ONE STATION BIOLOGIQUE
Il s'agît de la Station biologique que le gouvernement d* Ottawa a décide d'utablir au golfe Saint -Laurent. On se rappelle peut-être qu'un crédit important a été voté par le parlement en faveur de cette œuvr£.
Nos gouvernements se sont montrés jusque ci d*un zèle sî léger pour aider au progrès des sciences naturelles dans notre pays, que notre surprise égale notre satisfaction chaque fois que nous les voyons faire quelque chose dans cette direction. C'est ainsi que, Fan dernier, nous apprenions avec grande joie que [e gouvernement Flynn avait donné un secours très considérable à feu M. A.-N* Montpetit, peur Taider à publier son ouvrage Lts l'aissi^^fs d\au douce du Camida^ — quelque opinion que Ton entretienne d'ailleurs sur la valeur de ce livre. Aujourd'hui, nous félicitons chaleureuse* ment le ministère Laurier d'avoir pris rinitîativc d'une œuvre qui aura sans doute les plus beaux résultats, au point de vue de l'histoire naturelle du Canada.
Nous regrettons de ne pouvoir encore donner aucun
9— JuiUet 189S.
€j^ LE NATURALISTE CANADIEN
renseignement sur la Station biologique que Ton va bientôt organiser sur un point du golfe Saint- Laurent. L'objet de cette fondation, croyons-nous, sera Tétudc, à tous points de vue, du rcgric animal marin sur les côtes canadiennes de r Atlantique.
En tout cas, V université Laval, de Québec, ayant fait i\u directeur du Xaturaiîsie cauadivn Thonneur dcïc déléguer cf jmme son représentant dans le bureau de dirccEion de la Station biologîtiuc, nous croyons pouvoir promettre à nos lec* teurs que nous les tiendrons parfaitement au courant de i'tuuvrc scientifique qui se prépare.
La vengçançe dti molltisqiie
L^ huître n'est certainement pas regardée comme le s>"mbolc de F intelligence. Ce pauvre mollusque sert bien plutôt de commode euphémisme pour désigner une personne qui manque beaucoup de finesse, C*est, en un mot, r...oie du monde des mollusque^. Des lors, qu'y a-t-il à redouter d*i;n atiimal dont l'ingéniosité laisse vraiment à désirer ? D'autant que T huître ne court guère les chemins, pour s*em* busquer au coin de la forêt et dévaliser les gens.
Au contraire, rhuîtrc vivrait et mourrait volontiers sur les fonds marins où elle est née. On l'en retire cependant, pour lui faire parcourir de lon&s espaces, au bout desquels une cruelle immolation Tattend sur la table des gourmets, Maîsj la encore, la pauvre bctc fait bien tout son possible pour rester chez elle ; si bien que, dans ces sortes de repas que Von décore — sans aucune espèce de malice— du nom de '' fête aiLX huîtres/' l'habile ouvreur d'huit res acquiert une gloire qui, pour le m omen t^ vaut celle d'un preneur de vil* 1er.
Donc, il n'y a pas à se mettre sur le pied de guerre pour défendre sa patrie contre les incursions des huîtres. Et
LA VENGEANCE DU MOLLUSQUE gg
'Cet animal est beaucoup trop stupide pour essayer de nuire de façon quelconque au Roi de la création.
Eh bien, ** nous avons changé tout cela !" Qu'heureux furent nos ancêtres, qui passèrent leur vie sans éprouver d'angoisses à la vue d*un plat d*hultres 1 ïl est vrai que, sans le savoir, quelques-uns furent peut-être les victimes de ce terrible ennemi qu'est devenue Thuître à notre époque.
Car — à qui se fier, maintenant ?^1 est aujourd'hui scientifiquement démontré que Thuîtrc est un agent trop efficace de transmission des maladies microbiennes, choléra, fièvre typhoïde, etc.
Comme on le sait, ces maladies sont dues à Tenvahissement de Vorganisme animal par des germes particuliers, microbes, bacilles, bactéries, qui se multiplient avec une extrême rapidité et souvent amènent la mort de l'animal ainsi affecté. Il peut arriver que, entre autres, T organisme humain réagisse victorieusement contre T invasion du microscopique ennemi, Texpulse ou le détruise sur place ; mais c'est là une heureuse éventualité qu il ne faut pas trop escompter d'avance. Le plus sûr est de ne pas s'exposer au risque d'être attaqué-
Notre confrère de V American Montldy Microsciïpica! Jimmal^ de Washington, citait, en sa livraison du mois de mai dernier, un bon nombre de cas, arrivés depuis moins de vingt ans et dûment contrôlés, où des individus furent pris du choléra ou de la typhoïde après avoir mangé des huîtres. Par exemple, "en 1894, vingt-six étudiants, à Middletown, Conn., qui avaient mangé des huîtres crues de Fair Haven, une semaine auparavant, eurent les fièvres typhoïdes, et plusieurs en moururent. L'anse de Fair Haven recevait l'eau d'un égoût en communication avec une résidence où il y avait alors des cas de cette maladie." Ailleurs, à Dunkerque, on constate une occurrence extraordinaire de cas de diarrhée et de colique, dont l'origine est retracée jusqu'à la consommation de rhuître de Normandie.
Il est scientifiquement certain, d'une part, que les ger-
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mes du choléra et de la fièvre typhoïde conservent, dans- Teau de la mer^ leur virulence durant deux mois, et que,. d'autre part, les mollusques sont sujets à subir Tinfection de CCS germes. Si maintenant l'on absorbe des mollusques - (crus ou cuîtSjlc danger est le même) infectés de ces germes^ morbides, il est évident que Ton introduit T ennemi dans son propre organisme. Notre confrère de Washington, déjà cité, démontre tous ces faits de façon sérieuse.
Les faits qu'il rapporte sont arrivés aux États-Unis, en Angleterre, en Ecosse, en France.
Avons-nous lieu de craindre que les huîtres du Canada soient de la sorte sujettes à caution ?
A coup sûr, si îes huîtres consommées dans notre pays provenaient de bancs d'huîtres qui existeraient le long des quais de Québec ou de Montréal, nous dirions : ** L'huître, voilà l'ennemie !'' En effet, le voisiiiage de T arrivée des tuyaux d*égoûts des jrrandcs villes ne paraît pas, d'après ce que" nous avons dit plus haut, l'endroit idéal pour recueillir des mollusques comestibles.
Maïs les huîtrières qui approvisionnent le marché cana* dïcn, situées sur les côtes des provinces maritimes de TEst,. nous paraissent (quoique non de connaissance personnelle) bien à l'abri de toutes les causes de contamination. Et l'ex-^ périence, qui a bien son mot à dire en de telles affaires, corrobore absolument cette opinion. En effet, il arrive bien ^ue, après une *' fétc aux huîtres/* Tan se plaint de leur effet laxatif, tandis que Tautrc les trouve d'une digestion quelque peu pénible ; il arrive même à quelque convtve d'avoir après le festin la tête un peu lourde, surtout dans le cas où, sous prétexte que rien n'est plus naturel aux mollusques que Télément liquide, il s'est montré trop généreux à les arroser des perfides liqueurs qui scintillaient dans son verre... Mais ces phénomènes ne relèvent guère de la microbiologie. Et jamais encore, que nous sachions, personne n'a souffert ici du choléra ou des fièvres typhoïdes pour avoir mangé des huîtres.
EXCURSION EN EGYPTE lOI
Vivent donc les huîtres du Canada I Et s'il ne manquait *que ce point de Tinnocuîté de nos huttres pour démontrer que le Canada est presque un paradis terrestre, nous pouvons, en cette matière aussi; être fiers d^étre Canadiens !
Seulement, quand on voyagera aux Etats-Unis, en Angleterre, en Ecosse ou ailleurs, on fera bien, avant d'accep- 'ter des huîtres, d*exiger un certificat de quelque bactériologiste qui témoignera qu'elles se sont abstenues de toutes reflations avec les bacilles suspects.
Ezcursiou en Eg-ypte
(Continué de la page 90)
Atexandrie— Le Caire
Alexandrie est une ville de trois cent mille âmes, elle ten compta plus d'un million sous les Ptolémée. C'est une des plus belles et des plus commerçantes villes du monde. Elle est Tentrepôt de l'Egypte avec l'Europe, le port de relâche de l'Europe et de l'Asie. Sa situation admirable, à portée du canal de Suez, à quelques heures de la grande vil- !le du Caire, la rend comme inévitable aux vaisseaux de toutes les parties du monde.
De neuf heures à midi, montés sur des ânes, nous la parcourons bien à la hâte. Ses rues sont larges, bien alignées, et bordées de belles constructions. La grande place, où s'élève la statue équestre de Méhémet-Ali, est entourée de palais magnifiques ; la circulation des gens et des voitures est très animée. Le port est l'un des plus beaux du monde^ malgré son chenal hérissé de brisants, malgré ses passes dangereuses ; la jetée s'avance audacieusement très loin dans la mer. C'est à l'extrémité de cette digue, et sur remplace^
ment du fort moderne, que s'élevait la fameuse tour qui pas^ sait pour Tune des sept merveilles du monde^ et qui devait son nom de phare à sa position dans Ttle de Pharos. Admirablement construite en belles pierres blanches, elle se composait de nombreux étages et éclairait au loin les navigateurs. Elle avait eu pour architecte Sostrate de Cnidc. Encore debout au XlVe siècle de notre ère, elle était renversée au XVc, et remplacée alors par un autre phare de dimension moindre, qui lui-même de nos jours Ta été par celui que Méhémet-Ali fit bâtir à l'entrée du port Vieux, le seul qui soit fréquenté depuis Tabandon du port Neuf. A côté du nouveau phare s'élèvent les constriTctions blanches de la ré* sidence d'été du Khédive, du palais de Raz-el-Tin.
Malgré leurs vastes et magnifiques magasins, les rues commerçantes des quartiers européens nous lassent vite. Nous visitons avec plus d'intérêt les quartiers de la cité arabe. Nous passons près de la colonne» de Pompée, le seul monument antique qui reste encore de Tancienne ville. Cette colonne composée de quatre énormes morceaux de granit, piédestal, base, fût et chapiteau, mesure une hauteur de vingt-huit mètres soixante-quinze centimètres. Elle s'élève sur un tertre factice assez considérable, parsemé de débris * divers, et entre autres de fragments de sphinx et de statues, ce qui peut faire penser qu'elle appartenait à un vaste édifice qui selon quelques-uns était le Sérapcum. Dominant au loin tous les environs, elle sert en mer de reconnaissance aux navires qui passent, et se détache admirablement sur l'azur d'un ciel sans tache. Une inscription grecque, qu'on pouvait lire il y a quelques années encore sur la face occidentale de la base, et qui est presque entièrement effacée, nous apprenait qu'un certain Pompée, éparquc ou préfet d'Egypte, avait érigé cette colonne en l'honneur du très glorieux Diocléticn empereur. La statue de ce prince devait couronner le sommet du monument.
Nous visitons le jardin du Khédive, puis les rives du
canal Mahmoudïcch. Sur ses bords s'clcvent de belles villas^ et de mag^nîfiques jardins sont plantés de palmiers, de bananiers, d*orangers et de plantes rares. C'est maintenant Tune des promenades favorites des habitants d'Alexandrie.
Mon ami, comme médecin, désirant visiter les hôpitaux , nous nous rendîmes après déjeuner à Thôpital Européen. Cet établissement est dit européen, parce qu'il est soutenu à la fois par la France, l'Italie et 1* Autriche. Mais comme la majorité des Sœurs est française^ comme aussi depuis sa fondation la supérieure a toujours été une Française, on Tappelle souvent l'hôpital français, pour le distinguer de Thôpital grec et de rhôpîtal prussien.
Nous le visitons dans ses moindres détails, en compagnie de la bonne sœur Peyramond qui, depuis trente et des années qu'elle est supérieure, y multiplie les preuves de sa haute compétence et de son inépuisable dévouement.
Elle nous donne en outre quelques renseignements sur les maladies les plus répandues parmi les indigènes : la peste, jadis si terrible, a cessé de sévir sur les populations égyptiennes ; le choléra n'exerce périodiquement ses ravages que dans une faible partie de la contrée ; mais Tanémie, causée par Tinsuffisance de nourriture, sévit partout en Egypte en frappant de préférence sur les enfants. Il n'est pas de pays au monde oh les aveugles et les borgnes soient plus nombreux. En débarquant sur les quais d'Alexandrie, l'étranger remarque aussitôt les effets de l'ophtalmie contagieuse dans la foule qui se presse autour de lui ; et ses observations subséquentes, appuyées par la statistique (la proportion des personnes atteintes d'oplitalmic dans la population égyptienne étant de dix-sept pour cent, d'après Amici) confirment cette première impression. La pauvreté du sang, la rcver bération de la lumière sur les murs blancs et sur les eaux du fleuve, les alternatives brusques de température, et surtout la poussière saline et nitreuse qui se forme par la décomposition du limon nilotique et que le vent soulève en tourbillons.
sont les causes auxquelles on doït attribuer ces dangereuses ophtalmies. Néanmoins les Bédouins du désert ont presque tous une vue excellente. Les mouches, la plaie de T Egypte, contribuent certainement à entretenir et envenimer les ophtalmies. C'est pitié de voir les petits enfants autour desquels les mouches tournoient en essaims; ils n'ont même plus la force de chasser les insectes qui se posent sur leurs yeux malades ; et tristes, sans mouvements, ils attendent que le sommeil vienne interrompre leurs souffrances. La lèpre, moins commune en Egypte qu'en Syrie, n'a malheureusement pas disparu. L'espèce de fièvre gastrique connue en Orient sous le nom de Dengue est assez commune. L'éléphantiâsis des Arabes atteint fréquemment les indigènes, surtout dans le Delta. Une autre maladie de peau, le Bouton du Nil, analogue à la Datte de Bagdad et au Bouton d'Alep et de Biskra, est endémique en Egypte, et la plupart des habitants et des étrangers ont à souffrir de cet ulcère, une fois pendant leur vie ou leur séjour, le plus souvent sous une forme bénigne. (E. Reclus).
f i^A suivre.)
E. GasnaulT.
GÉOLOGIE DU SAOTTENAT
Monsieur le Directeur,
Nous avons entendu de la bouche d'un savant^ d'uri vrai géologue, que le charbon de terre ne pouvait exister dans le bassin du lac Saint- Jean ; que la formation de ce pays se refusait à laisser entretenir le moindre doute sur son exclusion ; qu'il serait absurde de se faire une opinion contraire, quand tout démontre rimpossibiUté d'arriver à prouver rexistence de la houille dans les conditions qui se réalisent ici ; que la science était là, au guet, pour protester solennclUmcnt contre les imprudents qui se hasarderaient à eni-