LA VINGT-DEUXIEME ANNEE
du Naturaliste canadien
Non seulement le Naturaliste a réussi à compléter " son vingt-unième volume, mais il commence aujourd'hui,
avec confiance, le vingt-deuxième, qui est le Vol. II de la nouvelle série.
Nous pouvons dire qu*à certains points de vue notre *"^ entreprise a été couronnée d'un succès fort satisfaisant.
La circulation du journal a été précisément ce que nous avions prévu, bien que notre attente eût été jugée bien ambitieuse par quelques-uns de nos amis. Présen- ^ tement, le nombre des abonnés au Naturaliste est envi-
ron trois fois plus considerable qu'à l'époque de sa suspension, en 1891. Cette situation n'est-elle pas assez favorable et encourageante ?
Au point de vue financier — non le moins important — , la position nous cause moins d'enthousiasme. Loin que nous ayions retiré un seul sou de bénéfice (ce que, d'ailleurs, nous ne recherchons aucunement) pour l'immense travail que nous avons accompli, le volume que nous avons terminé en décembre nous laisse un déficit considérable à combler. Plus de la moitié de ceux qui ont reçu le Naturaliste ont négligé jusqu'ici d'en payer l'abonnement! Chacun de ces retardataires, faisant abstraction des autres, se dit que sa dette n'est toujours bien que d'une piastre, et que le journal ne périra pas faute d'un montant si léger. Mais quand des centaines d'a-
l—Janviex 1895.
bonnes tiennent ce langage, le propriétaire du journal se trouve bien embarrassé pour faire face à ses obligations. Il est donc évident que si nous voulions agir en homme d'affaires, nous devrions laisser là le Naturaliste, ne plus seulement songer aux intérêts des sciences naturelles en ce pays, et poursuivre en paix nos études personnelles.
Mais nous ne l'entendons pas ainsi, et nous ne renoncerons pas si facilement à une entreprise que nous regardons comme intéressant fortement l'honneur national. Quelque soit le peu de valeur de notre petite revue, par elle le Canada français a une voix, quoique faible, dans le grand concert scientifique qui s'élève de tous les pays du monde ; et cette voix tentera encore de se faire ent 3ndre.
Nous comptons que les arrérages qui nous sont dus vont peu à peu nous être payés, et nous osons porrsuivre notre œuvre sans trop regarder en avant, espérant toujours ne pas aboutir à un désastre !
Notre race, si renommée pour sa culture littéraire, est bien en arrière des autres pour les études scientific ques. Il se manifeste pourtant un certain réveil à cet égard ; et, de bien des côtés, comme nous sommes en mesure de le constater, surgissent de nouveaux adeptes de rhistoire naturelle. Le moyen d'attacher à la science ces jeunes disciples, comme de lui en gagner de nouveaux, ce n'est pas de suspendre la publication de la seule revue des sciences naturelles qui paraît ici.
Ah ! sans doute, le Naturaliste n'est pas la perfection ! Si Ton feuillette le volume que nous venons de terminer,on verra qu'il y a un nombre considérable de sujets que nous n'avons pas traités. Que pouvons-nous faire, avec seize ou vingt pages par mois, dans l'immensité du domaine que nous exploitons ? Tels et tels lecteurs regrettent certainement de n'avoir rien trouvé encore sur tel point qui les intéresserait davantage. Nous comprenons leurs désirs ; mais le manque d'espace, de temps, de matériaux, de ressources, nous apporte de tels obstacles à surmonter, que nous croyons avoir quelque titre à l'indulgence. Quant à notre bonne volonté, elle est entière, et nous voulons faire notre possible pour être utile au plus grand nombre.