‹ Le Naturaliste canadien (volume 5)Chapitre 98 sur 122 · D.-N. SAINT-CYR · texte numérisé non relu

D.-N. SAINT-CYR

figure sévère s'épanouir, et son œil briller à travers le verre de ses lunettes. Parlez histoire, philosophie, géologie, botanique, entomologie, etc., vous voyez de suite dans son aspect rhomme qui vous comprend. Si vous pçrtez vos regards sur le livre qu'il tient ouvert, les caractères grecs qui en couvrent les pages vous permettront peut-être de distinguer un saint Basile ou un Xénophon, et si vous vous hasardez à en ouvrir un de ceux qui sont devant vous, ce sera pejt-être un Ovide, un Virgile,un Cuvier ou un Lyell,car les classiques grecs et latins des temps anciens lui sont aassi familiers que les auteurs modernes des sciences nouvelles. Sobre de paroles,il se montrera tout oreille pour ne rien échapper de ce que vous lui direz, et poussera même la modestie jusqu'à la timidité, se contentant à peu près de répondre à vos questions, et se hasardant à peine à vous en poser quelques-unes, paraissant empressé de pouvoir apprendre quelque chose et semblant incapable d'y donner un retour. Ne craignez pas de prolonger votre visite ; tant que vous l'entretiendrez de sciences, son attention vous est assurée. Mais si au contraire votre présence n'avait d'autre but que de vouloir tuer le temps en diversifiant, et que vous ne l'entre tinssiez que de nouvelles sans intérêt et de lieux communs, vous ne tarderiez pas à reconnaître, parses réponses en monosyllabes et sa préoccupation évidente, qu'il regrette déjà le temps que vous lui faites perdre et qu'il a hâte d'être débarrassé de votre présence.

M. Dominique-Napoléon St-Cyr, après un cours classique brillant au séminaire de Nicolet, se livra de suite à l'enseignement, tâche certainement honorable, mais si pénible et si peu rétribuée. Cependant, après plus de 25 ans de cette rebutante besogne, son zèle ne paraît pas encore s'être ralenti. Ajoutons que depuis plus de 15 ans, sa tâche était bien autre de celle des instituteurs ordinaires ; car en outre de ses 5 heures par jour requises par la loi pour l'enfance, il donnait un cours à une classe d'adolescents, où le latin, le

grec, Tanglaîs, la géométrie, l'histoire, etc., devaient marcher de front avec le calcul, la grammaire, la composition, etc., que requièrent les cours supérieurs. Aussi peut-il se flatter aujourd'hui de voir plusieurs de ses élèves parmi les membres du sanctuaire, avantageusement placés dans le commerce, ou membres distingués des professions libérales.

On est vraiment étonné qu'avec une telle besogne, M. St-Cyr ait pu se livrer à Tétude des sciences de manière à faire une autorité en fait de géologie, de botanique et d'entomologie ; bien plus, qu'il ait pu suivre un cours de droit et se faire admettre au notariat après un examen des plus brillants. Ajoutons que les modiques revenus d'un instituteur, déduction faite de l'entretien d'une famille, ne laissent que peu de ressources à l'amateur pour se procurer les ouvrages nécessaires à ses études.Mais la passion du savoir était en lui, et faisait tout surmonter pour parvenir à son but.La bienveillance des amis était mise à contribution pour certains auteurs, et il prenait sur la nuit pour ajouter aux heures bien trop courtes pour lui de la journée. Un problème difficile à résoudre, une solution à trouver, un point à éclaircir, sont pour lui autant d'attraits irrésistibles qui l'attachent au travail. Ah ! si la considération était toujours en rapport avec les services rendus, si la noblesse de la science et du talent portait des armoiries, c'est bien avec droit que M. St-Cyr pourrait faire graver sur son écusson : labor ipsa voluptas. Mais non ; la satisfaction du devoir accompli devra lui suffire pour récompense, et celui qui pendant un quart de siècle s'est sacrifié à la plus noble comme à la plus importante fonction dans l'État, ne sera apprécié que par des exceptions, et devra se voir continuellement avec sa famille dans un état voisin de l'indigence. Quand se montrera-t-on plus équitable, et saura-t-on reconnaître les services de' ceux qui servent si utilement l'État ? Ce jour est encore à venir en ce pays.

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