‹ Le Naturaliste canadien (volume 3)Chapitre 37 sur 155 · A SAINT-LAURENT, PRÈS MONTRÉAL · texte numérisé non relu

A SAINT-LAURENT, PRÈS MONTRÉAL

Au Collège

En revenant d'Ottawa, le mois dernier, nous avons fait à Montréal un séjour suffisant pour nous permettre d'aller passer quelques heures à Saint-Laurent. La distance à parcourir est de 8 à lo milles, et cela se fait très commodément et très rapidement par le tramway électrique. Seulement, il y a à faire plusieurs changements de lignes en cours de route ; et il faut, pour arriver où l'on va, non seulement se faiie tracer un programme par quelque expert, mais encore ne pas avoir peur d'interroger les fonctionnaires de la voie et ses voisins de banquette : autrement, on pourrait finir par filer vers Test, par exemple, quand il faudrait courir franc ouest.

Ce trajet à travers les belles campagnes qui entourent Montréal est extrêmement agréable, surtout par un jour ensoleillé du mois de mai et lorsque la verdure n'a pas encore perdu ses nuances printanières qui durent si peu, A tout instant, la voie électrique passe le long de ces riches vergers où naît, croît et mûrit la pomme fameuse^ gloire du pays de Montréal, orgueil du Canada, délices des ce palais » d'ici|et de l'étranger. — Les exégètes allemands viendraient nous affirmer que c'était là la Pomme du paradis terrestre, que nous ne refuserions pas de les croire, et que nous ne pourrions nous empêcher de trouver que le tentateur aurait fait preuve d'une habileté toute diabolique en se servant d'un fruit de cette valeur, comme un moyen de tentation. Il y avait longtemps que nous désirions connaître le collège de Saint-Laurent, qui était presque le seul de nos collèges classiques que nous n'avions pas encore visité. Nous n'avons pas à dire ici que cette maison d'éducation, dirigée par les PP. de Sainte-Croix, est l'une des plus importantes

de la Province. Les édifices du Collège, bâtis en pierre, 5ont vastes et imposants.

Accueilli très aimablement par le Supérieur, le R. P. Hébert, et retenu par lui à dîner, nous eûmes le plaisir de prendre ce repas dans le réfectoire même des élèves: "Circonstance qui était de nature à nous rappeler tant de belles années passées jadis au service de la jeunesse. Au collège Sain t-Lan rent, c'est le Supérieur qui préside ainsi aux repas, chez les élèves.

Ce qui nous attirait surtout, au Collège, c'était le Musée ; le musée du P. Carrier, comme on disait, puisque feu le R. P. Carrier s'était si bien idétttifié avec cette œuvre et depuis tant d'années. Bien des fois, le P. Carrier nous avait invité à venir constater par nous-même que son Ours blanc était de taille supérieure à celle du beau spécimen de cet animal que nous avons au Musée de l'Instruction publique de Québec. Aujourd'hui que nous pouvons enfin répondre à l'invitation du P. Carrier, notre vieil ami n'est plus là pour nous recevoir. . .

C'est principalement le distingué P. Vanier qui nous fait visiter tout le vaste édifice du Collège, où nous remarquons surtout une salle académique très grande et parfaitement aménagée. C'est en la même savante compagnie que nous contemplons toutes les sections du Musée.

Ce musée est installé dans un édifice hexagonale, à deux étages, bâti et attenant à l'un des angles de la façade du Collège ; il est construit relativement à l'épreuve du feu. Le grand défaut d'une construction de ce genre, c'est de ne pouvoir être agrandi, pour répondre à l'accroissement des collections. Et de fait l'édifice est déjà rempli ff jusqu'au bord », si peu d'années après son érection. Pour les musées comme pour les bibliothèques, il est bon de prévoir une existence très prolongée, de bâtir même pour

Page 1