‹ Le Naturaliste canadien (volume 3)Chapitre 38 sur 155 · X SAINT-LAURENT, PRÈS MONTRÉAL IO · texte numérisé non relu

X SAINT-LAURENT, PRÈS MONTRÉAL IO

les siècles : autrement le défaut d'espace vient trop tôt arrêter les initiatives et les développements.

C'est ainsi que dans le Musée Carrier on ne saurait, dès maintenant, oiï placer quelques grands mammifères qu'un ami de la maison aurait l'idée de vouloir ajoutes aux collections. Evidemment, les intelligents directeurr de l'institution auraient vite fait de placer le spécimen en dehors du Musée, puisqu'il ne pourrait prendre pied en dedans. Mais alors, et l'éventualité a dû se présenter déjà, ce sera un deuxième musée que l'on commencera. — Le P. Carrier répondrait sans doute à ces observations qu'il a dû, en fixant les dimensions de son musée, tenir compte des ressources financières qu'il avait : et que, d'autre part, jamais il n'aurait prévu que ses collections deviendraient considérables en si peu de temps. Ces motifs ont certainement de la valeur.

L'édifice du Musée, avons-nous dit, est de forme hexagonale. A l'intérieur, le centre est occupé par une immense vitrine, de forme circulaire ou à peu près, et dont la hautnur est en proportion de celle de l'édifice. Cette construction a dû être tout un problème, et il a fallu d'habiles ouvriers pour l'élever. C'est dans cette grande vitrine, hermétiquement close, que sont installés les animaux à poils et à plumes, bien à l'abri des parasites.

Le Musée Carrier n'est pas uniquement un musée d'histoire naturelle. C'est un musée général ou universel, où il y a absolument de tout, jusqu'à des armes et à des articles de coutellerie, jusqu'à des faïences, même récentes, mais de formes plus ou moins fantaisistes, jusqu'à des objets les moins scientifiques du monde. Cette sollicitude du bon P. Carrier, à faire collection de tout, amène bien parfois le sourire sur la figure du visiteur. Mais enfin il y a là les débuts d'une entreprise qui, étant donné qu'elle put se réaliser, deviendrait un musée strictement encyclopédique,

si Ton peut dire ainsi, et tel qu'il n'en existe encore aucun.

Toutefois, à part la numismatique, dont la collection est fort considérable et par conséquent de grande valeur, c'est l'histoire naturelle, en ses trois règnes, qui compose de ses spécimens la plus grande partie du Musée. Les oiseaux et les quadrupèdes sont bien représentés. Au nombre de ces dtîiniers on remarque un Ours blanc,une Lionne, un Singe, ce qui prouve que l'on n'exclut nullement les animaux des pays étrangers. Mollusques et minéraux figurent, dejleur côté, assez bien. La collection entomologique est considérable, et peut-être l'une des plus remarquables de la Province.

Et l'Ours blanc. . . répond-il exactement par ses dimeusionsjà ce qu'en disait le P. Carrier ? Il est difficile de comparer, avec des chances de parfaite exactitude, des spécimens que l'on ne peut voir ni dans le même temps ni au môme lieu. Voici toutefois ce que nous aurions dit à notre ami, s'il n'était parti pour un monde meilleur : Notre Ours blanc de Québec est plus gros que le vôtre, de plus belle robe et mieux monté. Mais il se peut .bien que le vôtre soit un peu plus long, tant il s'étire le cou . . .

S'il faut maintenant porter un jugement d'ensemble sur le musée du P. Carrier, nous dirons qu'il y a lieu d'être étonné de voir qu'il ait pu réunir autant de spécimens et de curiosités sans avoir presque d'argent pour faire des acquisitions. Le mérite de ce collectionneur si zélé est donc très grand et appelle tous les éloges. D'autre part, le révérend Père a eu tort de penser que la construction élevée pour son musée suffirait assez longtemps à la contenir : il n'a en effet fallu que peu d'années pour remplir cet édifice, où les collections sont aujourd'hui et forcément un peu pêle-mêle, et que le style même de l'édifice, qui est hexagonal, empêche d'agrandir» Quand, à notre époque, on veut installer une bibliothèque

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