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CHAPITRE CINQUIÈME

Notions succinctes sur l'anatomie des insectes

[Continué du Vol. XXI, page 168]

Au-dessus du thorax sont les ailes ; au-dessous tiennent les pattes constamment au nombre de six ; ce nombre, comme nous Tavons vu, caractérise Tinsecte et le sépare de Taraignée, du crustacé et du myriapode.

Les pattes, surtout chez les coléoptères, offrent plusieurs caractères saillants dont on tire grand avantage pour la classification. Ainsi elles sont organisées en géuéral pour marcher, assez souvent pour sauter, nager, fouir et quelquefois même pour saisir la proie. Aussi les différentes parties en varient-elles selon ces divers usages ; il sufiît pour s'en convaincre de comparer les pattes postérieures proéminentes de la sauterel e à celles de la libellule.

Les pattes se divisent en trois parties toujours distinctes, la cuisse, la jambe et le tarse, et s'articulent au thorax ou corselet par la hanche appuyée du trochantin.

Ces deux dernières parties varient beaucoup selon Tordre et même ,1e genre d'insectes. La hanche est le plus souvent de la forme d'un c5ne tronqué, quelquefois globuleuse, d'autres fois aplatie et soudée avec le dessous du thorax ou sternum. Le trochantin est une petite pièce quelquefois quadi angulaire, le plus souvent conique, qui s'interpose entre la hanche et la cuisse ou même, rejetée de côté, vu son déve- 22 -Novembre 1896.

loppement, se colle à la partie supérieure de la cuisse et parait n'êtr.e alors d'aucune utilité.

A la hanche, par le trochantîn le plus souvent, s'articule

TêU

Abdomen-^ -

le sommet de la cuisse. Cest la partie la plus variable de la patte, susceptible de prendre toutes les formes selon les mœurs de Tinsecte. Assez souvent, surtout chez les coléoptères, elle est munie d'épines qui fournissent parfois de bons caractères gé- Fig. 4. nériques.

La jambe, qui s'articule à la cuisse, est, en général, moins changeante dans ses formes. Cependant souvent aussi elle est munie d*appendices qui lui semblent aussi nécessaires que lei anneaux d'or que le beau sexe, chez l'homme, porte à ses doigts. Peut-être le Créateur a-t-il placé là ces appendices pour aider le savant dans son travail de comparaison et de classification.

Le ttirse ensuite, cette partie qui représente le pied, est composé. d'articles mobiles qui varient en nombre selon les

Fig. 4. — Pour permettre aa lecleur de mieux saisir les détails anatomiqnes de ce chapitre, je crois devoir remettre sous ses yeux la gravure déjà publiée dans le Vol. XXI, p. 166, et qui représente les parties du corps d' up criquet séparées : la têtb, portant les anté^mes a ; le thorax et ses trois parties, qui sont le proihorax b, portant les pattes aDtérieures,le mesothwcuc e, portant} les pattes intermédiaires et les éljtres, le métathorax d, portant les pattes postérieures et les ailes ; «, la cuisse ; f, la jambe ; g, le tabse ; (les tnêmes divisions se trouvent aussi dans les autres paires de pattes).

COURS d'entomologie populaire 163

insectes. Oa a partagé en quatre groupes les coléoptères, d'après le nombre d'articles dès tarses ch^z ces insectes. Les Pentamères ont cinq articles à tous lès tarses, les Hétéromè' res en ont cinq aux quatre tar$es antérieurs et quatre aux deux tarses postérieurs, les Tét'^amères en ont quatre à tous les tarses, et les Trimères, trois seulement. Quant aux autres ordres, voici comment ils sont partagés sous ce rapport : Pentamères^ la plupart des lépidoptères, des névroptères, les hyménoptères et les diptères ; TétrawÀres, un certain nombre d'orthoptères et de lépidoptères ; THvières, la plupart des orthoptères et presque tous les hémiptères.

Les articles des tarses sont munis de divers appareils que M. Kirby a designés sous le nom de puZviUi, au moyen desquels les insectes peuvent marcher renversés sur les surfaces même les plus lisses. Ces appareils sont les brosses, là pelote, ia sole et la ventouse. Cette dernière, comme sou nom l'indique, est un appareil propre à faire le vide. Qui ne s'est souvent demandé, dans son enfance, à cet âge où tout ce qui frappe nos regards nous intrigue et nous intéresse, où l'on passe des heures à considérer le travail des fourmis et la toilette d<jS mouches, qui ne s'est souvent demandé comment les mouches peuvent ainsi monter le long des vitres, ou marcher si aisément renversées au plafond ? Quelle aurait été notre joie si, au pourquoi que l'on demandait, l'on eût pu nous répondre et nous dire que ce phénomène est simplement dû à la ventouse minuscule que la mouche porte à l'extréinité de ses pattes, et qui la soutient ainsi ; mais celui-là eût en même temps été obligé^ de nous expliquer que la ventouse est un appareil élastique, susceptible de se compiimer et de faire le vide.

L'abdomen est la troisième partie de l'insecte, dont les deux premières sont la tête et le thorax. Il est formé d'anneaux qui varient en nombre selon les espèces d'insectes. Généralement de six chez les coléoptères, ils atteignent le nombre dix et même douze chez certains névroptèret. L'articulation de l'abdomen au thorax se fait d'autant de manières, pour ainsi dire, qu'il y a de genres d'insectes. Lorsque

labdomen y tient par tout son diamètre, on le dit sessile ; on le dit au contraire pédoncule, s'il ne 8*y attache que par une faible portion de son diamètre ou par un segment excessivement petit considéré par rapport aux autres segments de TabdomeTi.

L'abdomen est, en général, moins coriace que les autres parties de l'insecte ; il est totalement dépourvu d'ailes et de ces appen«iice« loconioteurs que Ton voit à certaines larves, notamment aux chenilles. Il varie en forme et en consistance selon les différents ordres d'insectes ; et les anneaux qui le composent sont parfois soudés entre eux, ne lui permettant alors qj'un mouvement très restreint de bas en haut ; cela se voit surtout chez les coléoptères. Il varie aussi considérablement en l:)ngueur, égalant à peine le thorax parfois, et parfois dépassant deux ou trois fois en longueur le thorax et la tête réunis.

Quoique classés par Aristote parmi les êtres dépourvus de sang, les insectes n'en sont pas moins imprégnés d'un liquide incolore ou légèrement verdâtre qui n'est autre que le sang rénovateur. Le système circulatoire, chez eux, est surtout constitué par un long vaisseau dorsal à chambres multiples, dont les parois élastiques font, en se dilatant et se contractant tour à tour, l'office d'un cœur.

Étant pourvus de sang, les insectes ont donc besoin d'un système respiratoire qui permette au sang d'absorber l'oxygène de l'air et de se débarrasser du carbone qui l'empoisonne. Ce système consiste en trachées où l'air circule, qui commencent de chaque côté de l'abdomen par des stigmates, orifices arrondis ou linéaires disposés par paires sur chaque segment de l'abdomen.

Donc, les insectes n'ont pas de poumons aspirant ou expirant l'air. De là résuite qu'ils n'ont pas d organe vocal et qu'ils ne peuvent opérer de succion véritabl<% quoiqu'on les divise, selon l'organisation vie leur bouche, en insectes broyeurs, qui comprennent les coléoptères, les orthoptères et les névroptères, en insectes /ec/iei(.7's, comprenant les hyménop-

teres, et en insectes suceurs se répartissant dans les autres ordres. (1)

Quant au cri strident de la cigale, du grillon et de différents autres insectes, il est loin d'ê*-re, comme celui des animaux à respiration pulmonaire, produit par l'émission de Fair frappant les cordes vocales du larynx ; il résulte de divers appareils propres à ces insectes et que je décrirai en parlant de ces insectes dans le cours de cet ouvrao-e.

(A suivre)

Germain Beaulieu.

CURIOSITES VEGETALES

[Continué de la page 62]

Je vous l'ai déjà dit et démontré, amis lecteurs, il est sur notre globe terrestre, bon nombre de curiosités végétales. Non point des arbres et des plantes fantaisistes, n'ayant existé que dans la fertile imagination de naturalistes ou de voyageurs " nés bla-gueurs ", mais des réalités, de vrais végétaux, naissant et croissant sous le soleil du bon Dieu. Je vous ai parlé déjà de certains arbres tropicaux qui fournissent des aliments à l'homme, tandis qu'il en est d'autres qui lui donnent le vêtement, cependant que plusieurs encore lui offrent leur écorce intérieure, flexiblb et unie, en guise de papier à écrire.

L'^arbre pleureur " des Canaries donne de l'eau : même, en temps de sécheresse, il distille de ses feuilles un liquide dont les indicjenes se servent comme de breuvage. Son confrère de l'île Maurice, lui, "pleure" du vin, un vin fort agréable à boire !

(1) Les auteurs n'admetteut que deux divisions, les broyeurs et les suceurs. Les hyménoî)tère3 n'ont pas, à proproment parler, une bouche conforiuée de manière nia broyer ni à sucer. C'est pourquoi je me suis permis d'en faire aue divisiou à part sous la dénomination de léchewrs. J'expliquerai ces diffteaces en traitxnt des divers ordres.

Une espèce de sanle, en Sicile, laisse échapper une eau qui se durcit en sucre et que lea habitants emploient tel quel, sans le soumettre au raffinage. Les Andes abritent un arbuste dont les produits feaseniblent énormément à la cire d'abeil* le. Pauvres mouches ! les voilà affligées d'un rude concurrent qui, avec infiniment moins de travail, produit autant et pins qu'une ruche d'abëillos, remplie d'ouvrières ! Struggle for life ! Heureusement que les mouches à miel ne réclament pas la journée de huit heures !

L'étrange pays de Chine doit naturellement avoir ses curiosités ! Les Célestes se vantent, parait-il, d'avoir un arbre à savon ; les graines de cet arbre, employées en guise de savon, donnent de fortes lessives, qui enlèvent facilement la graisse et la saleté ! tJn végétiil fort utile, vraiment, et aux graines duquel les Japonais ont dû souvent avoir recours, il ans la dernière guerre, quand il s'est agi de procéder à un nettoyage général, dans l'empiré du "Fils du Ciel" !

Arbres à pain, dont les noix rôties et séchéés donnent d'excellentes tilrtines; arbres toujours tristes, qui "pleurent" de l'eau, ou toujours gais, qiii '* pleurent" du vin, ou toujours farceurs, qui "pleurent" du lait : arbres utiles qui remplacent vaches et abeilles, donnant du beurre et de la cîre ; arbres à sucre et à savon ; le Créateur, dans son infinie sagesse et son adorable bonté, les a fait croître partout où le climat inclement, le sol moins fertile, les ressources animales faibleâ ou nulles, rendraient à l'homme la vie impossible sans eux !

Un arbre à fil et à aiguille, cela a des allures de fable, mais le "maguey" du Mexique, non content de fournir une aiguille et du fil prêts à être employés, présente encore bien d'autres commoilités. Devant les prosaïques "cottages" mexicains, l'arbre déploie sa splendide pyramide de fleurs qui font comme une toir au-dessus des sombres couronnes de ieùilhes vertes, et au bout de chaque reuille, il y a une tendre aiguille, sorte d'épine, qui doit être soigneusement enlevée de sa gaîne ; en même temps, on déroule lentement le fil, une espèce

de fibre forte et lisse qui est attachée à laiguille et qui a une respectable longueur. Inutile d'ajouter, n'est-ce pas ? qu'en ce pays facétieux les marchands ne vendent ni fii ni aiguilles I

Parmi les autres avantages que. présente cet arbre phénomène, il y a ses racines dont les naturels préparent un lacts délicieux, et ses feuilles qui font un potage, tout comme de vulgaires épinarda ! De plus, ces mêmes feuilles fournissent une matière à papier ; la sève de Farbre est distillée en un breuvage favori, et les fibres les plus épaivsses sont converties en cordes solides et en habits aui generis ^ Un arbre impayable, quoi ! et qui constitue un précieux héritage pour la famille dont la hutte se trouve ornée de cette pyramide de splendides fleurs,, par-dessus ses sombres couronnes de feuilles h fil et à aiguille !

D^Ds les sables de TArabie, au sein de cette nature torride, si chaude qu'elle dérange les cerveaux et conduit droit aux Petitesr Maisons, il eyt une plante dont, les graines provoquent, paraît-il, une hilarité inextinguible ! Heureux pays où le rire est élevé à la hauteur d'un principe et se prolonge d'autant plus que la provision des graines "hilarantes" est plus cpi^sidérable ! Mais quelle tristesse quand la récolte de ces graines manque !

Au milieu des immenses pampas de l'Amérique du Sud, si semblij,ble8 à nos grandes prairies du Nord-Ouest, où pas un arbre pe lompt la monotonie du "plane", il existe, de loin en loin, un végétal gigantesque dont les racines ont une longueur fantastique et rampent à la surface du sol. Le "ombu" est l'oasis dçs pampas : le voyageur le bénit, les poètes l'ont chanté et les animaux se njussemblent sous soa feuillage touffu pour y goûter l'ombre et la fraîcheur ! Il atteint, en outre, un âge prodigieusement vieux et souvent les arrière-petitsfils, se reposant sous son ombrage, célèbrent, par leurs louanges, le même arbre qu'ont béni les arrière- pères-grands !

Enfin, le nord de l'Australie possède un arbre curieux. raca,cia sans feuilles ; les organes de respiration ordinaires

lui faisant fîéfaut, il respiro par de petits trous placés dans le tronc et qui font parfaitement son affaire ! Tant il est vrai que, lorsqu'on n'a pas ce qu'on veut, on se contente de ce (ju'on a ! Cette ' maxime populaire, l'acacia sans feuilles, cet infirme du monde végétal, semble se l'être appropriée^et il "respire", tranquille dans ses forêts du nord de l'Australie ;

Henri Tielemans (1)

UNE EXCLUSION DANS LfS HAUTES-ALPES

[Continué de la page 156]

Avant de nous remettre en route, je vous dirai quelques mots du filon aurifère de la Gardette, hameau situé à 1200 mètres d'altitude sur la commune de Villard-Eismond à quelques kilomètres du Bourg- d'Oisans. Le filon aurifère de la Gardette, découvert au commencement du ISe siècle, n'a été scientifiquement exploré qu'en 1776, par l'ingénieur Schreiberg ; il fut concédé au comte de Provence qui le fit exploiter de 1781 à 178S. Les travaux, abandonnés alors et repris de 1838 à 1840, coûtèrent plus qu'ils ne rapportèrent, par suite des frais de première installation des travaux ou d'une administration défectueuse ; mais, selon M. Lory, les prçduits obtenus ne sont pas hors de proportion avec les dépenses faites en travaux cur le filon même.

Le gîte de la Gardette est un filon de quartz renfermant du cuivre sulfuré, delà galène, de la blende et de l'or natif. Les travaux ont découpé ce filon sur une étendue de 450 mètres, et sur une profondeur de 80 mètres. En outre, on avait entrepris à la Gardette une galerie d'écoulement ayant 85 m. de développement et qui n'a jamais été terminée. Les admirables cristaux de quartz de la Gardette ont enrichi les collections du monde entier.

1— M. Tielemans est revenu dernièrement se fixer à Fort Ellice, Bfan.

UNE EXCURSION DANS LES HAUTES-ALPfeS 169

On peut descendre en trente minutes de la Gardante au Bourg.d^Oisans. A 500 mètres environ du Bourg- TOi^ans, la route traverse Ja Eomanche ; à droite se dresse le pic élancé de Pié'Montet (2314 mètres d'altitude) qui sépare la va lée de la Eomanche de celle du Vénéon. Bientôt on franchit de nouveau la Eomanche sur le pont St-Guillenne, puis on quitte la plaine de TOisans pour ^'enfoncer dans la gorge saavage du Fresney, où l'on gravit la rampe des Commères; le premier tunnel liaversé, on remarque quelques maisons (la Balme) à 1505 mètres d'altitude. Sur le plateau de la Eivoîre, la culture et les habitations reparaissent, le sol redevient fertile. Un peu plus haut, on atteint les Garcins, hameau au-dessus duquel s'élèvent en amphithéâtre de riantes collines. La route descend au Châtelard vers la Eomanche, qui se brise en écume dans les abîmes, souvent cachés à la vue, de la gorge de Tlnfernet. C'est le passage le plus pittoresque de la route du Lautaret. Eien de ]>lus sauvage et de plus grandiose que les abord?» de la galerie de l'Infernet, ouverte en 1808, presque au-dessns de laquelle, à 15 mètres environ de la hauteur et un peu en deçà, se trouve la porte Eomaine. La galerio de l'In» fernet a 180 mètres de long, sur 8 mètres de hxuteur et de largeur ; quatre larges ouvertures latérales y laissent pénétrer l'air et la lumière. Quand on est porti, on ne tarde pas à trouver, à l'extrémité de la gorge, le Fiesney, village situé à 943 mètres d'altitude, sur les deux rives de la Eoranuch'^, dans une région minière très intéressante pour le géologue. On y trouve en effet de l'anthracite, du cuivre gris argentifère, des marbres brèche colorés en rose et en vert, du gypse et de l'antimoine sulfuré. L«j Fresney dépassé, cm d'engagé d^4ns un autre défilé tellement étroit que la Eomanche reprend souvent à la route le terrain que les ingénieurs avaient conquis pour elle à grands fiair.. Au fond on passe devant la jonctioii de la Eomanche et du Ferrand, terrent impétueux descendu des glaciers des GrandeF-Eouses! ,

Cepèbdant la vallée de la Eomanche devient si étroite que,

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