CHAPITRE SIXIÈME
Les Infectes dans l'Industrie
Outre leur utilité dans l'ordre de la création, utilité si 4^nde que, sans eux, la vie serait bientôt impossible sur do< tre planète, les insectes sont encore d'une très grande importance dans l'industria L'homme a su les utiliser euxmêmes et leur travail pour les faire servir à son bien-être. C'est ainsi qu'en serviteurs aveugles et inconscients, mais fidèles et industrieux, ils confectionnent nos soies et nous coulent le plus pur de nos nectars, le miel.
Le Bombyx du nttrier (1), do:it la larve e^ife lo vor k î*oie
(l)~Le Bombyx da mûrier eat ua grand p^pilloa «ppantiuBt à U fktuiU« det Bomhiddrnj ordre des Lépideptères.
4 LE iATlTRALlSTE CANADIEN
bien coiinn, uîst certainement Tinsecte le plus utile à rindustrie ; cV\st lui ijui donne lieu au commerce de8s<.ies, si répanûu duDii le monde entier et depuis sî lon^rtemps. Cette chenille eet élevée en doiuesticité p«.r les Cliitiois depuis lea temps les plue reculés. Cette domesticité — sur lïir|uelle les auteum ont écrit tant de volumes — a compte teinent modifié co Bombyx et Ta profondément écarté de sa nature Sîiuvage. Il se prête aujourd'hui merveilleusement à cet élevage ; et si Von en juge par les autres Bombyx il n'en a pas dû être ainsi dans les commencements
Nous n avons pan, bien entendu, dans le pays cet insecte qui eist originaire de lest d<* l'Asie et je ne crois pasqu: la culture de ce ver à soie puisse être praticable ea Canadïi. H faudrait pour cela, ce dont je doute fort, Iiabituer cette che-r nille ks^ nourrir d'autres plantes que le mûrier, qui n'existe pas dans notre flore.
Cependant, nous possédons Jeux Bombyx du gsnre Attaijuc, *jui, je croÎN, pourraient renyphicer avaTjtJigeusetnfnt leur congénère trAsie ; c'c^t VA (tac us ce cropi a, hm. et VAttacu» poiyphemuif*. Lin. Les larves de ces Bombyx filent une soie forte, luisante et <rune qualité qui n*est certaineme^it pas inférieure à celle LjUfi file le ver à soie d*Asie. Je r étonne que les capitalistes canadienc? n aient pas essayé eettr exploitation qui, j'en âuin silr, aurait été pour eux une source abondante d* revenus,
^Je reviendrai en temps ^t Jieiz Bur ce sujet, * V Ifn autre insecte d'une importance première pour le commerce, c'est r Abeille communément apptdée mouche h miel- Outre ïe micd, dont il se fait une etmsommatîon énorme dans le monde entier, la cire qu'elle fabrique sert h une foule de choses, depuis It^ service dew autels jusqu'à celui des musées. Tandis que c\;st le Bombyx à J état de larve que Ton cuU tive, c'est l'Abeille adulte que Tod élève. Et l'Abeille ofTrecet avantage sur le ver h soie,, qu elle peut s acclimater dans tous les pays, des régions ies plus froides aux climats les plua chaud».
COURS d'entomologie populaire 5
Elle aussi fut connue dès la plus haute anbi(juit6 ; elle aussi a donné lieu à bien d^is volumes.
JJAbaiWe (apis mellif era, lÀn.) n'est p:is originaire de TArnki^ue ; elle nous a été imp :>rfcéi3 de ''.uiîien continent et je doute fort que l'on puisse 4ifBrmer avec certituile sa patrie primitive.
Nous avons un insecte indigène qui profluit un miel très succulent ; c'est le bourdon, improprement appelé taon dans quelques-unes de nos campagnes. Malheureusement la culture en est impossible par ce fait qu'il n'y a guère que les femelles qui résistent aux froids de l'hiver.
Il existe sur notre continent, dans l'Amérique méritliouale, un insecte qui remplace l'Abeille, et fabrique lui aussi un miel d'une excellente qualité ; c'est la Méiipone êcutdlaire (Melipona Scutellaria, L.) Il est tout probable qu'elle finira par disparaître devant la concurrence énorme que lui fait l'Abeille.
Puisque nous ei: sommes aux aliments, parlons de Tinsec* te comme comestible.
On ne mange plug d'insectes, de nos jours, dans les pays civilisés,quoique autrefois on en ait fait une consommation respectable, chez les Romains, qui considéraient comme nourriture de luxe la larve de certaines espèces. Ce sont sans doute Us huîtres qui ont supplanté ces larves-là dans l'estime des gourmets. On dit que les Chinois — ceux d'aujourd'hui comme d'autrefois, puisqu'ils ne soiit pas susceptibles de changements dans leurs mœurs et coutumes — sont très friands des larves de certains coléoptères et de la plupart des gros lépidoptères dont ils mangent même les chrysalides. Ils ne font en cela que ce que font la plupart des peupbwles d'Afrique et de l'Amérique âuéridionale.
H est un ntUtre mets très recherché en Afrique : les Sauterelles que Von fait sécher, griller ou que l'on appiête d'autre façon et qui constituent, disent les voyageurs, un plat excelejitjr... C'esJ^,hçureux, car l'extrême abondance de ces insectes
• LE NATDBAUSTE CANADIEN
ilani certaine» contrées de l'Afrique, fnit que, après avoir en quelque» huuren tout dévasté» tout rongé, ils peuvent suppléer auj Fainine.s etfraynatc^ d:>nt ils Ront la ciiuae.
Pour tout dire en un mot sur cette matière sur laquelle il eut inutile qne je m*étcnde longuement, je ci Dia qu'il n'est pis très éloigné le temp» où, dana no« ceiitre.n Hn- le^ftiècle, Ton noua «prvira les plats d'insectes apprêtas à différentes aaueey et cuita de diverse» façons : ou en préstente, de nos jours mômea, de ces mets i^ncculents qui ne valent guère mieuic : qu'on a'^ rappelle ks viatidei* faisandées ut les fromages niffiuéd I
I^ft Cochenille (coccw! cacti, h.) rend aus^i de grands ser- TÎccrt h Vîndusfcrie.C'eMi elle qui fmirnitlecar/niii employé par lea iR' in très et cette teinture ditn, dans le commerce teinture de cochenille. C'eat un hémiptère originaire du Mexique où on le cultive sur une trèn grande échelle. On eat parvenu, paraît-il, à l'ucclimater en Algérie. Il s'en rencontre quelquea espèces en Europe, nc^taniment en Espagne et dans le midi de la Fnmce, mais elles ne paraissent pas donner une teinture aussi belle, un carmin aussi brillant que ceux que fournit la Cochenille du Mexique. Autrefois, on usait de la teinture d^^ cochenille comme remè<le contre la coquelnehc; je ne Biiche p*w qu'on la recommande iJe nos jours k cet effet
Jjh Cantharide, dont on compte plusieurs espèces, est empluyée avantageusement en pharmacie comme vesicant. On e^t t'ai 1^ lit autrefois une consommation considérable. Les espè^rnja qîip Ton rencontre dans le commerce sont propres au midi de TEurope et de TAsie it à l'Amérique du Sud. Nous avons c;ipendant dans notre pays un insecte qui pourrait être ntilisé de la lyême manière quoique a un degj<é moindre pfut- Atrt* ; c'eit nn coléoptèi'e qui i-essemble beaucoup h la Cantharîfie véï^iciitoire d'Europe {Lifta vêsicatoria), dont il est d'ailleurs de la famille et du genre. Nos naturalistes le désignent sous le nom de Pomphopuie ou Litte brouKée, Pomphopœa œtitifi, LyttOt Giiiea, Say,
Telles sont les principales espèces d'insectes qui aident k l'industrie it au eommerce. Elles sont bien peu nombreuses.
UNE EXCURSION DANS LES ALUS ALPES f
oompareea uu nombre incroyable rie ces petite êtres, si puissants, ai int*^reBsatits et &i peu étudién ! Combien n'y en ?i-t-il pas d autres que Ton pourmit exploiter, et iiui, par leur ti'Hvail incessant, fourni mi ont de nouveaux aliuïtiiitw pour nos tublea, de nouveaux draps pour nos vêtementH, de nouveaux remède» aux n^aladies qui nous affligent ! Hélan î rinsoucian- 11^ nous accable ;on vît comme si Ton n'était pas de ce monde ; on ne s'inquiète pas de connaître co qui nous entoure, •i l'un traite de fous ceux qui s'occupent de ces choses.
Non ; puis(]ue la terre est notre domaine, parcourons- la ; étudions les êtres qu'elle porte et sachons nous convaincre une bonne fois qu'il n'y a rien de méprisable ici-bas et que rion n'est indicrne de notre attention. N'oublions pas que ce miel ^ui nous délecUi, c'e^t un chétif insecte qui le fabrique ; n'oubliez ptvs, jeunes filles, que ces soies luxueuses dont vous faites vos toilettes, celle qui les a tissées, c'est une chenille que vous.qualifiez de l'épithète : immonde. Soyons reconnaissants envers l'ins«cte chétif ; jeunes filles, remerciez l'immonde chenille !
(A suivre)
Germain Beaulieu.
ONE EXCDRSION DANS LES BAIITES-ALPKS
[Ci>ntinu6 da Tolaue précédant, page 187]
L'église, édifiée dans le style italien, est le seul monumentque j'aie remarqué dans cette ville dont l'ensemble présente au voyageur un aspect intéressant.
De la place de la Paix au bas de la Gargouille, on jouit d'une fort belle vue sur les environs ; malheureusement il me faut renoncer à les visiter, étant obligé de rentrer au plus vite en Touraine. Le talc (ou craie do Briançon) est surtout employé pour le glaçage des papîoi*s ; il constitue la prétendue
8 Lï NATURALISTE CANADIEN
poudre lie hiivon ni ployée par les bottier* et les gantîcnf. Brianc;oij ix porte t!u' ia plomlja^rirve, drs pltiuteB efc fleiiros medicinuU'^, 1' (*xintotlïiii9 Im e!ivirQnaq«L'l(]ues tauneri^s et laviigea fie laiiiHg.
La roit.u pour la Tauniine, sinon la plus courte, an li o 1 I- a jj|LiMrMpiiU% eirt de pnsyur par l'Italie et le mont Cenis, AuH»i, la leiidi^niain de mou arrivéej je prends à yix heui. (ill matin !a voiture faiî^atit le service d\i> Britiu^-on à Aalx Rur la i\ ne ilf Turin k MoJarie. La route taillci; dans le roc à une , «e hauteur passe sur la Durance et nous con<luit d'abord aux Alln-rti, puis franchit près du bourg de la Vachette un iitfin«»nt le la Clairée Durance. La route se développe eî Ma lon/j^s iact^ts t>ur les flancs du mont Genève, et atteint enfin, par une pente très graduée, le plateau du col et le village du m j it Gt^. ève, éloigné de onze kilomètres de Brîançon et situé à 18(50 mètres d'altitude. Le col est dominé au sud par une montagne arrondie des deux côtés de laquelle deux ruisseaux prennent leur source : la Durance Clairée et la Dono Ripar^o.
Le col du mont Genève a sur presque tous les autres cols '^^ s Alpes l'immense avantage d'être entièrement garanti des y ill- »îu nord et des horribles tourmentes qui rendent les mon tag s ^i dangereuses en hiver. Parfaitement exposé au midi, il jouit «lans toute son étendue de l'action bienfaisante 1, iio)Ki.\. C e^^t un plateau fertile et riant qui semble la cont* ..atic 1 des vallées qui l'avoisinent ;iln*a rien à craindre des avalanches. Du reste rien ne le prouve mieux que l'existeni du village sur le point le plus élevé du col, et combien ce passage des Alpes est relativement facile.
La route actuelle date de 1802 ; elle a été construite sous la direction du préfet Ladoucette, par les paysans de dixhuit communes briançonnaises que secondèrent les soldats de l;v garnison de Briançon. Pour perpétuer le souvenir de l'ouverture de tette route, un obélisque haut de 20 mètres fut construit à peu de distance du point de partage de la France et du Piémont, on croit que c'est par le mont Genève que pas-
UNE KXCURHION HANS l.EF HAUTES ALPKS 9
sa Annihat- Un kilomètre api'èn robélit^<]ue^ on sort de France pour entrer *.'ri Italie, et \'on coninHMicc à ^Jisei^iiJre [s^r une pente très douce dans la vallée de la Doire. La douane française est au villaçre du niont Genève. Deux kilouiètroa plus loin, on arrive au village de Clavière ou se trouve la douane italienne. Ce village est situé à Tentree d'un beau plateau abrité au nord par le Chab;rton (3138 mètres d'altitude) et au sud par le nu»nt Janus, élevé de 2514 mètres. La pente devient de plus en plus rapide et la route décrit deux grands lacet-;, en descendant sur un mur de soutenenient, coupé en deux endroits par des ponts- levis, et longeant un précipice au fond duquel la Dora descend en cascades. On atteint la cabane de Cazotte, puis la route pénètre dans une belle foret de sapin,et descendant vers le ruisseau par un long zigzag tr.icé au pied des rochers blanchâtres du Chaberton, elle franchit le ruisseau et contourne la base du inont Clary, en partie boisé. Enfia nous arrivons à Césanne, petite ville placée à dix-neuf kilomètres de Briançon.
La descente sur le versant italien offre des points de vue beaucoup plus beaux que sur le versant opposé. Nous ne faisons que traverser cette petite ville toute italienne, qui n'a rien de remarquable ; et nous suivons une jolie vallée qui nous conduit, huit kilomètres plus loin, au bourg des Oulx où nous descendons à dix heures ; quatre heures nous avaient suffi pour franchir ce passage autrefois si difficile.
La petite ville d'Oulx, dont Taltitude est de 1066 mètres, est placée au contluent de la Doire et du torrent de Bardonnèche. Le chemin de fer en sortant d'Oulx quitte la vallée de la Doire pour entrer dans celle de Bardonnèche ; il passe au village de Boulard, puis traverse le tunnel de Royère, d'une longueur de 450 mètres, et celui de Rocca Tagliata qui en compte 290, avant d'arriver à Bardonnèche, qui est à vingtsix kilomètres d'Oulx. La vallée de Bardonnèche est séparée de celle de la Morienne par une chaîne de montagne qui s'é- , tend. du mont Thabor à Touest au mont Ambinà à Test.
Le tunnel des Alpes est improprement appelé tunnel du mont Cenis ; car il en est éloigné de 27 kilomètres à l'ouest. 2.— Janvier 1897.
10 LE KATURALISTE CANADIEN
11 ne traverse paa^ non plua, cûtnine on Ta répeti, le massif du mont Thabor ; il prisse à 13 kiloniètrea à lest de ce pic, dont il mi séparé par une crête pt^rcée tlo troia cols : de Ia Saume^ d*^ la Rqu« et de Fréjua (c'ent au-desaous de ce dernier (|ue passe le ttin[iel).
La longueur du tunnel est de 12,233 mètres 60c.; sa hauteur de 6, et sa larj^eur de 8. Voté le 18 août 1857, commencé le 31 août de la même année par le Piémont seul auquel la France s'associa le 7 mai 1862, le tunnel des Alpes a été terminé en treize années. Commencé des deux c5tés, la rencontre des deux galeries se fit le 26 décembre 1870, en plein schiste calcaire, à 5153 mètres 50c. de Modane et à 7080 mètres de Bardonnèche. L'inauguration eut lieu le 17 septembre 1871 avec le concours des autorités française et italienne.
Lorîiice septentrional du tunnel est situé à 1158 mètre<:> d'altitude. Le souterrain remonte sur une longueur de 6273 mètres, une pente de 22 millimètres par mètre ; puis il descend jusqu'à Torifice sud, à 1291 mètres 50c. au-dessus du ni- •tau de la mer. La différence de niveau entre les deux ouvertures est de 132 mètres. La crête de la montagne, entre le col de Fréjus et le col du Grand-Vallon, s'élève au-dessus du point culminant du tunnel à une hauteur verticale de 1600 mètres. Un aqueduc, haut do 1 mètre sur 1 mètre 20 centim. de largeur, ménagé sous la voie, sert à l'écoulement des eaux et, en cas d'éboulement, de chemin de sauvetage. Il règne dans le souterrain un courant d'air presque continuel, et la température la plus forte n'y dépasse pas 24 degrés. La traversée se fait en 25 minutes d'Italie en France,et en 45 minutes de France en Italie.
C'est à un habitant de ces montagnes, M. Médail, de Bardonnèche qu'est due la première idée de cette gigantesque entreprise. Frappa du peu de largeur de la chaîne dans cette partie des Aîpes, il proposa, en 1832, au roi Charles-Albert de percer un tunn:l entre son village et Modane. En 1845, le gouvernement sarde confia l'étude de cette idée à M. Maus, habile ingénieur belge, et au savant géologue A. Sia-