‹ Le Naturaliste canadienChapitre 128 sur 142 · Septembre 18Ô · texte numérisé non relu

Septembre 18Ô

.cation scientifique en langue française, du continent ; et l'idée relip[ieuse, en empêchant la fondation de quelque magazine similaire, au service d'un matérialisme plus ou moins avoué. . .

Notre correspondant, qui a mis au service du Naturaliste ses connaissances scientifiques, son habileté de dessinateur et son talent de prosateur, finit sa lettre par une petite chevauchée sur Pégase. "Cette année, dit-il,

Vivez donc de compliments

Bien tournés, En attendant les patmenta

Des abonnés.

Compliments et paiements riment fort bien en poésie, s iraient aussi très bien ensemble, en affaires. Maintenant ue nous sommes assez pourvu de ceux-là, nos abonnés retardataires pourraient s'oc3uper de ceux-ci avec un peu plus de zèle. Et leur mérite serait bien grand à nos yeux, puisque : Omne tulit punctum, qui etc.

LE DIABLE AU XIXe SIECLE

Il y a actuellement guerre déclarée entre les fermiers de rOuest et le Diable. — Ce singulier individu n'a ni queue ni cornes,etles ravages qu'il fait à la moisson montrent bien qu'il i'en a pas besoin.

Cet insecte,que les fermiers appellent le " Diable de l'Idaho " ou Criquet chinois (je ne sais au juste pourquoi), appartient à la famille des criquets dont la présence au foyer domestique, si Von en croit une vieille tradition, est un présasage de chance et de bonheur dans la famille.

Inquiété par les incursions ruineuses de cet insecte, le gouvernement vient d'envoyer un expert pour l'étudier sur le champ, et chercher les moyens de le détruire.

LE DIABLE AU XIXe SIÈCLE ]31

Blotti au fond du terrier qu'il se creuse dans le sable, il s'y livre à ses habitudes carnassières. Sa tête est énorme, et si puissantes sont ses mâchoires, qu'il n'éprouve aucune difiScul-

Fig. 1.— Le " Diable de l'Idaho. "

té à mordre les doigts au travers d'im gant ordinaire. Cannibale il l'est également; et de préférence, par un raffinement de cruauté, les insectes qui ont quelque affinité avec sa propre fixmille deviennent sa proie favorite.

Au dire des Mexicains dont il ravage les campagnes, sa morsure est mortelle : c'ost une erreur due, sans doute, à son aspect féroce. D'ailleurs le dossier de ce ftxmeux Diable de r Idaho est suffisamment chargé ; — ce n'est pas assez qu'il s'arroge le droit de destruction sur nos récolles, il se paye le luxe de vous mordre sans scrupule bras et jambes quand vous l'attaquez. C'est le cas de dire :

Cet animal a' est pas méchant.

Mais quand on Tattaque, il se défend.

La nature, qui l'a privé d'une voix mélodieuse, a cepen- (^nt fait du Diable de l'Idaho un tapageur aussi puissant qu'importun : le frottement de ses ailes produit un bruit des plus stridents. C'est à l'entrée de son terrier (qu'il fait précéder d'une plate-forme où il rejette ses détritus) quo *' nuit et jour à tout venant " il exécute ses interminables opéras, n'ayant pour tout orchestre qne ses ailes.

Séparés de corps et de bien, mâle et femelle vivent cha-

Clin de son côté, dans leur propre maison. Mais fréquentes sont les querelles, et féroces sont les rixes.

Si, à la mode des anciens chevaliers, le Diable d'Idaho ne

Fig. 2.— Photographie-caôinef du " Diable de Tldaho. *'

frappe pas d'estoc et de taille^ du moins il se rue sur Tennemi, et l'accable sous ses pattes de derrière ; ou encore,avec ses mâchoires acérées et disposées en forme de scie, lui fait des morsures si cruelles, qud les survivants en sortent mutilés de ^a façon la plus atroce.

Le Diable de l'Idaho joint à ses barbares habitudes un goût prononcé pour sa retraite. Il Taffectionne, et s'en écarte de quelques pouces seulement pour exercer autour d'elle une garde vigilante. Car, malheur au téméraire qui viendrait assaillir son terrier : il le défend alors avec un courage homérique.

LB DI\BLE AU XIXe SIÈCLE 133

Si, encore, le peuple de TOuest ifavait qu'à se défendre des invasions des criquets, il serait comparativement heureux ; mais, par comble d'infortune, il existe une autre tribu, proche parente de notre Diable en question. Cette tiibu, nomade par goût, se met en marche, comme jadi-» les sautert»Ues, et apparaît soudain en si grand nouibre, qu'aucune mesure, prise contre ses attaques, ne saurait enrayer le moindrement ses ravages. — Nul obstacle ne l'arrête. — Ces armées détruisent tout sur leur passage, et ne laissent derrière elles qu'un sombre désert. Tant de labeur de perdu ! — Le peuple appelle cet insecte la Sauterelle soldat — ; c'est ; Hun, Visigoth, Lombard, et tout ce que vous voudrez, qu'il faudrait le nommer — ; ce ^ont de vrais aventuriers que ces criquets, chacun d'eux est à lui seul un petit Attila, par conséquent uu fléau de Dieu. Ordinairement herbivores, ils deviennent carnivores quaud la disette se fait sentir. Pour les détruire, les fermiers creusent des fosses dans lesquelles une fois tombés, et manquant de nourriture, ils se foi'.t justice à eux-mêmes, en s'entre-dévorant

Cette année, tout conspire outre les moissons. C'est, tout d'abord, un petit ver dont les ravages sont incroyables ; il nous est venu de TAmérique du Nord. Les Américains se proposent bien de' le renvoyer " ad propria, " dès que la loi du libreéchange sera en vigueur. —Sa présence, remarquée surtout dans l'État de rillinoip, y eanse des dommages jusqu'alors inouïs. C'est une chenille sans foil, toute rayée, de couleur sombre, mesurant un pouce et quart de longueur. Aux mois de mai tt de 'juin, cette dévastatrice fait son apparition ; elles sont légion maintenant, dévorant blé, avoine et autres grains, s'atta- <juant même à Therbe. Elles montent le long des tiges des céréales, dont elles coupent le sommet.

C'est ensuite la plaie des sauterelles qui ont envahi l'Ohio et le Michigan et détrui-ient les récoltes.

Puis, flans le Michio^an encore, c est la Mouche de Hesse, Hessian Fly (Cecidomyia destructor) minuscule diptère, du genre des moustiques, dont les ravacres sont équivalents à une perte de 40 millions de minots de blé, chaque année. La larve, petit ver blanc, est particulièrement pernicieuse; elle se nourrit du suc des plantes. Ce fléau nous est venu d'Europe, apporté, croit-on, dans les foins dont s'approvisionnaient les troupes venues de la Hesse, lors de laguerr« de l'Indépendance.

Éoraleraent malfaisant est le "Chinch bug" ; celui-ci est un hémiptère de la famille des Lygocidœ. J'ignore son nom en français, — je n y tiens guère, car son nom, quel qu'il soit, doit être exécré par tout habitant de la vallée du Mississipi, Dans une année il lui a causé une perte évaluée à 100 millions.

Le "Chinch bug" dépose ses œufs sur la racine des plantes, et, dès qu'ils éclosent, les larves insèrent leur suçoir dans l'écorce de la plante pour en extraire tout le suc

" Ingentes anivias in corpore versant " La Faculté de Beardsley a autorisé la traduction suivante :

" Sur un corps chétif ils portent un bec méchant " Les Américains sont plus pratiques que Virgile.

Enfin, et pour clore la série, citons la " bête à patate, '* qui elle aussi a fait son apparition dans la Caroline du Sud, l'Alabama et le Mississipi où ses ravages ne laissent pas d'être alarmants. Ici, dans TOuest en général, et dans le Minnesota en particulier, grâce à l'emploi énergique et persévérant du Vert de Paris, son action ne se fait plus sentir.

Le libérateur des vergers est enfin trouvé. Il nous arrive de l'Australie. Les fermiers de la Californie ont payé ses dépenses de voyage, qui se sont élevées à $20,000.

C'est un insecte d'un genre nouveau. Il extermine les autres insectes qui détruisent les arbres fruitiers et les moissons de plus en plus chaque année. Les nouveaux arrivé? sont des cannibales de la pire espèce. Ils mangent les autres quand ils le peuvent, et, au besoin, se mangent entre eux. C'est ce qui

ENCORE LE BÉLOSTOME

a rendu leur importation si difficile, et ce qui expli«|ue cette

dépense de $20,000 pour leur introduction aux États-Unis

En vain, l'Australie a expélié cargaison après cargaison

A l'ouverture des précieuses boîtes, on constatait toujours que

Fig 3. — "This is the $20,000 bug, imported from Australia by California Orange growers to destroy other bugs.'* ces insectes s'étaient exterminés les uns les autres. Néanmoins, quelques uns échappèrent au massacre et arrivèretit à de>jtination. On les mit dans les orangeries où leur action bienfaisante s'est déjà fait sentir.

Ci -joint deux copies du Diable a'IJaho, et une de la mouche de 20,000 piastres, dessinées pour le Naturaliste canadien. Em.-B. Gauvreau, Ptre.

Curé de Beard^sley, Min i.

ENCORE LE BELOSTOflE

Montréal, 13 août 1896, Monsieur le directeur,

J'ai lu îivec intérêt cet entrefilet du Nattiralinte (livraisou de juillet) dans lequel il est question du Bélostoii.'») Vous

paraissez mettre en doute le fait qu'il est attiré par les lampes électriques ; je crois que vous n'avez pas tort. Si ma modeste expérience, basée sur de constantes observations, peut servir à ce sujet, j'en serai trop heureux.

Voici donc ce que je peux vous dire au sujet du Bélostome.

J'ai rencontré cet héniiptère-homoptère très souvent dans les rues de Montréal, écrasé par le pied des passants. Cependant je ne crois pas que ce soit son attrait pour la lumière électrique qui Tait conduit dans ces parages dangereux pour lui. Ce sur quoi je me base pour cet avancé, c'est : lo le fait que jamais je n'ai vu cet insecte autour des lampes, 2o le fait que c'est toujours aux environs des réservoirs, aux squares publics, queje l'ai rencontré. Je m'explique donc sa présence tout naturellement. Il vient dans les villes comme il va dans les villages, où je Tai capturé souvent, non pas attiré par les lumières, mais conduit hors de sa retraite humide, *dont il s'éloigne peu, par un vol lourd, dans quelque promenade nocturne.

Qu'est-ce qui pourrait échapper au médecin, armé d'un microscope ? Le Dr Sehaeffer a fait l'examen des glandes qui sécrètent le ^ enin du Bélostome. Donc elles existent. J'avai» d'ailleurs, il y a deux ans, constaté la présence de ce venin. Mais je ne l'avais pas cru— pas plus que je le crois aujourd'hui — aussi mortel que veut bien le prétendre le savant docteur.

C'est dans l'un des étangs du Coteau Saint- Louis, prèa Montréal, que j'ai eu l'occasion d'observer les effets du venin du Bélostome. En examinant le fond de l'étang, tout grouillant d'une multitude de têtards, je vis un énorme insecte, le Bélostome, saisir au passage un moyen têtard et lui entrer son suçoir dans les chairs. Deux ou trois minutes après, la victime paraissant comme morte, je la délivrai de son bourreau, que je mis, avec plaisir, dans ma gibecière. Quant au têtard, voulant m'assurer s'il était réellement mort, ou s'il n'était que profondément engourdi, je le mis dans une petite flaque d'eau que je creusai tout auprès de l'étang, et je con-

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