‹ Le Naturaliste canadien (volume 4)Chapitre 23 sur 110 · L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Nous disions dans notre dernieT numéro, qu'une voix indépendante et des gouvernants et des partis politiques, portant son jugement sur l'administration des affaires pu* bliques, ne pouvait nuire, quelque opposée qu'elle pût être aux vues des chefs de l'administration. Partant de ce principe, nous nous permettrons quelques réflexions sur le Rapport du Surintendant de l'Education pour 1875-76 qui vient d'être publié.

Disons d'abord qu'il est regrettable que de tels documents soient si tardivement livrés au public. Attendre en 1877 pour faire connaître ce qu'étaient nos écoles en 1875, c'est à peu près servir la moutarde au dessert. Ceci dénote évidemment qu'il y a vice quelque part, dans le rouage administratif. Pourquoi ce Rapport du Surintendant, qui doit être présenté au commencement de chaque session, n'est-il pas livré au public un mois ou deux tout au plus après chaque session ? Les imprimeurs ne manquent pas, et le public ne tient nullement à ce que le gouvernement fasse plutôt l'affaire de l'imprimeur Paul que celle de Pierre ; mais ce qu'il veut avant tout, c'est que les documents publics lui soient livrés en temps convenable pour qu'il puisse en faire son profit

Le dernier Rapport du Surintendant a été diversement apprécié par la presse. Les uns n'y ayant vu que progrès et amélio ations : tout va à merveille ; nous ne sommes inférieurs à aucun autre peuple au point de vue de l'édu-

cation de la jeunesse etc., etc. Les autres, au contraire, n'y trouvant que la constatation du statu quo, de l'ancienne routine, ou tout au plus des progrès microscopiques : ce sont toujours les mêmes plaintes des inspecteurs, leurs rapports auraient pu être stéréotypés pour servir chaque année depuis cinq à six ans ; leurs suggestions sont sans valeur, leurs prescriptions mêmes sans autorité, le gouvernement ne voulant pas même les soutenir etc., etc. Et de là approbation, louanges aux gouvernants de la part des premiers, et récriminations, blâme, censure de la part des seconds. Quand à nous, nous pensons qu'il y a exagération des deux côtés, et que le vrai ne se trouverait qu'entre les deux.

Avant d'aller plus loin, protestons ici contre la manière dont certains journaux et certains orateurs parlementaires ont dernièrement envisagé les critiques, faites contre l'administration de l'Instruction Publique. A présent que les évêques font partie du Conseil de l'Instruction Publique, d'après ces journaux et ces orateurs, blâmer certains actes de ce département, n'était rien autre chose qu'attaquer les évêques. Aurait-on jamais pu imaginer une pareille logique? Mais tous les employés des administrations, chefs et subalternes, sont bel et bien les serviteurs du public, et se trouvent par conséquent, comme tels, soumis à la critique de leurs actes dans cette partie par ce même public. Si les évêques ont bien voulu se faire les administrateurs mêmes d'une partie de l'Instruction Publique, c'est leur affaire ; mais du moment qu'ils portent la condescendance jusqu'à ce point, ils ne peuvent et ne doivent s'offenser, si moi, unité du public à qui ils doivent rendre compte, je scrute leurs actes, et donne la louange ou le blâme suivant que je le trouverai équitable, pourvu toujours que les convenances soient sauves sous le rapport des termes employés, et que dans tous les cas, la personnalité des membres composant le corps ne soit jamais prise à partie.

Pour nous personnellement, nous dirons ici que nous sommes en principe apposé à ces conseils d'administration, qui en compliquent les rouages au détriment souvent de

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leur efficacité. Nous reconnaissons bien que ces conseils sont fort bien imaginés pour mettre la responsabilité ministérielle à l'abri et la décharger de l'initiative qu'il lui incombe de prendre pour toutes les mesures, mais ils n'en sont pas moins une source d'entraves dans une foule de cas, un moyen de paralyser le mouvement de tout le corps, et de rendre souvent inefficaces les volontés les plus actives et les mieut disposées. Le Conseil d'Agriculture peut nous en fournir une foule d'exemples. Citons en un ici pour preuve.

Tout le monde admet la nécessité d'avoir un bon journal d'Agriculture, les membres du Conseil comme tous les autres sans aucune exception ; et cependant, bien que l'argent soit à sa disposition, ce Conseil, depuis plus de cinq ans, n'a pu parvenir encore à en mettre un sur pied. Pourquoi ? Par ce que ses membres n'ont pu encore en venir à une entente sur les détails à ce sujet. Veut-on savoir comment les choses se passent dans ce Conseil ? En voici un exemple. A. propose qu'on donne telle somme à la Gazette des Campages pour se transformer en un tel journal. Mais les gens de Montréal qui veulent l'avoir chez eux, sont contre ; on prend les votes, et la motion est perdue. B. propose qu'en charge Mr. Kerouac, de St. Hyacinthe, de ce journal; mais les gens de Montréal sont encore contre, et la motion est de même perdue. Enfin C. propose qu'on charge la Minerve de ce soin. Mais les gens de Québec Munissent à ceux de St. Hyacinthe, et la motion ne peut pas plus encore obtenir une majorité. Renvoyons la question à la prochaine session, dit alors D. ; et tous les autres de crier à la fois ; très bien, très bien ! Et dire qu'il y a près de six ans qu'on répète à peu près la même comédie tous les trois mois! Voila comne sont efficaces ces Conseils d'administration publique

Quant au Conseil de l'Instruction Publique, on pourrait aussi lui reprocher certaines peccadilles, comme d'approuver des ouvrages défectueux, de ne pas tenir compte de ses propres règlements, etc. qui seraient loin de prouver son efficacité.

Nous concevrions des Conseils d'aviseurs où les chef» d'administrations pourraient avoir les renseignements propres à les guider dans les mesures qu'ils projettent, libre à eux ensuite à admettre ou rejeter les suggestions reçues; mais pour des Conseils ayant eux-mêmes l'administration active, étant eux-mêmes l'autorité dirigeante d'un département quelconque, nous n'en sommes pas; par ce que l'axiome vrai en mécanique, l'est aussi en administration d'affaires : Plus une machine est compliquée/et plus difficile elle est à diriger. C'est notre opinion qu'on en viendra tôt au tard à apprécier justement ces Conseils et à les supprimer, ou du moins à les modifier.

Une cause de plus d'une erreur de la part de nos gouvernants, ce sont lès études superficielles des rouages administratifs qu'on est allé faire en Europe et que l'on est venu implanter ici, sans bien N examiner si nous étions préparé à recevoir telle ou telle fondation, si nous avions à notre disposition les éléments nécessaires pour en assurer le succès. Les Conseils joints aux administrations des départements publics, l'inspection des écoles etc. peuvent être rangés dans cette catégorie.

Ces Conseils pourraient être très utiles, mais il faudrait restreindre leur rôle uniquement à aviser le ministre ou chef du département, ce dernier devant toujours seul porter la responsabilité des mesures prises. De même pour l'inpection des écoles ; cette inspection pourrait être très avantageuse, tandis que la manière dont elle se fait aujourd'hui, la fait considérer presque partout comme à peu près inutile ou du moins comme ne correspondant pas aux dépenses qu'elle nécessite. Il faudrait avant tout que. l'inspecteur eût la capacité et des apitudes propres pour bien remplir cette charge ; et en second lieu qu'il eût la volonté de rendre son ministère profitable, et ne se contentât pas, comme la chose se pratique en bien des endroits, de venir prendre des notes statistiques dans chaque école (quelquefois durant les vacances mêmes) sans s'inquiéter de rien de plus. Nous n'avons connu qu'un seul inspecteur (nous ne prétendons pas qu'il n'y en a pas d'autre) qui

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rendait ses* visites réellement efficaces, profitables. Amvé le soir dans une paroisse, sans y Atre annoncé, il s'abouchait de suite avede Secrétaire-Trésorier, prenait toute la soirée s'il était nécessaire pour se mettre bien au fait des livres du dit Secrétaire, et lui laissait jusqu'à des pages entières d'instructions sur la manière dont il devait procéder dans la tenue de ses livres. Ces instructions couchées danp le livre même, devant lui servir de guide dans une prochaine visite. Le lendemain, il se rendait seul ou avec les commissaires, ou accompagné du curé lorsque celui-ci le jugeait convenable, dans chaque école, toujours sans être annoncé. Et là. il examinait tout et donnait des ordres ou des avis et au maître et aux élèves, et aux commissaires aussi dans l'occasion, ordres, avis, suggestions que la plupart du temps il consignait dans le journal de l'école pour sa gouverne dans ses visites subséquentes. Cette maison est en très mauvais ordre, il lui faut des réparations.... l'ameublement, bancs, tables, tableaux etc. est insuffisant, il faut s'en pourvoir .... les élèves sont négligés du côté de la propreté, il faut exiger amendement sous ce

rapport on manque des livres nécessaires, il faut s'en

procurer il faut faire le catéchisme plus souvent, éviter

tel défaut dans l'épellation, la manière de lire, d'écrire etc., etc. On comprend que de telles instructions, laissées par écrit pour ^ue le maître puisse les avoir toujours sous les yeux, et pour permettre à l'inspecteur même de juger de suite, dans ses visites subséquentes, s'il y a changement, progrès ou non, peuvent être profitables. Mais on est forcé de confesser qu'il y a bien peu d'inspecteurs qui s'acquittent de cette manière des devoirs de leur charge. Citons pour son honneur le nom de celui que nous avons ainsi suivi à l'œuvre, c'est Mr. G-eorge Tanguay, de St. G-ervais, Inspecteur pour Kamouraska et Rimouski.

Mais venons en aux changements énumérés dans le dernier rapport, et apprécions les au point de vue du progrès.

Ces changements sont : 1° l'enseignement de l'agriculture dans les écoles ; 2° celui du dessin ; 3° un cours

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d'apiculture donné à l'Ecole Normale Jacques-Cartier (Et l'Ecole Normale Laval î)

Nous remettons à notre prochain numéro à entrer dans des détails sur ces différents sujets.

( J. continuer.')

FAUNE CAJNAJDT&NNE.

LES INSECTES— NÉVROPTÈRES.

(Continué de la page 327 du Vol. VU!).

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