PEU M. FLETCHER
Nous avons le profond regret d'avoir à signaler la mort du Dr James W. Fletcher, entomologiste et botaniste des stationa agronomiques du Canada. Atteint de sérieuse
FEU M. FI.ETCHER 165
maladie, il était venu à Montréal, le 30 octobre, suivre un traitement à l'hôpital Royal Victoria. Le 7 novembre, il y subit une opération chiturg^cale, aux suites de laquelle il succomba le lendemain 8 novembre. Ses funérailles ont eu lieu à Ottawa, oii il résidait.
Né en Angleterre le 28 mars 1852, M. Fletcher est donc décédé à Page peu avancé de 56 ans et demi. Etant donné surtout les vastes connaissances scientifiques qu'il avait acquises et qu'il développait sans cesse, longtemps encore, et de plus en plus, il aurait pu continuer à rendre d'éminents services aux cultivateurs et aux horticulteurs du Canada, si la Providence l'avait permis.
De 1876 à 1884, M. Fletcher était fonctionnaire à la bibliothèque du parlement d'Ottawa. De 1884 à 1887, il fut attaché au ministère fédéral de l'Agriculture, en qualité d'entomologiste. De 1887 jusqu'à sa mort, il remplit à la Station centrale d'Agronomie, Ottawa, les fonctions d'entomologiste et de botaniste pour tout le Canada.
Au moment de sa mort, il était président de TOttawa Field Naturalists' Club, de la société des Entomologistes économiques de l'Amérique, de la société entomologique d'Ontario, membre et secrétaire-trésorier de la Société royale du Canada. M. Fletcher appartenait à l'Eglise anglicane.
M, Fletcher s'est occupé de botanique et d'entomologie, depuis plus d'un quart de siècle, au point de vue économique. La science économique^ qui a fleuri surtout dans l'Amérique du Nord, et dont l'âge n'est pas encore avancé, étudie les plantes et les insectes au point de vue le plus pratique, cherchant à protéger les champs, les jardins et les forêts contre tous les parasites, animaux et végétaux, qui peuvent leur nuire. Il n'y a pas de doute que, depuis seulement quelques années, l'entomologie et la botanique ont épargné, aux Etats-Unis et au Canada, des dommages estimables à des millions de piastres. M. Fletcher était l'un
l66 I.E NATURALISTE CANADIEN
des plus savants naturalistes économistes des Etats-Unis et du Canada ; son prestige était considérable dans les deux pays, et il a rendu des services très importants au monde horticole et agricole.
Bien que nous ayons eu avec M. Fletcher des relations épistolaires assez fréquentes, nous ne Pavons personnellement rencontré que deux fois. La première fois que nous le vîmes, c'était en 1885, à la bibliothèque du parlement d'Ottawa, à laquelle il était encore attaché. Nous étions nous-même en compagnie de l'abbé Provancher, avec qui nous faisions notre premier voyage à Ottawa. — L'été dernier, en juillet, au cours de la session spéciale de la Société royale, nous rencontrâmes à l'université Laval M. Fletcher pour la deuxième et dernière fois.
D'après notre connaissance personnelle, le savant défunt était la courtoisie même, et ses vastes connaissances étaient au service de quiconque y faisait appel.
Si la science canadienne fait une lourde perte par la mort de M. Fletcher, le Naturaliste canadien est fortement atteint par la disparition d'un ami de longue date et d'un collaborateur dont le prestige était grand.
Quelques minutes avant de nous mettre à rédiger la présente nécrologie, nous étions à continuer notre examen de la correspondance recueillie par l'abbé Provancher lorsque, au cours régulier de ce travail, nous arrivions (octobre 1885) ^^^ deux premières lettres de M. Fletcher qui se trouvent dans cette correspondance. Nous les traduirons pour les reproduire dans une prochaine [livraison. On y verra quel intérêt dès lors il portait à l'œuvre du Naturaliste^ — qui venait ds ressusciter après l'un de ces décès temporaires par lesquels il a passé.
Depuis que nous avons pris charge de cette revue,le Dr Fletcher lui a continué ses sympathies, et il s'est même fait
WS POISSONS ACCLIMATÉS 167
de temps en temps, son collaborateur — non moins désinté ressé que tous nos autres amis.
Avec la plus grande obligeance, bien des fois il nous a aidé dans la solution de questions scientifiques plus ou moins embarrassantes.
Et c'était en français qu'il nous écrivait ses lettres et ses articles. Car, malgré son âge un peu avancé, il s'était imposé le soin d'apprendre la langue française, au point qu'il pouvait, même en cette langue, faire des conférences devant des auditoires de notre Province.
Surtout en entomologie économique, M. Fletcher était une autorité, aux Etats-Unis comme en Canada ; et les associations scientifiques des deux pays tenaient à honneur de l'appeler à leurs charges les plus importantes.
Nous ne pensons pas que le savant défunt ait publié d'ouvrages, en dehors des publications officielles. Mais il a écrit souvent dans les revues canadiennes et américaines. Son œuvre principale se compose de ses rapports annuels comme entomologiste et botaniste, lesquels font partie des rapports des Stations agronomiques du Canada. On consultera longtemps tous ces écrits sur les plantes et les insectes nuisibles, et sur les moyens de leur faire échec. De cette sorte, on peut dire que la carrière du regretté défunt continuera d'être utile à ce pays dont il avait fait sa patrie.
LES POISSONS ACCLIMATES
Depuis une quarantaine d'années environ, on a essayé d'acclimater dans les rivières et les étangs de plusieurs régions de la France des espèces de poissons provenant en majorité de l'Amérique du Nord.
Dans beaucoup de localités, ces poissons introduits ont disparu rapidement ; mais dans d'autres ils ont prospéré, et quelques-uns même ont pullulé, sont parfaitement naturalisés et font actuellement partie intégrante de notre faune.
M. J. Gensoul, dans la Monographie des poissons du département de Saône-et- Loire qu'il vient de publier dans le Bulletin de la Soàétè d? Histoire naturelle d*Autun^ a avec juste raison placé ces espèces nouvelles venues à leur place de classification sur le même rang que les indigènes.
Le département de Saône-et- Loire n'étant séparé que par la Loire de celui de l'Allier, les poissons peuvent être communs aux deux départements, et nous donnons la liste des espèces étrangères que M. Gensoul signale comme existant actuellement dans la région qu'il a étudiée et dont plusieurs se trouvent aussi dans l'Allier et ses affluents.
EUPOMOTis GiBBOSUS L. Suu fish^ Perchc du Canada^ Poisson soleil. — Originaire de la partie nord-est du contiuent américain, la Perche du Canada est répandue et commune dans toutes les eaux, Saône et ses affluents, Loire, Arroux, tous les canaux et beaucoup d'étangs. C'est un petit poisson de peu de valeur qui multiplie énormément, mais est toujours de taille infime, dépassant rarement loo à 125 grammes.
AMBLOPLiTESRUPESTRis Raf. Rock bass^ Perche noire de Rîcssie. — Introduit dans la Saône il y a une vingtaine d'années, existe aussi dans quelques étangs,
MICROPTERUSSALMOÏDES hdiQ.Black bass^Perche truite, — Espèce de grande taille, très carnassière, commence seulement à se répandre çà et là dans les étangs.
MiCROPTERUS DOLOMTEUI Lac. Small black bass^ Perche noire. — Commence aussi à se répandre dans les étangs.
CARASSius VULGARIS Nills. Carrassin ordinaire. — Originaire d'Allemagne, se trouve, mais assez rarement, dans quelques étangs oil il se reproduit. C'est un poisson des