D.-N. SAINT-CYR S
Tandis qu'une secousse seule amène la sensitive à s'armer pour la défensive, l'autre a les feuilles — trois folioles d'un vert pâle — toujours en mouvement. La plus grande foliole vire sur elle-même, tandis que ses deux sœurs, plus petites, se contentent de s' abaisser et de se relever alternativement par coups brusques et rapides.
Qui nous dira le pourquoi de ces mécanismes si bizarres et le but de ces mouvements pour ainsi dire inexpliquables ? Pourquoi ces plantes curieuses, dont les espèces sont plus abondantes qu'on ne le suppose ordinairement ? Ah ! pourquoi ? Dieu seul le sait !
Henri Tielemans.
{A suivre,)
D.-N. SaiDt-Cyr
(Comme nous l'avons annoncé en notre dernière livraison, nous reproduisons aujourd'hui le portrait que l'abbé Provancher traça du regretté M. Saint- Cyr, dans le Naturaliste canadien de 1873. On y verra que le fondateur du Musée de l'Instruction publique de Québec était préparé, de longtemps, à bien remplir la charge que devait lui confier plus tard le gouvernement provincial. RÉD.) •
Vers les s h. de l'après-midi d'une belle journée de juin, vous êtes dans le charmant village de Ste- Anne de la Pérade, le plus considérable de tout le comté de Champlain. Si, après avoir admiré sa magnifique église, où le calcaire silurien de Deschambault semble avoir été rendu plastique pour se prêter à la courbe gracieuse des ogives, se découper en dentelle dans les corniches ou s'affiler en aiguilles dans les nombreux clochetons qui couronnent ses murs, et qui, semblable à un colosse, domine du double et du triple la hauteur des édifices avoisinants ; si, après avoir laissé derrière vous le double pont qui relie par ses arches nombreuse$ l'île Baribeau i l'une et l'autre rive, vous enfilez la rue, qui avec ses deux rangées de maisons longe la rivièr&
6o LE NATURALISTE CANADIEN
en remontant, arrivé à la route d'OrvîUiers, à quelques arpents seulement de Téglise, vous pouvez voir dans l'angle nord de cette route une maison de modeste apparence, un peu retirée de la voie publique, et qu'ombragent quelques peupliers baumiers mêlés à des érables ; c'est la maison d'éccle du village. A part deux marmots sur le perron qui discutent assez bruyamment sur les moyens de restituer à un cheval de bois, fort mutilé d'ailleurs, la queue postiche qu'ils viennent de lui arracher, vous pourriez croire la maison déserte, les fenêtres en étant partout ouvertes, et rien n'indiquant de mouvement quelconque à l'intérieur. Si, enjambnnt par-dessus le véhicule des marmots qui semblent à peine remarquer votre présence, tant ils portent d'attention à l'opération qui les occupe, vous franchissez la porte du milieu, et jetez un regard furtif dans le salon de gauche, vous pourrez y voir, sur la table du centre, plusieurs volumes empilés sans ordre, entremêlés à des coquillages, et surmontés de plaques de liège toutes couvertes d'insectes de toutes sortes qu'on y a piqués, et à côté, enfoncé dans une berceuse à accoudoirs, un homme avec un volume à la main, paraissant tout absorbé dans la lecture qu'il poursuit. Pas le moindre mouvement, si ce n'est de légers filets d'une fumée bleuâtre qui s'échappent de la pipe qu'il tient à sa bouche et s'envolent en spirales dans les airs, remplacés de temps en temps par de larges flocons d'une fumée plus intense qui semblent .se filtrer à travers la moustache rabattue qui lui couvre la bouche. Cet homme paraît à peine tDucher à Tâge mûr, cependant ses joues caves, son front dénudé et la convexité des verres qui lui couvrent les yeux et vous en dérobent la couleur, indiquent assez que les Vieilles et les études prolongées ont devancé chez lui le travail des ans. Entrez, vous êtes en présence du magister du village, et en même temps d'un savant, aussi profond que modeste. Un accueil bienveillant vous préviendra de suite, t si vous lui parlez de science, vous verrez aussitôt cette