LA CHRYSOMELE DE LA PATATE
On vend en Angleterre, pour les collections, la Chrysomèle de la patate 4 pence la pièce, trois schellings la douzaine. A ces prix là, nombre de cultivateurs Canadiens se donneraient bien le garde de viser à la destruction de cet insecte, car sa vente rapporterait quatre fois plus que celle des tubercules mêmes.
(Continué de la page 384 du Vol. VIII).
Nous ne voulions pas laisser Philadelphie sans faire une chasse dans les environs, sinon dans l'espoir d'y faire de rares captures, du moins dans le but de reconnaître les plantes de ces endroits et de faire connaissance avec les insectes de ce voisinage.
Nous profitons donc de l'absence de notre compagnon pour parcourir sans contrainte les champs et les forêts qui avoisinent le Fairmont Park. Nous nous dirigeons d'abord sur ce terrain inoccupé qui avoisine le Main Building, en face de son entrée principale. C'est un terrain fort pauvre à la vérité, mais cependant assez fourni d'herbe. Contre notre attente, nous trouvons les insectes fort rares. Nous promenons le iilet en aveugle.sur ces herbes, et nous sommes tout étonné de n'y recueillir que quelques Colins pkitodice, une Chrysomela 10-lineata, ce qui nous fait soupçonner qu'elle ne doit pas manquer aux champs de patates du voisinage, quelques Andrènes, avec certains diptères des plus communs. Nous sommes plus heureux à la chasse aux Coléoptères sur le sol en soulevant les copeaux et les pierres. Nous prenons une dizaine de Har palus caliginosus, de très forte taille, Harpalus Pennsylvanicus, Dolopius pauper etc. Jugeant que ce coteau était trop aride pour offrir la vie à des insectes nombreux, nous descendons la colline, traversons le chemin, et abordons le canal qui se trouve en cet endroit. Des endroits humides où se montrent la Ciguë et tout auprès l'Asclépiade de Cornut nous font espérer une ample moisson; mais même déception que ci-devant, ce sont partout les mêmes insectes et de mêmes espèces que les nôtres, de petits diptères, des hémiptères avec quelques Hyménoptères. Nous faisons exception en faveur du Tetraopes canteriutor, que nous n'avons jamais rencontré
à Québec, et que nous prenons ici par centaines sur l'Asciépiade.
11 nous restait encore une visite à faire dans la cité du Centenaire et à laquelle nous tenions fort ; c'était celle de l'Académie des Sciences naturelles.
Comme nous étions en correspondance avec plusieurs de ses membres, nous tentâmes d'abord le moyen de faire la connaissance personnelle de ces messieurs. Mais après de fort longues courses dans les rues pour trouver leurs résidences, ne pouvant réussir à en trouver un seul chez lui, nous dûmes nous contenter de visiter l'établissement seul. Nous nous transportons donc dans la rue Race, à son point d'intersection avec la 19e rue, où se trouve l'édifice que nous avions déjà entrevu lors de notre visite à la cathédrale catholique. La cathédrale et l'Académie des Sciences naturelles bordent chacune un côté, la première celui du Sud et la deuxième celui de l'Ouest, d'une place publique toute garnie d'arbres.
Le 25 Janvier 1812, sept hommes, à moyens bornés, mais tous de bonne éducation et sincèrement amoureux de faire partager par leurs concitoyens le feu sacré de la science dont ils se sentaient eux mêmes embrasés, s'assemblaient, dans la soirée, dans l'arrière-boutique du droguiste John Speakman, et décrétaient la fondation de cette Académie des Sciences Naturelles si prospère aujourd'hui, et dont la construction s'élève si majestueusement sur la rue Race. Ces hommes de cœur et d'étude étaient le propriô taire de la boutique même où ils étaient assemblés, Jacob Gilliams, dentiste, J. Shinn, chimiste, Nicolas J. Parmentier, distillateur, Dr. Gerard Troost, Hollandais, et le Dr. C. M. Mann, Irlandais. Mr. Ths. Say, le père de l'entomologie Américaine, se joignait à eux quelques mois plus tard.
Le but de la Société était d'acquérir des connaiss mces exactes sur toutes les choses créées, autant que peut le permettre l'intelligence humaine, pour les communiquer au reste du monde entier.
rhiladelphie comptait alors une population de 111,120 âmes seulement
Mais si la ville de 1812 a plus de deux fois triplé sa population, puisqu'elle ne compte pas moins aujourd'hui de 812,632 âmes, le musée, dont les pharmaciens et droguistes formaient alors l'embryon avec quelques oiseaux empaillés, 2 à 3 douzaines de mollusques et autant d'échantillons, à pen près, de minéralogie, i^'a pas progressé moins rapidement de son côté ; puisqu'il ne compte pas moins aujourd'hui de 6,000 minéraux, 700 roches, 65,000 fossiles, 70.000 plantes, 1000 zoophytes, 2,000 Crustacés, 500 myriapodes et arachnides, 35,000 insectes, 40,000 mollusques 2,000 poissons, 800 reptiles, 31,000 oiseaux avec 200 nids et plus de 1500 œufs, 1000 mammifères, 900 squelettes, ne formant pas moins en tout de 400,000 spécimens. Les tablettes de sa bibliothèque sont garnies de 23,000 volumes, sans compter de nombreuses brochures, cartes, manuscrits, etc. Et tout cela dû uniquement à la générosité de ses membres et autres bienfaiteurs, car moins heureuse que bien d'autres institutions, cette Académie n'a jamais eu un sou d'allocation ni de l'état ni de la cité. Tant il est vrai qu'en fait de collections, il ne s'agit que de s'y mettre pour posséder. Nous pouvons en juger par nous-mêtne, avec des ressources extrêmement bornées, nous possédons déjà un musée qui sur plusieurs" points peut soutenir la comparaison avec les institutions les plus prospères de notre Province. L'Université Laval elle-même, si riche, si puissante, avec ses 60,000 volumes dans sa bibliothèque, manque de plusieurs ouvrages, et des plus importants, que nous possédons, et nous pensons la devancer en fait de mollusques et d'insectes. Nos jeunes amateurs ne sauraient donc commencer trop tôt à amasser, à glaner à droite et à g.uiche, et petit à petit s'amasseront ainsi des collections qui formeront des trésors pour la science plus tard.
La bâtisse actuelle de l'Académie des Sciences naturelles est une immense construction en pierre de taille, style moyen âge, à trois étages sans y comprendre le rezde-chaussée. Le musée qui en constitue la partie principale, occupe les trois étages, le milieu étant évidé pour ne former que des galeries des 2e et 3e étages. Tout y est disposé dans un ordre parfait. Sur le terre plein du premier plan-
cher sont exposés les animaux de pins forte taille, comme orignal, élan, squelettes d'éléphant et d'autres monstres des temps anciens etc. Nous avons remarqué plusieurs pièces parmi les mammifères qu'on ne voit qu'assez rarement dans les musées, telles que différentes espèces de Tatous, ces singuliers mammifères des pampas de l'Amérique du Sud, tout recouverts de plaques d'ivoire en recouvrement les unes sur les autres, si bien que lorsqu'ils sont surpris, leur seule manière de se défendre est de se rouler en boule pour ne présenter qu'un globe d'ivoire, les pattes, la queue et la tête disparaissant entièrement sons les écailles éburnées. Cet animal est à peu près de la grosseur du lapin. Nous avons aussi noté des Ornithorynques à bec corné comme dans le paradoxus, mais cylindrique au lieu d'être aplati. Imaginez un porc épie à qui l'on adapterait un-manche de pipe un peu gros pour remplacer la bouche, et vous aurez une idée de cet animal vraiment singulier. Nous en avons aussi vu quelques uns dans le Main-Building, dans le département du Japon.
La collection des mollusques de ce musée passe pour une des plus considérables du monde ; et elle est aussi remarquable par la parfaite disposition des spécimens que par la taille, la belle qualité et l'intégrité de ces spécimens. La seule inspection nous fait voir.de suite que la plupart sont les coquilles d'animaux qu'on a pris vivants, et non de ces débris plus au moins mutilés ou rongés par les flots que les vagues jettent sur les rivages dans les tempêtes.
Comme la bâtisse n'a été livrée à l'installation du musée que cette année même, les insectes n'étaient pas encore en place et ne pouvaient être vus ; nous avons fort regretté ce contre-temps.
Nous avons passé plus de deux heures à l'inspection des différentes cases exposées là, et nous aurions désiré y pouvoir consacrer un temps encore beaucoup plus long, car à chaque pas nous rencontrions de quoi nous étonner et des sujets d'étude des plus intéressants. Une foule de formes de vie nous étaient offertes là, à notre inspection, pour la première lois.
i/EXPOSITION DE PHILADELPHIE. 31
Notre compagnon étant revenu de Washi gton, nous arrêtons que nous ferions encore une visite a l'exposition le lendemain, pour combler certaines lacunes dans nos inspections précédentes, et que nous reprendrions de suite la route du Canada, par Fall River, Boston, Portland, los Montagnes Blanches etc, tel que le portaient nos billets.
Mercredi 3 Août, le temps est un peu plus chaud que la veille, mais c'est encore une chaleur bien supportable. Avant 9 heures nous sommes dans le Main Building. Nous nous arrêtons un instant pour admirer la puissance du grand orgue de Hook et Hastings de Boston, placé au dessus de l'entrée principale. C'est un des plus Torts que nous ayions encore entendus, si bien que ses sons répandus dans cette vaste enceinte, se mêlant au bourdonnement produit par le piétinement des visiteurs, rendaient la conversation presque impossible dans la première partie de l'édifice.
Nous admirons en traversant le département de la France deux magnifiques tapisseries des Gobelins, d'environ 20 pieds sur 12, du prix de $4,700, de la maison Braquenié de Paris. On sait que les G-obelinssont des tableaux dans lesquels la laine nuancée remplace la peinture.
Des Gobelins l'aiguille et la teinture
Dans vos tableaux surpassent la nature. ( Voltaire.)
De même que pour les mosaïques du département Italien, il fallait s'approcher de très près pour reconnaître que les scènes représentées n'étaient pas dues au pinceau, mais bien à l'aiguille, tant était parfait l'agencement des diverses nuances et habilement ménagés les ombres avec les clairs-obscurs pour mieux faire ressortir les personnages.
Les Gobelins, qui ont pris naissance sous François 1er, et qui doivent leur nom à Gilles Gobelin, célèbre teinturier qui le premier les mit en vogue, ont été pendant longtemps presque uniquement réservés à la décoration des appartements royaux, tant les hauts prix qu'ils commandaient les mettaient hors de la portée des bourses ordinaires. Nous ignorions qu'il s'en trouvât en Canada, cependant en traversant de nouveau l'exposition Canadienne, nous fûmes frappé par le cachet d'ancienneté d'une superbe pièce qui
dénotait encore toute l'habileté qu'avait exigée son exécution. C'e%t un fort grand tableau représentant la naissance du Sauveur, et portant la date de 1615. Il appartient aux Sœurs de l'Hotel-Dieu de Montréal. On estimait sa valeur à $5,000, et il était offert pour seulement $1500.
Pénétrons dé nouveau dans le département de l'agriculture, que nous n'avons visité encore que bien superficiellement. Les produits du Canada y tiennent une place distinguée. Les Provinces maritimes y montrent leurs précieux poissons, qu'un exporte aujourd'hui dans toutes les parties du monde : morue, hareng, maquereau, sardine etc., etc., fumés, séchés, salés, ils sont là exposés dans leurs différentes préparations. Le gouvernement des Etats- Unis y exhibe un grand nombre d'aquariums remplis de poissons Mvants et autres habitants des eaux: crabes, tortues, homaids, salamandres etc. L'une de ces dernières se faisait surtout remarquer par sa laideur hors ligne, elle était encore autrement hideuse que le Ménobranche de notre Fleuve et de nos lacs.
C'est dans ce même département que la Société Entomologique d'Ontario y tenait sa collection d'insectes. Cette collection était bien, sans contredit, la plus considérable de toute l'Exposition. Le Colorado, le Brézil, la République d'Orange etc., montraient aussi des cases fort intéressantes, mais c'était toujours des séries très incomplètes, les noms souvent y faisaient aussi défaut. La collection d'Ontario se fait surtout remarquer par ses Lépidoptères, les séries y sont largement représentées, et les spécimens dans une disposition parfaite. Quant aux autres ordres, si l'on en excepte les Coléoptères, ils étaient assez pauvrement représentés.
(*4 continuer.^)