Y A-T-IL DES VERS DANS LE TOMBEAU
Tiennent d'œufs pondan à la surface du sol par ces insectes, attirés par des'éma* nations cadavériques particulièi es, perceptibles à leurs sens si délicats ; que les larves qui sont sorties de ces œufs ont traversé toute la couche de terre qui les «éparait du cadavre, en so servant peut>être des gklerles des vers de teire, et, dirigées par leur odorat, elles sont ainsi ariivCes à la surface du cadavre, com« me d'a>itres larves de mouche arrivent, ainai qu'on le sait, sur les truffes en décomposition cachées ansii dans la terre.
"Un fait de mœurs très curieux nous a aussi été révélé par nos recherches : c'est que les Phoras s'adressent de préférence aux cadavres maigres» tandis que les Bhizophages ne se trouvent que sur les cadavres gras ; la larve de ce dcrnier insecte parait» en effet, ne vivre que de gras de cadavre, et nous ne l'avons trouvée que sur des amas de graisse rancie qui avait coulé au fond do la bière en s*y maulant et provoiiant des caUvres très gras.*'
Le présent travail, ajouté à celui de M. Couture, donnera à nos lecteurs une notion suffisante des Travaillf'ura de la ' mort Ces lugubres sujets d'étude, pour n'être guère réjouissants, n'en sont pas moins intéressants. — Ainsi donc, bon gré mal gré, nous avons h compter avec les insectes ! Durant la vie, des insecticides variés noua permettent de lutter avantageusement contre eux ; mais, après la mort, nous ne pour* rons plus nous défendre, et ils auront beau jeu. — Voilà une gibondante matière de méditations, pour le temps du carême.
Et l'on dira encore que l'entomologie est une science d'importance minime, et que c'est perdre son temps que de s'y appliquer !
Voici pourtant une nouvelle démonstration de son utiliU. L'ouvrage de M. Méquin porte en sous-titre : Application de Ventomologii àlc nié(lei-i,ie U/al'.. C'est que les faits dont il s'agit peuvent rendre de grands services en certains cas. Il peut importer beaucoup, en effet, de détermîn îr à quel temps remonte la mort. Eh bien, rien n'est plus facile maintenant que de savoir à quoi s'en tenir là-dessus, puisque les diverses espèces d'insectes nécro^^'ores n'apparaissent, sur les cadavres inhumés ou restés à l'air libre» qu'à des époques
fixes et connues M M. les juges, les avocats, les médecins,
les jurés, les témoins, c'est-à-dire tout le moude, il ne vous est plus permis d'ignorer l'entomolo ^ie !
4f6 LE NATURALISTE CANADIEN
REPOxNSES A DES CURIEUX
Le castor ESTiiL UN POISSON ? — Le correspondant J. B* C. répond/ ÛAUS le Bulletin des Recherches historiques (livraison de mars, p. 47),que cette affaire "ne fait plus de dou7 te pour persoLne. La Faculté de médecine de Paris déclara juridiquement que le castor était un poisson."
Tout dépend de ce que Ton entend par poisson. Si, pour être poisson, il suffit d'habiter plus ou moins les eaux, le castor en est certainement ; et bien d'autres êtrei^ aussi. Par exejiiple les maringquins, les libellules (ou de- . moiselles), sont des poissons, au moins dans la première période de leur existence !
S'il s'agit de ce que la science appelle poisson, oh ! alors, c'^est different. Dans ce cas, il y a autant de raison de ranger le castor parmi les poiœons, qu'il y en aurait de dire que les poules sont des reptiles. — Il doit y avoir longtemps que la Faculté de médecine de Paris a fait un poisson d'un anima! à quatre pattes, niammijère, à respiration pulmonaire, revêtu d'une épaisse fourrure
L'osier exisi^-t-il au Canada ? — Puisque l'on fait des paniers, au Canada, c'est qu'il y a de l'osier !
A la question dont il s'agit, posée par F., à la page 48 du même numéro de la même publication, il est du reste facile de répondre en ouvrant la Flore canadienne, Pro van qher. Ou y voit que l'osier est un Sîiule, et quç nous avons ici deux espèces d'osier, introduites d'Europe : le Salix viminalis, L., saulte osier- vert, et le Salix purpurea, L., dit osier rouge ou usier noir.
Quant à l'Osier du Canada, aux fleurs jaune-pâle, que V. Hugo (cité par le correspondant F.) fait croître à Saint- Domingue, c'est un inconnu dans notre flore, et probablement aussi à Saint-Domingue : car les Saules sont très rares en dehors de la zone tempérée de rhémisphère boréal.
PUBLICA.TIONS REÇUES 47
PUBLICATIONa REÇUES
— Proceedings of the U. S, National Muséum, Vol. 17,
— Smithsonian Report, CT. 8, National Museum, 1893.
— Proceedings of the California Academy of Sciences, 2nd Series, Vol.. V, p. J,
— -Proceedings of the Academy of Natural Sciences of Philadelphia, 1895, p. in.
— (Field Columbian Museum, Chicago, Publ. 8) W. HL Holmes, Monuments of Yucatan.
— Seed Catalogue, 1896. ** This book tells where to buy- Best Seed for the Least Money." J. J. Bell, Binghamton, New York.
— J.-E. Eoy, e/eaTi Bourdon et la baie d* Hudson, Ce travail est extrait du Bulletin des Recherchef^ historiques,
— Ch. F. St. Laurent, Oermanization and Américanisation compared, Montreal, 1896. Brochure de 20 pages in- 8o, du plus vif intérêt pour tous ceux qui s'occupent des questions de nationalité dans rEgliae. C'est un plaidoyer très éloquent en faveur de nos compatriotes des Etats-Unis, dont l'attachement à leur foi et à leurs institutions nationales est trop souvent mis à rude épreuve.
— Hoffmanns Catholic Directory, 1896. Hoffmann Bros. Co., Milwaukee, Wis., U. S.
Voici la onzième édition de cette utile publication, qui contient des renseignements complets s.ur tous les diocèses des Elats-Uuis, dû Canada, d© Terre-Neuve et des îles Saint- Pierre et Miquélon. Ce Directory est publié en quatre fascicules chaque année. Le No 1, dont nous parlons en ce moment, est un volume in-12 de près de mille pages. Les trois autres livraisons, qui paraissent à différentes date?, donnent à mesure .
les modifications qui se produisent, par décès ou autrement, dans l'organisation ecclésiastique. L'ouvrage contient une carte des E.-U. divisée par diocèses. Il est à désirer qu'un jour les diocèses du Canada et de Terre-Neuve soient aussi indiqucf^s sur cette carte, ou sur une carte spéciale. La liste alphabétique de tous les endroits où s'exerce le ministère sacerdotal est très utile à consulter. — Le prix de cet ouvrage est de SOcts pour les quatre fascicules.
La liste des journaux cathodiques du Canada, p.ibliéedans ce Directory, nous paraît avoir été rédigée depuis assez longtemps. Il y faudrait plusieurs corrections.
— St. Anthony's Canadian Messenger, Eevue mensuel • le de la dévotion à saint Antoine de Padoue. 50 cts par an- ]iée. S'adresser à M. l'abbé E. DeLamarre, Chicoutiuii, P. Q.
Nous remercions de tout cœur notre confrère de VEnsel^ gnement primairfy qui a bien voulu signaler le commencement de notre vingt-troisième année.
Notre reconnaissance la plus vive à la Minerve aussi» qui, le 14 de ce mois, a bien voulu parler de notre œuvre dans les termes les plus sympathiques.
—Pour la Patrie, J.-P. Tardivel, Libr. Cadieux & Derome,ra« Notre-Dame, Montréal. Libr. S.
Chaperon, rut de la Fabrique, QucbtJ. 80 cts par la poste,
— Manuel de Droit dviqu^, C- J. Magnan. Libr. S. Chaperou, me de la Fabrique ; Libr. Langlais, rue Saint -Joseph, Québec.
65 cts par la poste.
— L' Apôtre du Saguenay.HunTÔ, [Biographie de Mgr D. Racine].
50 cts. Chez l'auteur, au Séminaire de Chiçoutimî, P, Q»
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Vk^ I aiïTATN A PATEN'T* Form pTOEiirit ftnswpr And aj\ bnne^it npitilon, write to M L'NN A C'<>., whn hAjc hntl nettrljr flft j- Tcnra* «xp e ri en C6 I a III e pu 1 6 II t Lu si n *?e s, romtiiuii iott. tloBi iUliîtly C'OriflrJniitla.l. AH (i Tidbnnk uf In* înmiiitiDii PfjncpnilriK l'ntPiifiH nnd Ikjw tn <)t>tdtn ttkcm EËtit (rm. A\so a catHlu^fue qf meubjo»- Ical Riia sel pn t 11! c bfK>kJi p eti t f i ce* ^
J^atcnta talc en tïmjuRb Muna ft Co. recpt** vn^ci&l notice In tbe Srif?iitEn<: Jlmevicnn* «ïid tljus flJfl bJ-oiiiîbË W3di?!tï" nefnre llie pnhnc: îrith* (iut ciHt tq ïbo friTcntor* ThiF splrndifj jinpeT^ IsiiUf <V weeltTr, elfpajit ]y IIIttBf mtoOl, hfl? It mi < ha lor^Pht rirf;i:]U>K>ii DÎ any pcumUflc wr^rk lu tbo wûrld, it^l II y par, tan nie cotkIos ëent free.
Bultdins Eilition. mflhfblyt llMa year. &t\ftîû iCoplesH ^JpÏ «ente. Kvury numlner cr^ntriLtm heautl/ul îïlatQ*, in eolûtE. atid PbotopntjfïJB of new bùn^e». ^Ltb pla-Tia, enatiHiiHliuSIdere toshow tli* ïfttRf t «.It'^AlcmiA and w^cure cnu tracts. Aildrcfla
VOL. XXIIl (VOL. Ill DE LA DEUXIEME SERIE) No 4
Chicoutimi» Avril 1896 DireoteurPropriétaire : TaLbé V.-A. HOARD
L'ABBE PROVANCBER
(Continué de la page 185 du volume précédent)
De 1855 à 1S59, Toronto fut ainsi le siège du gouvernement. Alors, comme aujourd'hui, beaucoup de graves sujets passionnaient l'opinion publique et fournissaient aux politiciens et aux journalistes une abondante matière de dissentiments. Le ministère Taché- McDonald daigna pouriaut, au milieu de ses soucis, s'intéresser mê:îî« à une humble plante et chercher les moyens de la défendre contre des ennemis qui, pour n'avoir pas explicitement juré sa perte, ne menaçaient pas moins son existence.
Cette humble plante, c'était le blé, que Ton cultivait à cette époque, dans nos provinces, beaucoup plus qu'aujourd'hui. Divers insectes,di verses maladies s'attaquaient à cette graminée, et Ton s'alarma des dangers que cour*ait une culture de telle importance. Il n'y avait pai^, en ce temps-là, à compter sur les plaines de l'Ouest, pour nous fournir de pain. L'Ouest n'existait pas alors pour les provinces du Canada.
Puisque les insectes et les champignons nous avait déclaré la guerre, il fallait nous défendre. Il fallait lutter, sinon pour nos foyers, pour la Constitution, pour Sa Majc»sté britan- Lique, au moins pour le four, la huche, la table ! Le gouvernement du Canada ne faillit pas à la tâche. Il appela aux armes.
7— Avril 1896.
Cet armement, en respèce, c'était d'abonl la connaissance suffisant:) (le ces ennemis et des moyens propres à les combattre. On communiquerait à la classe afjricole tous ces renseigjiemcnts, et l'on serait partout en état de lutter efficacecément.
On résolut de s'adresser aux spécialistes, pour obtenir les données nécessaires sur la question, et d'offrir des prix pour récompenser les meilleurs travaux qui seraient présentés. Le 15 août 1856,1e ministère de TAgricnlture publia la proclamation suivante :
Bureau d*Agriculture ft des Statislianes Toronto, 15 août 185(5.
Prix de concours '^^^45, ^25, et ^15.
Les prix designés ci-dessus seront payés pour les meilleures Essaîs.concernant la nature, les habitudes et Thistoire des progrès, de temps en temps, et les causes des progrès du Charançon, de la Mouche Hessoise, du Cousin et des autres insectes qui ont fait des ravages dans les récoltes de blé au Canada, ainsi que sur les maladies auxquelles ces blés ont été soumis, et les meilleurs moyens de les éviter ou de s'en préserver.
L'Essai devra être déposé au bureau, vers le 15 janvier prochain, et distingué par «ne devise, dont copie sera aussi envoyée dans une lettre cachetée avec le nom et l'adresse de l'auteur. Les prix seront décernés d'après la décision d'un comité, qui sera nommé par le Bureau d'Agriculture du Haut et du Bas-Canada, ou, à défaut de toile décision prise par le Bureau, les Essais choisis deviendront la propriété du Bureau. Il ne sera accordé de prix que dans le cas où l'on produira un Essai ayant des mérites suffisants.
On craint que les fermiers, dans leur ardeur pour produire le blé, n'accordent pas assez d'attention au danger de laisser trop mûrir les grains, et l'on espère que les avis '^et renseignements que pourront procurer les Estais désirés aideront à faire cesser les grandes épidémies auxquelles le blé est sujet.
P. M. Vankoughnet Ministre de l'Agriculture, etc. Les professeurs Hincks, de TUniversity College de Toronto, et Dawson, du Collège McGill de Montréal, furent nommés comme juges du concours, auquel vingt-deux personnes prirent part. Le premier prix fut accordé à M. H. G. Hind^ professeur de chimie au Trinity College, Toronto ; le deuxiè- Tiie, au Rev. Geo. Hill, recteur de Markham ; et le troisième à Emilien Dupont, Ecr, de Saint-Joachim (Montmorency), dont le travail était désigné par la devise suivante : Spinas et trihulos genninahit tihi {terra) et comecles herham 'errœ.
L'ABBÉ PROVANCHER 51
Cet Entiiien Dujiont, Ear, n'était autre que i*abbé Provancher, curé de Saint- Joachim. Pourquoi notre eoficurrent avait-il cru devoir se cacher sous un pseudonyme ? Craignaitil de n'être pas jugé avec toute l'impartialité désirable, s'il se présentait en sa qualité de prêtre catholique ? Il ne devait aucunement redouter ce péril, puisque les juges ne pouvaient connaître les auteurs des essais, qui ne portaient pas de signature, mais (pie des "devises" senlcmiut permettaient de distingaer.il faut cr.)ire,plutôt,que M.Provancher se défiait du mérite de son travail, peu habitué encore qu'il était à affronter pour ses écrits les hasards de la publicité. En tout cas, s'il n'y eut pas d'autre motif à son déguisement intentionnel, ce motif était assez peu fondé, comme il fut prouvé par l'événement.
Il est de toute évidence que le second,et, à plus forte raison, le premier prix, aurait davantage affirmé la valeur du travail de M. Provancher. . Mais on ne saurait manquer de reconnaître qu'il y avait encore .<le l'honneur, pour un " petit Canayen '*, à arriver au troisième rang parmi les vingt-deux personnes qui prirent part à ce concours. La plupart des autres concurrents, sinon tous, appartt^naient vraisemblablement à la "race supérieure " ; ils avaient eu à leur disposition, pour s'aider dans l'étude de l'histoirp naturelle de ce pays, toute la littérature scieî^.tifîque des Etats-Unis et du Canada, tandis que notre " petit Canayen " n'avait rien trouvé il'écrit en sa langue, pour se guider, et, n'ayant pas une connaissance bien parfaite de l'anglais, n'avait pu profiter qu'à moitié des écrits dus aux naturalistes de ce continent. Il a donc, en cette circonstance comme en nombre d'autres, bien mérité du nom canadien-français. Honneur à lui !
U Essai sur les insectes et les maladies qai afectent le blé fut publié en 1857, à Montréal, en une brochure de 38 pages in-8o, et imprimé par les "Presses à vapeur du Canada Directory ,rue St. Nicolas.'- Le fait de cette publication à Montréal donne à pensei^ qu'elle se fit aux frais du gouvernement. On ne comprendrait guère, eii efi'et, que l'abbé Provancher ait
fait imprimer ce travail à Montréal, surtout lorav^u'll a publié à Québec tous ses autr.^s ouvrages ; et même c'est à une seule maison de Québec, rimpriraerie Darveau, qu'il a confié l'impression de tout ce qu*il a publié, y compris le Naturaliste Canadien.
Ouvrons maintenant cette petite brochure qui, même aujourd'hui, rendrait sans doute des services aux apjriculteura qui l'étudieraient ; et, par une rapide analyse, voyons comment Tauteur s'est efforcé de ren^plir le programme tracé par le ministère de TAgriculture du Canada-Uni.
Après quelques généralités sur les maladies des végétaux, M. Provancher partage celles qui s'attaquent au blé eri trois classes, qui formeront les trois chapitres de son mémoire : ces maladies sont causées lo par des influences atmosphériques ; 2o par les parasites végétaux ; uu 3o par des parasites animaux.
Les INFLUENCES ATMOSPHÉRIQUES (jui peuvent compromettre le rendement du blé, sont au nombre de cinq : la^*cci6nisse, qu'un drainage intelligent peut ordinairement -çy^wqnir ; la CO aiJ are et l'ec'AaacZa^e, qu'il n'est guère au pouvoir de l'homme d'empêcher ; le versement des tiges, dont le roulage sur la semence et l'égouttage judicieux sont des remèdes préventifs assez efficaces ; Q\\^\^ ^^ix, germination en javelles. Ajx rapport de l'auteur, c'est à cette dernière nàaladie, "''a germination du grain dans la javelle,' qu'il faut attribuer .la perte du tiers de la récolte du blé, en 1855, dans le Bas-Canada. Eh bien, alors, c'est bien simple ! qu'on ne mette plus le grain en javelles ! Qu'on le dispose en nioyeite^, et tout sera dit. C'est justement le conseil que donnera, quarante ans pins tard, le -sage M. Barnard dans son Manuel d' Agrieultare.
Dans le chapitre deuxième, il est ijuestion aes parasites VÉGÉTAUX. Ces pauvres plantes troA^eiit des ennemis jus^juc parmi leurs "congénères !" Le règtae -atiimal lui-mêm.'ô n est pas sans nous of&'ir quelques exôuiplés de semblables faits. . . Comme les parasites végétaux sont presque tous des cryptogame3,M. Provancher donne d'abord qtielques notioni^générisiles
sur l'organisation de ces sortes de plantes. Puis il étuJîe les trois champignons qui s'attaquent au blé, savoir : la caAe om nille , le charbon et la rouille, en indiquant les remèdes à ces affections.
Quant aux parasites animauxJI faut se garder de croire qu'il est ici que&tion de bonnes vaches et de braves chevaux, qui, habitant un pré voisin du champ de blé, ont parfcis la fantaisie, "quelque diable les poussant,'* de passer la clôture et de se donner une petite fête, en présumant — bien à tort — le consentement du propriétaire. Il s'agit plutôt de ravageurs bien autrement redoutables, d'ennemis à taille infime, mais qui rachètent ce désavantage par leur nombre incalculable. J ai nommé les. insectes. Or, suivant M. Provancher, "les insectes, qui d'ordinaire se posent en ennemis du froment, sont t le hanneton, le charançon, lasaperde, le criquet, la fausse-teigne, l'alucite, la cécidomye et la mouche à blé." Contentonsnous de cette émumération, et disons que si les insectes et les auties ennemis du blé font aujourd'hui, dans la Province, bien moins de tort qu'autrefois à la précieuse graminée, cela est dû principalement à ce que Ton ne culti^'^e plus beaucoup le blé dans nos campagnes.
(A suivre)
m immi dans les haiîtès-alpês
Uriages-les-Baîhs (Isère)
Mon cher monsieur Tabbé,
J'ai quitté la Touraine il y a huit jours et me toilà installé à Uriages. J'ai fait bon voyage juaqu' ici, et, à l'exception du premier jour, j'ai eu- constamment beau temps. Parti à six heures du matin de Tours^j'éUiis à deux heures à Néris,
La voie ferrée suit pendant la plus grande partie du parcours la jolie vallée de Tlndre^et passe par Chafceauroux et Montluçou. Je n*ai fait que deux courtes stations en me rendant ici, Tune aux bains de Néris, où je nie suis arrêté pour voir une de mes parentes qui s*y est rendue bien soutirante, et l'autre à Lyon, dont je désirais voir l'Exposition.
Je connaissais déjà ÎTéris et ses environs, y ayant passé qielquea jours avec mon père et ma sœur il y a une quinzaine d'années. Mon père en avait gardé bon souvenir, car il eu était revenu ^uéri de douleurs rhumatismales aiguës. Cette petite ville, située- dans le département de l'Allier, est célèbre par son établissemeiit thermal. Les principales maladies qu'on y traite sont : le rhumatisme, la goutte, les névralgies, les névroses, les aflections utérines, certaines maladies de la peau, telles que l'eczéma, le prurigo, etc. On traite aussi à Néris quelques formes de paralysies, ne constituant que des paralysies partielles, etc.
Pensant vous intéresser, voici quelques renseignements copiés un peu à la hâte, le soir de mon arrivée, dans un guide aux eaux de Néris.
La saison thermale commence le quinze mai et linit le premier octob-'cUélévation au-dessus de la merest de 260 mètres, ie climat est tempéré, variable, sans excès, comme dans tout le centre de la France. Six sources, (\m existent depuis l'époque romaine, émergent d un terrain granitique à quelques mètres les unes des autres. L'égalité de niveau, leurs rapports d'analyse démontrent qu'elles proviennent d'une nappe commune ; le débit total est de 1500 à 1600 mètres cubes par vingt-quatre heures ; la température oscille entre 52 et 53 degrés centigrades ; la limpidité de 1 eau est remarquable ; sa saveur ne diffère pas beaucoup de l'eau ordinaire chauffée ; son odeur est très légère. Ces eaux faiblement minéralisées ont été classées parmi les bicarbonatées mixtes elles contiennent en effet des bicarbonates de chaux, de soude, de potasse, des chlorures, des fluorures, des silicates et une matière organique très abondante : les conferves, sortes dal-
^ues de la famille des conFervoïdes qui se développent dans l'eau à 48 ou 50 degrés ce n ti of rades. Je ne puis ici entrer dans de grands développements sur cette plante, je me contenterai de vous dire que c'est à la présence des conferves et des silicates que les eaux de Néris doivent cette consistance douce, savonneuse, onctueuse au toucher que les malades constatent dès leur premier bain et qui joue certainement un très grand rôle dans leur action calmante sédative.
Les eaux de Néris s'administrent en bains ordinaires, douches onlinaires, aux températures les plus variées ; en douches faibles, en bains de vapeurs, douches de vapeur, etc., etc. En résumé l'établissement présente à la thérapeutique hydriatique un arsenal des plus cjmplets. L'eau en boisson, le massage, rendent également de grands services et secondent puissamment le traitement balnéothérapique.
. Je ne veux pas vous en dire davantage craignant de vous f jitiguer. Je souhaite vivement, malgré tout le plaisir que j'aurais à vous voir en France, que vous n'ayez jamais besoin de recourir à Taction de ces eaux.
La pluie aidant, je n'ai fait qu'une courte promenade, je me suis rendu au parc des Arènes ; c'est un beau jardin public, placé au centre de la ville et planté d*arbres superbes platanes, ormes et tilleuls.
En y entrant, lœil est surpris de se trouver en face d'un immense aujphithé«àtre autour duquel existe encore une muraille, dernier vestige de 1 editice qui s'élevait jadis en ce lieu. Etait-ce un théâtre, était-ce une arène ? les avis sont partagés. L'amphithéâtre avait la forme d'un arc, dont la circonférence était de 168 mètres en dehors, le devant représentait la corde de l'arc et avait 68 mètres de longueur.
On a rencontré, dans les fouilles faites dans l'arène, de grande escaliers circulaires, et, sur un sable noir très fin, des ossements humains et de divers animaux carnivores,desdébris de poterie et de verrerie, des agrafes, des épingles, à cheveux, etc. Ce monument gallo romain és^t une preuve que l'emploi
des eaux de Néris remonte au moins aux premiers siècles de notre ère.
Le départejijent de TAllier possède aussi les eaux célèbres de Bourbon -rArchambault.
Le lendemain matin,dès six heuresje prefnais le chemin de fer pour me rendre à LyonA la station de Chamblet-Néris, la plus rapprochée de cette ville. La première station que Ton rencontre après Chamblet est celle de Commentry.J'ai bien regretté de ne pas pouvoir m'y arrêter cette fois, il y a tant à voir pour un amateur de géologie.
Commentry est une ville à Taméricaine ; il y a cinquante ans c'était un village, aujourd'hui elle compté 12,000 habitants. A Commentry tout est mines ou forges. L'exploitation régulière de la houille date duns cinquantaine d'années et elle a vite pris un immense développement ; sa production annuelle peut atteindre 400,000 tonnes ; elles les a même dépassées.
La houillère de Commentry appartient à la Société anonyme de Commentry-Fourchambault dont dépendent les usines de la Nièvre ; elle occupe au moins deux mille ouvriers.
Les puits sont nombreux et puissamment outillés, mais ce que Commçntry-mines a de particulier, ce sont ses sept tranchées, immenses excavations de soixante mètres de profondeur qui ont servi à l'exploitation à ciel ouvert. La première, en débouchant par la rue de la mine, est de toutes la plus importante, elle n*a pas moins de cinq cents mètres de longueur sur deux cents mètres de largeur ; pour le praticien, je recommanderai celle qui est à l'extrémité, ou tranchée de Longeroux. dans laquelle on peut voir mise à nu la magnifique couche de Commentry, avec système complet d'exploitation.
A tous ceux qui font une étude spéciale des questions géologiques, je signalerai le magnifique musée de paléontologie, de botanique fossile, dont tous les échantillons appartiennent au bassin de Commentry et ont été recueillis par les soins du savant directeur.de ces mines, M. Fayole. Ce musée absolument privé se trouve dans les bureaux de la mine.
Lors de mon voyage à Néris, grâce à la Imison de mon père avec Tun des ingénieurs des mines, j ai pu me procurer quelques beaux échantillons d'empreintes de plantes (fougères, prêles, etc.), et de poissons fossiles. L*une de ces dernières lie mesure pas moins de 30 centimètres de long, et le poisson est presque complet.
Une des grandes attractions de Coiiîmentry a toujours été, pour les baigneursjde Néris, les feux de la mine. Ces feux, dus à Tinfl^mmation spontanée de la couche de charbon et des schistes charbonneux qui Tavoisinent, ont bien diminué d'intenrfité, mais ils offrent encore un. curieux spectacle, surtout par une belle soirée succédant à une journée pluvieuse. Ils se trouvent à la sortie même de Commentry au bout de la grande tranchée.
■ La forge date également d'une cinquantaine d'années ; c'est un immense établissement pouvant occuper de dix-huit cents à deux mille ouvriers. On y fabrique la fonte, le fer marchand, la tôle, le fer-blanc, etc. Commentry n'est qu'à sept kilomètres de Néris.
J'oubliais de vous? recommander, si vous visitez quelque jour ces contrées, de vous arrêter en passant à Montluçon, petite ville située, comme Commentry, à sept kilomètres Je Néris. C'est une ville très manufacturière ; on y trouve un grand nombre d'ateliers pour le travail de la fonte et du fer, et au^si deux usines importantes pour la fabrication du verre : une grande verrerie à bouteilles et une manufacture de glaceSjdépendant de la compagnie de Saint-Gobain.C'est cette dernière surtout que je vous engage à visiter.
La coulée des glaces et leur laminage, les différentes phases du polissage, dégrossissage et doucissage, et enfin Tétamage, telle est la série d'opérations, toutes plus curieuses les unes que les autres, auxquelles assiste le visiteur dans une manufacture d<î glaces ; celle de Montluçon, récemment aménagée, a été munie des plus récents perfectionnemeiits.
(A suivre)
E, Gasnault.