‹ Le Naturaliste canadienChapitre 102 sur 142 · Y A-T-IL DES VERS DANS LE TOMBEAU · texte numérisé non relu

Y A-T-IL DES VERS DANS LE TOMBEAU

gende. Le Directeur de la Vérité apipreudr^ qu'il' s'est, au moins une fois, trompé ^ Théophile Gauthier (La coviédie de la mort) et CrémAzle {Promenade des triÀn mor^s)yont être en belle posture, pour avoir tant fait jaser le ver avec le cjxdavre !

D'autant que le Naturaliste ne fera là que maintenir la position que jadis il a prise en cette affaire. Dans sa première année, en la livraison de février 1869, Tabbé Provancher a traité cette question. Les paroles de l'Ecclésiastique:

Putredo et vermes hceréditahuvt ilium Vi7idicta car^

nis impii, ignis tt vermis, etc., ne doivent s'entendre, disaitil, que des tourments de Tenfer. — D'ailleurs, la chose est absùjf'de. " Les larves carnivores vivent toutes à l'air libre ; celles qui vivent dans la terre ne se nourrissent que de matière végétale."

La preuve sera donc fyxîile à faire. Pauvres Gauthier, Crémazie, Tardivel !

Sur les entrefaites, nous recevions de Paris l'ouvrage La faune des cadavres, de M. P. Mégnin (l'auteur précisément dont M. Couture a parlé dans l'intéressant mémoire que nous publions en ce numéro.) Voilà notre affaire ! nous dîmes-nous. Il est évident que nous trouverons là de nouvelles raisons pour démontrer l'absurdité de cette prétendue présence des vers dans les tombeaux.

Eh bien, ce n'est plus cela du tout ! " Nous avons changé tout cela." La Science, une fois encore, s'était trompée !

*' Connaissant» dit M. Mégnin, les lois qni régissent le développement defl' ▼ers des cadavres, nous étions convaincu, et tous ies naturalistes avec noas,qu« l'expression poétique " l^» vers du tombeau,*^ était Texpression d'un préjugé, et que tout cadavre euft;rmé dans un cercueil et enterré à deux mètres de profondeur, mesure réglementaire, se décomposait et se réduisait en poudre, selon l'expression biblique, tous l'influence des seuls agents physiques et chimiques et des Microbes de la fermentation putride. Kous nous trompions, car, aifisi que BOUS l'avons reeoana, les cadavres inhumés, au moins dans les conditions ordinaires, sont dévorés par des vers, tout comme ceux qui sont abandonnés à l'air libre ; seulement ces vers sont moins nombreux en espèces."

C'est dans l'hiver de 1886-87, et depuis, que M. Mégnin a pu faire ces découvertes intéressantes. Les faits dont il s'agit sont si peu connus ^ue l'on nous saura gré, pensons-nous.

de citer une partie (lu chapitre consacré par ce savant à la

faune des cadavres inhumés.

** Les espèces d*Ihsect«a que nous avons reciioil lies dans les bières exhumées, Foit à ] état parfait, soit à l'état de larves, bout les suivantes :

"Qnatre espè<M8 de Diptères : 1a CalHphora vomitoria^]» Curtonevra stabulans, \a Phi/ra aterrima et Mïïif Anihomysiàe dvL genre Ophira ; deux espèc' s do Coléoptères : le Ehizophagus parallelocollia et le Philonttia ebeninus; deux Thy anoures : VAchorutes armalus et le Ttmpletonia nitida ; enfin une jeune Jule indéterminée.

" Les larves des Col éo| teres et celles des Diptères ont un rôle très actif dans 1h décomposition deK cadavres inhumés ; mais, comme aur les cadavres à l'air libre, elles n apparaissent que successivement : sur de^ cadavres inhumés depuis deux ans, le rôle des larves de Caliiphores et de Curtonèvres était terminé depuis longtemps, car leur activité s'était exercée dès la mise en bière ; les Anthomyies leur avaient succédé, mais les larves de Phoras venaient seulement d'accomplir leur travail, car leur métamorphose nymphéale était toute . récente et Téclosion des adultes H'est faite dans hs tubes où nous en avions renfermé un certain nombre, trois ou quatre jours après, ce qui nous a permis de récolter une grande quantité de ces mouches à Téiat parfait. Signalons en passant, que c'est par myriades que les nymphes^des Phoias existaient sur les cadavres de deux ans ; ils en étaient couverts, comme Us jambonneaux de chapelure, mêlés à une pouire brune composée uniquement du produit des déjections des larges. Il y avait certainement là un grand nombre de génératious.

" Quant aux larves de Bhizophagus, elles étaient encore en pleine activité et nous en avons récolté un grand nombre de très vivantes, ainsi que quelques individus à l'état parfait.

"Comment ces divers insectes arrivent-ils sur des cadavres inhumésl à deux mètres de profondeur et enfermés dans des cercueils aux plMnches assez bien jointes ?

'' Nous devons dire tout de suite, relativement à ces cercueils, que Thnmidité et la poussée des terres provo luent très vite un voilement des planches et que de larges voies du pénétration se produisent promptement ainsi que nous l'avons constaté.

** Un fait curieux nous a fait découvrir de quelle manière les larves de Caliiphores et surtout de Curtonèvres qui sont bien plus abondantes que les précédentes, arrivent sur les cadavres : les cadavres inhumés pendant Tété, seuls en présentaient des restes, tandis que ceux inhumés pendant l'hiver en étaient totalement dépourvus, bien qu'ils présentassent en abondance des chrysalides d'Authomyieu et surtout de Phoras, et de nombreuses larves très actives de Bhizophages. Ce fait prouve que les œufs de ces diptères sont déposés dans les ouvertures naturelles, bouche ou narines, avant T ensevelissement et que les larves se sont développées ensuite dans la bière ; on ^ait, en effet» combien ces mouches sont communes dans les chambres de malades et dans les salles des hôpitaux pendant la.saison chaude ; elles ont complètement dispara pendant l'hiver.

''Quant aux Phoras et aux Bhizophages trouvés en pleine vie sur des cadavres inhumés depuis deux ans, il faut forcément admettre que leurs larves pro-

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