DE LA CIRCULATION DU SANG CHEZ LES INSECTES
En terminant, le mois précédent, le sujet de la Digestion, nous avons vu que les liquides nutritifs entrent
à la fin dans le courant circulatoire pour être distribués par lui dans tous les tissus composant le corps et les nourrir, c'est-à-dire pour procurer leur renouvellement et, au moins à une période de la vie de l'insecte, leur accroissement. Ce « courant », c'est le sang ou liquide sanguin ; et la course qu'il accomplit en se rendant dans toutes les parties du corps, c'est ce qu'on appelle la Circulation.
La circulation chez les insectes est beaucoup moins compliquée que chez les animaux vertébrés. Il suflSra, pour la bien comprendre, de traiter brièvement : du sang^ du vaisseau dorsal^ et du mécanisme de la circulation.
Sang. — Chez les insectes, le sang est incolore, ou de couleur jaune pâle ou vert pâle ; exposé à l'air, il se noircit. Il se compose d'une partie liquide, qui est le « plasma » et qui lui donne sa couleur ; et d'une partie solide, formée de cellules diverses par l'âge et par les dimensions, qui flottent dans le plasma.
Vaisseau dorsal. — Le vaisseau dorsal, qui porte aussi le nom de cœur chez les insectes, est un tube qui court tout le long de la région dorsale du corps, principalement dans l'abdomen ; sa partie antérieure, nommée aorte, est une simple Circulation du sang artère qui transporte le sang dans la tête, en passant à tra-
Fig. 12.
chez rinsecte.
vers le thorax.
Fig. T2. — Insecte de' rordre des névroptères, à qui Ton a enlevé let ailes droites et les pattes du côté gauche. — a, vaisseau dorsal. — b^ courant sanguin latéral.
Quant au cœur ou vaisseau dorsal proprement dît, il se compose d'une suite de chambres, nommées ventriculites^ et généralement à peu près aussi nombreuses que les anneaux de l'abdomen. Les muscles dorsaux et ventraux forment autour du vaisseau dorsal une sorte d'enveloppe plus ou moins complète nommée péricarde. — Chacun des ventriculites s'ouvre dans celui qui le précède par un orifice étroit et pourvu d'un repli valvulaire. En outre, ce repli valvulaire, qui se trouve donc en arrière de chaque ventriculite, porte de chaque côté un orifice, nommé ostio/e^ communiquant avec la cavité générale du corps et muni d'une valvule.
Voilà quel est, dans son ensemble, l'appareil de la circulation du sang chez les insectes.
MÉCANISME DE LA CIRCULATION. — La masse du sang, chez les insectes, est contenue dans toute la cavité intérieure du corps ; et les divers organes intérieurs sont comme baignés dans ce liquide sanguin. Peu à peu le sang pénètre dans le vaisseau dorsal, et se dirige, par l'aorte, vers l'avant du corps où il s'échappe à travers les organes de la tête, pour retomber ainsi dans la cavité générale. Comme on le voit, le sang est animé d'un mouvement continuel dans le corps des insectes, et c'est là ce qu'on appelle Circulation du sang dans ce groupe de petits animaux.
Il reste à expliquer de quelle façon se produit ce mouvement continuel du sang chez les insectes.
C'est le vaisseau dorsal qui est le moteur du sang, et l'on comprend bien qu'il soit désigné comme le « cœur » des insectes, puisqu'il joue le même rôle, quoique d'une façon plus simplifiée, que le cœur des vertébrés. En réalité, chacune des chambres ou ventriculites du vaisseau dorsal agit indépendamment des autres, et l'on pourrait dire qu'il y a chez les ipsectes autant de cœurs que le
vaisseau dorsal compte de divisions. Etudier donc ce qui se passe en un ventriculite, c'est étudier ce qui a li-^u dans tous, «et c'est comprendre le mécanisme de la circulation.
Eh bien, tout comme le cœur des vertébrés, le ventriculite est continuellement, sous l'action de la vie, le siège d'un mouvement alternatif de dilatation et de contraction. LfOrsque le ventriculite se dilate, les valvules des deux orifices de sa base s'ouvrent, et le sang pénètre à l'in^ térieur. Ensuite, les valvules se fermant, le ventriculite se resserre, et le sang pressé par cette contraction n'a plus d'autre issue que celle conduisant au ventriculite suivant C'est là tout le mécanisme qui fait avancer lesangd*arrière en avant, jusqu'à la tête, d'où il revient, en s'écoulant à travers les organes, dans la cavité générale, où il est d'ailleurs attiré par le vide qu'y produit incessamment le vaisseau dorsal qui se remplit du liquide sanguin aux dépens de cette cavité.
Voilà comment, chez les insectes, se fait la circulation du sang, par un mécanisme extrêmement simple, et qui ne rappelle que bien peu l'appareil circulatoire des vertébrés, lequel consiste en un système de canalisation très compliqué d'artères et de veines.