ALBERT DE ^APPARENT
laisser parler de M. de Lapparent par un de ses concitoyens, plutôt que par le plus renseigné des nôtres.
Albert- Auguste de I^apparent était né à Bourges, le 30 décembre 1839. Après des études secondaires très brillantes, il fut reçu à T Ecole polytechnique, le premier de sa promotion, en 1858, à Vtge de dix-neuf ans. Il en sortit avec le numéro I, en i860, et fut ainsi lauréat du prix Laplace décerné par l'Académie des sciences. Il entra alors à T Ecole des mines, d*où il sortit en 1864. toujours le premier.
Nommé ingénieur la même année, il fut désigné l'année suivante par Elie de Beaumont pour faire partie du personnel de la carte géologique de France. « Bien que les idées originales qu*il devait développer plus tard ne fussent pas encore conscientes chez lui, il montra déjà dans ce travail ses qualités personnelles. C'est lui qui le premier, notamment, appliqua les courbes de niveau à la définition des surfaces paléo-géographiques : travaux de reconstitution qui devaient plus tard constituer une partie notable de son œuvre » (F. Schrader.)
L'un de ses anciens maîtres, Delesse, le choisit aussi pour rédiger avec lui, de 1866 à 1880, dans les Annales des Mines ^ le compte rendu annuel des progrès de la géologie et de la minéralogie dans le monde. En 1874, nous le voyons, comme secrétaire de la Commission française pour T étude préliminaire du tunnel sous-marin entre la France et l'Angleterre, exécuter en collaboration avec M. Alfred Pettier, son collègue au service de la carte géologique, les remarquables travaux de sondages et de reconnaissance des fonds marins qui ont servi de base à toutes les études faites depuis lors pour la traversée souterraine du détroit. C'est à cette occasion qu'on lui décerne la croix de la Légion d'honneur.
Vers la fin de 1875, la liberté de l'enseignement supérieur étant rétablie, M. de Lapparent reçoit Toffre de la chaire de géologie et de minéralogie à l'Université catholique de Paris en voie de formation. Comprenant l'importance de l'œuvre, le jeune savant obtient de la direction des mines un congé illimité et accepte le poste de dévouement qui lui est offert.
« Nous voudrions, dit M. le chanoine Bourgeat {Les Facultés catholiques de Lille, mai 1908), pour l'honneur d'un de ses anciens condisciples qui fui plus tard chef de l'Etat (i), pouvoir dire que ce congé fut indéfiniment renouvelé, comme
(i) M. Sadi Carnot.
on le fait du reste pour les ingénieurs au service de l'Honduras et de la Patagonie. Mais, hélas ! l'enseignement libre était regardé déjà comme un ennemi. Cette science qu'Araga et Biot ne pouvaient voir en régie l'était de fait et devait le devenir plus encore à mesure que le nom de liberté s'inscrivait de plus en plus siu: nos édifices publics.
« I^' ancien condisciple, devenu ministre, fut sommé par la presse antireligieuse d'exécuter de Lapparent et Villié. Tous les ingénieurs en congé furent invités à faire renouveler l'autorisation qu'ils avaient reçue. KUe le fut pour tous sauf pour les deux ingénieurs de l'enseignement libre. Ajoutons que l'Ecole polytechnique en fut douloureusement froissée et qua les anciens protestèrent de la plus digne façon en nommant cette année-là de Lapparent président de leur réunion annuelle.
« Au moment où de Lapparent entrait dans l'enseignement supérieur catholique, la géologie des Facultés ofiScielles était dans un marasme absolu. Les quelques ouvrages qu'elle avait produits remontaient à plus de vingt ans et les meilleurs des traités étaient encore ceux de l'Allemand Credner et de l'Anglais Lyell. Le jeune professeur, qui avait si bien étudié sur le terrain, qui avait analysé pendant si longtemps les travaux produits en France et à l'étranger, était qualifié mieux que personne pour relever l'honneur du nom français par un manuel qui fît histoire dan? la science. Aussi ce fut une véritable révolution lorsque parut en 1883 son Traité de Géologie, L* édition en fut épuisée en peu de temps : il fallut en faire une seconde, puis une troisième, puis une quatrième, puis une cinquième, puis en faire plusieurs Abrégés successifs. On est vraiment effrayé lorsqu'on voit la masse de documents que l'auteur a dû consulter et qu'on constate le talent supérieur de la mise en œuvre. Aussi ne faut-il pas s'étonner que, sur 14,000 exemplaires qui en ont été tirés, plus de la moitié se soient vendus à l'étranger. C'était là la première vengeance d'un savant catholique.
« La seconde fut son Traité de Minéralogie, publié Tannée suivante (1884). Pour savoir à quel point ce traité était également nécessaire, il faut en avoir été réduit aux manuels insignifiants qui l'ont précédé ou aux ouvrages buissonneux de de Sénarmont, de Bravais, de Wyrouboff et de Mallard. Sous la plume de l'auteur, les questions les plus ardues de la cristallographie, de l'optique physique, de la sjoithèse cristalline, des macles, des formes pseudo-cubiques, prennent un caractère de simplicité vraiment surprenante.