EXPOSITION DE LA SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE DE QUÉBEC
Les i6 et 17 septembre, la Société d'Horticulture de Québec a tenu une exposition de plantes d'ornement, de fruits et de légumes. On n'y admettait que des produits des comtés environnants de Québec, y compris ceux de Montmorency, de 1 'Islet, de la Beauce et de Port neuf.
Nous avons visité minutieusement tous les exhibits qui composaient cette exposition. Ils étaient peu nombreux, mais intéressants.
Parmi les plantes d'ornement, nous avons remarqué deux Begonia à fleurs démesurément grandes ; un Géranium à fleurs violacées, nuance qui nous était encore inconnue ; des «f Palmiers » de serres de très grande taille. Ajoutons que la collection la plus nombreuse et la plus remarquable provenait des serres de l'Hôtel-Dieu du Sacré- Cœur.
Quant aux « fleurs coupées », il y avait de riches collections de Petunia^ à^ Aster ^ de Phlox^ de Verveine^ de Zinnia et de Pois cPodeur. On remarquait aussi plusieurs 9 — Septembre 1908.
corbeilles de fleurs disposées avec un art exquis, dont l'une surtout, représentant un coussin formé d'Asters, blancs et d'Asters violets entremêlés de gracieux Adiantum^ était de la plus grande beauté. A signaler encore un panier de fruits tout orné de fleurs et de feuilles.
Parmi les fruits, ce sont les pommes qui brillaient davantage par leur variété, leur grosseur et leur coloris. On ne pouvait s'empêcher d'être surpris de voir qu'en notre rigoureux district de Québec les Pommiers puissent prospérer à ce point.
Les collections de légumes attiraient aussi les regards. Il y avait là des Choux monumentaux, des Poireaux phénoménaux, des Navets grandioses, des Oignons immenses et à faire pleurer des régiments... Ce qui manquait, c'était ces Citrouilles gigantesques dont chacune peut fournir une année durant la suave « compote » à toute une famille. Leur absence toutefois ne doit pas attrister les gens, par la pensée que la race pourrait en être éteinte. Non, ce malheur n'est pas arrivé. Mais, tout simplement, à la mi-septembre et par ces semaines ensoleillées, les braves Citrouilles se sentaient encore la force de grossir un peu plus, et, plutôt que de venir recevoir des compliments au Patinoir de la Grande-Allée durant tout un jour, elles ont préféré achever leur œuvre en leur coin paisible de jardin, prendre encore du volume, et ne point abandonner la tâche tant qu'elle pouvait être poursuivie. Elles ont donc continué à se gonfler.
Nous avons dit que les exhibits étaient peu nombreux. En effet, on éprouvait une sorte de déception, à voir une exposition si peu considérable. D'autre part, il ne semble pas que les visiteurs soient venus en bien grand nombre.
Nous ne savons pas quels moyens la Société d'Horticulture emploie pour recruter les exposants. Mais pour ce qui est des visiteurs, il nous paraît qu'on devrait faire un
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peu plus de réclame qu'on ne semble en avoir fait Des circulaires abondamment répandues dans la ville et les environs, quelque monumentale affiche sur la façade de l'édifice où se tenait l'exposition : voilà des moyens d'une élémentaire nécessité, et qui auraient attiré bien plus de monde. Surtout, le prix d'entrée devrait être abaissé à quelque chose comme 10 sous. Car un quart de piastre pour aller voir des légumes, des fruits, des fleurs, c'est un prix fort exagéré pour la masse des gens.
Un détail qui a son importance et qui accroîtrait l'im-* portance et l'utilité de l'exposition horticole, ce serait d'exiger qu'aux spécimens exposés soient attachées des étiquettes portant le nom de l'espèce et de la variété de la plante et du fruit. C'est d'ailleurs un article des règlements. Or, à part quatre ou cinq espèces de légumes, aucun spécimen de la récente exposition n'était désigné par son nom. C'est là une négligence que nous ne nous expliquons pas. Tout cela était donc un livre fermé pour la plupart des visiteurs, et sans aucun effet pour l'instruction du peuple. Etant donné l'élévation du prix d'entrée, la masse des gens n'en avait donc pas pour leur argent. Il fallait avoir le feu sacré et être spécialiste, pour jouir de cette exposition.
Enfin, il est inconcevable que, dans les indications quelconques affichées à l'intérieur de l'exposition, on ait ignoré le français ; tout cela, dans une ville française, était en langue anglaise !
Il faut reconnaître,par cet exemple venant à la suite de tant d'autres, que nos compatriotes anglais ont une singulière mentalité sur cette question de langue. Toutefois, mentionnons que la plaquette contenant la liste des prix et les règlements de l'exposition était imprimée dans les deux langues.
Nous souhaitons de n'avoir plus à formuler des critiques de ce genre, concernant les expositions futures de la
Société d'Horticulture de Québec. Comme nous avons demandé notre admission comme membre de cette association, nous nous sommes hâté d'énoncer ces critiques, qu'il ne nous sera probablement plus permis de publier, lorsque nous serons nous-même plus ou moins responsable, au moins en principe, des erreurs ou négligences qui pourront se présenter dans l'avenir.