‹ Le Naturaliste canadien (volume 4)Chapitre 99 sur 110 · LES INSECTES.-HYMÉNOPTÈRES · texte numérisé non relu

LES INSECTES.-HYMÉNOPTÈRES

Les Hyménoptères forment le quatrième Ordre des insectes.

Leur nom vient du grec hymén % membrane et pteron, aile ; c'est qu'en effet ces insectes ont les quatre ailes entièrement membraneuses, et la plupart du temps même hyalines. Bon nombre de Névroptères, comme les Odouates, les Chrysopes, les Panorpes, etc. ont aussi les quatre ailes membraneuses, mais il est toujours très facile de distinguer, à première vue un Névroptère d'un Hyménoptère, car tandis que dans les premiers les nervures sont toujours fort nombreuses et anastomosées en tous sens, chez les seconds ces nervures sont toujours en petit nombre et très régulières.

Quelques system astistes ont voulu voir dans I'Hyménoptère le type le plus parfait de Tinsecte, tant sous le rapport de sa conformation, de sa taille, de ses allures, que sous celui du rôle important qu'il remplit dans la série zoologique, et ont en conséquence placé cet Ordre à la tête de la Classe.

Mais la science entomologique est encore trop nouvelle, ou plutôt trop imparfaitement connue, pour que cette nouvelle théorie, avec un grand nombre d'autres qu'on voit éclore tous les jours, puisse commander un assentiment général et forcer à donner le coup de grâce à la méthode

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jusqu'à ce jour adoptée et suivie, qui fait venir les Hyménoptères après les JNévroptères et les fait suivre des Hémiptères.

Que les Hyménoptères, par leur organisation parfois si complexe, leur instinct et leurs industries, leurs formes si variées, les services qu'ils nous rendent et les produits qu'ils nous livrent, leurs métamorphoses parfaites, leurs mœurs extrêmement curieuses, constituent l'un des ordres des plus intéressants, tout le monde en convient ; mais de là à les placer à la tête de la Classe, à les constituer comme types des insectes les plus parfaits, il y aurait plus d'une considération à renverser, dont la valeur ne saurait de même être niée par Je plus grand nombre, comme le parasitisme fle nombreux genres fort riches en espèces, les formes atrophiées et dégénérées d'un grand nombre, la conformation si singulière, si extraordinaire, si contraire parfois à tout ce que nous voyons dans les autres êtres etc. Voyez, par exemple, la plupart des Ichneumonides, dont l'abdomen ne tient au thorax que par un pédicule fort délié et très long; les Vespides, à abdomen pourtant si volumineux, et qui de même ne tient au thorax que par un fil, si bien qu'on serait plutôt porté à le prendre pour un appendice que pour une partie constituante de l'animal ; les Ghalcides aux formes si insolites, tantôt avec l'abdomen retroussé de manière que la tarière, comme dans les Leucopsides, vient rejoindre le thorax en se repliant sur le dos ; tantôt avec les jambes postérieures démesurément renflées, et dont les cuisses grêles et fort allongées semblent vouloir se mettre à l'unisson avec l'abdomen qui n'est aussi constitué que par une petite boule portée par un long et menu pédicule. Dans les Thyréope&, certaines Mégachiles etc., ce sont les jambes antérieures qui sont démesurément élargies et aplaties ; les Orysses montrent des antennes leur sortant presque de la bouche ; les ffchysses trainent une tarière de 4 et 5 fois la longueur de leur corps, etc*

Mais ci ces formes si étranges, ces conformations si bizarres, si insolites, viennent reuverser les plans du systématiste qui voudrait soumettre la nature à sa règle et ranger

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les organismes dans des séries de cadres dontl* divin architecte de ce monde n'a pas tenu compte dans la création des différents êtres ; elles offrent, d'un antre côté, un intérêt non minime à l'étudiant, au scrutateur qn\ cherche, avec un esprit droit, non à imposer à la nature sa manière de voir, mais à découvrir les desseins du créateur dans la conformation des différents organismes qui s'offrent à nos regards. Tel membre, tel appendice d'un animal, de forme insolite, nous paraît du premier coup d'œil, un faux pas contre l'ordre, une dounée contraire au bon sens, est reconnu, après considération, après observation de la vie pratique de l'animal, n'être qu'un instrument de la plus grande utilité, admirablement conformé pour le but auquel il est destiné. Ainsi ces énormes mandibules dentées que nous montre la Gkiêpe, qui s'ajustent comme les mâchoires d'un piège, sont des râpes avec lesquelles elles gratte la mousso du vieux bois pour fabriquer le papier dont elle construit sa demeure. Les immenses palettes des jambes antérieures des Thyréopes et des Mégichiles, sont des pelles avec lesquelles ces insectes font passer derrière eux, les éclats de bois que détachent leurs mandibules dans le creusement des galeries qu'ils pratiquent pour y déposer leurs œufs. Ces brosses que lesmêmes Mégachiles portent sous le ventre, ces corbeilles que les Abeilles ont. aux jambes de derrière, sont les instruments avec lesquelles elles recueillent et transportent le pollen des fleurs pour la nourriture de leurs larves. Ce venin que répand la piqûre du Sphex, est un anesthésique qui, sans ôter la vie à la mouche qu'il frappe et transporte dans son trou, la paralysera du moins, lui ôtera tout mouvement, pour la conserver là jusq'au moment où la larve éclose de son œuf pourra se nourrir do cetre mouche. Cette tarière démesurément longue que porte la Rhysse, est pour lui permettre d'atteindre jusqu'à 2 et 3 pouces de profondeur dans le bois mort, pour y rencontrer la larre du Longicorne, dans le corps de laquelle elle dépose son œuf, etc., etc» Et ce que lîétude et l'observation nous ont permis de connaître, doit nous forcer à conclure que ce que nous serions porté à considérer comme

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tin écart contre le bon sens ne nous paraît tel que parce que nous n'en connaissons ni le but, ni l'usage qu'on en peut faire.

Quoiqu'il en soit, les Hyménoptères jusqu'à ce jour ont été assez peu étudiés. Reaumur, Lyonnet, Hubert, etc., frappés du genre de vie des Hyménoptères sociétaires, comme les Abeilles, les Fourmis, les Bourdons, les Guêpes, etc., ont donné, depuis assez longtemps déjà, des détails fort circonstanciés et des plus intéressants sur les mœurs de ces insectes; mais ce n'était là qu'une étude de groupes, ou même de genres particuliers, et quant à ce qui est de l'Ordre en général, de sa classification, de sa nomenclature, du détail de ses genres et espèces, il laisse encore beaucoup à désirer.

{A continuer.)

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