UN ABONNE MODELE
Nous croyons devoir reproduire en son entier la lettre suivante, qui nous est venue d'un abonné de l'Ouest américain. Elle prouvera que si, bien souvent, nos efforts ne rencontrent que de l'indifférence, il n'en est pas partout de même, heureusement, — Il y est f.iit allusion à l'idée que nous avons exposée, en avril dernier, d'augmenter le nombre de pages du Naturaliste. Nous ne croyons pas pouvoir maintenant donner suite à ce projet, sans compromettre l'exîsteiice de la revue. Il nous parait donc nécessaire d'ajourner sa réalisation à plus tard.
Monsieur le Directeur,
Oi-inclus, un mandat de deux dollars pour continuation de mon abonnement au Naturaliste canadien.
J'ajoutft un dollar au prix d'abjnnemtiut d'un an. C'est peu pour un seul, mais ce serait beaucoup si chacun le faisait, suivant se» moyens.
Je crois que chaque membre du clergé Canadian devrait avoir à cœur de soutenir et d^élargir la publication de Vuni* que " Naturaliste canadien, " dont le but, es-^ontiellement chrétien, consiste à instruire le prochain et à honorer notre Mère, la sainte Eglise, prouvant, pour la millième fcûs déplus, qu'elle enfante, propage et protège la science.
La revue de cette année (1895) a été pour moi uu doux
4 LE ^ATlIRALISTE CANADIEN
passe-temps au milieu des travaux du ministère, me poussant à des recherches et à des expériences surprenantes autant qu'agréables.
Bien souvent, mes braves gens ont pensé, à me voir furer ter aux alentours de l'église, que j'avais assurément perdu
f quelque chose.
Ces petites bête» m'attirent par ce charme indéfinissable de la beauté artistique que j'y découvre, grâce à la loupe recommandée par le Naturaliste canadien, et qui devrait toujours captiver l'âme d'un homme instruit, Siirtout d'un prêtre.
E.-B. G., Ptre,
LE CATACLYSME
(Continué de la page 168, vol. XXII>
"La rivière Saguenay n'existant pas alors, aucun travail n'a pu se faire, par Taction de la glace, pour la creuser, pour l'élargir davantage, ni pour polir les hautes falaises qui rencaissent d'un bout à l'autre. En bien des endroits on dirait qu'elle vient de se faire ; tout est neuf, les angles aigus, les stries inconnues ;pas de " moutons " le long du Sagueuay, excepté quand, par une grande brise de nord-ouest, ils apparaissent par milliers au sommet des vagues,
"En supposiint que la rivière existait à cotte époque, le travail du glacier y aurait été presque nul,, parce que la direction de sa marche vers le sud, comme je l'ai dit quelque part, le forçait de passer carré au-dessus du lit de cette rivière qui se trouvait en travers, c'està-dire do Touest à l'est, comme un cahot insondable à l'abri des morsures de la glace.
•^Pour ma part^ M. l'abbé, je crois que le Sagaene^ s'est
ouvert, j'oserais dire, depuis la création de Thomme : tout lannonee et tout porte à le croire.
"D'abord, voyez Tadoussac : les anciens rivages du Saint- Laurent qui se «ont exhaussés à plusieurs cents pieds audessus du fleuve, lors du cataclysme, existent encore frap* pants de vérité au-dessus du village. Les épaisses couches de sable dont ilp étaient formés se voient du large, comme de longues dunes horizontales suspendues en amphithéâtre aux flancs des montagnes. Les gros vents les font poudrer comme la neige depuis des siècles, les dispersant dans toutes les directions ; cependant elles sont encore d'une grande étendue et d'une forte épaisseur,
"La longue pointe de glaise qui abrite le havre de Tadoussac contre les vents d'est, sortie, elle aussi, du fond du fleuve, ce jour-là, s'éboule tous les jours, se mange tous les ans, par la vague, par la glace ; tout de même, elle n*est encore qu*à deux pas du gouffre,
"Los battures aux Vaches, aux Alouettes — derniers vestiges des terres qui bordaient jadis le pied des Laurentides depuis la Pointe Sainte-Catherine jusqu'aux Bergeronnes (ressemblant, à peu près, aux rivages de la Petite-Rivière Saint- François, au pied des Caps, qui s'en vont,eux aussi, peu à peu), se sont formées, à cette même époque, par le lavage des immenses dépôts argileux et glaiseux qui les recouvraient à une grande hauteur, laissant, pêle-mêle, sur place, des milliers de roches et de cailloux. Eh bien, tous les ans, il disparaît un bon nombre de ccv. cailloux et de ces roches perdus, entraînés qu'ils sont dans l'abîme sans fond qui sépare les deux battures, par les nombreuses et fortes banquises qui s'y forment durant la saison des glaces. Malgré cela, il en reste encore un grand nombre.
•'L'île Rouge a été formée, cette journée-là, avec les débris rejetés au large par la crevasse s'en trou v rant dans le fleuve, à travers des dépôts de toutes sortes qui s'y trouvaient, et qui, grftce au torrent déchaîné des eaux furieuses, bouleversées, de la mer intérieure qui se vidait, furent lancés
sans merci an beau milieu du fleuve, où ils sont restés depuis.
•* Les dépôts d'argile de 300 à 400 pieds de hauteur qui nivellent les coupes profondes des masses granitiques bordant le Bras de Cbicoutimi, depuis k Cap à VOuest jusqu'au Poste Saint-Martin, dont les grands courants n^avaient fait qu'<:fSeurer les sommets lors de la sortie des eaux du Bassin saguenayen, sont encore au bwd de cet abîme creusé le inême jour à leur base même^
"Le Bras de Chicoutimi, cette autre fissure profonde, que M. Tabbé n'a pas mentionnée dans son étude, et qu'il est difficile d'expliquer aussi par l'érosion, après avoir reçu la masse énorme dei? dépôts enlevés à la péninsuk Gbicoutimr, et ceux de la rive nord jusqu'aux plateaux élevés qui a' échelonnent à la base des moûts Sainte-Marguerite, sans compter ce que la grande Décharge et ses tributaires y charroyent depuis la catastrophe, cette fissure reste encore presque sans, fond, où il n'y a pas de mouillage possible, depui» les battures jusqu'au Cap à l'Est à sa so4*tle dans le Sagiienay.
"La grande Décharge, à un demi-mille du lac Saint-Jean, passe eu torrent dans une tranchée de 150 pied» environ de largeur et qui n'a pas encore beaucoup plus de 20 jneds de profondeur ; vous ne direa pas que c*ést rien ?
* ta rivière Ouiatehouaniche, qu'un petit banc de calcaire, tout étroit, ferme à son embouchure» dans le lac Saint-Jean, ne fait que commencer son travail d'érosion, pour ainsi dire, 30 pieds de large sur Gpâeds de profondeur ; tandis que dans le même calcaire, peut-être plus dur même, la rivière Sainte-Anne de la Pérade s'est creusé une tranchée de plus de 60 pieds de profondeur sur la même largeur de 30 pieds, là oà est bâti le pont près du village de Saint-Alban. Cependant cette partie de la rivière Sainte-Anne ne date pas d'urie époque bien reculée.
" La rivière Ouiatchouan se creuse un peu plus vite que la précédente, parce que le banc de calcaire, qu'elle a aussi à franchir à quelques pas du lac, se trouve superposé par lits
•disloqués que les glaces entralaent bien avant qu ils soient^ usés par Taction de Teau. C'est si bien le cas, qu'une petite rivière qui tombe clans celle-là, au même endroit, passe souà la même couche de calcaire pour une grande distance et sort d'une espèce de caverne élevée^en faisant chute ; tandis que, à la surface du sol, on ne peut découvrir aucun indice de son ~ cours. .
"Au Rocher Percé, des ruisseaux sortent pareillement de dessous de couches épaisses de ce même terrain, après^ avoir pris naissance près d'un mille en amont.
*H a bien fallu un coup terrible, un ébi^anlement eîttraordinaire pour disloquer, égrener ainsi les couches profondes du calcaire qui formait l'assiette de cette mer disparue ! Au Rocher Percé des blocs innombrables, dans un parfait désordre^ s'étendent p/êle-raêle au flanc des rochers. Au bord du lac.le banc de calcaire se précipite, subitement à un angle de 45o comme renversé dans l'abîme creusé jadis à côté. La rivière Pikoba 'a^ec ses nombreux tributaires, donnant un volume d*eauextraordinaire^n'apas encore rempli raisonnablement la crevasse à sa sortie dans le lac Kénogami ; pourtant il n'y a pas de courant dans ce lac pour charroyer tous les dépôts que cette rivière y. entraîne depuis le cataclysme ?
"Les nombreux petits lacs, alignés depuis la Grande- Baie jusqu'au lac Saint- Jean, dans le lit bouleversé et presque rempli de la crevasse, ont encore une profondeur étoii^ liante malgré leur peu d'étendue.
"Ils ne sont pas mille,dans la vallée du lac Saint- Jean proprement dite, ces petits lacs: quarante tout au plus, sur une zone d'unmille de large, dans l'endroit que je viens d*indiquer. De chaque côti de cette zone, pas un lac, pas même un marais^ 49eulement un terrain uni partout, avec coulées d'égoôt vers ceis lacs ou vers les rivières qui le traversent, si ce n'est dans les rochers du canton Kénogami où se trouvent quelques réservoirs «lu-dessus du niveau général de la vallée.
*' Toutes les rivières qui se sont formé une partie de leur
cours rlans le grand biissîn asspché, travaillent encore leurs rivages comme aux premiers jours.
**Voyez Mistassibi, la grande rivière: elle ne fait, pour ainsi dîro, qu'ébaucher son lit Dans un endroit, entre autres, où elle a 200à80v) pieds de largeur, on voit une chute <jui la coupe en diagonale sur un parcours de plus de 3000 pieds, c'esià-dire qu'elle descend presque sur le long de la rivière. Deux canots, l'un au pied de la chute et l'autre en haiii, peuvent naviguer de concert, presque côue à cote, pour trois quarts de millô «a moin^, sans plus d'efforts^ Tun et l'autre, pour refouler ou suivre le courant.
{A suivre,)
P.. H. DiJMAIS.
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