‹ Le Naturaliste canadien (volume 5)Chapitre 64 sur 122 · GÉOLOGIE DU SAGUENAV IO · texte numérisé non relu

GÉOLOGIE DU SAGUENAV IO

pîëter ainsi, aveuglément, sur ses prérogatives ; et que ses dogmes, écrits en caractères éternelsjétant immuables et hors de la portée des nonnnitiés, quels qu'ils soient, il fallait se tenir à Técart et ne dire mot.

Nous eûmes Timprudencc d'oser exprimer un semblant d'opposition, assez pour faire supposer à notre eminent interlocuteur que nous n'étions point tout à fait convaincu.

C'est alors que nous vîmes s'épanouir, à notre adresse, un inoubliable sourire qui nous en disait plus que des paro* les, et qui, cette fois-là, nous fit entrevoir la mesure juste de l'espèce d'abîme qui nous séparait.

Bien entendu, nous restâmes confondu.

Nonobstant, reprenant notre aplomb un peu fort ébranlé, nous lui exposâmes, sans ambiguité, les quelques notions que nous croyions posséder sur cet important sujet.

Bien pauvre bagage, malheureusement, pour plaider en faveur d'une théorie impossible, contre un maître de la science qui ne transige pas, soyez en sûr...

P.-H. DUMAIS

Nous sommes sérieusement intimidé à la pensée d'entieprendre l'étude géologique du bassin saguenayen. Quand on pense aux savants géologues qui l'ont traversé sans daigner y mordre franchement ; se contentant d'en effleurer, tout au plus à la course, les quelques points saillants qui leur barraient le chemin !

Comptant sur la grande somme d'indulgence dont ont fait preuve jusqu'ici les bienveillants lecteurs du 'NATURA- LISTE, nous entrons en matière à tout risque.

Disons donc que la géologie du Saguenay, pour une personne non-initiée, apparaît, tout de même, sous un jour lumineux et sans ombre ; étalant ostensiblement et sans apparat ses grandes lignes si bien accentuées, qu'elles sont re-

connaïssabîes au premier abord. C'est pour cela qu'elles'explique clairement d'elle-même, ne demande pas d'études profondes, ni d'efforts de génie pourea décrire les premières notions j qui sont bien, disons-le, Ta b c de cette science.

Sans entrer dans les détails^ en supputant la durée des choses, ou en analysant les éléments qui donnèrent corps et vie à notre planète, nous pouvons dire, sans hésiter, que la terre a eu un commencement : In pHncipio^ nous dit la Genèse.

Quand ? Dieu seul le sait.

Ce que nous savons, nous, c*est que la terre^ le globe que nous habitons, est sortie d'un astre,d'un soleil refroidî,quï a dû jouer lui aussi, il y a des miîlîards de siècles, un rôle aussi important que celui de Tastre radieux qui, dans le mo* ment, féconde si bien la terre en . tempérant plus ou moins l'atmosphère qui Tcntoure, et qui maintient aussi, dans les limites circonscrites et immuables, tout notre système planétaire : un atome dans l'espace infini.

En se refroidissant, la matière a pris corps. Cette matière— résidu d'une combustion incandescente et active poussée à la dernière limite pendant des temps indéfinis — ne donnant plus d'aliment à Télément, au feu, qui Tavait formée, elle prît consistance et, se trouvant cuite à point, elle se figea insensiblement, et puis forma cette croûte mince qui entoure notre globe d'un blindai^c plus ou moins solide et sous lequel dort, en se morfondant^ Timmcnse foyer qui s'y trouve emprisonné.

L'eau et la vapeur activèrent ce rc froid ïs^cmcnt malgré leur hante température, et cela pendant des siècles de nuits qui ne peuvent se compter. Le limon qu'elles déposèrent à la longue sur cette croûte ébauchée, forma les premiers litfî de sédiment^;,-— (//7//i//////j', pleins dz sjve et d'énergie, qui\ une fois les eaux. écoulées, se transformèrent de suite en une immense couche chaude où toutes les plantes, sorties du sol au troisième jour de la création, s'accrurent indéfiniment

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comme par enchantement.

Ces plantes herbacées s'épanouîssant sans contretemps possible dans cette atmosphère ambiante, humide et chaude, qui enveloppait alors le globe tout entier, couvrirent bientôt d'un épais tapis, moelleux et ïncolore, toutes les terres vierges qui émergeaient pour la première fois du sein de la mer immense.

Les joncSj les prêles, les fougères, etc.» toutes ces plantes y poussèrent et s'y multiplièrent avec une vigueur et une énei^ie sans pareille, pendant cette nuit quasi éternelle qui tég^nait alors, et prirent, dans ce milieu si bien agencé par le Créateur, un développement et des proportions si extraordinaires qu'ils confondent et paralysent T imagination.

Elles couronnaient partout de leurs tiges élancées et festonnées les sommets sombres laissant deviner à peine les assises des montagnes et le relief des continents ; envahissaient les plaines et les vallées à demi submergées, pour se confondre dans les brouillards ténébreux qui enveloppaient les mers, encore chaudes et sans reflets, refluant sans cesise au plus profond des abîmes.

Il ne faut pas perdre de vue que les hauteurs qui dominent au nord et protègent aujourd'hui la grande vallée du fleuve Saint-Laurent, depuis son embouchure jusqu'à sa source, et que nous connaissons sous le nom de " Laurentides," furent pour ainsi dire les premières terres qui se séparèrent des eaux à cette époque primitive.

Elles étaient recouvertes, bien entendu, de profondes couches d'alluviums prêtes à recevoir la semence des plantes que Dieu leur destinait, et qui, de fait, recouvrirent d'une forte et luxuriante végétation ce nouveau monde en embryon, comme d'un épais et soyeux duvet protecteur, qui se renouvela des milliers de fois jusqu'à l'approche de l'épo-

que glaciaire, et, chaque fois^ laissa un lit de débris végétaux s'accumuler sur le sol, le nivelant et le fertilisant tout le temps.

Imaginez-vous, maintenant, quels immenses dépôts de végétaux ces plantes ont dû fournir pendant des siècles et entasser sans relâche partout sur ces vastes ondulations qui formèrent les Laurcntidcs, ces belles montagnes du Nord qui dominaient alors la mer brumeuse et qui dominent encore aujourd'hui l'un des plus beaux pays du monde?

Que sont-ils devenus, tous ces végétaux ? Où sont allés ces amas prodigieux de plantes qui utilisèrent et absorbèrent si à propos l'humidité de la terre, et sa chaleur surtout, à défaut de celle du soleil ? Sont-ils encore visibles après tant de milliers de siècles écoulés ? ou sont-ils disparus comme tant d'autres choses qui ont existé ?

On peut répondre à ces interrogations, que, si ces énormes amoncellements de végétaux sont disparus, ils ont laissé au moins sur leur passage des résidus substantiels qui constituent en partie, aujourd'hui, V essence, l'humus, le sel de la terre, là surtout où ils ont pu résister aux débordements des éléments déchaînés dont les époques subséquentes furent témoins^ et qui contribut;rent par leurs évolutions successives à solidifier la surface du globe, en équilibrant une dernière fois ses vastes et profondes assises, pour en faire un monde habitable et habite.

On peut répondre aussi, que, s'ils existent encore, le chaos qui bouleversa tout à cette époque — défigurant la face de la terre et lui replâtrant une autre physionomie — n'a pu quand même tenir cachées à Thomms c es profondes couches végétales, disparues dans le tourbillon et enveloppées dans les replis imprimés sans art à sa surface à demi refroidie. Et puis celle-ci, s'étant contractée de plus en plus, y scella dans les replis des montagnes qui se reformaient^ sous le sol des vallées et des plaines qui se reconstituait, sous le fond de la mer qui reprenait son empire sur un nau-

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