ON VEUT NOUS VOLER LE SAINT-LAURENT
additionnel devant encore s'alimenter de nos eaux en destination pour THudson.
Le trafic sur les grands lacs est de- beaucoup plus important qu on ne saurait le croire. Pour en donner une idée, je dirai, basé sur les chiffres du Major Gray,: Ing. Civ., dans une remarquable étude du commerce de ces lacs (voir le No de mars du " Canadian Engineer " de Toronto), que pendant que le mouvement moyen du tonnage par le canal de Suez ouvert Tannée durante est de 6,983.000 tonnes, celui du canal du Sault Sainte-Marie entre les lacs Supérieur et Huron et qui n'est ouvert que durant 220 jours sur les 365, est de 6,821,000 tonneaux ; et le fait que ce qui eût coûté de transport par chemin de fer 143 millions de piastres n*a été que de 23 millions par voies d'eau est plus que suffisant pour faire comprendre Timmense intérêt que peut avoir la nouvelle compagnie à se pourvoir de canaux à cet effet.
Ce qui empêche de s'émouvoir nos gouvernants en entendant parler de ces projets de canalisation est sans nul doute que l'étendue, la superficie collective de nos lacs ait l'air si immense en, rapport avec les prises d'eau qu'on se propose d'y faire. Ces surfaces telles que données par le Major Gray dans l'article suscité, sont comme suit :
Nomenclature
Eaax des lacs en milles carrés
Versant d'eau des
lacs en milles
carrés
Superficies combinées des deux
Lac Supérieur Riv. Sainte-Marie Lac Michigan Lac Huron et Baie Géorgienne Riv. Sainte- Claire Lac Sainte-Claire Riv. Détroit Lac Erié Riv. Niagara Lac Ontario
Le lac Ontario est à 246.6 pieds au-dessus du niveau dé la mer, celui du lac Erié à 672.9 pds; les lac? Huron et Michigan à 581.3 pieds, ôt le lac Supérieur à 601.8 pieds au-dessus du même niveau ; les 20^ pieds de différence entre le Supérieur et le Huron étant rachetés comme on le sait par le canal du Sault Sainte- Marie ; pendant que la différence de 8.4 pds entre le Huron et TErié se trouve surtout sur le parcours d^ larivièra Ditroit, et le^ 326 pieds entre Erié et Ontario sont formés des 160 de la chut3 Niagara, des 50 pds de rapides au-dessus de la chute, des 110 entre Lewiston et le pied de la chute et des 6 pieds dans la partie supérieure do la riv. Niagara.
Mais tout vaste que soit l'étendue collective des lacs, le Supérieur ne déverse dans les Michigan et Huron que 86,000 pieds cubes d'eau par seconde ; ces derniers 225,000 p.c. dans l'Erié ; TErié dans l'Ontario 265,000 p. c. et enfin l'Ontario dans le Saint-Laurent 300,000 p. c. comme je l'ai déjà dit.
Pendant que les lacs sont sujets, comme l'océan, à une marée, mais qui varie de IJ à 3 pouces» les fluctuations de niveau par les pluies et neiges fondues de ces 270.000 milles carrés de surface, varient beaucoup plus et ces fluctuations s'accentuent avec le déboisement du pays. Or les saignées qu'on se propose d'y faire, ne les feront point varier davantage puisque pour C3 qui est des lacs eux-mêmes il est indifférent que le surplus des eaux se déverse vers le sud plutôt que vers l'est ; et c'est précisément cela qui dissimule aux yeux de nos législateurs, de nos ingénieurs, l'étendue du mal qui menace de réduire le cours du Saint-Laurent — notre seule voie maritime — de toute la quantité d'eau (bientôt, peut-être, plus que la moitié de celle) qui saute aujourd'hui Niagara, et donne naissance au fleuve pour la diriger en sens contraire.
Les conséquences de ce faire peuvent être incalculables, et telle» qu'aucune indemnité nationale ne saurait compenser. Et dire, que la masse de ces eaux viennent de nous, sont les nôtres puisque le pays s'incline vers le golfe du Mexique, et
ON VEirr Notrs voler le saint-Laurent V3
que ces eaux nous viennent du nord ; et nos gouvernements nous les laisseraient ainsi distraire sans invoquer le droit des nations pendant que les droits de simples riverains ne veulent point qu'un individu fasse dévier le cours d'un ruisseau au ditriment de son voisin. Réveillons- nous î — Et qui sait sî nos aimables voisins d'au delà de la ligne 45, un coup que le goût leur en serait acquis, ne finirent pas par tout prendre, lais* sant la Niagara à sec et réduisant ainsi le Saint- Laurent au eeul drainage de la vallée de l'Ontario et des rivières qui s'y -déversent, l'Outaouais, la Saint-Maurice, là Richelieu et autres. Il est vrai que même dans ce cas il;hoiïs reste la marée pour combler jus<4u'à un certain point, à haute marée, le déficit, et cela jusqu'aux Trois-Rivières à peine ; tandis qu*à marée basse pour nous et durant les 24 heures en amont de Québec, notre cours d*eau dîminiié déplus de moitié rendrait inutiles une foule de nos embarcations actuelles et nécessiterait dVn construire d# nouvelles d'un moindre tirant ;d*eau et, partant, d un tonnage diminué, au dommage incalculable de notre commerce maritime et de cabotage, puisqu'il faudrait alors attendre la m^rée poi:r permettre aux vapeurs d'arriver à Québec et sans possibilité d*aUer au delà. Encore une foi8,je le dis,réveilIona-nous I
Chs Batllairgé,
Membre de la Société d'Ligénieurs du Canada
Québec, 11 avril 1895, M. le Rédacteur,
Depuis que je vous ai écrit, la Cîompagnie, voyant l'importance àe centres de commerce comme Toronto, Ottawa, Kingston, Montréal et pour desservir l'est d'Ontario, l'ouest de la Province de Québec et le nord d-e l'Etat de New-York, a modifié son projet en décidant de partir son canal, non pas de Buflalo, sur le Jac Erié, mais du lac Saint-François sur le Saint-Laurent au-dessus de Montréal. Ce projet sied à Mon-
7i LE NATURALISTE CANADIEN
tréal et à tous leg endroits en amont de cette ville^ car îl lui est évidemment indifférent que ses vapeurs océaniques lui arrivent par le Saint-Laurent ou par New- York, la rivière Hudson, le lac Champlain et le canal proposé entre ce dernier lac et le lac Saint- François ; mais le Saint-Laurent en aval de Montréal n'en verra pas moins diminuer ses eaux non seulement de tout ce que v^ lui enlever Chicago par son canal en voie pour le golfe du Mexique, pour les rivières Des Plaines, Illinois, et Mississippi ; mais de tout ce qu'il faudra pour alimenter le canal en voie pour TAtlantique par les dits lacs Saint-François et Champlain, et il y aura encore en toute justice compensation à payer par le Gouvernement fédéral,8inon par la Compagnie, pour le dommage à tous les riverains et au pays en général en aval de Montréal à cause des désavantages d'un moindre tirant d'eau,