‹ Le Naturaliste canadien (volume 3)Chapitre 70 sur 155 · I.ES POISSONS ÉLECTRIQUES · texte numérisé non relu

I.ES POISSONS ÉLECTRIQUES

gtteur de leurs bâtons, ils empêchaient les chevaux de s'échapper du marécage. Les Gymnotes, étourdis par le bruit, excités parle piétinement des chevaux, déchargeaient avec furie leurs puissantes batteries électriques contre ces derniers ; ceux-ci, frappés de raille coups invisibles, étourdis par la force et la fréquence des commotions, tombaient, pour la plupart, inanimés et disparaissaient sous Peau. D^autres, haletants, la crinière hérissée, les yeux hagards exprimant la terreur et l'angoisse, se relevaient et cherchaient à fuir l'orage qui les menaçait à chaque instant. Quelques-uns purent regagner le rivage ; mais, à peine sortis du marais, on les vit chanceler, tituber et s'étendre finalement sur le sable, exténués de fatigue et les membres engourdis par les commotions électriques. Cette scène prouve l'extraordinaire puissance de l'organe des Gymnotes.

Les terribles effets produits par les Gymnotes expliquent suffisamment pourquoi ces animaux sont si redoutés des Indiens et leur causent des terreurs pleinement justifiées. Pourtant, dans certains districts du nord du Brésil et dans la Guyane hollandaise, on a jadis employé les Gymnotes pour la guérison des paralytiques et des névropathes. Ce procédé primitif d'électrothérapie n'a, de nos jours, rien de surprenant quand on songe aux nombreuses applications de l'électricité dans la médecine actuelle.

Les Malaptérures {Malapterurus electricus) appartiennent au groupe des Malacoptérygiens abdominaux, et se rencontrent abondamment dans le Nil et dans la plupart des rivières de l'Afrique occidentale. Ces poissons peuvent atteindre et même dépasser un mètre de longueur. Leur corps, de teinte olivâtre, ^< gros, court et parsemé de taches noirâtres irrégulières, localisées principalement sur les côtés et sur les nageoires. Les barbillons sont rosés et l'œil est d'un rouge vif.

hts organes électriques de la Torpille ont la forme d'un rein ou d'un croissant et sont situés entre la nageoire latérale, le crâne et les branchies.

L'embryologie et Tanatomie comparée nous apprennent que les organes électriques des poissons résultent de la différenciation du tissu musculaire strié. Les terminaisons périphériques nerveuses sont, les mêmes dans les plaques électriques que • dans les plaques musculaires; de plus, la courbe de décharge électrique est superposable à la courbe de contraction musculaire. D'autre part, les recherches de Marey Tout amené à établir les rapports les plus étroits entre les décharges de Vorgane électrique et les phénomènes de contraction musculaire, — Résumons quelques-unes de ces analogies :

1° La répétition des contractions épuise la contractilité musculaire qui se régénère par le repos ; de même, la faculté de produire des commotions électriques s'épuise par des excitations répétées et se régénère spontanément quand l'organe est abandonné à lui-même ;

2° L'excitation d'un nerf moteur produit une contraction musculaire unique, de même que l'excitation d'un nerf électrique développe toujours un flux électrique isolé ;

3° Le curare paralyse les muscles, ainsi que les organes électriques ;

4° Les flux électriques successifs, de même que les contractions musculaires, s'affaiblissent par la fatigue, etc.

Tous ces faits, et bien d'autres encore, prouvent surabondamment l'identité qui existe entre les organes électriques et le tissu musculaire. Et puis, tout muscle qui se contracte ne produit-il pas de Télectricité ?

Dr L. Bordas.

{^La Vulgarisation scientifique.)

UNE MARéE EXTRAORDINAIRE 157

Page 1