AU COUVENT DES SCEURS DE SAINTE-CROIX IO
OU un musée, il faut le faire en des conditions telles que ces institutions ne soient jamais gênées dans leur expansion future. Il faut se dire que cette bibliothèque et ce musée dureront, non seulement l'espace d'une décade ou deux, mais bien des siècles et des siècles.
Au lieu de cet encombrement et de cette confusion du Musée Carrier, nous aimerions beaucoup mieux le voir classifié avec ordre d«ins une ou plusieurs salles ordinaires, auxquelles on pourrait ajouter d'autres pièces, lorsqu'il en serait besoin.
Malgré tout, de toutes nos maisons d'enseignement secondaire, c'est le collège Saint-Laurent, croyons-nous, qui possède les plus riches collections d'histoire naturelle. Et il a raison de bénir la mémoire du P. Carrier, qui s'est donné tant de peine pour assurer un musée de cette valeur à la maison pour laquelle il se dévouait.
Au Couvent des Sceurs de Sainte-Croix
A Saint-Laurent de Jacques-Cartier, il y a un beau et vaste collège. Mais il s'y trouve aussi un beau et vaste couvent. Ce couvent, tenu par les religieuses de Sainte- Croix et situé tout près de la jolie église paroissiale, possède un cabinet d'histoire naturelle qui tient bon rang parmi nos institutions scientifiques de la Province. De là aussi, depuis longtemps nous étions l'objet d'invitations souvent répétées.
C'est la Rév. Mère de Sainte-Amélie qui a organisé le musée du Couvent ; c'est à elle qu'en est confiée la direction et le développement. Nous pouvons dire que l'entreprise est entre bonnes mains, et que la Mère de Sainte-Amélie, qui a vu longtemps à l'œuvre feu le P. Carrier, a su profiter de ses beaux exemples : elle conserve et continue les meilleures traditions du défunt religieux.
Io6 LE NATURALISTE CANADIEN
Nous tracerons quelque jour le portrait du vrai collectionneur, qui ne doit pas être beaucoup timide, qui ne doit pas avoir beaucoup froid aux yeux— qu'il doit plutôt toujours avoir en éveil, dont les doigts recourbés en dedans doivent être prêts toujours à se resserrer au bon moment et sur le bon article, pour ne pas laisser s'enfuir l'occasion. Quels que puissent être en cette matière les talents des religieuses de Sainte-Croix, elles ont fini par constituer un beau musée, dans leur maison de Saint-Laurent.
Les pièces où sont réunies les collections sont bien éclairées et assez étendues, ce qui n'empêche pas que tout est déjà rempli jusqu'au faîte. Mais, plus qu'au collège voisin, il sera facile ici d'agrandir le Musée en s'emparant des pièces voisines — si les autorités se laissent toucher le cœur par tant de spécimens qui demandent de la place, et si madame la Dépositaire veut délier un peu les cordons de la bourse du couvent. Car nous imaginons que les dépositaires des couvents ont à peu près la même mentalité que les procureurs de collèges, lesquels font rarement preuve d'un zèle excessif pour le développement des collections d'histoire naturelle. Il faut d'ailleurs avouer que ces messieurs, et sans doute aussi ces révérendes Dames, ont presque toujours à administrer des caisses financières dont la maigreur constante fait peine à voir.
Une chose que l'on peut croire facilement, c'est que les collections de la Mère Sainte-Amélie, installées dans de jolies vitrines, et avec un ordre parfait, sont maintenues dans un complet état de propreté. Car l'on sait s'il est facile, pour des grains de poussière, de pénétrer et surtout de rester dans un couvent.
Belles salles, belles vitrines et brillante propreté, telles sont les excellentes conditions du musée dont nous parlons.
Les collections elles-mêmes sont très variées. Sans avoir le caractère encyclopédique de celles du feu P. Carrier,