‹ Le Naturaliste canadien (volume 5)Chapitre 68 sur 122 · LA QUESTION DE L^ANGUILLE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE L^ANGUILLE

En parlant de TanguîHe, dans notre dernière livraison, il nous était venu à la pensée de profiter de roccasîon pour disposer d'une interrogation qu'on nous a adressée il y a quelque temps. Le manque d'espace nous a forcé pourtant de remettre au présent numéro ce que nous avons à dire de cette affaire. — Cette demande de renseignement concernait le mode de reproduction de -Tanguille. Et c'est là ce qu'on entendait, dans ces dernières années, par la question de VanguilU^ laquelle, pour avoir moins passionné les gens que la question des Écoles du Manitoba ou celle de la prononciation du latin, n'en était pas moins très intéressante.

On disait donc que jamais Ton n'avait trouvé d'anguille portant des œufs, comme cela arrive si fréquemment pour bien d'autres poissons. D'où la question : Comment se reproduit l'anguille ?

Nous avons suivi attentivement, depuis trois ou quatre ans, ce qui s'est écrit sur ce sujet, dont la solution nous semble aujourd'hui assez complètement obtenue.

II— Septembre 1898.

Voîcî les îndicatiDns que nous avons recueillies dans nos lectures, depuis 1S94, sur la question dont il s'ajjit.

Le icr juillet 1894, le Ahtùira/istc (de Paris) publiait un article de M. Acloque sur l'anguille (avec lequel l'article publié parle même auteur dans le Cosffiûsàxi 18 juiUet a beaucoup de traits de ressemblance, chose du reste qui ne doit effaroucher personne : car il faut au moins admettre qu'un écrivain a droit de se plagier lui-même). ** L'anguille, disait alors M. Acloque, ne se reproduit pas dans sa forme... (L'anguilîe est) une condition transitoire, et sa forme correspond à la pt^riode larvaire d'une evolution dont on ne connaît ni le point t'e départ nî le terme ; elle est à ce terme, sur lequel l'incertitude plane encore, ce que la chenille est au papillon. Que devient-elle, après avoir quitté la rivière ou l'étang et s'être perdue dans la mer? Se change-t-elle, ainsi qu'on Ta supposé, en congre (1)? La question est encore à résoudre/'

Le 16 mai 1895, nous lisions dans le défunt Courrkr de Cltarlctmx un article— dont la provenance n'était pas indiquée— consacré à l'anguille. '* On vient, y était-il dit, de sîi^naler à la Société d'Acclimatation de Fraîice un fait intéressant : c'est celui de la capture en pleine mer d'une anguille femelle, portant des œufs à maturité* Ainsi se trouve corroborée la découverte analogue faite en 1892 par un navire anglais, à 15 milles au large d'Eddystone.,, L'anguille fraie donc comme le plus ordinaire des poissons, mais dans la mer seulement et à une profondeur qui la met le plus souvent à l'abri des filets.'^

Une anr e plus tard, la question fit un nouveau pas. En effet, le \6 juillet 1896, s'appuyant sur la Revue scitittifiqnc^ le d^sifios émettait l'avis que l'anguille ne se reproduisait pas exclusivement à la men Des anguilles, poin'suït-ïl, introduites dans un lac des Alpes, ont prospéré, car bien qu'on ait ces?é d'en ajouter depuis iSS/, on trouve mainte-

(t) Grand ^xïiRiion Je mur» di: \ti faLiiilIâ dt^ Murcnklcâ^ qui est aussi ceUe

LA QUESTION DE L*ÂNGUILLE Ijt

nant dans ce lac de jeunes anguilles, " Le lac dont il s*agit est à looo mètres au-dessus de la mer ; il ne donne naissance à aucun ruisseau par où il communiquerait avec des nvVcres et des fleuves ; il est alimenté presque exclusivement par des sources souterraines. Les probabilités d'une origine extérieure sont très faibles, et il semble à peu près certain que les jeunes sont nées sur place/' ^

Le Cûsrmjs du 20 mars iSg/ publiait un nouvel article '

de M, Acloque, où ce savant avait la satisfaction de pouvoir donner la confirmation de Tasscrtion, relative à la métamorphose de l'anguille, qu'il avait faîte trois années auparavant I

dans le A'aturalisk, Voici un extrait de son article, qui con- i

tient la solution du problème dont les naturalistes se préoc- \

cupaient depuis Tépoque d*Aristote :

" D'après les recherches de M. Grassi, qui vient d'en publier un résumé dans les I^'oceedings of the Royal Society à,Q. '

Londres, Tanguilie, qui passe la plus grande partie de son existence dans Teau douce, ne saurait se reproduire que dans la mer, et seulement à une profondeur considérable, qui ne peut être inférieure à 500 mètres. C'est là qu'elle pond ses oeufs, dont l'éclosion produit, non la forme définitive sous laquelle nous la connaissons^ mais un âtre transitoire, une condition larvaire dont l'adulte sortira plus tard par un mécanisme analogue à celui qui fait naître la grenouille du têtard, La larve de l'anguille est connue depuis longtemps des na* turalistes, qui, la considérant comme une forme définitive, lui avaient attribué, avec un nom particulier, une valeur spécifique indépendante.

'' Cette larve est un îeptocéphale, genre de poisson qu*on avait cependant établi avec un certain doute, en raison de ses caractères mal définis, incomplets, laissant deviner la possibilité d'une évolution ultérieure^ mais dont on n'avait pas soupçonné jusqu'à ce jour les véritables relations, M. Grassij mis sur la voie par l'analogie de la structure anatomîque du leptocéphale et de l'anguille, a voulu chercher une confirmation de son hypothèse dans la réalisation directe et expérimentale des faits qui s accomplissent librement au sein de la mer, et a réussi à voir la transformation du leptocé-

phale — La larve de Tanguille portait dans la nomenclature' le nom de Leptoccpkalu^ brei^rostrisy

Et si Ton objecte qu'en certain cas on a trouve de jeunes anguilles dans quelque lac apparemment à l'abri de tout peuplement d'une origine extérieure, la Rnme sdcntifiqtie (citée par le Cosmas du 23 octobre 1897) répond ceci : '* Il est à noter que des observateurs superficiels déclarent bien que Tanguillc se reproduit dans Teau douce, mais qu'ils n'ont jamais apporté, à l'appui de leur dire, de femelles œuvées, et ils n*ont jamais môme fourni de jeunes.'*

Dans son compte rendu de la séance du 16 mai 1898^ de l'Académie des Sciences, le Cûsjhûs du 28 mai rapporte que l'anguille commune a été retirée de Vestomac d'un cachalot, pcché par le prince Albert de Monaco, qui, comme «n ]c sait, dirige de grandes explorations sous-marines dans I* Atlantique. Puis le confrère ajoute :

** Cette capture, dans de telles circonstances, non seulement confirme le fait incontesté que T anguille descend à la mer, mais encore montre que, dans certains cas, elle s'y avance assez loin pour devenir la proie d*animaux qui ne vivent qu'au large, comme les grands cétacés... En raison de r obscurité qui entoure encore le mode de reproduction de cette esjjèce, le fait mérite de fixer l'attention , car on n'en a pas cité, je crois, d'analogue, la présence des anguilles dansr leur migration annuelle n'ayant été constatée jusqu'ici, en eau salée, qu*à rembouchure des cours d'eau et dans les rég^ions absolument littorales, jamais en pleine mer.*' — Quand le confrère parle de '^ l'obscurité qui entoure encore le mode de reproduction " de l'anguille, il oublie évidemment les études et les experience?^ de M. Grassi,dont il a rendu compte dans sa livraison du 20 mars 1 897, D'autant plus que dans l'article de M. Acioquc, publié par le Cosmos du 16 juillet, nous trouvons la phrase suivante, très affirmative, à propos de la tuonîte des anguilles, qui se fait au printemps, dans les fleuves et les rivieres : " A cette époque, d'innombrables individus, ayant dépouillé la forme larvaire qu'ils présentent au sortir de Tœuf et quitté les profondeurs où s'est opéré leur premier développement, pénètrent dans les fleuves/^ etc.

l'abbé provanxher 133

Si nos lecteurs nous ont suivi Jusqu'Ici, ils savent maîn- -tenant tout ce que nous savons nous-même sur ie mode de multiplication de Tanguille. Et Ton ne s'étonnera plus du fait que Von ne trouve jamais d'œufs dans les anguilles, cornjBe cela se rencontre dans les harengs, les truites, etc.

L'ABBÉ FBOTANCHEB

(Continué de la page ii8)

La lettre suivante, écrite au sujet de cette affaire par M* <jénn-Lajoie, deux jours avant la chute du ministère Cartîer- McDonald» est intéressante à bien des titres :

Québec, 19 mai 1862.

Mon cher Monsieur,

Le comité de la Bibliothèque s est assemblé aujourd'hui et a pris votre requête en considération ; mais ils n'ont pu s'entendre, et la discussion a étc remise à la prochaîne seance, qui n*aura probablement pas Heu avant la semaine prochaine. On semble trouver la somme demandée trop élevée ; c'est la principale objection qu'on fait à la requête. Une autre objection que font les membres anglais, c'est que n'étant pas eux-mêmes des hommes de science, on devrait leur donner Topinion de quelques hommes compétents sur le mérite de Touvrage. Cette objection est assez embarrassante, car les botanistes sont rares parmi nous. Je me suis consulté avec M. Ferland et il ne sait trop lui-même ce que je dois faire. M. Turcotte vous est bien favorable et il se promet Affaire le diable à la prochaine séance du Comité ; mais je crains beaucoup que la majorité des membres ne partage pas son sentiment. On prendra, je suppose, un certain nombre d'exemplaires, mais pas autant que vous le désireriez. Pourtant, il pourrait se faire qu'il y aurait un revirement ; le Col. Taché n'était pas en ville aujourd'hui et n'a pu par conséquent assister à la séance ; s'il se joignait à M. Turcotte^ vous pourriez encore espérer réussir.

Aussitôt que le Comité aura décidé quelque chose, je

vous en informerai.

Tout à vous

A. G.-Lajoîe,

P. S. Je fais bien ce que Je peux ; j*ai traduit votre requête en anglais pour qu'elle fût comprise des membres anglais. Mais il existe malheureusement parmi nos hommes politiques une indifférence vraiment décourageante pour tout ce qui coïicerne Thistoire naturelle du pays.

Si vous avitz le temps, je vous conseillerais d'écrire une lettre privée à l'honorable Sir N.-F. BcUeau, qui a été nommé prôi^ident du Comité ; quand même elle serait toute courte, cela pourrait avoir un bon effet— J'aurais aimé à le voir moî-momc à votre sujet ; mais les ministres sont sur un vol* can dans ce moment ci. Ils s*attendent à être renversés ce soir ou demain, et personne ne peut les aborder.

Par ceslif^nes de Tauteur d'fO/ Canadien errant, on voit quels peuvent êt'c les desso'i^ d'une affaire aussi minime que l'octroi de quelques centaines de piastres en faveur de la publication d'un ouvrage scientifique. Que doit-il donc se passer, quand il s*agit d'obtenir le vote de plus ou moins de millions pour quelque entreprise du plus grand intérêt public ! Sans doute le récit complet des démarches, des promesses, des menaces et même des intrigues mises en jeu dans une telle circonstance, ne nécessiterait pas un moindre talent que ne ferait la narration de la guerre de Cent Ans,

Donc, le 19 mai 1863, le ministère Cartier-McDonaîd était sur un volcan. Et de fait, deux jours après, ce ministère dut se démettre de ses fonctions. — Et le comité de la Bibliothèque qui n'avait pas encore pris de décision concernant le secours pécuniaire demandé pour \^ Flore canadienne \ On comprend bien que ce changement d'administration dut, comme je Tai dit plus haut, remplir d'inquiétude le botaniste de Saint'Joachim. Et même Tabbé Provancher pensa bien que c'en était fini du secours sur lequel il avait compté pour la publication de son ouvrage.

L^ABBÊ PROVANCHER IJS

Eh bien, ces appréhensions ne se réalisèrent pas^ fort heureusement. Au contraire, les chos'^s n'en prirent qu*une bien meilleure tournure.

D'abord, notre auteur apprit de M. Gérin Lajoie que M, J.-E. Turcotte^ député des Troîs-Ri vitres et présîdentdc TAssemblée législative, avait signé, au moment — je suppose— de la chute du ministère^ un chèque de trois cents piastres en faveur de la Flore du Canada. C'était seulement la mçitié de la somme qui avait été votée îe S avril 185g et que M. Provancher avait de nouveau demandée. Mais il est sans doute fort agréable d'être à demi exaucé, quand on a sujet de craindre de ne pas l'être du tout,

II y a sans doute des gens qui, après un demi-succés si inattendu, n*aurait plus osé remuer un do:gt, et se seraient montres satisfaits d'avoir pu vendre 1 50 exemplaires d'un ouvrage encore sous presse, au prix de deux piastres Tun, payables sur livraison. L'abbé Provancher fit autrement, et il fit bien. Par exemple» je croirais volontiers que, s'il usa de nouveau du droit, que pos^^cde tout sujet britannique, de pétition au Parlement, ce dut ctrc k Tinstigation de certains membres du monde parlementaire, bien au fait du parti que Ton peut tirer des circoEistanccs, émus d'ailleurs des doléances que notre auteur leur avait probablement exprimées sur la perte de $300 qui avait signalé, pour lui, l'arrivée au pouvoir du ministère McDonald-Sicotte.

Toujours est-il quc^ dans les premiers mois de Tannée 1863, le comité de la Bibliothèque eut encore à s'occuper de la Flore cûnadiennt\ et l'on va voir avec quel résultat à la lecture de la lettre que voici, encore de Gérin-Lajoie, le bibliothécaire de la Législature.

Québec, 5 mars 1863.

Cher Monsieur,

Le comité de la Bibliothèque s'est réuni aujourd'hui pour prendre votre requête en considération. Après une

assez longue discussion, it a d<îcîdd de vous offrir une atde de cinq cents piastres, en n'exigeant que trente exemplaires de votre ouvrage. Ces trente exemplaires seront envoyés par nous aux législatures des différents Etats de l'Union, ce qui servira à faire connaître votre travail. On s est accordé à faire les plus grands éloges de votre livre ; et la raison qu'on a donnée pour ne pas accorder plus^ c'est que Tétat des finan* ces ne le permettait pas.

Aussitôt que le rapport du Comité anra reçu la sanction de la Chambre, vous recevrez une communication officielle à cet effet.

Tout à vous

A, G,-Lajoîe.

C'est ainsi que le remplacement du ministère Cartïer- McDonald par le ministère McDonald-Sicotte, du gouvernement conservateur par le gouvernement libéral j servit fort bien les intérêts de la science en notre pays, et surtout ceux de Tabbé Provanchcr. Sans les événements politiques qui étaient survenus, notre auteur aurait dû probablen^ent se contenter d'une subvention de $600, au plus, pour la publication de sa Flore. N'ayant reçu que la moitié de cette somme sur laquelle il avait eu sujet de compter, il osa demander au nouveau gouvernement le vote du plein riiontant de la subvention que le ministère conservateur lui av/ait d abord accordée. Il croyait sans doute que le meilleur moyen d'obtenir trois cents piastres, c'était d'en demander si>c cents. Et sa stupéfaction dut être grande, quand il vit qu'ors avait consenti à lui en accorder jusqu'à cinq cents, et d'un ^ f^Ç^" beaucoup moins onéreuse, puisqu'il n'avait à dormer en échange que trente exemplaires de son livre. En dé^^ni^*^^» il avait remis au gouvernement 180 exemplaires, en tout, de la Fiorc canadienne^ et il en reçut $800. Cela représentait à peu près les dépenses d'impression de l'ouvrage, et I on doit reconnaître que le gouvernement du Canada a favorisé d'une aide raisonnable la publication du premier c:>uvrage consacré aux plantes canadiennes.

{A suivre,) \r.-A. H.

Quelques aperçus sur la géologie du Saguenay

(Continué de la page loy)

Vous voyez que nous n'y allons pas par quatre chemins : n*en connaissant qu'un, à peine frayé^ nous n'avons pas eu rembarras du choix.

De plus, il nous a été impossible — et pour cause — de suivre les sentiers battus par des géologues qui, souventes fois, se tiennent bras dessous ou se suivent de 'F œil, pour ne pas se fausser route et pouvoir arriver ainsi, avec plus d'autorité et d'aplomb, à la même conclusion ou à peu près.

Si les choses se sont passées comme nous venons de le démontrer, — Quel est celui qui peut nous prouver le contraire ? — nous ne pouvons donc ne pas supposer qu'il ne se trouve de la houille dans le bassin du lac Saint-Jean.

Disons donc que,la houille s'étant formée des résidus accumulés des plantes, et ces plantes ayant pris racine à la surface de la terre, ce furent naturellement les premières terres séparées des eaux qui eurent la faveur de jouir de ces prémices.

Celles qui formèrent les Laurentides sont, nous disent les savants, les plus anciennes du globe. Conséquemment elles ont dû être aussi les premières à se montrer actives, à laisser croître avec profusion les plantes que le Créateur semait à dessein, sur ce sol préparé de longue main.

Les voilà donc, ces belles grandes masses laurentiennes, toutes nues et toutes ruisselantes, qui se couvrent pour la première fois d'un épais et soyeux gazon, lequel bientôt devra prendre les vastes proportions de nos plus sombres et de nos plus luxuriantes forêts.

Une fois le travail de reproduction commencé, il se continuera indéfiniment, tant que les principes vitaux qui lui donnent l'élan pourront se maintenir dans les mêmes conditions favorables.

Il n*est pas douteux que ce règne fut long. N'importe, il eut toujours bien le temps de recouvrir d'un lourd manteau végétal toute l'étendue de la croûte laurentîenne. Oui ! toutes les Laurentides. Pourquoi pas? N*étaient-clles pas le champ le plus propice pour expérimenter la première semence que Dieu destinait à la terre ? Elles n'ont donc pas été mises de côté ! Cet Esprit infiniment parfait n'a pas de caprices ; quand même son génie créateur Le pressait d'accomplir ses œuvres pour en admirer au plus tôt les belles perfections — que ce fût sur les Lauren tîdes ou sur d'autres formations, Il ne s*înquictait pas sur quel continent — : Il devait expérimenter ! Tour Lui, le premier pied-à-terre venu rencontrait ses vues.

Il sema donc, à plein ciel, dans cet immense parterre qui couronnait notre hémisphère, toutes ïcs graines qu'il crut bonnes, et qui remplirent à merveille Tobjct qu'il désirait.

Cela n'empêche pas que toutes les autres terres qui existaient à cette époque primitive aient été toutes également productives ; la végétation s'y épanouissait d'un pôle à l'autre, sous la même haute température, et cela aussi longtemps que l'immense couche chaude y activa, sans obstacle, le développement tt la maturation des plantes.

Maïs quand celle-là se refroidit, ce fut la fin pour celles-ci.

Ce rc froid issement amenant la contraction du sous-sol^ celui-ci se souleva ou s'enfonça, se fendit et s'entr'ouviit, se plia et se repliai s'ouvrit ou se resserra, s*engloutit ou se retroussa, etc., etc- Ce va-et-vient ne se fit pas sans que les eaux de la mer, qui étaient encore dans le voisinage, n'en fussent troublées. De fait, ces soulèvements renvoyaient, et les enfoncements ramenaient ces éléments, qui se jouaient sur la croûte de la terre, comme sous Tcffort d'une machine à laver, dépouillant le soi de la végétation abondante qui le recouvrait, pour la renverser dans les dépressions qui se for* maîent à côté ; lavant bien nettes toutes les bosses qui se

profilaient à la surface, et enfouissant tous les détritus dans CCS trous profonds, comme de vastes si/os^ ou ils se pressèrent, s' échauffèrent et se transformèrent~disons-Ie — en charbon de terre. Il a dû se conserver sûrement jusqu*à ce jour, ce charbon ! Car tout resta figé solidement depuis cette époque, et le si/& bien fermé.

S'il y eut soulèvement ou enfoncement dans la suite, du moins l'ensemble du système laurenticn n'a pas changé de physionomie, si ce n'est par accident^ lors dti cataclysme. Une entaille à la terre ruina le grand lac Silurien, et la cicatrice, encore bien visible, lui burina^ en Y ai ce nui ant gravetncnf, un grain *1e beauté qui est a voir.

Nous défions, par exemple, qui que ce soit, de nous contredire sur ce dernier point.

Si les Laurentides eussent été formées après la longue saison des plantes, il fandrait bien dire en chœur, avec nos contradicteurs, que la houille n'existe pas sur cette formation-là. Dessous ? Peut-être. Dans ce cas-ci, elle est trop loin pour que nous puissions jamais l'atteindre.

Mais, comme il n*y a pas de doute que le contraire a eu h'eu, on peut, sans témérité, entretenir l'espoir d'y arriver.

Il ne faut pas, bien entendu, se croiser les bras et attendre qu'un nouveau cataclysme vienne, un jour, retourner le sous-sol jusqu'au fond de son assiette, pour nous y démontrer à découvert les secrets de l'âge carbonifère.

Ce serait trop présumer de nous-méme si nous comptions un tel événement comme gage de notre ardent désir de contempler ces trésors, quand nous n'avons pas même frappé coup ; quand nous n'avons pas pensé, non plus, à ces encourageantes paroles, qui s'adressent, dans une autre sphère, aux gens inquiets comme à tout le monde : Cherchez, vous

trouverez. Frappez, on vous ouvrira.

II y a plus de vingt-cinq ans, on trouva sur les bords du

lac à la Croix, dans le milieu du canton Caron, de v rais fragments de charbon de terre. CVst en creusant une cave p^ur y mettre des légumes, qu'un nommé Laprise fit cette découverte : trouvaille qui excita fort la curiosité des jeunes colons d*Hébertville dans le temps, et attira, beaucoup Tattentjon des vieux.

{A suivre)

P.-H. DUMAÎS.

Dçs îletips polir l'bivçp

La belle saison d^été s'en va bien vite. La verdure déjà s'est assombrie, en attendant que les sucs nourriciers lui manquent peu à peu, et que les feuilles desséchées et jaunies viennent joncher le sol de leurs débris attristants. Cela, c'est ce qui arrivera dans quelques semaines à peine.

L' amateur voit venir les jours où le jardin ne lui offrira plus de charmes. Plus de ces longues visites aux plates bandes où s'épanouissaient les Rosiers, les Dali lias» les Œillets, les Asters, etc-, que la gelée précoce aura tués sans retour.

Heureusement, il n ^est pas question d'attendre huit lon^ mois pour revoir des fleurs. En effet, peu de familles s'enferment pour T hiver sans ofiTrir dans la mabon^ à plus ou moins de représentants du règne végétal, une hospitalité très attentive et qu'elles jugent bien paée par les jouissances que leur procurent des hôtes aussi charmants* k voici qu'est arrivée l'époque où Ton fait choix des pensionnaires fort accommodants que l'on insta liera dans les fenêtres ensoleillées, à l'abri du froid j non loin du adorilîire bienfaisant.

Nous résistons au désir de parler ici des plantes assez généralement cultivées, rhiver, dans les appartements. Il y on a piulont, de ces plantes : géranium, fuchsia, rosier, coleus, etc* Et rien n'est plus facile (jue de s'en procurer des boutures que Ton fera reprendre le plus aisément du monde.

Mais nous voulons appeler T attention sur les bulbes à fleurs, que Von ne connaît pas asseï en ce pays, dont la culture est pourtant si facile et dont l'acquisition est loin de coûter cher Ainsi, Thiver dernier, entre autres de ces plantes, nous avions une tulipe vraiment splendid e, dont nous ne nous lassions pas d'admirer les riches couleurs et dont [lous jouirons encore toute notre vie par le souvenir : eh bien, tout ce bonheur nous a coûté cinq sous!

Pour les ** commençants,'* nous conseillons les jacinthes, les narcisses, les crocus, les Allium neapolitanum, dont le succès est certain m ê m e avec les gens les m oins e n te nd u s . Qu ' on atte n d e d ' a v oir acquis un peu d'expérience avant de se lancer dans la culture des tulipes, mu|juets, frees i as, anémones, Ij-s, etc-, qui exigent des soins plus délicats.

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