voiture de place, ni en automobile, ni en chemin de fer. Il ne reste plus au voyageur qu'à faire le trajet sur un vulgaire steamer, avec toutes les conséquences qui peuvent s'ensuivre et dont nous avons été à même de goûter au moins quelques-unes.
A toutes les douzaines de jours, un vaisseau d'Halifax fait escale aux Bermudes.
Deux lignes de steamers font la traversée régulière de New- York aux Bermudes. L'une d'elles, la <r Quebec Steamship Co., » possède deux navires, le Trinidad et le Bermudian (5530 tonneaux). En notre qualité de gens de la province de Québec, c'est par l'un des vaisseaux de cette compagnie que nous désirions voyager ; mais !a liste des
( i) Les pages qui suivent, où sont racontés le trajet en mer et le séjour aux Bermudes ont été publiées d*abord dans le Bulletin de la Société de Géographie de Québec (.mai 1909). Mais c'est probablement encore de rinédit pour la plupart de nos lecteurs, dont il n'y a qu'un très petit nombre qui soient de la clientèle du Bulletiît,
passagers étant déjà remplie pour les dates de Palier et du retour que nous avions fixées, nous avons dû recourir à l'autre compagnie. Celle-ci, qui a nom « The Bermuda- Atlantic Steamship Co. », n'existe que depuis peu de temps, et sa flotte se réduit encore à un seul steamer, le Prince George^ lequel assure, dit l'Indicateur de la compagnie, un « Superb Nineteen Knot Highest Class Twin Screw Steamship Service ». Partout l'on y met en relief ce « nineteen knot » et ce « twin screw », mais nulle part on n'indique le tonnage du vaisseau — qui est de 2041 tonneaux, ainsi que nous avons réussi à l'apprendre par des voies indirectes. Il est évident que l'on garde le silence sur ce sujet pour sauvegarder les intérêts de la concurrence avec la compagnie rivale, dont l'un des vaisseaux est d'un tonnage beaucoup plus élevé.
Ces trois steamers font chacun un voyage par semaine aux Bermudes, les départs de l'un ou de l'autre se faisant le mardi, le jeudi et le samedi.
Tous ces détails, qui n'ont pas une importance bien capitale au point de vue philosophique, pourront à l'occasion rendre quelque service aux citoyens de l'Amérique du Nord qui voudraient aller passer quelques jours aux Bermudes — et qui auront lu ces modestes lignes.
A II heures du matin, le jeudi 25 mars, nous arrivions donc au Quai No 10, à New- York, pour prendre passage sur le Prince George. — Le nom de « Prince George » n'est autre que celui du Prince de Galles, d'Angleterre, et de fait le portrait de Son Altesse est placé dans un endroit très en vue, à l'intérieur du vaisseau. Il y a là un cachet britannique qui aurait lieu de surprendre sur un navire des Btats-Unis, si l'on ne savait que ce steamer a voyagé d'abord le long des côtes des provinces maritimes du Canada.
Voyageur, mon ami, ne craignez pas de commettre des
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excès en prenant toutes les précautions possibles pour ne pas commettre d'erreur dans, l'organisation de votre voyage I Si l'un de. nous n'avait pas eu occasion de passer par le bureau principal de la Bermuda-rAtlantic, ,nous n'aurions pas su que le Prince George partait du Quai No lo, et non du Quai No 32, comme il était dit sur les documents que nous avions en mains, et endroit où nous nous serions dirigés pour le départ. L'erreur connue, aurions-nous eu le temps de parcourir la distance considérable que représentée New- York une suite de vingt-deux quais, avant l'heure fixée pour le départ ? Sans doute l'univers n'aurait éprouvé aucun bouleversement si nous avions manqué notre steamer ; mais l'événement nous aurait assurément ennuyés à un degré considérable. Je laisse d'ailleurs au lecteur .la jouissance d'imaginer lui-même les suites pittoresques que l'incident aurait pu avoir.
Au moment où le vaisseau s'éloigne du quai, la température n'est pas agréable. L'air est assez froid et la brise est forte. La mer est agitée dans le port et doit l'être bien davantage au large. La perspective n'est donc pas des plus réjouissantes pour les gens expérimentés. Mais la plupart des passagers n'ont jamais mis le pied . . . sur l'océan, et leur placidité est complète, en attendant. En attendant aussi, on visite le steamer, qui est bien aménagé, et où même ne manque pas un certain luxe — luxe d'un genre spécial, à vrai dire : car les marins ont leurs idées dans les questions d'ornementation comme dans les autres, et si, par exemple, il n'y avait qu'eux pour soutenir l'art et l'industrie de la dentelle, il y a longtemps que cet art ou cette industrie seraient morts et enterrés — si l'on tolère une
pareille manière de dire.
— N'avez-vous pas de clefs pour fermer les cabines? allai-je demander à un certain officier du navire.
— Non, monsieur, il n'y en a pas. Tout le monde est Honnête, ici !
Il y a donc une psychologie marine, comme il y a un luxe marin.
A mesure que la distance s'accroissait entre New-York et notre steamer, la brise devenait plus forte, et la mer se démontait ; la vague se faisait longue et haute.
Lorsque,dans nos juvéniles essais littéraires, nous avions à décrire la terrible tempête sur mer — bien entendu, sans jamais avoir vu autre chose que nos eaux douces de Pintérieur du pays, — il nous en coûtait peu de soumettre le frêle navire, qu'il y avait dans le paysage, aux ballottements les plus effroyables. Voyez-le, écririons-nous, voyezle s'élancer jusques aux cieux sur la crête du flot déchaîné ! Et, tout aussitôt, le voici qui descend presque aux entrailles de la terre, dans l'abîme qui se creuse entre deux énormes vagues ! Il n'est pas étonnant que, quelques lignes après, et au milieu d'un bouleversement pareil, des voies d'eau se déclarassent dans la coque disloquée du pauvre navire (qui en ce temps était construit en bois). Et alors, c'était le radeau, les tortures de la soif, etc.
Le Prince George^ pour dire vrai, ni ne monta si haut, ni ne descendit si bas. Il ne fit que danser sur une surface de plus en plus accidentée, se heurtant parfois à des paquets de mer qui le faisaient frémir de la proue à la poupe. . .
Moins de deux heures après avoir quitté le quai, nous étions déjà dans tout ce beau tapage. A l'heure du lunch, presque personne ne répondit aux appels de la cloche, et la salle à manger resta à peu près vide. D'autre part, de temps en temps, quelqu^un se levait rapidement de sa chaise longue, allait vite s'accouder durant quelques instants sur le parapet courant au bord du navire — pour voir, je suppose,
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qutUes Mrtts fie poissoof il y avait dans cette partie de Pocéan Atlantique où nous étions, — et s'en revenait en gambadant, parmi tangage et roulis, à sa chaise longue. De temps en temps, aussi, quelque passager ou passagère quittait sa place, et s'en allait à l'intérieur, se livrant en cours de route aux plus pittoresques exercices de gymnastique qui se puissent voir. Bref, avant la fin du jour, à peu près tout le monde était installé dans ces incommodes couchettes de steamer, malade ou craignant de l'être. — Beaucoup de lecteurs savent ce que c'est que le mal de mer, et combien il ôte à ses victimes toute énergie. J'en ai vu, sur le Prince Qeorge^ se mettre au lit sans avoir le courage d'enlever même leurs vêtements de dessus, ni même leur chaussure, et rester tout le temps en cet état, tout le temps, c'est-à-dire quarante-huit heures, que le vaisseau mit à se rendre aux Bermudes.
Presque tous les passagers du Prince George firent ainsi, sur le dos, et plus ou moins malades, tout le trajet sur mer. Tantôt d'une cabine, tantôt de l'autre, s'élevaient successivement des. . . exclamations qui en disaient long sur la situation ; et il fallait avoir le cœur solide pour résister à la suggestion de l'exemple et ne prendre pas soi-même part au concert général. — Voilà les joies que nous goûtâmes en traversant de part en part le «gulf-stream ».
On nous a dit qu'une traversée si rude, et si propre à détourner du voyage des Bermudes, était absolument exceptionnelle, et que généralement le trajet se fait en d'agréables conditions. Mais je crois que lorsqu'on s'embarque sur des vaisseaux de faible tonnage, il faut s'attendre toujours à des épreuves plus ou moins sérieuses. D'autre part, s'il était ordinaire d'éprouver de si pénibles désagréments lorsqu'on se rend aux Bermudes ou que l'on en revient, on ne s'expliquerait pas l'affluence continuelle des touristes sur les vaisseaux qui mettent le fameux archipel
PS QUÉBEC AUX l^B&HUDas IZJ
eu cammuaication avec le continent Nous avons donc quitté le steamer en nous disant qu'au retour nous nous reprendrions sur le chapitre des plaisirs de la navigation. Ht le 27 mars, quarante-huit heures après avoir quitté le « Pier No 10 » de New- York, nous débarquions sur le quai de Saint-Georges, Bermudes.
A Saint-Georges
27-30 mars, — Pendant la matinée, le steamer était entré dans le bassin de Test, qui s'étend entre l'île Saint- Georges, au nord, et l'île Saint-David, au sud. La mer est calme entre ces terres, et tous les malades de la veille retrouvent promptement la santé et la bonne humeur.
Nous avons la satisfaction de nous trouver ici en pays britannique, et de voir flotter le drapeau anglais sur les forts qui couronnent les hauteurs de Saint-Georges.
On peut trouver qu'il y a ici bien du cf George ». En eflfet, du steamer Prince George nous passons à l'hôtel Saint-Georges, dans la ville Saint-Georges. Mais il faut en prendre son parti, et accepter tout ce qu'il y a de « George » dans la situation. Les voyages sont souvent l'occasion de bien d'autres désagréments^
En l'archipel des Bermudes, il y a deux villes : Hamilton vers l'ouest, dans l'île principale, et Saint-Georges à l'est et dans l'île du même nom.
C'est par un séjour à Saint-Georges que nous commençons notre villégiature aux Bermudes.
Et tout d'abord, comme il était naturel, nous débarquâmes. . .
Sur le quai, nombreuse est la foule que l'arrivée du
Steamer a fait rassembler. L'élément noîr y domine, comme du reste dans toute la population de l'archipel.
Ainsi que dans tous les pays où l'on arrive, la douane est là pour nous accueillir. Mais elle a ici des allures courtoises et ne nous retient qu'un instant.
La plupart des passagers s'embarquent sur un petit bateau qui va les transporter à Hamilton, la capitale. Pour nous, nous avons décidé de rester à Saint-Georges, où nous voulons à tout événement séjourner un peu. Après ces deux jours de jeûne et d'indisposition, il nous paraît bon d'en avoir fini avec la navigation et de nous refaire dans le confortable hôtel que nous apercevons sur le coteau tout voisin.
Ainsi donc, le Prince George ne conduit pas ses passagers jusqu'à Hamilton, comme font les vaisseaux de la Quebec Steamship Co., mais les laisse à Saint-Georges, On peut se demander pour quel motif la Bermudi an- Atlantic n'envoie pas ses vaisseaux, elle aussi, jusqu'au port principal de ces îles. A cette question, je répondrai d'abord que je n'en sais rien, ce qui déjà m'autoriserait joliment à garder là-dessus le silence. Mais qu'en serait-il de la conversation, s'il fallait que chacun ne parlât que de ce qu'il sait ! Les relations sociales n'en périraient-elles pas du coup? Aussi, traitant tout de même de la question qui se présente, je dirai qu'il semble que, le port d'Hamilton paraissant être sous l'influence de la Quebec Steam. Co., la Bermudian- Atlantic n'a pas eu ses coudées franches pour aller jusque-là lui faire concurrence ; j'ajouterai que celle-ci, faute de mieux, s'est rabattue sur la petite ville de Saint- Georges, et qu'elle paraît compter réussir à en faire un séjour recherché par les touristes et tenir tête à Hamilton comme ville d'eau. . . Comme, heureusement, il y a qu'une année ou deux que cette concurrence est commencée, cela m'exempte du souci de me prononcer, avec assurance, sur
le succès qu'aura la tentative de là Bermudian-Âtlantic, sinon pour la vogue dont jouira et dont jouit déjà pleinement son unique navire, au moins quant à la clientèle que retiendra le grand hôtel Saint-Georges qu'elle a établi au terminus de sa ligne de navigation.
Mais ici je crois ouïr la voix des gens qui songent à aller se promener aux Bermudes, et qui veulent savoir si je leur conseille après tout de faire un séjour à Saint- Georges. — Si ce n'est que cela ! . . . Si je n'ai à aviser personne sur l'achat d'actions dans la compagnie Bermudian-Atlantic ! . . . Me voici tout prêt à déclarer ce qui suit. — Evidemment, il faut voir Hamilton et y séjourner plus ou moins. Mais, non moins évidemment, il faut aussi faire un séjour à Saint-Georges : car l'hôtel y est excellent, et la ville est extrêmement curieuse à visiter. Ce sont les deux points qui vont ressortir des quelques pages que ma plume s'apprête à tracer là-dessus.
Je ne saurais dire combien nous avons goûté la vie calme et confortable de l'hôtel Saint-Georges après les quarante-huit heures de jeûne, de gêne et de malaise que nous avait values le voyage sur mer. Le dimanche surtout, le deuxième jour que nous y passâmes, fut absolument délicieux. Ciel pur, brise agréable, température d'environ 72^ Far., tout concourait à nous assurer « les Bermudes » que nous avions rêvées. Que d'heures charmantes s'écoulèrent trop vite, à l'ombre des bosquets de cèdres qui décorent les alentours de l'hôtel, et où gazouillaient des oiseaux aux brillantes couleurs, rouges, bleues, jaunes, etc. !
Cet hôtel est une vaste construction à trois étages, et dont les murs .sont bâtis en corail : car, dans ces îles, comme je l'exposerai plus loin, on vit partout dans et sur le corail !
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De style très simple, très bien divisé et aménagé, éclairé 4 Vacétylène, il offre beaucoup de confortable. Plusieurs rsalles de grande étendue offrent aux pensionnaires des lieux de réunion très appréciés. Les terrains avoisinants, revêtus ^e beau gazon, parsemés de bouquets d'arbres et de corbeilles de fleurs, invitent à la promenade. Mais le détail le plus original de cet hôtel, c^est une annexe à un étage, bâtie en corail recouvert de ciment, et qui a la forme d'une coque •de navire — dont l'intérieur est le café de l'établissement, Le pont du prétendu navire constitue un promenoir très vaste, où rien ne manque de ce que l'on a accoutumé de voir sur le plancher supérieur des vaisseaux. On y trouve donc : le cabestan, l'ancre et la chaîne, un canon, une boussole, la cloche du quart, l'écoutille et son tambour«.les claires-voies (i), les mâts (qui se couvrent de pavillons dans les grandes occasions), etc. Du moins sur ce navire, nommé Sea I^enture et qui n'en est pas moins solidement appuyé, on ne connaît pas le tangage, ni le roulis — pourvu toutefois que l'on s'abtienne de descendre à la batterie inféxieure en s'imaginant que l'on éprouve une soif inextinguible : sans qu'il soit besoin de plus copieuses explications, le lecteur comprend qu'il peut sortir de là des manquements •d'équilibre dignes de la mer la plus démontée . . .
Tous les domestiques de l'établissement sont des nègres, qui donnent un bon service. — Ces garçons-là, nous disait le gérant, passent l'été (où l'hôtel est fermé) à décharger les navires à charbon ; il ne faut pas s'étonner si parfois il leur arrive de faire quelque oubli dans leur rôle de servants ■de table, etc. C'est sans doute pour leur inspirer une plus stricte idée du devoir que, à l'heure où la cloche sonne les
(i) Ce terme de marine désigne ce que les Canadiens-Français auraient nommé «sky-light», du temps que les mots anglais étaient ea honneur dans leur parler.