LA FABLE DU SERPENT DE MER
L'existence du serpent de mer n'est pas autre chose qu'une question de fait Aucun argument à priori ne démontre qu'il ne saurait y avoir de reptiles de ce genre. A répoque^mésozoïque, il y eut en gr^ind nombre des animaux auxquels on pourrait attribuer cette dénomination de Serpeiît de mer. Pourtant, bien qu'à maintes reprises on ait signalé la découverte du Serpent de mer, il n'y a pas, à l'heure présente, le plus léger indice de l'existence actuelle d'un animal de cette sorte dans l'océan. On ne peut affirmer, sans sortir du domaine de la probabilité, qu'il existe maintenant des reptiles marins de grande taille, ni qu'il en existe d'autres que la tortue de mer.
L'océan n'a pas été moins complètement étu lié que les -terres continentales. Les poissons qui habitent les mers, depuis la surface jusqu'à une profondeur de cinq milles, on les 'Cannaît aussi bien que les animaux d'égale grosseur dans
n'importe lequel des continents autres que l'Europe. Les animaux marins de grande taille,qui se tiennent à la surface de l'eau, en pleine mer, sont bien connus pour la plupai't,et l'ont même été depuis l'origine delà navigation océanique. Il est probable que, dans notre siècle, Ton n'a pas découvert même une demi-douzaine d'animaux marins atteignant une longueur de quinze pieds. Les anciens connaissaient la plupart des espèces actuellement connues.
Toutes ces histoires de serpent de mer peuvent trouver place dans quelqu'une des catégories suivantes :
lo Récits inventés de toutes pièces, histoires de quelque bon orateur de pont de navire, etc.
2o Inspirations, imaginations trouvées au fond de la dive bouteille.
3o Narrations appuyées sur un fait ; et ce fait, c'est la rencontre d'un phoque, d'un débris de navire naufragé, d'un tronçon allongé de plante marine ou de quelque autre objet d'histoire naturelle que l'on prend pour un serpent.
4o Plaisanteries ou duperies hal»ilement exécutées, comme celle du fameux serpent de mer en caoutchouc que Ton aperçut, \ ers 1855, sur le lac Silver, dans l'Etat de New- York. (*) L'animal se montrait d'ordinaire durant la soirée, et l'on pouvait le voir de la véranda de l'hôtel.
5o Le grand poisson rameur (oarfish) ou roi des harengs, Regalecus glesne. C'est un habitant de la haute mer, au corps allongé, mince, en forme de ruban. Il nage à la surface des eaux, avec de vives ondulations, et s'avance à grande vitesse. IL atteint une longueur de vingt pieds et même davantage. La nageoire qu'il porte sur le dessus de la tête forme comme une crête élevée, et rappelle la crinière d'un cheval : son aspect est certes quelque chose de frappant. On n'en a encore capturé qu'un seul dans les eaux de l'Amérique, qui était venu s'échouer aux Bermudes il y a (juelques années. Ce poisson appartient au genre maquereau. Au sentiment <lu Dr Goode, on peut rapporter au Regalecus toutes les rencontres du serpent de mer où il est question de tête dressée et de crinière de cheval.
On capture quelquefois sur nos côtes un poisson du même type, mais pins petit, et même trop petit pour donner l'idéa d'un serpent de mer : celui-ci, on le nomme le roi des saumons (Trachypterus rex salmonoriimy Les Indiens Chinock
* Le prétendu Hydrophis capturé au Sault au BécoUet, le 25 août dernier, est un exemple absolument typique de ce genre de mystification.— Bed. '