DE LA COLORATION CHEZ LES LÉPIDOPTÈRES
se vide et s'assèche, du moment qu'un fossé d'égoût pénètre jusqu'au niveau de son lit.
Voiîà tout le secret du procédé mis en action par M. Tabbé LaflLamme, bien avant Tépoque glaciaire, pour résoudre le probIèii>e saguenayen, pour creuser ce fleuve légendaire, le Fiord canadien.
Je partagerais, de ç^rand cœur, les convictions profondes et si bien exprimées du savant géologue, si la malheureuse inclinaison, imprévue mais frappante et irrémédiable, de la chaîne des Laufentides vers le Saint-Maurice, vers l'ouest, ne venait
{>âs menacer inopinément d'un vrai cataclysme, cette fois, ce U'illant échafaudage si laborieusement élevé:
Je serais accusé de conspiration et même de. complicité avec M. Tabbé, si je laissais s'introduire, sans protestation, cette nouvelle doctrine qui montre sous un faux jour, à mou sens, la dernière évolution géologique qui présida à la formation du Saguenay, tel que nous le voyons aujourd'hui.
(A suivre)
P.-H. DUMAIS
DE LA COLORATION CIEZ LES lEPlDOPIERES
Quelle est l'influence de la température sur la. couleur des ailes des Lépidoptères ? A cette question on ne peut encore répondre rien de positif, malgré les expériences et les observations que les entomologistes ont multipliées dans le but d'en obtenir la solution.
Par la présente note je ne viens pas donner aux lecteurs du " Naturaliste canadien '* le dernier mot sur ce sujet. Mon intention est de signaler seulement deux faits qui pourront peut-être y jeter quelque lumière.
Le premier de ces faits, c'est que les individus d'une même espèce qui habitent les régions froides du nord tendent à se parer de teintes plus foncées que ceux qui vivent dans les pays plus favorisés par la chaleur. Ils suivent la loi du mimétisme, en empruntant en quelque sorte les couleurs sombres des lichens noirâtres qui couvrent les nombreux rochers des contrées avoisinant la zone glaciale. L'extrait sxiivant d'un ar-
tide du Prof. C. H. Fernald, réniinent entomolooriste de TEfat du Massachusetts en fait foi, (Ent. News, Vol. V, p. 132). — 11 s'agit d'un certain nombre de Microlép'doptères capturés à McCorniick Bay, dans le nord du Gromlard, à la ktitude 77o42' nord, entre le 25 juillet et le 1er août 1891.— "Une des plus intéressantes choses h remarquer, dit-il, dans cette petite collection est la couleur très foncée des insectes. Les apécinieus apparteuaut aux espèces Laodamiafusca et Pyrausta torvalis sont beaucoup plus noirs que tous ceux que j'ai vus jusqu'aujourd'hui, tant ceux qui proviennent de la Nouvelle- Aiigleteire que eaux qui ont été ] ris au Labrador.*' — M. Geo. D.Hulst fait une lemarque semblable dans le No Idu Vol.VI de cette même très intéiessante revu(\ Le climat semble donc avoir quelque influence sur la couleur des Lépidoptères. Et aux endroits où la température moyenne annuelle est plus basse, la couleur de ces insectes tend vers le noir.
Le second fait i>rovient d'une observation personnellei — - Au cours d'une de mes chasses eutomologiques, le 30 octobre deinier, je capturai deux magnifiques spécimens de l'espèce CoHas phiIoUice,un njâle et une femelle. — Les papillons, dans notie province de Québec, commencent à se faire rares à une date aussi avancée. — Je constatai alors avec surprise que les ailes de ces deux insectes étaient dans l'ensemble d'une teinte plus sombre que celles de tous les autres individus de cette même espèce que j'avais capturés en grande quantité durant tout l'été. On sait que la couleur des ailes de ce Colias est généralement d'un beau jaune-ciair,quelquefois,quoiqae assez . rarement, d un blanc presque pur. La base des deux paires d'ailes est légèrement estompée de noir, avec leur bord postérieur également marginé de noir. Chez les femelles la bordure des primaires est un peu plus large et renferme une rangée de petites taches jaunâtres. Je trouvai sur mes spécimens la même disposition des couleurs et des taches ; mais le jaune-clair était remplacé par un jaune-verdâtre assez foncé, et le noir des bases des ailes était plus étendu et plus prononcé.
Ce mélanisme serait-il dû au froid de l'automne qui aurait agi de quelque manière sur les chrysalides de ces deux CoUas ? C'est possible, mais il est difficile de Taffiirmer. Il y a parfois une si grande différence entre les individus d'une même espèce, pris à divers endroits d'une même coutrée où le climat est pratiquement le même, qu'il serait téméraire d'attribuer ce phénomène à la différence de la température, plutôt qu'à tout autre
facteur ou agçnt qui pourrait S3 trouver dans le voisinage de l'insecte.
C'est par Taccumnlation des faits et des expériences que Ton parviendra à élucider ce point obscur, ainsi que mille autres du même genre que l'entomologiste rencontre à chaque pas dans l'étude si merveilleuse et si attrayante des infiniment petits.
L'abbé P.-A. Begin.
(Suite) LE LÉZARD
Après le crapaud, le lézard.
Deux grands incompris, deux grands déshérités pour qui dame Nature s'est montrée marâtre, pour qui l'humanité réserve toute sa cruauté.
Et pourtant, nous avons vu le crapaud, vaillant destructeur de vers, échenilleur modeste mais assidu de nos plantations, rendre à nos jardins et à nos champs des services sans nombre ; et pourtant, nous pouvons voir le lézard — le beau lézard aux éblouissantes couleurs — partager, avec le crapaud, la tâche ardue de purger nos carrés et nos plates-bandes des pygmées dévastateurs qui y pullulent.
A l'inverse du crapaud, le lézard n'est pas matineux : sa nature frileuse s'accommode mal des fraîcheurs de l'aube ; il préfère attendre que le soleil, déjà haut sur l'horizon, ait, de ses regards irradiants,séché la rosée qui constellait, de ses gouttelettes diaprées, les feuilles des arbres et des fleurs.
Mais s'il ne lui arrive pas d'être matinal, il sait bien rattraper le temps perdu. Dans un soleil radieux, il est à la fête : il offre d'abord aux caresses lumineuses son dos verdâtre et son ventre jaune ; sa queue frétille de plaisir et d'impatience ; ses petites pattes sont continuellement en mouvement et la joie inonde ses yeux qui brillent du plus vif éclat.
Et puis en chasse I Malheur à la mouche folâtre qui joue, insouciante, dans un rayon de soleil : son bourdonnement de bonheur se change vite en une plainte funèbre 1 Malheur au
puceron imprudent qui, de ses attouchements immondes,souillô nos roses et nos lys : le lézard sait le surprendre à terre et venger les fleurs ! Malheur à tous ces petits tyrans aux trompes finement ravageuses, aux pinces délicatement dévastatrices : le lézard ne fait que passer, ils ne sont (Ujk plus I
Mais à la plus belle même dos chassas, il est une fin. Eepu de veimine, harassé de sa course à travers racines et branches, le lézard se prépare à faire sa sioste. Amant de la lunjière et de la chaleur, il ira, le long d'un vieux mur ensoleillé, chercher le repos qu'il a bien gagné. Voyez-le paresseusement étendu dans un délicieux rayon de soleil, oflrir aux baise rslumineux son ventre jaune qui reluit comme l'or; ses yeux miclos sont pourtant attentifs et à la moindre alerte,*prompt comme l'éclair, le lézard disparaîtra derrière une touffe de feuilles vertes, pour revenir, le danger passé, refaire sa cour à la lumière, à la chaleur !
Va, cher petit lézard, dans les rayons irradiants des beaux soleils, mettre, au milieu de la verdure, ta tache fauve ; comme lo crapaud — ton ami d'infortune, ton compagnon de persécution — passe gaîment à travers nos jardins et nos champs ; darde ta langue rose et fine dans les innombrables cohortes d'insectes malfaisants ; et si alors, il s'en trouve d'assez ingrats pour dire de toi un mal que tu ne mérites point, vengetoi en faisant aux brigands multipodes de nos plantations une guerre plus acharnée encore ; puis, dans les flots lumineux des ardents soleils, tu iras étaler, le long d'un vieux mur en ruines, l'émeraude de ton dos ver Jâtre et Tor de ton ventre jaune !
Henry Tielemans, Instituteur Fort Ellice, Man.
LES ICHNEUMONIDES DE PROVANCHKR
Le prof. G. C. Davis, du ** Michijçan Agricultural OoUege,'* vient de publier dans les ''* Proceedings of the Academy of Natural Sciences of Philadelphia," pages 184-190 dn volume d© 1894, un mémoire intitulé Some Note» from a Study of the Provancher Collection of Ichneumonida. Les espèces que M. Davis a trouvées dans la collection (achetée par la Province et installée datis trois pièces de FHÔtel du Parlement, à Québec.) ont été de sa part l'objet d'un examen soigneux, et il publie ses commentaires sous la fori^e d'une liste synonymique. Beaucoup de types n'ont pas été examinés, mais il y a a6se2 de «renseigoements dans ce mémoire pour justifier amplement sa i^u-
LE CBAPAUD COMESTIBLE 31
blicatîon. Provancher a tellement travaillé tout seul, que beaucoup de ses nombreuses espèces seront reconnues comme synonymes ; et il est vraiment bon de savoir que sa collection sa conserve dans une localité aussi accessible que Québec, et sous les soins d'an curateur aussi attentif que M. Saussure (*). La collection fut offerte au National Museum de Washington, mais on manquait de fonds pour l'acheter.
(Traduit de TlNSlSOT LiFS, sept 1894.)