UN PRÉTENDU FOURMI-UON
Voilà les réflexions qui nou?« venaient à l'esprit en lisant, sur la Presse du 30 juillet dernier, un superbe îirticle intitul(5 : Chronique vagabon!)E— Le fourmi lion. L'écrit est d'un style très brillant, et ce qu'on y raconte est d'une lecture fort intéressante.
Ce chroniqueur, qui n'est certainement pas le premier voiiu, noiîsfait part des impressions (|ii*il a éprouvées, à Sainte- Ann,e de*Bellevi;e, snr la rive de TOttawa, en regardant travailler le Fourmi Lion, qui est, dit-il, la larve de la Libellule ou Demoiselle. Il vit cette larve creuser, une fosse en forme d'entonnoir, s'y dissimuler au fond, .'«aisir le petit in-ecto qui y tombait en passant, et en faire son repas. — Plus tard, ajoutet-il, le Fourmi-Lion se creusera un berceau, d'où il sortira "gracieuse libellule."
Tout ctda est bien intéressant, et l'écrivain en pare la description de tous les orn«'ments du style. Seulement il y ace petit inconvéni.mt, que.. .le Fourmi- Lion ne s« trouve pas au Canada ! C'est un infecte de l'Europe et de l'Asie.
Et puis, cette idée de faire du Fourmi- Lion la larve qui se transforujera dans la suite en Libellule ! Les Libellules et les Fourmi-Lions ont si peu d'une telle parenté, qu'ils appartiennent non seulement à des familles différentes, mais même à des sous-ordres différents, dans la classification di^s Névroptères. La Libellule est un " faux-né vroptère "; le Fourmi-Lion, un "vrai-névroplère." Inutil«* d'ajouter que le Fourmi-Lioa est une espèce distincte, passant par les trois états de larve, da nymphe et d'insecte ailé.
Les larves de Libellules ne ereusent pas, dans le sol, de ces pièges où la proie vient se jeter d'elle-même ! Ces L.rves sont aquatiques. Elles ne s'enferment pas dans un cocon, pour y subir la métamorphose qui leur fera prendre la forme ailée l Au contraire, elles restent actives tout le temps, dans l'élément liquide ; puis, au moment voulu, elles sortent de l'eau, se laissent sécher, et alors leur peau se fend et livre passage à l'insecte ailé qui vivra désormais dans le domaine aérien.
^26 LE Naturaliste cakadiek
Qui sait si le chroniqueur de !a Presse n'a pas pris, pour la larve 'lu Pourui-Lion, celle de la Cicindèle, qui fait aussi la chasse au moyen de fosses crauaées dans le sol ?
Nous ne voulons pas, assurjraent, être désagréable à nos confrères de la presse. Mais comprendrait-on le rôle d'une Revue du genre de la nôtre, si elle laissait passir,saus les «relever, des inexactitudes comme cidles dont nous venons de parler, ou encore comme celles que nous signalions, an mois de juin, dans un article reproduit par le Monde ?