‹ Le Naturaliste canadienChapitre 12 sur 142 · Février · texte numérisé non relu

Février

tion qui bénéficie de ses talents, et nous sommes particulièrement heureux de le voir travailler dans ce territoire encore peu étudié des Cantons de TEst, où il a déjà fait de précieuses trouvailles entomologiques.

— Mais si la famille des collaborateurs croît ainsi, la maison sera bient5t trop petite !. . . ,

Eh bien, nous nous presserons un peu plus ! Et, s'il le faut, nous aviserons aux moyens d'ajouter quelques pièces à la demeure. Après tout, cela nous regarde, et nous prions les collaborateurs de ne s'en point inquiéter. Qu'ils viennent seulement : " après çà, nous verrons î "

L'ABBE PROVANCHER

(Continué d^ la page 185 du volume précédent.)

Saint- Joachim est situé entre Sainte-Anne et le Cap Tourmente. Quels ravissants paysages s'offrent ici à la vue, de toutes parts ! Du côté du nord, c'est la montagne devenant abrupte à mesure qu'elle approché du Cap Tourmente qui semble la terminer,à rest,et dont la bjise est baignée par le flot du Saint-Laurent. Du côté sud, l'extrémité de l'Isle d'Orléans borne la vue,qui,à rest,s'étend au loin sur le beau fleuve dont la largeur paraît là s'être subitement plus que doublée. Enfin, en plein milieu de la paroisse, s'élève tout à coup, merveilleux îlot de verdure, le Petit-Cap, promontoire circulaire qui domine toute la plaine d'alentour et semble avoir été façonné parla nature comme un bijou précieux et peut-être unique en son genre. La forêt, croirait-on, le couronne de toutes parts ; mais engagez- vous dans cette large route qui s'enfonce sous le bois touffu, et soudainement sur le sommet vous verrez les grands arbres s'écarter et laisser vide un espace suffisant pour enclore un antique château et une chapelle en pierre : c'est la maison de campagne des Messieurs du Sémi-

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naîre de Québec, qui passent leurs vacances dans ce séjour délicieux, où sent aussi admis séminaristes et écoliers. Quel inoubliable souvenir que celui des vacances passées à Saiut- Joachim, pour ceux qui ont eu quelquefois le bonheur d'aller s'y reposer des labeurs de Tannée scolaire !

Le. Séminaire de Québec, qui reçut de son fondateur, le Vénérable Mgr de Laval, il y a plus de deux siècles, la seigneurie de Beaupré, possède une bonne partie de la paroisse de Saint- Joachim. Dès Tan 1700, rétablissement agricole que Mgr da Laval y avait fondé, était déjà fort considérable, puisque, au témoignage de? M. de la Potherie (1), on y voyait une lieue de terre labourable, un château de pierre de taille long de 150 pieds, et 250 bêtes à cornes.

Mais le territoire confié à la sollicitude pastorale de M. Provancher ne se bornait pas à ce qui forme actuellement la paroisse de Saint-Joachim ; car sa lettre de mission (9 septembre 1854) lui donnait aussi juridiction sur " tous les établissements déjà formés ou qui se formeront. ... depuis la paroisse de Saint-Féréol jusqu'à ^elle de la Petite-Rivière ;" c'est-à-dire qu'à cette époque la paroisse de Saint-Joachim comprenait aussi tout ce territoire, situé sur les hauteurs, qui en a été détaché depuis pour former la paroisse de Saint- Tite des Caps. C'éta^it donc un ministère assez laborieux et assez pénible que le nouveau curé de Saint-Joachim alkit avoir à exercer.

M. Provancher passa huit années comme curé de Saint- Joachim, de 1854 à 1862. C'est durant cette période de sa vie qu'il commença à s'occuper sérieusement d'histoire naturelle et qu'il publia ses premiers ouvrages scientifiques. Mais pour ne pas trop mêler le sacré au profane, donnons d'abord un aperçu de ses œuvres curiales, après quoi nous étudierons, avec quelque étendue, les premiers travaux du naturaliste et du publiciste.

Le nouveau curé débuta par faire changer le mode de concession des bancs de l'église paroissiale. Auparavant, corn*

<1) Cité par M. l'abbé A. Gosselin, Vie de Mgr de Laval, Vol. II, p. 431.

me c'était aussi le cas dans d'autres paroisses et comme il y en a encore maintenant quelques exemples, les bancs étaient vendus pour une somme fixe, qui en assurait la possession au concessionnaire durant toute sa vie eb^sans nouveau paiement. Cette façon d'agir, très avantageuse aux particuliers, l'était beaucoup moins pour la fabrique, qui ne pouvait plus beaucoup profiter de l'augmentation de valeur qui se produisait, à mesure que la population devenait plus nombreuse et que la concurrence devait se faire plus grande pour la possession des bancs. Or, la concession des bancs sur le paiement d'une rente payable annuellement peut être une abondante source de revenus pour les fabriques, qui du reste sont exhortées (1) par l'autorité religieuse à adopter ce mode. Seulement il faut le consentement des fran3s-tenanciers pour efifectuer le changement, et la mesure n'est pas d'elle-même très populaire, puisqu'elle n'est pas toujours d'accord avec les intérêts personnels. Enfin, les paroissiens de Saint-Joachim ne durent toujours pas opposer une* résistance bien vive à la proposition de leur curé, puisqu'il la fit adopter dès les premiers temps de son séjour parmi eux.

Le même automne vit encore inaugurer à Saint-Joachim une pratique qui n'est ôertes pas d'une importance capitale au point de vue du droit, mais qui du moins ne manque pas d'un certain intérêt historique : l'introduction des poêles dans l'église. Comment ! On ne chauffait pas les églises, autrefois ? Non, on ne les chauffait pas, et personne, je présume, n'en est mort. Je dois bien avouer pourtant que je préfère de beaucoup rappeler ce détail historique, que d'avoir été à même d'apprécier personnellement sur ce point l'ancien régime ; et mes lecteurs, de leur côté, sont aussi d'avis sans doute qu'il est plus agréable d'en prendre connaissance par la seule narration. L'amour du bien-être allant sans cesse croissant, nos petits-neveux comprendront encore moins que nous l'ancien état de choses. Ce n'était pourtant pas le combustible qui faisait défaut autrefois, alors que la forêt était encore

(1) Appendice au Eituelj Qnébec.

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bien moins éloignée qu'aujourd'hui des endroits habités ! Mais ou n'imaginait pas, je suppose,qu'il fut possible ou convenable de faire du feu dans les églises. Du reste, les premiers colons n'avaient dû que suivre en cela Tusage de France, quoiqu'il y ait une bonne différence entre le climat de la mère patrie et le nôtre. Et il n'est pas surprenant que l'ancienne pratique se &oit conservée si longtemps à Si?.int-Joachim,qui est bien Tune de nos paroisses canadiennes qui a gardé avec le plus de persévérance les mœurs patriarcales et les traditions de nos ancêtres. Toujours est-il qu'eu l'hiver de 1854-55, grâce à l'abbé Provancher, les poêles furent autorisés à pénétrer dans l'église de Saint-Joachim ; et là, comme dans les autres édifices publics du pays, quand ils s'en voient exclus, ce n'est que pour céder la place à des modes de chauffage encore plus efficaces.

En 1855, outre des travaux de réparation assez considérables faits à la sacristie et au presbytère, il y a encore à signaler, au crédit de M. Provancher, l'introduction d'une nouvelle mesure : V assurance des édifices paroissiaux. Aujourd'hui il y a peu de propriétaires qui pourraient goûter les douceurs du sommeil si leurs propriétés passaient seulement vingt-quatre heures sans être assurées ; mais, pour cette pratique comme pour beaucoup d'autres, il n'en a pas toujours été ainsi. Et sans doute l'histoire nous fournirait une quantité d'exemples de gens qui dormaient parfaitement, nonobstant le risque qu'ils couraient de voir leurs valeurs détruites, un jour ou l'autre, par les flammes de l'incendie. Cela n'empêche pas que les systèmes d'assurances sont une fort^ bonne chose et que, toutes choses égales d'ailleurs, on se trouve bien à Toccasion, en face des cendres fumantes d'un immeuble, de recevoir la somme d'argent qui en représente, ou à peu près, la valeur. A Saint-Joachim, en 1855, on se montra docile à ces conseils de la prudence, et l'on fit assurer les édifices religieux de la paroisse dans 1'" Association d'assurance mutuelle des fa.briques des diocèses de Québec et des Trois-Rivières." pette association, compoBée des fabriques des deux diocèses

n'avait reçu son existence civile que deux années auparavant, en 1853, en même temps qu'une association du même genre pour les diocèses de Montréal et de Saint-Hyacinthe : tout le Bas-Caniida, oii il n'y avait alors que ces quatre diocèses, se trouvait donc à bénéficier de ce sage système de protection. Ah ! l'organisation religieuse de notre pays peut servir de modèle à celle de bien d'autres pays plus anciens ! Si on laissait partout à l'Eglise ses coudées franches, on verrait partout de belles choses î — Pour en finir avec cette question d'assurance, les associations que je viens de mentionner, ne peuvent prendre de risques que sur les églises, sacristies, presbytères et dépendances. L'un de ces édifices vient-il à être détruit par le feu ? on prélèvs sur chacune des fabriques formant partie de Taseoeiation une somme proportionnelle au montant pour lequel elle est elle-même assurée, de façon à former la somme nécessaire pour indemniser la fabrique qu il s'agit de secourir. Ajoutons que beaucoup de fabriques préfèrent assurer leurs propriétés dans les sociétés ordinaires d'assurance. Ce n'est pas iciie lieu d'examiner si Ton y trouve plus ou moins d'avantages.

(A suivre)

(Continué de la page 189 du Tolume précédent)

Nous disions donc, pour revenir à notre problème résolu suivant la théorie de M. l'abbé Laflamme, que le Saguenay s'était non seulement creusé un lit au niveau de celui du Saint-Laurent, mais encore un abîme très profond au-dessous de cette limite ; il sera donc facile pour nous de naviguer sur cette rivière, sans craindre les écueils et, surtout, aidétj par la marée qui doit se faire sentir jusqu'au lac Saint-Jean."

Sur son parcours jusqu'à la Baie des Ha ! Ha î rien n'a

FORMATION DIJ SAGUENAY

Les Isles Saint-Louis (Rivière Saguenay)

24 LE NATUl^ALISTi: CANADIEN"

été changé , il est tel que nous l'avons vu à notre premier voyage ; seulement nous n'avons pas remarqué alors les îles Saint- Louis et Saint-Barthélémy, situées à quelques milles en amont de la rivière Sainte-Marguerite.

Pourquoi l'île Saint-Louis, haute do plusieurs cents pieds, se trouve t-elle ainsi isolée au milieu du Saguenay ? Voilà un petit lopin de terre qui nous intrigue beaucoup. Si les rivages de celte intéressante rivière étaient formés de dépôts d'argile,de sable et d'alluvion ou de toute autre formation, au lieu de granit, nous passerions outre. Mais puisque c'est l'eau qui a miné ce lit profond dans la pierre la plus dure, pourquoi n'a-t-elle pas, tout de même, enlevé cet obstacle, cet îlot inutile au beau milieu de son cours ? Formé qu'il est de la même matière que le reste, il était beaucoup plus facile pour elle de le faire disparaître, en le minant comme le reste, que de le conserver intact pour qu'il serve de nuisance perpétuelle à son laborieux travail.

Et dire que cette île appuie sa base à une profondeur de plus de 1000 pieds ! Nous ne comprenons pas la raison de l'impuissance de l'eau à cet endroit, ni la théorie suivie en cette circonstance poux se creuser, en haut comme en bas de l'île, un lit d'égale profondeur malgré cet obstacle qui aurait dû modifier considérablement son travail surtout en amont.

Le glacier n'a pas su jouer son rôle non 'plus, en ne tranchant pas la question, en ne culbutant pas en dehors de sa voie, comme une roche perdue, cette pyramide de 1500 pieds de hauteur, qui devait lui chatouiller un peu fort la plante des pieds.

N'importe, remontons à la Baie des Ha ! Ha ! ; mais non, dans ces temps-là, la Grande-Baie n'existait pas, ou plutôt .la rivière se continuait sans, interruption jusqu'au lac Saint-Jean en passant par le lac Kinogami.

Poursuivons donc notre course par cette partie inconnue de la rivière Saguenay qui existait alors.

Elle est toujours profonde cette rivière, mais son aspect change. Au lieu de bords escarpés de 1500 à 2000 pieds de hauteur, vous voyez maintenant des écores formant des plateaux élevés de 400 à 500 pieds,composés d'argile et recouverts de sable. Plus haut, au Portage-des-Koches, vous retrouvez les escarpements de granit — les futurs rivages du lac Kinogami — s'élovant à droite à 500 pieds, et à gauche à plu» de 1000,

FORMATION DU SAQUENAY

Portase-d3S-Roob33 (formatioa primitive)

4— Février 1895.

Mais ici, encore, un obstacle imprévu se dresse droit devant vous. Un bloc énorme de rocher, appuyant sa base sur les deux lèvres ouvertes de l'abîme, est susptmdii entre le ciel et Teau et forme une voûte gigantesque de granit dépoli, sous laquelle vous passez en vous courbant, fier de votre hardiesse. Spectacle étrange et terrifiant que ce rocher monstre s'équilibrant ainsi dans une telle position. Ce n'est pourtant rien qu'une miniature de ce que vous auriez entrevu, si, en face de l'île Saint-Louis, le Saguenay se fût trouvé à sec.

Vous passez le futur lac Kinogami, 18 milles de longueur, et vous distinguez encore le rocher mystérieux comme un pont géant au-dessus de Tabîme.

Au Beau-Portage, les Scores argileuses reparaissent de même hauteur que les premières.A Koushpaganish elles changent d'aspect : ce n'est plus Targile, ni le graiiit, c'est le calcaire qui apparaît ici, en lits horizontaux et superposés, formés de masses compactes de fossiles d'une infinie variété, mesurant plus de 200 pieds de hauteur au-dessus de l'eau.

Vous arrivez enfin, entre ces deux murailles, au terme de votre exploration. En face de vous sont des rapides qui vous arrêtent ; le calcaire disparaît, lo granit recommence.

Vous avez traversé tout le fond du grand bassin alluvial du Saguenay depuis la Baie des Ha ! Ha ! jusqu'à la tête de la rivière Ticouabé : pas le moindre indice du lac Saint-Jean sur tout ce parcours, pas plus que devant Québec.

Vous avez bien vu des chutes extraordinaires en remon- 'tant la rivière, soit d'un côté, soit de l'autre, comme on en voit encore, d'un petit volume, si vous voulez, et d'une gra,nde hauteur, en descendant à Tadoussac ; mais non cette nappe d*eau à perte de vue, que voup aviez hâte de contempler et de mesurer.

Le lac Saint-Jean est disparu, il s'est écoulé jusqu'au fond de son lit par la profonde tranchée que ses eaux lui ont creusée. Il ne reste plus que le Saguenay, qui, après avoir vidé le grand bassin, n'en continue pas moins à recevoir sur son parcours toutes les eaux des rivières qui alimentaient autrefois le lac.

Ce résultat n'a rien de surprenant, puisque, l'érosion lente et continue de l'eau lui ayant ouvert un passage à travers les montagnes granitiques du Saguenay à une profondeur de plus de 1000 pieds au-dessous du lit général du lac, elle n'avait plus qu'à miner sans eflfort son fond d'argile et de calcaire pour compléter son œuvre, tout comme le plus petit étang

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