ADDITIONS A LA FLORE DU CANADA
Depuis la publication de notre Flore du Canada, en 1862, les études, dans cette intéressante partie des sciences naturelles, ont fait des progrès considérables en ce pays. Si le nombre des naturalistes est encore fort restreint dans notre Province, nous pouvons du moins constater que chaque année on voit quelques nouveaux talents céder aux attraits de ces études aussi instructives qu'amusantes. Espérons que ce goût continuant à se développer, tant pour les autres branches de l'histoire naturelle que pour la Botanique, il nous sera donné de voir bientôt, si non les naturalistes fourmiller en ce pays, du moins des amateurs en assez bon nombre, capables de vérifier les listes de nos productions naturelles, qui ne sont encore pour ainsi dire que des ébauches, et de fournir des données pour les rendre de plus en plus exactes et complètes.
Ces amateurs éclairés ne contribueraient pas peu aussi à mettre davantage nos littérateurs sur leurs gardes, lorsqu'ils auraient à parler de nos productions naturelles, pftur ne pas le faire à peu près à là façon d'un aveugle discutant des couleurs, comme plusieurs de nos journalistes nous en ont donné dernièrement l'exemple, au sujet du barbeau de
la patate, qu'on n'hésitait pas même à qualifier du nom de mouche. Et qu'on ne vienne pas dire ici que c'était pour être mieux compris, puisque tout le monde sachant distinguer les barbeaux (Coléoptères) des mouches (Diptères) f on induisait ainsi directement les lecteurs en erreur, en leur donnant l'un pour l'autre.
Il faut sans doute éviter, en fait de noms, un pédantisme qui nous rendrait incompris ; mais il ne faut pas non plus porter l'horreur des noms propres jusqu'au point de créer des noms vulgaires faux— comme dans le cas de la Chrysomèle — pour se rendre encore plus sûrement incompris.
Nous avons déjà eu occasion — voir les pages 255 et 256 du vol. VII du Naturaliste — de faire des additions à notre Flore, nous venons encore aujourd'hui en ajouter quelques autres, que nous devons, partie à nos propres observations, et partie à celles de divers amateurs.
Fam. des OMBELLIFÈRES. Ombelliferœ.
Gen. Saniole. Sanicula, Tourn.
2. Saniole du Maryland. Sanicula marilandica, Lin. — Tige de 2 3 pieds, à feuilles coriaces, palmiséquées, à 5-7 segments. Pédicelles grêles; styles longs et apparents, recourbés. — Cap-Rouge, St Hyacinthe; taillis et penchants. des collines. Très rapprochée de la S. du Canada, n'en différant guère que par ses styles beaucoup plus longs et recourbés, tandis que ceux de la"première sont plus courts que les aiguillons du fruit.
Devra prendre place à la page 259 de la Flore du Canada.
Fam. des CAPRIFOLIACÉES. Caprifoliaeeœ.
Gen. S a as a a. Sambucus, Tourn.
3. Sureau yèble. Sambucus ebulus, Lin. — Tige de 3-4 pieds, entièrement herbacée, yerruqueuse. Feuilles pennatiséquées, à 7-9 serments dentelés; stipules foliacées. Fleurs blanches, en larges corymbes diohotomes, à odeur fort 'agréable; fruits noirs. — Montréal, naturalisée d'Europe.
Etant à la maison de campagne des MM. de S. Sulpice,
ADDITIONS A LA FLORE DU CANADA. 171 l h >\
au pied de la Montagne, le 14 Août dernier, nous ne fûmes pas peu surpris de voir, dans un pacage voisin, de fortes talles d'une haute plante encore toute couverte de fleurs blanches. Nous distinguions bien à distance l'apparence du Sureau, mais nous ne pouvions nous expliquer qu'on pût trouver le Sureau du Canada encore en fleurs à cette date. Mous étant approché de plus près, nous lûmes de suite frappé de l'odeur d'Héliotrope que répandaient ces fleurs, et reconnûmes sans peine que ce n'était pas là le Sureau du Canada, que la plante étant entièrement herbacée, s'en séparait de suite par cela même. Après consultation des auteurs, nous acquîmes la certitude que c'était le Sureau Tèble d'Europe, qui sans doute s'était échappé de quelques jardins du voisinage, où on le cultivait comme plante d'ornement. Nous avons remarqué plusieurs talles de la plante dans le même champ, à d'assez grandes distances les unes des autres. Des vaches qui paissaient dans ce champ, paraissaient rechercher l'ombre de cette plante sans toutefois en attaquer les feuilles, car de même que celles de nos Sureaux indigènes, leur vertu purgative les fait rejeter des animaux.
Devra prendre place à la page 286 de la Flore Canadienne.
Fam. des BORRAGINÉES. Borragineœ.
Gen. Ctnoglosse. Cynoglosmm, Tourn.
3. Cynoglosse de Virginie. Cynoglosmm Virginicum, Lin. — Tiges de 2-3 pieds, rades avec poils étalés, ne portant que quelques feuilles, celles ci oblongues-lanoéolées, embrassantes par une large base cordée. Fleurs bleu-pâle, en grappes corymboïdes, à pédicel les nus ; fruit très convexe. — Bords des bois. St. Hyacinthe,
Mr. l'abbé F. X. Burque nous dit que cette plante n'est pas rare à St. Hyacinthe. Ses fleurs sont plus petites que celles de la C. officinale, mais plus grandes que celles de la G. de Morisson.
Devra prendre place à la* page 419 de la Flore Canadienne.
Fam. des EUPHORBIACÉES. Euphorbiaceœ.
Gen. Euphorbe. Euphorbia, Lin.
7. Euphorbe maculée. Euphorbia mandata, Lin ; E.thymifolia, Pun-h. — Tige couchée, à feuilles trfa obliques à la base, linéaires-oblon* gués, serrulées au sommet, avec une grande tache pourpre-brun au centre. Fleurs en grappes latérales, avec les glandes de l'involucra petites et en forme de pétales à bords légèrement crénelés. Capsule à angles aigus ; graines ovales, cendrées. — St. Hyacinthe.
Nous avons rencontré cette Euphorbe en fleur à St. Hyacinthe le 15 Août dernier.
Devra prendre place à la page 512 de la Flore Canadienne.
PAR Ll DR. J. ▲. CREV1KR, MONTREAL.
(Continué de la page 224).
Pelil Vocabulaire ou Glossaire Minéralogique.
Décaper.— Enlever à l'aide d'un acide, ou d'un sel, la couche d'oxyde qui recouvre le fer ou tout autre métal.
Décréjdtation.—On dit qu'un minéral ou un sel décrépite, quand il fait entendre un petit pétillement sur le feu ; effet qui provient de l'eau contenue dans le minéral, et qui cherche à s'échapper. Ex. Le sel de cuisine, qu'on jette sur le feu.
Dendrites.— Imitations plus ou moins parfaites d'arbres, de buissons, de plantes qui se trouvent à la surface ou dans l'intérieur de quelques substances minérales. Ex. Agates arborisées.
Diaphanéité.— Qm permet de voir directement les objets au travers d'un corps. Ex. Quartz hyalin.
Dichroisme.— Vient du grec, de dis, deux, et de chroa, couleur. Propriété de certains minéraux, de posséder dés
couleurs différentes quand la lumière les traverse parallèlement ou perpendiculairement à Taxe. Cette faculté appartient surtout aux minéraux qui n'ont qu'un axe de double réfraction. Ex. Cordiérite et Labradorite.
Dilatabilité. — Augmentation insensible du volume d'un corps par la chaleur ; elle s'applique particulièrement aux métaux. La marche du thermomètre tient à la dilatabilité du mercure
Le tableau des ïnétaux suivants, montre ce que devient une longueur exprimée par 100,000, à 0°, lorsqu'on la chauffe à la température de l'eau bouillante :
Platine 100,087
Or 100.004
Antimoine 100.108
Fer 100.126
Bismuth 100.139
Cuivre rouge 100170
Argent 100.238
Zinc fondu ... 100.296
Mercure 100.835
La dilatation parait être en rapport avec les axes de réfraction: un cristal qui n'a qu'une réfraction simple se dilate également dans tous les sens, et ses angles ne sont pas altérés.
Disséminé.— Minéral en globules, lames, cristaux ou fragments dispersés au milieu d'une roche. Ex. Le mica dans le granite, le feldspath dans le porphyre.
Dissolution.— On dit qu'un minéral est dissoluble ou soluble dans l'eau ou les acides, quand il peut s'y fondre à la manière du sucre. Le liquide qui contient ainsi un corps étranger se nomme dissolution. Ex. Dissolution de sulfate de cuivre, de nitrate d'argent, de sel de cuisine.
Dodécaèdre — Solide limité par douze faces pentagonales, il y a aussi le dodécaèdre à faces rhomboïdales.
Druse.— Espèce de géode irrégulière de cristaux.
Ductibilité.— Propriété dont jouissent certains corps de pouvoir s'étendre par le choc du marteau, par la pression au laminaire. Ex. l'argent, le cuivre, le fer doux.
Dureté. — Résistance qu'opposent les molécules des corps à leur division. On juge de la dureté des minéraux par la résistance qu'ils opposent pour se laisser rayer par d'autres.
(J. continuer.")