VOCATIONS * DE NATURALISTE
tons, avec les meilleures intentions du monde, mais aussi avec des vues beaucoup trop courtes. Quand la Providence a manifestement doué un jeune homme d'un goût passionné pour les sciences, cela ne doit pas indiquer, en général, qu'elle l'appelle à une chaire de grammaire ou de belleslettres.
Les vénérables supérieurs de nos collèges classiques permettraient-ils à un ancien supérieur de collège de leur adresser ici une supplication?. . , Quand ils rencontrent parmi leurs étudiants ecclésiastiques quelque jeune homme qui montre de la passion pour l'étude des sciences, pourquoi ne s'emploieraient-ils pas à favoriser cette vocation scientifique? D'abord, le cas sera certainement assez rare, dans un pays où la zoologie n'est pas encore inscrite au programme des études classiques, et où dans quelques maisons seulement on donne aux élèves une certaine connaissance des merveilles du règne animal. En outre, le dommage causé à l'enseignement des langues en lui enlevant ainsi un professeur, sera loin d'être irréparable, et l'on trouvera facilement à remplacer ce jeune homme pour l'enseignement des langues et des lettres, dans un pays où tous les collèges sont remarquables pour la force des études strictement classiques que l'on y fait.
Nous prendrons encore la liberté de dire aux mêmes autorités si respectables: si* le professeur des sciences physiques et naturelles d'une maison paraît brûler le moindrement du feu sacré scientifique, ne croît-on pas qu'il importerait de ne le point surcharger de cours ou d'occupations diverses, et de lui laisser beaucoup de temps libre pour qu'il puisse pousser très loin ses études personnelles, et organiser le mieux possible son laboratoire, son cabinet de physique, ses collections d'histoire naturelle ? Une maison ne perdrait rien à faire quelque légers sacrifices pour rendre possibles de tels résultats. Bien au contraire : la réputation
d'un Spécialiste, la renommée d'un musée considérable, tout cela servirait fort les intérêts d'une maison d'éducation.
Nous ne pouvons nous empêcher de croire que, avec le concours des autorités de nos maisons classiques, et étant donné la modicité du traitement de leurs professeurs ecclésiastiques, il devrait être assez facile d'avoir en permanence, dans notre Province, et parmi nos professeurs des collèges, cinq ou six savants très sérieux et de très grand renom.
Nous laissons dire, sans beaucoup protester, que nos orateurs, nos théologiens, nos poètes, nos artistes, n'ont pas de supérieurs, ni même de véritables rivaux, parmi les races étrangères qui nous entourent sur cette terre d'Amérique. Nous n'aurions qu'à nous y mettre sérieusement, c'est notre conviction, pour prendre aussi le premier rang dans le domaine purement scientifique. Sans parler des avantages matériels que nous vaudrait la présence parmi nous de ces spécialistes de premier ordre, on peut dire que la gloire de l'Eglise et l'honneur de notre race en recevraient un incontestable éclat
Les considérations que nous venons de présenter, nous espérons qu'on les recevra en toute bienveillance. Elles procèdent des intentions les plus droites, et, on peut le croire, les plus désintéressées.