‹ Le Naturaliste canadien (volume 5)Chapitre 51 sur 122 · LE NORD DE LA VALLÉE DU LAC ST-JEAN · texte numérisé non relu

LE NORD DE LA VALLÉE DU LAC ST-JEAN

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** B^"ijour, Bonjour, camarade 1*' kiî dis-jc, pour le rassurer.— " Koiid/i f Kûueih / *' s'emprcssa-t-il de rL'pondrcen nous tendant la maîn. — " Voyous, mon brave, cs-tu capable de nous dire si nous sommes ici sur la rivière Manouan, ou non?'*

Le sourire d*opanoiiissement qui souleva tout à coup SCS pommettes d^^jà saïllantcs et mit à découvert ses blanches dents coupant en deux sa figure bronzée^ nous en disait plus long que son " Mawats " (non) tout court.

Précédé de ce guide improvisé, nous laissâmes la rivière des Taillis — tel était son nom, — et sans la moindre teinte de respect humiin, nous retournâmes sur nos pas camper au pied des rapides de la vraie Manouan, dont la course suspecte vers le sud nous avait désorienté.

Ce sauvage appartenait à la tribu montagnaise de la mission de Betsiamits. Son terrain de chasse s'étendait dans cette coupe profonde, allant vers le nord et au bout de laquelle se termine la fissure que nous venons de parcourir depuis le cap à l'Est. Il comprenait aussi tous les cours d'eau qui tombent en chute d'un coté et de l'autre de cette **blessure effroyable", jusqu'au Grand lac Manouan, où ses vestiges cicatriciels se confondent, dans le voisinage, avec les ondulations naturelles que ces hauts plateaux représentent à l'est et au nord de cette vaste nappe d'eau.

— "Un beau pays de poche et de chasse ! Mais, tiens! pas gros comme ça de co-coucli-mii-asir (de lard),nous disait-il en pointant un cornichon qu'il s'apprêtait à se mettre sous la dent.

Après s'être réconforté avec d'appétissantes victuailles françaises^ suivant son expression, il nous fit une si pittoresque description de tout ce pays et de son étrange formation, — qu'il avait bien observée, mais qu'il ne pouvait comprendre,— que nous ne mîmes pas un instant en doute sa véracité;

au contraire.C'étaitbien dans ce genre-là que nous nous Tétions imaginé : "Un grand chemin droit, bordé de montagnes qui diminuent de hauteur petit à petit, au fond duquel serpente un cours d'eau, sans chute, avec un lac de temps en temps, ensuite, pas d'eau du tout, et qui finit à rien, à cinq jours de marche au nord d'ici."

Le lendemain matin, après s* être confié de "co-couch-ouîash" à discrétion, il se faufila sans bruit hors de la tente et disparut comme il était venu.

Nous n'irons pas plus loin, aujourd'hui, dans cette direction, laissant de vastes espaces à parcourir qui nous entraîneraient trop loin du sujet que nous venons de traiter, résumant la théorie du cataclysme : sujet qui doit être suflRsamment épuisé au gré de vos bienveillants lecteurs.

Cependant, avant de nous croiser les bras, nous allons vous indiquer une dernière fois, vous montrer du doigt une preuve, tangible celle-là, frappante de vérité, indéniable, inattaquable et ineffaçable, qui repousse toutes objections, qui anéantit tout compromis, et qui confond sans retour l'obstination bienveillante et charitable qu'on a daigné parfois étaler discrètement sur notre chemin, pour nous arrêter tout: court, comme si nous courions un danger.

Pour un bon nombre, les preuves données remplissent la mesure, le problème est résolu, le doute n'est plus permis^ la chose est arrivée ; bien ! Pour d'autres, qui n'ont pas vu et qui ne verront pas non plus, la différence qui existe entre le cours des rivières Mistassini et Métabetchouan, Mistassibi et Ouiatchouan, etc., etc., et puis celui du Saguenay, de Péribonca et de Manouan, n'a rien d'étonnant ni d'extravagant.

Si ces derniers sont escarpés, profonds et réguliers dans

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