ALBERT DE LAPPARENT I
On s'arracha les éditions successives, de la première à la cinquième, comme on Pavait fait pour le Traité de Géologie, son aîné.
« Enfin, la troisième vengeance du savant catholique fut son Iraiié de Géographie physique , plus nécessaire encore que les deux premiers à notre enseignement officiel endormi.
« En vain, depuis les voyages de Ritter et de Humboldt, rétranger avait-il compris que la géographie vraiment digne de ce nom ne doit pas être simplement une nomenclature de villes ou une statistique portant sur le nombre de mulets, de chevaux et de moutons d'un pays, mais l'étude même du sol, de sa forme, de sa constitution, de son histoire, de ses rapports avec la faune et la flore. En vain Neumayer .et Suess, en Allemagne, avaient-ils publié sur ces dernières questions des travaux de premier ordre. En vain Reclus lui-même avait-il essayé, au début de sa géographie générale, d'attirer l'attention sur la géographie physique. Dans les Facultés des lettres, où cette géographie était et demeure enseignée par une anomalie qu' o7i ne conçoit pas y on en restait toujours aux ruisseaux enchantés, où l'eau serpente parce qu'elle s'éloigne à regret, aux montagnes en lames de rasoir placées sur champ, aux plaines d'âge indéfini, etc. Lorsque l'ouvrage de de Lapparent parut, ce fut un étonnement général en France de constater que tous les phénomènes ont une cause simple, tenant le plus souvent à la pesanteur ; que le relief du sol a des rapports avec sa constitution et son passé ; que ce sol surtout a une histoire non moins intéressante et non moins mouvementée que celle des populations qui s'y sont succédé. Cet ouvrage si magistralement écrit, si plein des aperçus personnels de l'auteur, a marché plus vite encore que ses devanciers. Publié en 1896, il en est maintenant déjà à sa quatrième édition.
« On pourrait croire que de tels travaux étaient capables d'absorber l'activité scientifique de de Lapparent. Il n'en fut rien. Dès 1877, il donnait son active collaboration à la Société scientifique de Bruxelles, qui venait d'être fondée par un savant mathématicien, le R. P. Carbonnelle, de la Compagnie de Jésus. Il ne s'est presque pas écoulé d'année qu'il n'ait donné aux revues de cette Société quelque communication sur les questions générales de géologie, ce qui était un vrai régal pour les lecteurs. Il en faisait de même pour le Correspondant, de même aussi, mais d'une façon plus technique, pour le Bulletin de la Société géologique de Fratue et pour les Annales de Géographie, Il trouvait même le moyen d'intéresser à la
géologie le lecteur le plus étranger à la science par sa Géologie en chemin de fer, qui apprend tant de choses aux voyageurs et même aux géologues.
ir Longue serait la liste de ses articles, s'il fallait les citer tous. Ceux qui ont lu ses notes sur les glaciers quaternaires, sur l'âge des Vosges, sur la contraction de l'écorce terrestre, ^ sur Torogénie, sur la mesure du temps par l'érosion, sur les* éruptions de la Martinique, sur le problème alpin, sur les surprises de la statigraphie, sur l'âge du fer, sur le métropolitain, etc., etc., peuvent dire avec quelle facilité il savait, comme Arago, rendre accessibles à tous les questions les plus compliquées.
ff Depuis son départ des Mines, de ^apparent n'avait été l'objet qu'une seule fois de l'attention du monde officiel ; ce fut quand on eut besoin d'un représentant digne de la France au Congrès géologique de Berlin. On se souvint alors qu'il y avait un ancien ingénieur, un catholique de marque, qui mieux que personne était connu de l'autre côté du Rhin et qualifié pour y faire grande figure. A son retour, il resta, comme il est resté jusqu'à sa mort, simplement chevalier de la Légion d'honneur.
« Par contre, les Sociétés savantes tinrent à honneur de le recevoir dans leur sein et de lui conférer les plus hautes distinctions. La Société scientifique de Bruxelles le choisit plusieurs fois pour son président, et l'Université de Louvain l'acclama comme professeur honoraire en même temps que Mgr Baunard et Pasteur. Il fut l'âme des discussions scientifiques dans les Congrès des savants catholiques, spécialement à Munich, où il laissa les Allemands dans l'admiration de la science française. La Société minéralogique de France le porta à la présidence, au lendemain de la publication de son Traité; celle de Géographie le choisit pour son mandataire au Congrès de Londres. La Société géologique de France le compta toujours dans son bureau et le porta deux fois à la présidence, spécialement en 1900, à l'époque de l'Exposition, alors qu'il s'agissait de recevoir en Congrès les géologues étrangers ; enfin, l'Académie des sciences l'appela dans son sein et ne trouva personne de plus capable, après la mort de Berthelot, d'occuper les hautes fonctions de secrétaire perpétuel. Plus d'un pensait que le moment était proche où l'Académie française l'inviterait à s'asseoir sur un des fauteuils occupés auparavant par Laplace, Dumas ou Pasteur. )>
Malgré ses multiples et absorbants travaux scientifiques, M. de Lapparent trouvait le temps de se dévouer à diverses