AUX ORNITHOLOGISTES
remplir de façon plus satisfaisante ce rôle patriotique, à des concours qui lui sont obstinément refusés. . .
Par bonheur, un certain nombre de gens éclairés, et dévoues aux oeuvres nationales, nous fournissent par leur abonnement les ressources nécessaires au maintien de la revue, — ressources qui d^ailleurs demain seront insuffisantes, si elles ne le sont pas dès aujourd'hui. Quelques amis, zélés et désintéressés, nous aident à remplir et à varier les pages de la revue. Pour nous, nous donnons volontiers un grand nombre d'heures de travail, chaque mois, sans aucune espace de rémunération, pour le soutien de l'œuvre. Dès l'an prochain, sinon cette année même, nous y mettrons de l'argent.
En «tout cas, le lecteur peut maintenant imaginer ^vec quelle satisfaction — dans notre quasi isolement, au milieu du désert que nous traversons, — nous accueillons des paroles bienveillantes pour notre œuvre comme celles d'Arthur Preuss. Nous nous demandons seulement à quelle époque reculée nos compatriotes comprendront, eux aussi, que l'entreprise du Naturaliste canadien est, au moins en ellemême, d'un grand intérêt national . . . Car, malgré son indigence, le Naturaliste canadien est toujours bien la seule revue* d'histoire naturelle générale publiée dans tout le Canada, la seule revue scientifique publiée en langue française dans l'une et l'autre des Amériques !
Al>X ORNITHOLOGISTES
L'an dernier, nous avons inséré dans nos pages un appel de notre correspondant M. André Philipony de Ftsmes {Marne\ France^ qui désirait entrer en relation
d'échanges avec nos chasseurs d'oiseaux. Personne n'a répondu à cet appel, et M. Philipon est fort surpris de ce résultat négatif. Pour nous, il n'y a là rien d'étonnant, parce que nous savons bien que dans la Province, en dehors des collections ornithologiques des grands musées de nos villes, il n'existe chez nous à peu près aucune collection d'oiseaux ; et qu'il n'y a non plus dans le pays aucun marchand de spécimens d'histoire naturelle, et presque aucun amateur de la science ornithologique. C'est exclusivement de la botanique, et un peu de l'entomologie, que s'occupent la plupart des quelques amateurs d'histoire naturelle que non? avons. Tout cela changera d'ici à un certain nombre d'années, espérons-nous, grâce à l'enseignement scientifique qui se donne aujourd'hui dans toutes nos écoles primaires. Mais quel que doive être l'avenir à ce point de vue, le présent n'est pas brillant.
Bien que la lettre suivante, que nous a adressée M. Philipon, ne nous paraisse pas davantage devoir lui attirer de correspondant, nous la publions cependant, parce qu'elle est de nature à intéresser nos lecteurs.
Fismes (Marne), le 15 janvier 1908.
Plus d'un an s'est écoulé depui.« le jour où votre extrême obligeance voulut bien insérer, dans un N° du Naturaliste caitadien^ l'annonce otl je demandais d'entrer en relations d'échange avec des chasseurs ou naturalistes amateurs de votre pays. Et malgré cette annonce, je suis obligé de constater qu'aucune proposition de ce genre ne m'est parvenue : je m'en étonne doublement, car une population qui possède une publication dans le genre de la vôtre .semble s'intéresser au plus haut point à tout ce qui touche l'histoire naturelle ; et de plus votre pays passe à bon droit pour l'un des plus riches en faune ornithologique. Il y a, du reste, une foule d'autres raisons qui me faisaient espérer le succès de mes tentatives. Les communicatipns entre France et Canada ne sont-elles pas actuellement si rapides, pendant les
mois froids, qu'il serait possible d'expédier des sujets en chair sans craindre de les recevoir gâtés ? Les rapports ne seraientils pas cordiaux et commodes entre gens parlant une même • langue? Ne recevons-nous pas mutuellement, chaque* hiver, la visite d'un certain nombre de palmipèdes que la traversée n'effraie pas ?
Cette science de la préparation des oiseaux n'est pas si malaisée, qu'elle doive rester la spécialité des professionnels. En France, sans être sur ce point aussi avancés que les Allemands, nous sommes un noyau d'amateurs dont les collections peuvent rivaliser pour le fini du montage, avec les musées des grandes villes. Vous savez aussi combien il est difficile de se procurer des spécimens assez rares même chez les marchands de l'étranger. Chez nous, d'ailleurs, il serait impossible de trouver un seul fournisseur d'oiseaux en peaux sèches, et là encore nous sommes tributaires de l'Allemagne. Combien il serait plus agréable, plus certain et moins onéreux, d'échanger avec des correspondants directs sans passer par aucun intermédiaire.
J'ose croire, monsieur l'abbé, que ces quelques réflexions recevront votre approbation, et que vous recommencerez, si vous le jugez convenable, la publication de mon présent appel à nos frères canadiens.
André Philipon.
CLIMATOUXxIE Février jçoS