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JOS.JtJJD. SAVAltD
Agent pour Chicoutimi et Lac Saint-Jean CHICOUTIMI
LE
VOIj, XXIV (^0^- t^ ^^ ^^ DKUXLK^aE SEHIE)
No 7
Ohicoutimii Juillet 1897
Dîreoteur-Propriétaire : l'abbé V.-A. HUARD
Le Nord de la vallée du lac St-Jean
(Continaé de la page 67)
De la rivière du Baspin en remontant jusqu'aux Terres- Rompues, les traces du cataclysme ne sont pas aussi frappan-^ tes que dans la partie déjà décrite ; cependant en étudiant bien les détails on ne peut sortir de là.
Voyez le chemin de fer qui côtoie ces lèvres d'argile amincies par les torrents s'engl ou tissant dans la fissure : les travaux de nivellement exécutés là y ont mis à nu des fouillis profonds de cailloux roulés que cette sfîême rivière du Bassin, qui n'avait pas encore ses chutes, avait entraînés avec elle dans sa course furibonde vers Chicoutimi, encore à demi submergé, tout en laissant échoués sur son chemin, aux trois quarts de sa course, des blocs de rocher détachés du Portage-des- Roches et que l'on pourrait y rajuster à leur place même s'il était possible de les remonter jusque-là. Le voyageur qui chemine sur le côté nord de la rivière du Bassin, pour se rendre à Laterrière, a dû les voir, ces blocs tous frais taillés, assis fièrement sur le bord du chemin : mais personne ne se demande d'où ils viennent, comment ils sont arrivés là et par quelle aventure, s'il vous plaît.
13— Juillet 1897.
Terrp^ 'Rompues* on Interrompu : deux expression» qui ont bien leur raison li'être et qai, shiih avoir Lt sîj^nvfic/itSon proprti ijiie vrmluit leur donner celui t^ui W oreinîer s'en *awt eervi, expriment tout de inêhie l'iictiiïn originelle qui «'iiccotoplisHa.it alors. effa<;ant ^lus témoin cette partie de la fissure 4ui s'ouvrait en ligne «Iroîte junqu'au nord ['ici jusqu'au lac Sotiigaïî»!!, une distanc»: de treï^te unlleh environ, reyirodui* sant exactement Taction géologique qui a opérait an même raoraeut nnr la grande Hssiuv ont ru !a Baie des Hii ■ Ha ! et le lac Kéiiogauii.
Dana ce large espace, l'abîme qui s'ouvrait eu travers le basj^în silurien dans le pias épaiëde se.s dépôts aéculairea, y a laissé, ici et là, des traous intermittentes incontestalil*?a de son existence épliémtire ; des indiee^n intuitifs défiant toute autre interprétation que celle qui .«'impose après mûr examen.
Rien sur toute cette vasto plaine détrempée, légèrement inclinée au sud, qui forme aujourd'hui le canton Simard.n'eïit venu ancter la violt*nce des eanx é|>crdue^ destendant des hauteurs de Shi pshaw et de la rivièi'e Blanche ; ces deux tinrdfi rimiplis à pleîuH l:>onls dégorg' 'aient do^t montagnf^g coniniL* des cataractes rliluvieim v, nivijiant jmrtuut sur k-ura passiigtd les couches épiiissus d*^ sédiments, enlevées, arra* chétîN avec violence rie leurs p^iroîs évasées, de leura gorgt^s proft>nd*?s ot de^ ravins suus-uiarins so succédant tiiut le long de ces deux vastes entonnoir!^.
Cependant, il n.!ste encore sur ce parcour.'i des empieîntes de la tissure qni indiqueiit quînid nii}ineaa vrnîe direction. Le petit et le gratul lac à l'Ours et plusieurs troiL-< d'eaux moins importants se succèdent tie distance en distance, et tiennent place de ces eavittv onhiiées pendant cette intéressante évolution, hy|>fiLhé tique ou jioii, el dont les tra':es ineffaçables ne se perdent pas de vue, pour qui veut voir.
Les eaux de Ja rivière 8hi pshaw sortant des njontagnes et entraînées vers le sud sur la pente de cette plaine unie,traversèrent la fissure dans l'angle N.-O. du canton Simard ; aussi y voit-on les berges élevées et le lit même de cette ri-
LE KORD DE LA VALLÉE DU LAC yT-JEAK 99
vière, à cet eatlroît, formés de subie et de ^nivwr^ fraîcheineut remués piir le catticlysinu. où lu rivière ^hnj-ihiiw tsV-st frttyé un pa^ange avec l>caucoup moiïiB de rés>Utuncuquû dan** lea argiles, lew glaiyes bleiiey qu'elle veiuùt ib Uiver péiiibleîiierit en amont et qu'elle creuï^a eiimute en av^l san.s souci des rocher» perdus, cachas dans ces masses dalluviona et ([uil fallut bien recontiaître et hubir itidétininient une fois le î^illon tracé. Cewt ainsi que d'un rocher à l'autre elle ne ïnh qu'uri bond juyquala Grande-Déehïtrj^e, qui, elle auaaij n'est pas moin;^ agitée à cet endroit.
Le lac Sotagama
Ce reiser voir.profuïid de douxe miUcÈ^ de long sur un tiers de mille de large en moyenne, que Ton nomme Sota^Tama, est borné au nord par l'une des plui^ hautes aïontaf^nes de la province de Québec, formarït un rempart infranchissable d'une extrémité à Tautre de cette belle nappe d'eau. La fissure s'étant ouverte à la ba-ife mênit* de la montagne et celleci la protégeant contre les courants déchaînés qui débordaient en vagues iinmensew vers le sud à chacutie de ses extrémités, elle re^îta béante, intacte telle qu'elle existe encore aujourd'hui.
Sans le cat.iclysme, Texisteuce de ce lac ne peut s'expliquer. Le fond du grand lassîn silurien submergé pendant des millions d'années aurait bien eu le temps de se niveler partout également sans oublier de fosses nulle part, s irt^:>ut dana un endroit comme celui-ci,où Ton voit *ltL^"écoreb"u^ près de cent pieds de terre rapportée qui s'éboule constamment dans le lac, sans le remplir.
Les berges sud du lac ont la forme d'une immense lèvre retroussée qui indique bien qu'un soulèvement quelconque s'est opéré là; autrement on n y verrait paw, du sommet de ces hautes falaises, cette pente inclinée vers le sud qui nous permet d'apercevoir le lac Saint- Jean h nos pieds, bien que sur ces hauteurs nous soyons à vingt milles de son plus proche rivage,
iHÙ LE NATaRÂLlSTE CiNADlEN
Reta^dé^^s par la disjonction, TenpableTnent dû lii fissure à rextrémité aud-est du lîic Sota^ma, lea eaux torrentielles 80 trou vert! ni réellemetit éclu.Hées dans cette direction ; mais ce n'était rien pour elles de couvrir un passage à l'autre extrémité du Ittc en se précipitant vers le sud, où aucun obstacle sérieux ne venait retarder leur course furibonde vers le lac Saint- Jean, dont les nouvcîles limitefl se dessinaient déjà à l'horizon ; quand bien même, rien n'aurait pu résister à cette avalanche inattendue arrivant par la fissure, et dont la poussée imprimée depuis plus de cent milles exervait eiicoie toute sa puisiïîance eu dél.wuchant dans la plaine.
L'extrémité nord-ouest du lac Sotagama, faisant un angle presque droit avec la rivière PériboDca, avec la fissure, et le rivage escarpé dans l'angle même étant infranchissable, te torrent pas^a au bout yaus Oéchir, laissant les eaux du lac immobiles à Técart comme pétrifiées: ce qui explique la formaticn des langues de terre qui le sépare de la rivière.
De fait, len sable.s et al lu rions descendant la rivière, entraînés par les grande courants re8y<;rrés entre les deux paroie de l'abîme, du moment tiu'ils dépa«sèj"ent l'angîe de courbe dont nous venons de parier, la pression sur eux s'annula tout à coup ; et puis ue sentant plus île réii^tance,ili se précipitèrent eu partit^ dans le Isu*, dans ce» eaux sans mouvements qui les arrêtèrent wans «fîort et où ÏIm se déposèrent naturellement comme i^ur une grève solide, formant ces dunes recouveites aujourd'hui d'un épais gazon de foin bleu è(L furtemeut ombrago par ks arbustes de saules, d'auliies et de maikwabina, qu'il est impossible d'aperaevoir le lac en descendant Péri bonca à cetendroitjhonnis par tapasse étroite qui le relie plus au sud à la rivière et qu'il s'est lui-même ouvert dans ces dunes si ingénieusement forméds entre les deux. Ça n'empêcha pas que le coup d œil jeté en pa^isant y perçoit une ébauche de la belle nature sauvage difficile à surpa^ier ; nous remimirant les belles perspectives du !ac BatisG?\n pitt presque men t encadré dans les plus haut^ isommetï des Laur^ntides, iniran t ses monts superbes couronnés de verdure dans les eaux transpa-
Là BOTANIQUE DU CAICADA 101
rentes et limpiilea où ils plongt'nt leurs pietls nans les rider, et y relié tent avec harmonie le^s ombres et les rmanco.H de cette mer veilleuse draperie reuverj^ée à Heur d'«au et que rien dans ce payw ne pont surpasi^er un mai^niticence ut en poésie.
(A suivre)
P.-H. DUMAIS