LA FISSURE
(Continué de la page 21)
Les nombreux petits lacs, dont parle M. l'abbé, sont égrenés en désordre sur cette étroite lisière d'un mille au plus de largeur, qui .tranche si nettement sur les terrains qui Tavoisinent qu'un aveugle même peut la suivre sans s'en écarter.
Maintenant sondez le lac Saint-Jean ; vous restez convaincu qu'il est plat partout, excepté sur la ligne prolongée de la fissure que nous venons d'indiquer, qui coupe le lac en deux, depuis Couchepeganiche jusqu'à Chamouchouan.
Cette entaille s'est faite à une grande profondeur dans le calcaire qui forme l'assiette du lac, et malgré l'énorme quantité de diluvium qui a dû la remplir depuis des siècles, elle a encore une profondeur de plusieurs centaines de pieds entre une certaine distance du rivage d'où elle part à celle du rivage où elle aboutit. A l'ouest du lac, elle se prolonge jusqu'à la source de la petite rivière ïicoupé, qui se trouve à cet endroit à près de 200 pieds au-dessous du niveau des rivières Chamouchouan et Mistassiui qui la côtoyent à quelque distance à droite et à gauche ; aussi, c'est par cette petite rivière
6~Mar8 1896.
que les eaux du lac pénètrent le plus avant vers l'ouest, à la crue du printemps.
Nous pourrions vous citer une foule d'autres preuves ausri convaincantes de Tim possibilité qu'il y a d'arriver à une conclusion contraire à celle du cataclysme, et démontrant que cette théorie, bien bin d'être hasardt'e, est à vrai dire la manifestation la plus évidente, la plus claire, la plus naturelle de ce phénomène géologique qui présida à la formation de la rivière Saguenay.
La nature et ses lois nous ont rendu un si éclatant témoignage de la vérité incontestable sur laquelle cette théorie est appuyée, que nous avons été bien loin de soupçonner qu'il était même possible de la supposer fausse.
Si demain le "lac Supérieur se déchargeait tout à coup dans la baie d'Hudson, au lieu d'alimenter le Saint-Laurent comme il le fait actuellement, vous trouveriez cela bien hardi, n'est-ce jjas ? Et la science donc ! Comment expliquerait-elle un phénomène aussi imprévu, si elle n'a pas déjà devant elle la solution de ce problème pour la guider sûrement ? C'est pourtant ce qui est arrivé pour le lac Saint-Jean d'autrefois. Cependant les savants ne voudront pas enjamber lestement avec nous par-dessus les limites circonscrites de leurs théories, de peui de s'exposer à toiiiber en face d'un cataclysme, déjà entrevu, grâce, à Buies, et dont les exemples se répètent, d'époque en époque dans le grand livre de la création. - Ils préféreront courir après une solution plus conforme aux idées établies que de chercher celle qui doit être la seule vraie et juste.