LA LUMIÈRE NOIRE
M. G. Lebon, en recherchant p'il existait des moles d'énergie intermédiaires entre la lumière et réleetricité, est arrivé à découvrir ce qu il il appelé dans la suite la lurnih^e noire. Cet agent conaiiterait en vibrations du spectre lumineux comprivses en dehors du spectre lumineux visible, inais qui pourraient encore agir sur les plaques photographiques. Ses premières expériences consistèrent à faire passer la lumière ordinaire, celle du soleil, du pétrole et du gaz, à travers des plaques métalliques. Il mit dans un châssis, derrière une plaque de cuivre, un négatif et une plaque sensibl*^. Après une exposition de trois heures, au développement, une image apparut, plus nette qu'avec les rayons Rœntgen.
Après bien des observations, M. Lebon conclut qu'il était en présence d'un mode d'énergie qui n'est plus de la lumière, puisquil n'a plus qu'une partie de ses propriétés, et n'obéit pas aux lois de sa propagation. Ce mode d'énergie n'est pas non plus de l'électricité, puisque l'électricité, sous ses formes connues, ne produit pas les mêmes effets. Ainsi la lumière ne traverse pas des corps tels que l'éboniti et le papier noir, tout à fait tnxnsp ireiits pour les rayons X.
Il ajoute que, d'après de récentes recherches, certains êtres organisés paraissent jouir (le la propriété d'émettre dans l'obscurité des ra liations de lumière noire susceptibles d'impressionner des plaques photographiques. Il présente, à l'appui de cette nouvelle proposition, la photographie d'une grenouille reproduite en pleine obscurité, simplement en la posant pendant deux heures sur une plaque sensible.
En examinant la transparence de plusieurs métaux pour les rayons X, on avait trouvé que l'aluminium était le plus transparent;, puis venait 1 argent en feuilles battues ensuite
1 itain et les autres métaux sous l'épaisseur d'une ligne et un tiers. Le platine ne se laisse traverser que sous forme de feuille extrêmement mince. D'après M. Lebon, raluminiura et le cuivre sont très transparents pour les rayons noirs ; le fer est moins transparent, le zinc, largent et l'étain le sont très peu.
Dans les expériences avec la lumière solaire on n'a bien réussi que lorsqu'on a interposé, entre les rayons solaires et la plaque métallique, une lame de verre. Mais les verres ne sont pas également bons ; ceux qui produisent une fluorescence sont meilleurs. M. D'Arsonval ayant remarqué que la composition du verre des tubes de Crookes influe beaucoup dur l'efficacité des radiations cathodiques, il s'ensuivrait que tous les corps émettant des radiations de couleur jaune verdâtre peuvent impressionner la plaque photographique à travers les corps opaques.
Une expérience de M. Troost semble prouver cette hypothèse. Celui-ci a remplacé avec succès le tube de Crookes par une blende hexagonale artificielle. La blende est un minerai de zinc. Celle ainsi obtenue artificiellement avait la forme de prismes hexagonaux, transparents, et susceptibles d'acquérir une belle phosphorescence sous l'influence de la lumière solaire ou du magnésium. M. Troost a enveloppé la plaque photographique de façon à la soustraire à l'action de la lumière solaire, et, en se servant de ces prismes, a obtenu de beaux négatifs donnant' de vigoureuses épreuves.
Nous avons essayé d'obtenir des photographies à la lumière noire, mais nous n'avons réussi que très imparfaitement. Mais cela ne prouve rien contre les avancés de M. Lebon et de ceux qui ont répété ses expériences avec succès. Dans nos deux essais, ayant obtenu un commencement d'image dans des conditions que nous savons maintenant désavantageuses, nous pourrons peut-être réussir une autre fois.
Evidemment on n'e{>t pas au bout des découvertes tnr la nature et les lois dé. là lumière noire,commedes rayons Rœnt; gen. N'empêche que J lei^ faits connus jupqu'à cette heure
LES ABEILLES A LA GUEllKE 79
constituent des révélations fort surprenantes et des plus importantes.
Certains vsavants, qui prétendaient bien connaître les lois du monde physique et qui, enflés de leurs connaissances, y trouvaient un prétexte de mépriser les données de la Bible, devront tirer de ces faits une leçon d'humilité. Ne semble-t-il pas, en effet, que nous avons une preuve en quelque sorte palpable quo Dieu, dont les perfections sont infinies, voit à travers les corps les plus opaques ; et que les corps des bienheureux, transformés, spiritualises après la résurrection,pourront traverser n'importe quel obstacle, tout comme ces rayons matériels inconnus avant ce jour ?
L'abbé E. Poirier.
LES ABEir.LES Ali GUEERE
Il y a longtemps que l'on a imaginé de se servir des éléphants et des cheyanx à la giu^rre. On a même résoin, en nos temps, d'utiliser les qualités militaires du chien. Dans les âges futurs, les chats seront sans doute arrachés à leur hoateiise oisiveté, et pnés de mettre lours griffes au service de la patrie.
Pour le moment, on se contentera d'inviter les abeilles à interrompra leurs travaux pacifiqnes, pour s-iivre les armées de Sa Majesté. Car c'est un Anglais qui pro]>ose d'appeler ces petits insectes «sons les drapeaux.
Oh ! Il faut savoir qnel rôle on leur imposera ! On ne les incorpor*^ra pas dans l'artillerie, ni dans la cavalerie, ni dans l'infanterie, ni dans les ambulances ! On les chargera s ulement do porter les dépêches !
Notre Anglais à déjà tenté une expérience. Des abeilles, emport'es et lâchées à quatre milles de leur iuch', y soT\t revenues avec une extiême rapidité. — Voilà les pigeous voyageurs en disgrâce, et relègues parmi les vieilles choses.
Il faudra écrire les dépêches sur u" bien petit bout de b'en mince papier et les assujettir à leur corps par le fil le plus délicit. Les offi-iers au langage p o lixe partageront leur dépèche entre pluhieurs abeilles. — Q'iand il n'y ftura pas de dépêches à porter,les messagères feront do la '-ire pour le^J cierges qui servent à la messe de M.. l'Aumônier, et du bon miel pour les petits sodats b'essl*. — Lorsque viendra l'hiver, on conclura des armistices, pour attendre qne les . insectes se réveillent.
L'histoire a déjà enregistré les haut ^ faits du peiple des abeilles.— -Une fois, il y avait une ville. Cette ville qui appartenait aux Espagnols, fut assi g?e par les Portugais. Ceux-ci, de succès en snccès,allaient prendre la villed'a s-iuc quand les assiégés imaginèrent de garnir leurs mura llesde toutes les rnches qu'ils purent trouver, et d'allumer, auprès, de aranls feux. Les abiMlles, chassées par lafumée, sortirent en essaims pn s-scs, tombèrent sur les bataillons ennemis nt I03 mirent en fuite. Ces valenreu'^es abeill^-s furent ensuite portées en triomphe et. ..reçurent la médaille militaire. [Ce n'est pas l'histoire, il faut ra^'juor, qui
fait foi de ces récompenses estraordinaires ; mais cela peut n'en ôtre pas moins vrai.]
PIBJCATIONSRKOUES
— Proc^etîinga of the California Academy ofS'ciences, VoL V, p. 2.
— C. H. Feruald, The Orambid» of North America^ 1896. Cette monographie des Crambides, belie broi hure de 81 pages de texte, rendra les plus grands servit es à ceux qui étudient les microlépidoptères. Les petits papillons dont il <8t ici question, très jolis d'aspect, s'attaquent aux Gitiminées. — Toutes les espèces de la famille» croyons-nous, sont représentées au naturel en do» chromo-lithographit-s qui sont de tonte beauté. Nos remerciements à M. Fernald pour le gracieux envoi d'un exemplaire.
— Plaidoyer de M. 0. Desmaraia danê V affaire de Nap. Demers, 1896.— Prix 15 cts. — Envoi du Sténographe canadien, [A êuif>re'\
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CHICOUTIMI
le:
Hit© €aEmil@ii
VOL. XXIIl (yO^- in DE LA DEUXIEME SERIE) No 6
Chiooutiraii Juin 1896
Directeur-Propriétaire : l'abbé V.-A. HUAED
L'ABBE PROVANCHER
[Continné de la page 53J
L*abbé Provancher terminait son mémoire par des /Conclusions pratiques '* qui en sont le résumé fidèle. Et je trouve que ces conclusions sont en effet si pratiques que je crois bon de les faire connaître à mes lecteurs, dont le très grand nombre n'ont probablement jamais eu et n auront jamais entre les mains l'opuscule dont il s'agit, et qui est devenu l'une de nos raretés bibliographiques. — Quelqu'un n'a pas craint de déco- . rer du beau nom de bienfaiteur de la patrie le citoyen qui fait pousser deux brins d'herbe à l'endroit où il n'en poussait auparavant qu'un seul. Eh bien, qui sait ? Peut-être quelque lecteur tirera profit de l'un de ces conseils. ..et alors j'aurai bien contribué à conserver jusqu'à la maturité au moins deux épis de blé ! j'aurai bien fait qu'une couple de grains de blé, au moins, auront échappé, dans le grenier, aux attaques de ces monstres d'insectes ! Et je ne serai pas privé de la consolation d'avoir rendu quelque service à ma très chère patrie !
Voici donc ces " conclusions " qui resteront pratiques tant que l'on cultivera du blé dans la Province de Québec.
" Voulez- vous, cultivateurs, combattre la Jaunisse, la Coulure, l'Echaudage, le Versement ?
" Drainez vos champs, si non, égouttez-les, égouttez-les.
" Voulez- vous vous mettre à l'abri de la germination en javelles ?
" Mettez votre grain en moyettes.
11— Juin 1896.
" Voulez -voua préserver votre blé de la Carie ou du Charbon ?
" Chaulez la semence.
" Crainrnez-vous la Rouille ?
" Chaulez la semence, éf^outtez paA'faitement, et employez la cendre, la chaux, le plâtre, etc., comme amendements.
" Voulez-vous chasser de vos greniers le Charançon, la Fausse-teigne ou TAlucite ?
" Euiployez des herbes aromatiques, de l'Absinthe surtout, et donnez de lair à vos greniers.
'' La Saperde a-t-elle envahi vos champs ?
" Hersez votre chaume aussitôt après 'a moisson, réunissez-le par tas et mettez-y le feu.
" Enfin voulez- voua vous mettre à l'abri des ravages de la mouche à blé ?
" l"". Semez de bonne heure uu très tard ; 2°, Ne semez point sur du chaume de blé attaqué de la mouche ou dans des champs voisins; 3°, Faites périr les hinges que vous pourrez recueillir en battant et en vannant; 4°, Que les champs et la semence soient bien nets.
** Le cultivateur sage et intelligent qui usera de ces différents moyens pour combattre les ennemis de ses moissons, ne manquera pas d'en reconnaître de suite l'efBcacité."
Il est nire que les grands travailleurs restreignent leur activité au point de ne jamais sortir de leur spécialité. Plus ordinairement, tout en s'appliquant à cultiver le champ dont ils ont fait choix daris le domaine immense des connaissances humaines, ils ne se refusent point la satisfaction d'aller cueillir quelques fleurs ou glaner quel(|ues épis dans les champs voisins du leur, ou même en des territoires assez éloignés.
L'abbé Provancher ne s'est pas gêné d'étendre de cette façon le cercle de ses labeurs.Sans doute, il eut à cœur, avant tout, ses* étutles d'histoire naturelle, et la plupart de «ts publications tiaitent de sujets scientifi(|ues ; mais parfois .iUissi sa plume s'est exercée dans le genre historique, et sur-
L'ABBÉ PHOVANCHER 83
tout dans les écrits de piété, coimne nous le verrons plus tard.
Pendant son séjour à Saint-Joachim, il publia le Traité de Botanique et mit encore d'autres ouvrages de botanique sur le métier.Eh bien,au milieu même de ces entreprises,ileut ridée d'un travail propre à faciliter l'étude de l'histoire du Canada.
A cette époque, tout le monde ne s'était pas épris, comme maintenant, de cette étude de l'histoire nationale. Michel Bibaud et François-Xavier Garneau avaient été à peu près les seuls à exploiter cette veine. Assurément, M. Provancher ne songea pas à lutter a,vec ces historiens et à refaire sur un plan nouveau les ouvrages de ces pionniers de notre histoire. S«ffs vues étaient beaucoup plus modestes.
Il arrive à tout Canadien, n'est-ce pas ? non seulement de parler des affaires de son prochain, — quand même elles ne le regardent pas — , mais aussi des hauts faits de nos ancêtres, de l'administration de tel ou tel de nos gouverneurs; par exemple,on ne sait jamais la date précise de l'événement que l'on mentionne ; surtout l'on confond toujours une expédition avec une autre. Quant à pouvoir dire ce qui passait en même temps en France ou en Angleterre, quant à nommer le pape qui gouvernait alors l'Eglise, personne n'en sait quoi que ce soit de précis, s'il n'est un érudit, espèce rare à toutes les époques.
Eh bien, si vous aviez là, sur le mur du cabinet d'étude ou d'une pièce quelconque de la maison, un grand tableau où se liraient toutes ces choses-là ? Ce serait utile pour ceux qui parlent et pour ceux qui écriventEt cela exempterait de rester avec des notions vagues sur tel point d'histoire, ou bien de feuilleter tout un volume pour s'assurer d'un détail dont Ton est curienx.
Si toutes les familles du Bas-Canada ne jouirent pas de ces précieux avantages ; si, dans toutes les maisons, l'on ne vit pas collé au mur le "grand tableau " où l'on trouverait tant de choses en si peu de temps, ce ne fut pas la faute de l'abbé
Provancher. Car il eut TiJéo de ce tableau, il compila les détails de ce résumé chronologique, et le fîtimprimer à l'établissement C. Darveau, rue de la Montagne,Québec, en 1859.Et ce Tableau, publié en " 1859 ", on en voit la description sur la couverture du Traité de Botanique^ publié en "1858" ! Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est que, sur cette même couverture d'un volume qui porte la date de " 1858'*, il y a ' aussi l'annonce de la Flore canadievne, qui ne fut pourtant publiée qu'en " 1862"! Ces apparentes anomalies ne sauraient étonner que les gens qui ne sont pas du métier ; et j'espère que l'on ne compte pas sur moi pour avoir l'explication de ces trucs de librairie. Piis de trahison !
Le titre complet du tableau est celui-ci : Tableau chronologique et synoptique des principaux faits de l Histoire diu Canada, tant civile que politique et religieuse, depuis sa déco u verte jusqu'à nos jours (1859),avec les synchronismes de V Histoire de France, (L'Angleterre et de V Eglise. Et l'auteur ajoute, dans l'annonce de 1858 : " Ce Tableau — Carte de 40 pouces sur 26, contenant la matière d'un volume in-12 de 100 pages, est bordé d un encadrement en feuilles d'érable fermé par un castor dans le bas et portant dans le haut les portraits de Mgr de Laval et de Jacques Cartier:"Il faut reconnaître qie cet encadrement de feuilles d'érable, large d'un pouce et demi, est un travail remarquable et qui a dû coûter cher, puisque c'est une gravure sur bois. Les deux portraits, "dans le haut" de l'encadrement, sont assez réussis. Quant au castor, placé " dans le b as," il est digne de tous les suffrages par le naturel de sa pose et sa parfaite exécution ; et, comme il est après ronger un tronc d'érable, cela donne l'idée que notre rongeur national est armé d'une dentition redoutable. Ce détail devrait faire réfléchir nos ennemis. Car le peuple canadien -français, s'il ne ronge rien du tout, a toutefois des dents qui en valent la peine ; seulement, il a le tort de ne pas les montrer plus souvent.
(A suivre)
CXE EXCURSION DANS LtS HAUTES- ALPES 85
UNE EXi;i KSION DANS US HAyTES-AtPKS
[Continué de la page 74]
Hier je suis monté au château, qui est ouvert un jour par semaine aux baigneurs, et j'ai revu les belles collections qu'il renferiiie : antiquités, tableaux, médailles, enfin celles criiistoiro naturelle. Je ne vous parlerai que de ces dernières qui vous intéresseraient le plus à voir ; elle» comprennent : Tornithologie (300 oiseaux), collection très complète des oiseaux que Ton trouve dans le département de Tlaère ; mammifères (parmi lesquels un fort bol ourn, pris datis les montaornes d'Uriaore où l'espèce devient de plus en plus rare) ; minéralogie dauphinoise ; coléoptères et lépidoptères du Dauphiïié.
Malheureusement il y a toujours foule les jours où l'on visite, le temps est lintité, on voit trop vite pour pouvoir prendre des note:».
De la terrasse du VhAbeau on a une bien belle vue sur les montagnes voisine.^, l'établissement des bains, placé cent mètres au-dessous/la gorge du Sonnant, la vallée de Vaulnavey et le bassin de Vizille.
Ce château fut construit par les seigneurs d'Alleman, une des plus anciennes familles du Dauphiné, auquel elle a fourni de nombreux guerriers non seulement pour les croisades, mais pour tontes les luttes dans lesquelles il fut engagé. C'est une Alleman qui donna le jour h Bayard. Les ruines du château où il naquit sont situées dans la vallée de GrésivaUdan à une quarantaine de kilomètres d'Uriage.
Une de mes filles, qui s'occupe de botanique, m'nyant <lemandé de lui rapporter des plantes des Alpes, j'ai commencé ces jours-ci mes recherches ; et j'ai déjà réuni bon nombre il échantillons. Pour les déterminer plus facilement, je me suis procuré le Guide du botaniste dan» le Dauphiné par Tabbé Bavaud. Voici ce que j'y trouve surUriage :
"Le frais et riant vallon d'Uria^e offre aux botanistes un " certain nombre de plantes qui méritent leur attention,telles '* que Bunias Erucago, Filago lutescens, Campanula patula, " Chen podium hybridum,L'ySolannm ochroleucum,Scleran' *' thus perenniSjAgrostis spica-veniiMigiteria filiformis, dans " les champs et les lieux secs.CaciibaluG hacciftrus, dans les " haies. Epilobium tet'^agonuin, dans les lieux humides. " Verbascitm thapsif orme, Schre^d, au bord des chemins. 4.9- " clepias cornuti,Denc,k la lisière des bois, au su«i-est de Téta- '•' blisscment des bains. Hieracium bifrons arv. Tour, et " Rubus atratiis Genev., dans los bois au-dessous du château. *• Lelybiim marianiim Gortii. est signalé à tJriago par M. " Dotfur, Selogmella helvetica et Aconitum panic u latum, "
Dans mes explorations je n'ai pas encore rencontré toutes ces plantes ; il est probable que j aurai passé près de certaines d'entre elles sans les reconnaître.
Un de ces derniers jours je suis allé avec un de mes amis visiter,à quatre kilomètres d'Uriage, non loin du bourg de Vaulnavey, une min© de fer dont l'exploitation a été abandonnée depuis nombre d'années , il ne nous a pas été possible de pénétrer dans l'unique galerie qui ait été ouverte, grâce à l'eau qui l'a remplie en partie ; mais nous avons trouvé quelques beaux échantillons de fer oligiste dans les déblais entassés devant l'ouverture. En continuant notre promenade, nous rencontrons, à environ un kilomètre plus loin, une carrière d'ardoise également abandonnée, et, dans ^es tas de débris qui en resten*-, j'ai ramassé deux belles empreintes <le plantes. Les ardoises paraissent de très bonne qualité ; seulement l'accès de cette carrière est difficile et il est probable que c'est ce qui en aura arrêté l'exploitation.
Au retour, en passant à Vaulnavey, j'ai fait une visite au bon curé, et je lui ai montré les produits de notre excursion. Il m'a dit que sa commune possédait d'autres richesses minières, que sur les-pentes plus élevées qui dominent le bourg de Vaulnavey se trouvait une mine de plomb argentifère également abandonnée, et il m'en a donné un bel échantillon, me proposant de m'y f^onduire un jour. J'ai accepté
sa propositiou et j'espère bien faire cette excursion avant mon départ.
Il y a aussi sur Vaulnavey, au pied de la Croix de Chanronsse, Tun des sommets les plus élevés dominant Uriage (2255 mètres d'altitude), les restes d'un essai d'exploitation de quartz aurifère, que je me rappelle avoir visitée à mon premier voyage à Uriage. Malheureusement à cette époque, c'était vers le 15 juin,la neige i-ecouvrait encore la partie de la montagne où se trouvent les fouilles et je n'ai pu ramasser que quelques frag «ients de quartz. On m'a dit que cette exploi tation n'avait été abandonnée que par suite des difficultés qu'elle présentait à une pareille hauteur. J'avais aussi rapporté de cette excursion de beaux échantillons d'amiante détachés des rochers avoisinant le sommet de Chanrousse et dominant le lac Robert.
La chaleur a été grande ces jours-ci ; pouvant difficilement promener, j'ai utilisé mon temps en allant à Grenoble passer quelques heures à la bibliothèque.
" Le musée-bibliothèque est, par son installation, sans ri- " val en France (c'est mon guide qui parle et je crois qu'il a ** raison.) Dans le spacieux vestibule d'entrée s'ouvrent, à " droite, la porte de la bibliothèque, près de laquelle est pla- *' cée la salle de lecture, pouvant donner place à 54 lecteurs; " à gauche, la porte du musée. A côté de celui-ci, un escalier " conduit à la salle des dessins et des gravures et à la galerie " Genin où est réunie une magnifique collection de meubles, *^ de faïences, d'ivoires, etc.
" La principale salle de la bibliothèque, longue de soi- • Xante- deux mètres et large de treize mètres 6cS® , est remar- " quable par sa grande élévation, sa décoration et la disposi- " tion générale des collections qui y sont placées. Cette biblio- *' thèrque possède environ 570,000 volumes imprimés, 640 in- " cunables, 7300 manuscrits et 2000 autographes, ainsi que '* de précieuses collections de médailles, de bronzes antiques, " etc."
J'y ai trouvé un certain nombre d'ouvrages très intéressants sur la région d'Uriixge : Uriage et ses eaux ininérales^
par le docteui' Doyon ; Uriageles-bains et son château, par O. Denord ; Description du canton de Domine, par F. Crozet; Promenade a V tour d'Uriage par la rédaction du Dauphiné ; La charlreuse de Prémol, par A. Pilot ; Vizille et ses environfi, par A. Bourne ; Description géologique du Dauphiné, par Charles Lory. Ce dernier ouvrage m'a particulièrement intéressé, et j'en ai rapporté de nombreux extraits que je compte utiliser dans mes prochaines excursions.
Voici quelques lignes extraites de la premiere partie, qui se rapportent à ma promenade à Vaulnavey :
" Les filons de fer spathique sont très nombreux dans les '* schistes tal queux et dans les gneiss micacés de la chaîne de " Belledonne,et leurexploitation est surtout très importante * dans les environs d'AUevard. La plupart de ces filons pa- ' raissent postérieurs aux grès à anthracite des Alpes ; il en " est même qui sont encore plus récents. Les autres gîtes mé- " tallifères du Dauphiné sont très variés . Nombreux dans " les gneiss, ils sont plus rares dans les schistes talqueux et " micacés ; quelques-uns sont d'ailleuis encaissés dans le lias. *' Enfin il en est qui sont à la limite du lias et des terrains '* cristallisés. Les minerais les plus fréquents sont la galène, " la blende, la pyrite de cuivre, la pyrite de fer, le cuivre gris, *' la bournonite. Dans certains gîtes on trouve encore du nic- " kel, du cobalt, de Targent, de lor natif. La gangue la plus " habituelle est le quartz ; cependant, quand les filons contien- *' nent de la galène, c'e«»t la baryte sulfatée. Les gîtes parti- " culièrement décrits sont ceux de la chaîne de Belledonne, " des Chalanches d*Allemont,de la Gardette, des Rousses et de " la Grave. Il a également donné une description du gîte du " Chapeau, Tun des plus remarquables des Alpes dauphinoi- '* ses par la richesse en argent de ses minerais qui sont mal- " heureusement rares et très ir réguliers."
La vallée d'Uriage dépend de la chaîne de Belledonne ; c'est ce qui m'a engagé à joindre cette note à ma lettre. Mon cher abbé, • Uriage, août.
Tous ces jours- ci j'ai été en route, ne restant à Uriage
UNE EXCURSION DANS LÉf^ HAUTES-ALPES 89
que le temps indispensable pour suivre mon traitement. Une caravane composée d'une dizaine de personnes m'ayant proposé de les accompagner à La Mure, en passant par les bains de la Motte et les inines de la Motte d'Aveillans, j'acceptai volontiers.A mon précédent voyante à UriageaJ 'avais déjà fait le trajet de Saint-Georges aux bains de là Motte, mais je
^ tfétais pas ailé plus loin, et je désiniis tout particulièrement Visiter les mines a'anthracite do la Motte d'Aveillans. .
Le 2 août, de grand nHitin,des voitures nous conduisirent à la station de Vit', sur le cb.'inin de fer de Grenoble à Gap, en passant par Vizille. Nous le suivons jusqu'à Saint-Georges de Commière, où nous changeons de ligne. Je ne courrais pas de voie ferrée plus pittoresque que celle-ci, et qui contienne plus de travaux d'art sur un aussi court parcours. En e'^et, de Saint-Georges aux mines de la Motte (22 kilometres'), on compte dix-neuf tunnels et trois viaducs. En -changeânit de voiture, si vous faites quelque jour ce voyage, ayez ' soin de prendre une place à droite pour mieux voir les merveilleux sites du parcours. Pour vous en donner une idée, je vais vous décrire de mon mieux cette voie si intéressante.
En quittant Saint-Georges, le chemin de fer, gravissant une rampe continue de 275 millimètres par mètre, s'engage dans un premier tunnel courbe, au débouché duquel on aper-
- çoit à ses pieds la station de Saint-Georges. On s'élève en remontant un vallon verdoyant qui domine la rive droite du Drac. Vers le nord, la vue embrasse la vallée du Graisivaudan, dominée par les montagnes de la Chartreuse. Un. double lacet coupé par trois tunnels aboutit à la station de Notre-Dame de Commière, après laquelle on franchit un nouveau tunnel. Le paysage prend alors un aspect aussi grandiose que siiuvage. Sur la rive opposée du Drac, dont le lit caillouteux est profondément encaissé entre des parois noirâtres escarpées, se dresse la muraille de la Moucherolle, pendant que dans le lointain apparaît la pyramide du Mont-Aiguille. Au delà du tunnel courbe des Ripeaux (440 mètres de long.) formant un lacet presque fermé, la voie ferrée paraît suspendue à environ trois cents mètres au-dessus
12~Juin 1896.
des gorges du Drac. Les deux tunnels des Chalanches, le tunnel du Serguignier et celui des Brondes conduisent au viaduc de la Glapisse. Les travaux d'art, qui se succèdent sans interruption, se montrent d'une façon particulièrement imposante au viaduc de la Rivoire dominant un formidable précipice.
(A suivre)
E. Gasnault.